Bibliotheca Alexandrina

bibliothèque à Alexandrie en Égypte
Bibliotheca Alexandrina
مكتبة الإسكندرية (ar)
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Egypt.Alexandria.BibliothecaAlexandrina.01.jpg
Vue extérieure de la Bibliotheca Alexandrina.
Présentation
Destination initiale
Bibliothèque
Style
Architecte
Construction
1995-2002
Site web
Localisation
Pays
Commune
Coordonnées
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La Bibliotheca Alexandrina est une bibliothèque et un centre culturel situé sur les rives de la Méditerranée dans la ville d'Alexandrie, en Égypte. Les travaux débutèrent en 1995 et coûtèrent 220 millions de dollars. Elle fut inaugurée le [1]. Elle dispose alors de la plus grande salle de lecture au monde, occupant sept des onze étages du bâtiment principal, offrant 2 000 places assises, 180 salles d’étude et devant héberger à terme huit millions d’ouvrages[2]. L'Institut du monde arabe a établi une collaboration avec la Bibliotheca Alexandrina[3].

Projet de l'UNESCOModifier

Dans le cadre d'un projet conduit conjointement par l'UNESCO et l'Égypte, la bibliothèque du monde méditerranéen, la Bibliotheca Alexandrina, a été construite approximativement à l'emplacement de l'édifice antique de la bibliothèque d'Alexandrie. Elle devrait pouvoir accueillir environ huit millions d'ouvrages, ce qui en fait une bibliothèque de taille respectable à l'échelle mondiale, assez loin cependant derrière la bibliothèque du Congrès, aux États-Unis, qui abrite près de 34,5 millions d'ouvrages[4], ou la bibliothèque François-Mitterrand, à Paris, qui en contient quelque vingt millions.

La Bibliothèque nationale de France a effectué en juillet 2010 un don de 500 000 ouvrages francophones à la Bibliotheca Alexandrina[5], comme socle du partenariat entre les deux institutions[6].

La Bibliotheca Alexandrina est un établissement trilingue : arabe, français, anglais, et doit devenir selon son directeur Ismail Serageldin un haut lieu de la francophonie dans la région.

La bibliothèque a été proposée en 2003 pour une inscription au patrimoine mondial et figure sur la « liste indicative » de l’UNESCO dans la catégorie patrimoine culturel[7].

ArchitectureModifier

L'architecture de la bibliothèque a été choisie à l'issue d'un concours organisé par l'UNESCO ; c'est la proposition d'une agence d'architecture norvégienne, Snøhetta, qui a été retenue. Le plan a été réalisé par l'ingénieur égyptien Mamdouh Hamza.

MuséesModifier

À côté de la salle de lecture se trouvent trois musées, cinq instituts de recherche ainsi que des salles d'exposition.

Dans la bibliothèque, les salles de lecture s'étagent sur sept niveaux dont quatre se trouvent sous le niveau de la mer. De hautes colonnes ornées de fleurs de lotus décorent l'intérieur des salles de lecture qui peuvent accueillir jusqu'à 2 000 personnes.

Un musée est réservé à des milliers de manuscrits anciens, dont deux copies de la Bible offertes par le Vatican à la bibliothèque, ainsi qu'une copie de la Description de l'Égypte. Il possède une copie identique de la pierre de Rosette et un livre du mémorandum de l'inauguration du canal de Suez comprenant des tableaux de la cérémonie du voyage des reines et des princes, dessinés par l'artiste du Khédive Ismaïl Pacha.

Centre de conférencesModifier

ControversesModifier

Comme le soulignait un article de la revue American Librairies[8], l’Égypte, n’ayant pas de culture de service publique de bibliothèques, n’était pas préparé à un projet d’une aussi grande envergure que la reconstruction de la fameuse bibliothèque d’Alexandrie. À l’imaginaire collectif et aux attentes internationales, s’additionne le manque de compétences locales et le projet se heurte ainsi à des mentalités très différentes. L’influence occidentale y est aussi très mal perçue et le gouvernement doit faire face à des groupes frôlant parfois l’extrémisme.

Les controverses commencent dès l’appel au financement du projet dans les années 1990. C’est d’abord le président des Émirats arabes unis qui octroie le premier une somme considérable (20 millions), suivit de Saddam Hussein (21 millions), deux dirigeants de pays totalitaires : le premier est pro-talibans et l’autre, prêt à envahir le Koweït[9]. De plus, le projet de la Bibliotheca avait été estimé initialement à 65 million de dollars[10], pour finalement se terminer à plus de 250 million de dollars[11] soit plus de trois fois son prix initial. Aziz Abid, qui était le correspondant du projet à l’UNESCO, craignait justement cette flambée de prix et surtout le drainage des ressources locales, dans une ville légendaire mais à la réalité bien différente aujourd’hui. Les frais récurrents par année ont été estimés à 30 million de dollars (salaires et acquisitions). Ce qui est un luxe que la communauté ne pouvait pas se permettre, sachant que la majorité de la population est pauvre et illettrée, réservant finalement la bibliothèque aux seuls riches[12]. Comme le rapportait Chris Lakeman[13], certains ont même critiqué que cette argent aurait pu être investi dans les bibliothèques existantes ou même dans des projets sociaux.

Le projet est également controversé en raison de ses fouilles archéologiques[11]. L’idée était bien sûr de construire la Bibliotheca sur l’ancien site de la bibliothèque d’Alexandrie. Mais la préférence du gouvernement égyptien pour des délais accélérés – pour sauver de l’argent dans un budget déjà gonflé –, a empêché une véritable excavation d’y avoir lieu. C’est qu’il y avait là un conflit d’intérêt : les promoteurs pour la construction faisaient eux-mêmes partis de l’UNESCO et ceux donc qui avaient le mandat premier de préserver l’héritage alexandrin, ont plutôt joué le rôle de destructeur de patrimoine. De plus, les bulldozers travaillaient de nuit et lorsque cela a été exposé dans les médias européens, l’UNESCO et le gouvernement ont été embarrassé au point de se voir obligé d’allouer des fonds pour les fouilles. Par contre, ils ont énormément limité l’accès au site et ce que les archéologues ont pu trouver, ce sont deux impressionnantes mosaïques[14], sur un site qui n’était rien de moins que les anciens palais des Ptolémées[9].

Après la compétition architecturale remportée en 1988 par Snøhetta, l’architecture retenue a beaucoup fait jaser localement et à l’international. Les Égyptiens lui ont reproché « la faiblesse du symbolisme du projet et sa non-intégration dans l'environnement urbain »[9]. Les médias européens sont allés même plus loin en qualifiant le design de ridicule et de soucoupe volante écrasée sur le continent africain, faisant référence à son disque solaire et exacerbant ainsi son côté « étranger » au projet tout entier[15]. Cela n’aurait peut-être pas été si grave si cela n’aurait été du scandale de fraude de la Balfour Beatty, la compagnie anglaise chargée du projet de construction lui-même. Le Serious Fraud Office (SFO) révèle au grand jour un scandale de corruption allégué qui impliquerait jusqu’à 100 million de livres Sterling manquant de sa comptabilité sur les travaux et ce, sur une période de sept ans. La compagnie accepte de payer 2,25 million de livres Sterling  pour éviter le long processus d’une cour internationale[16]. De plus, parce que les architectes avaient omis d’inclure suffisamment d’espace pour les jardins et le stationnement, le gouvernement avait donné son aval pour détruire des bâtiments adjacents dont un hôpital pour enfants, produisant ainsi un tollé[17].

Il y a eu beaucoup de critiques sur les coûts du projet, mais également sur les collections elles-mêmes. Pendant tout le processus des dix ans de construction, il n’y avait pas de bibliothécaire en chef pour créer et diriger une politique d’acquisition. On peut comprendre que cela soit une grave lacune, mais c’est que le gouvernement ne voulait pas dépenser sur de gros salaires avant l’ouverture. La bibliothèque dépend donc énormément des dons aléatoires[13]. C’est pour cela que la France a fait don de 480 000 ouvrages, couvrant les années 1996 à 2006. Il est évident qu’un ménage soit de mise : tous ces ouvrages ne sont pas pertinents, surtout que certains sont susceptibles de scandaliser les usagers locaux au point de vue de la religion ou de la sexualité[18]. La culture de liberté d’expression la même que nous et peut rapidement tourner à la censure dans un climat politique tendu. En 2002, lors d’une rencontre avec Ismaïl Serageldin, le nouveau directeur et 60 intellectuels, il était clair que la liberté d’expression pour certains orateurs s’arrêtait à Israël, en prononçant des propos antisémites, ce que heureusement le Dr Serageldin ne partage pas, ni la majorité des orateurs qui y étaient présents[13].

Comme l’affirme Chris Lakeman[13], pour que la Bibliotheca Alexandrina puisse rester tournée vers l’avenir, l’Égypte doit faire face à ses tensions politico-religieuses. Mais aussi, l’Occident doit prendre sa part de responsabilité dans les conflits du Moyen-Orient pour ainsi apaiser les tensions et contribuer à un climat libre de censure.

Notes et référencesModifier

  1. (en) « Opening of the Bibliotheca Alexandrina: UNESCO-CI », sur portal.unesco.org (consulté le )
  2. Olivier Poivre d'Arvor, Alexandrie bazar, Mengès, , p. 113
  3. Bruno Texier, « La bibliothèque du l'Institut du monde arabe rouvre ses portes le 31 mars 2017 », Archimag,‎ (lire en ligne, consulté le )
  4. (en) « General Information », Bibliothèque du Congrès (consulté le )
  5. « La Bibliothèque nationale de France offre 500 000 livres à la Bibliothèque d'Alexandrie », site de la BNF, 24 février 2011.
  6. « Remise de 500 000 livres de la France à la bibliothèque d'Alexandrie », site de la BNF, 13 avril 2010.
  7. UNESCO Centre du patrimoine mondial, « Alexandria, ancient remains and the new library - UNESCO World Heritage Centre », sur whc.unesco.org (consulté le )
  8. L. K., « Bibliotheca Alexandrina at 5 : A Study in Contrasts. », American Librairies, 38(7),‎ , p. 26–27 (lire en ligne)
  9. a b et c Alexandre Buccianti, « Politique et polémiques autour d'une construction. », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  10. Beverley Butler, Return to Alexandria : An Ethnography of Cultural Heritage, Revivalism, and Museum Memory (Ser. Publications of the Institute of Archaeology, University College London. Critical Perspectives on Cultural Heritage), Londres, Routledge, p. 182
  11. a et b Hala Bouyami (dir.) et Karine Bennafla (dir.), Atlas de l'Égypte contemporaine, Paris, CNRS Éditions, , « Bibliotheca Alexandrina : le mythe renaissant », p. 130
  12. Beverly Butler, Ibid, p. 183
  13. a b c et d Chris Lakeman, « Egypt's Latest Treasure », Bookseller, no 5050,‎ , p. 21-22
  14. Beverly Butler, Ibid, p. 171-173
  15. Beverly Butler, Ibid, p. 174-175
  16. David Leigh et Rob Evans, « Balfour Beatty Agrees to Pay £2.25M Over Allegations of Bribery in Egypt », The Guardian,‎ (lire en ligne)
  17. Beverly Butler, Ibid, p. 178-179
  18. Robert Solé, « Pluie de livres français sur Alexandrie », Le Monde,‎ (lire en ligne)

BibliographieModifier

  • Beverly Butler, Return to Alexandria: An Ethnography of Cultural Heritage, Revivalism, and Museum Memory, (Ser. Publications of the Institute of Archaeology, University College London, Critical Perspectives on Cultural Heritage), Londres, Routledge, 2016
  • Hala Bayoumi (dir.) et Karine Bennafla (dir.), Atlas de l'Égypte contemporaine, Paris, CNRS Éditions, 2020
  • Ismaïl Serageldin, Bibliotheca Alexandrina, Alexandrie, Bibliotheca Alexandrina, (OCLC 66990198).

AnnexesModifier

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Article connexeModifier

Liens externesModifier