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Bernard Deloche

professeur d'université français
Bernard Deloche
Bernard Deloche IMG 3127.png
Signature de l'ouvrage sur André Malraux le 11 octobre 2018
Biographie
Naissance
Nationalité
Activité

Bernard Deloche est un philosophe et muséologue français, né à Lyon (France) en 1944. Professeur émérite de l’Université Lyon 3 où il a enseigné de 1980 à 2009 et dirigé pendant dix ans un master de muséologie et nouveaux médias, il mène des recherches sur la muséologie et les musées, l’esthétique et la philosophie de l’art, l’épistémologie des techniques d’attribution des productions anonymes et la connaissance des arts mineurs et des productions régionales. Membre du Comité international pour la muséologie, au sein du Conseil international des musées (ICOM), il a fondé et dirigé le Laboratoire d’analyse morphologique des productions d’art par la statistique (LAMPAS) de 1990 à 2003.

Formation et recherches esthétiquesModifier

Agrégé de philosophie et diplômé de l'Institut d'études politiques de Lyon, Deloche revendique quatre sources d’influence principales dans sa formation : Bernard Bourgeois, Gilles Deleuze, Henri Maldiney et François Dagognet, ce dernier ayant dirigé la thèse d’État qu’il soutient en 1979 à Lyon sur L’art du meuble, introduction à l’esthétique des arts mineurs et qu’il publie deux ans plus tard. Il est successivement nommé Maître-assistant, Maître de conférences puis Professeur d’esthétique et sciences de l’art à la faculté de philosophie de l’Université Lyon III Jean Moulin[1].

Deloche développe une contribution importante (près d'une vingtaine d’ouvrages et plus de cent articles, écrits seul ou en collaboration) sur les arts dits mineurs ou décoratifs (sièges, luminaires avec Philippe Boucaud, faïences, etc.) et le mobilier régional (notamment lyonnais)[2]. Le caractère multiple de cette production lui permet, à partir de la constitution de séries, de modéliser les structures de certaines formes, notamment grâce à l’informatique, afin de mieux comprendre la structure de fabrication des objets, mais également – dans le cas de mobilier anonyme – de développer des modèles automatiques d’attribution. C’est cette logique qu’il développe dans Une esthétique expérimentale. Contribution à la théorie de l'attribution, publié en 1992[3] et qui a donné lieu à la conception d'un système expert à apprentissage (Systex) récemment récrit par Eric Detoisien.

La muséologie et le musée virtuelModifier

Le premier ouvrage spécifiquement consacré aux musées, Museologica. Contradictions et logique du musée, a fait sensation dans les milieux muséaux. Deloche y dénonce, de manière particulièrement acerbe les pratiques sacralisantes des conservateurs, l’auteur appelant à une transformation radicale du musée qu’il envisage, dès 1985, à partir de l’informatique et du développement de substituts. Cet ouvrage lui vaut l’inimitié de nombre de conservateurs[4], mais il est également salué par les muséologues, notamment les partisans de la nouvelle muséologie, et édité à nouveau par l’association Muséologie nouvelle et Expérimentation sociale (MNES)[5]. Il poursuit la même critique – paradoxalement fondée sur une connaissance fine et sensible de l’objet – à travers plusieurs autres ouvrages, notamment Mythologie du musée[6].

C’est à partir du milieu des années 1980 que Deloche s’investit particulièrement dans le domaine de la muséologie, notamment à travers le comité international pour la muséologie de l’ICOM dont il est membre et pour lequel il publie de très nombreux articles dans la revue Icofom Study Series ainsi que pour le Dictionnaire encyclopédique de muséologie[7] où il s’attache à définir nombre de concepts importants pour la muséologie, comme le (champ) muséal, la communication ou le musée comme institution, ainsi que le musée virtuel. Il édite également, avec Jean-Michel Leniaud, une anthologie des premiers textes révolutionnaires sur les musées, et notamment les contributions de Félix Vicq d’Azyr, de l’abbé Grégoire ou de Boissy d’Anglas[8].

Les développements des technologies de l'information et de la communication le conduisent, à partir de 1999, à mettre en place un premier diplôme de DESS (Master Pro) consacré à la muséologie et aux nouveaux médias, qu’il dirige jusqu’à son accession à l’éméritat, en 2009. C’est dans ce contexte de transformations profondes de la société qu’il poursuit sa réflexion sur le musée et la muséologie et consacre un ouvrage au musée virtuel[9], dont le concept – Deloche utilise le terme « virtuel » au sens de Deleuze, c’est-à-dire « en puissance », comme un œuf est un poulet virtuel – permet d’évoquer non seulement les développements du cybermusée et autres collections numériques, mais d’également relier, au sein du champ muséal, d’autres projets visant à proposer de nouvelles réponses aux problèmes de documentation et de transmission du sensible auquel répond actuellement le musée classique. Ainsi, ce dernier n’apparait que comme l’une des solutions possibles pour répondre aux problèmes que se pose la société, comme le faisaient les musées de papier au XVIIe siècle, les journaux encyclopédiques (le musée des familles) au XIXe, l’écomusée dans les années 1970 et le cybermusée à partir des années 1990.

Pour Deloche, la révolution numérique se présente d’emblée comme un phénomène majeur, susceptible de transformer radicalement la culture et les pratiques sociales[10]. Il est fort probable que, dans cette perspective, les musées soient à nouveau amenés à se transformer. Bernard Deloche a souvent déclaré ne pas aimer ces derniers, du moins sous leur forme classique, tout en reconnaissant son intérêt pour la nouvelle muséologie (dernier changement radical de l’éthique du champ muséal), les écomusées et les musées de société[11]. Le concept de musée virtuel permet d’envisager continuellement de nouvelles formes muséales au gré des évolutions de la société, susceptibles de répondre à nos besoins de culture, entendus comme « l’ensemble des acquisitions qui font d’un être génétiquement humain un homme »[12].

BibliographieModifier

  • L'art du meuble (introduction à l'esthétique des arts mineurs), préface de François Dagognet. 500 p., 16 p. de photographies, Éditions l'Hermès, Lyon, 1980.
  • Le mobilier bourgeois à Lyon, XVIe-XVIIIe s., avec la collaboration technique de Jean Rey, préface de Jean-Michel Tuchscherer. 200 p., plus de 200 illustrations. - Éditions l'Hermès, Lyon 1980. - 2e édition revue et augmentée, 216 p. - Éditions l'Hermès, Lyon, 1983.
  • Guide des portes et impostes lyonnaises, en collaboration avec Madeleine Bunevod, préface de Olivier Girerd. 52 p. - La Renaissance du Vieux-Lyon, Lyon, 1980.
  • Le mobilier régional français : Lyonnais, Forez, vallée du Rhône, avec la collaboration de Chantal Deloche, préface de Jean Cuisenier. 248 p. - Éditions de la Réunion des Musées Nationaux et Berger-Levrault, Paris, 1982.
  • Museologica (contradictions et logique du musée), préface de André Desvallées, réflexions critiques de François Dagognet. 204 p. - Librairie philosophique J. Vrin et Institut Interdisciplinaire d'Études Épistémologiques, Paris/Lyon, 1985. - 2e édition revue et corrigée, 224 p. : Éditions W/MNES, Mâcon, 1989 (ouvrage publié avec le concours de la Direction des Musées de France et du Ministère de la Culture).
  • La culture des sans-culottes, en collaboration avec Jean-Michel Leniaud, préface de Jack Lang, ministre de la culture. 446 p. - Éditions de Paris et Presses du Languedoc, Paris-Montpellier, 1989.
  • Les ateliers lyonnais de menuiserie en meubles et d'ébénisterie, 152 p. - LUGD, Éditions lyonnaises d'art et d'histoire, Lyon, 1992.
  • Une esthétique expérimentale (contribution à la théorie de l'attribution), 265 p. - LAMPAS, Lyon, 1992. - 2e tirage, Éditions du Cosmogone, Lyon, 1999.
  • Faïences de Lyon, avec la collaboration de Michel Descours et de Léon Sublet, 240 p. - Éditions Beau fixe, Plouguerneau, 1994.
  • L'art des bossetiers lyonnais (XVIIe-XIXe s.), 96 p., préface de Philippe Boucaud - Aléas, Lyon, 1996.
  • Le musée virtuel. Vers une éthique des nouvelles images, 265 p., préface de Régis Debray - PUF, Paris, 2001 ; trad. Espagnole par Lourdes Perez, Ed. Trea, Gijon, septembre 2003, 238 p. ; trad. Serbe par Vera Pavlović, Virtuelni Musej, Belgrade, Clio, 2006.
  • L’esthétique de Johann Georg Sulzer (1720-1779), actes du colloque international du 21 novembre 2003, sous la direction de Bernard Deloche. – Université Jean-Moulin Lyon 3, Lyon, 2005.
  • La nouvelle culture. La mutation des pratiques sociales ordinaires et l’avenir des institutions culturelles, Paris, L’Harmattan, 2007.
  • Nogaret et le siège lyonnais, en collaboration avec Jean-Yves Mornand, Lyon, Jacques André, 2008.
  • Le musée non linéaire. Exploration des méthodes, significations et valeurs de la communication avec le public par le musée, traduction française du texte de M. McLuhan, H. Parker, J. Barzun, en collaboration avec François Mairesse et Suzanne Nash, Lyon, Aléas, 2008.
  • Pourquoi (ne pas) aller au musée, en collaboration avec François Mairesse, Lyon, Aléas, 2008.
  • Mythologie du musée, Paris, Le Cavalier bleu, 2010.
  • L’ébénisterie provinciale en France au XVIIIe siècle et Abraham Nicolas Couleru, en collaboration avec Jean-Yves Mornand, Préface de Daniel Alcouffe, Dijon, Éditions Faton, 2011.
  • Je suis... André Malraux, Préface de Bernard Bourgeois, Lyon, Jacques André, 2018.

PréfacesModifier

  • Du fil à retordre, l'architecture des moulins à soie, par B. Duprat, M. Paulin, F. Tran, préface de B. Deloche, Lyon, PUL, 1993.
  • Le nouvel âge des musées, par Jean-Michel Tobelem, préface de B. Deloche, Paris, Armand Colin, 2005.
  • Le musée hybride", par François Mairesse, préface de B. Deloche, Paris, La Documentation française, 2010.
  • L’art du meuble en Bresse, par Josette Foilleret, préface de B. Deloche, Patrimoine de l'Ain, Bourg en-en-Bresse, 2014.
  • Zbynek Z. Stránský et la muséologie. Une anthologie, F. Mairesse (dir.), préface de B. Deloche, Paris, L'Harmattan, 2019.

Notes et référencesModifier

  1. Une brève biographie est donnée dans le Who is Who of museum personnel, museologists, collectors, scientists, Museum Aktuell : http://www.museum-aktuell.de/index.php?site=wissenschaftler_2&step=2&BG=8 (consultation août 2014).
  2. Voir bibliographie et X ; « Les ébénistes lyonnais à la loupe », Le Progrès, vendredi 1er janvier 1993, p. 7.
  3. L’ouvrage est réédité en 1999. Voir Michel Jean-Luc, « Esthétique, schématisation, induction et fractales », Graphein, disponible sur Internet : http://www.jeanlucmichel.com/Distanciation/Graphein.html (consultation août 2014) Pierre Juhasz « Quelques réflexions sur une esthétique expérimentale de Bernard Deloche » in « Les sciences de l’art en question », Les Cahiers Arts & sciences de l’art, no 1, Paris, L’Harmattan, 2000.
  4. Voir le débat qui suit la présentation de Bernard Deloche de son ouvrage dans le Séminaire de l’École du Louvre, Quels musées pour quelles fins aujourd'hui?, Paris, la documentation française, 1983, p. 239-246. Pour une évocation plus récente : Rieusset-Lemarié Isabelle. "De l'utopie du «musée cybernétique» à l'architecture des parcours dans les musées"n In: Publics et Musées. no 16, 1999. p. 103-128.
  5. Voir la préface d’André Desvallées à Museologica. Contradictions et logique du musée, Paris/Lyon, Librairie J. Vrin/IIEE, 1985.
  6. Dubé P. « Mythologie du musée, de l’uchronie à l’utopie », Muse, novembre/décembre 2010, p. 50.
  7. Desvallées A., Mairesse F. (dir.), Dictionnaire encyclopédique de muséologie, Paris, Armand Colin, 2011. La revue Icofom study series est consultable à l’adresse suivante : http://network.icom.museum/icofom/publications/our-publications/
  8. L’ouvrage est remis en contexte dans Desvallées A., « A propos du Patrimoine en question de Françoise Choay », La lettre de l’OCIM, 128, mars/avril 2010, p. 36-39.
  9. Voir notamment Meunier A., Fourcade M.-B., « Entretien avec Bernard Deloche », Muséologies, 6, 2, 2013, p. 53-63 ; Jadé M., Le patrimoine immatériel : perspectives d’interprétation du concept de patrimoine, Paris, L’Harmattan, 2006, p. 44 sq.
  10. Deloche B., La nouvelle culture. La mutation des pratiques sociales ordinaires et l'avenir des institutions culturelles, Paris, L'Harmattan, 2006. Voir aussi Meunier A., Fourcade M.-B., op. cit.
  11. Deloche B., Mairesse F., Pourquoi (ne pas) aller au musée ?, Lyon, Aléas, 2008.
  12. Deloche B., « définition du musée », in Mairesse F., Desvallées A. (Dir.), Vers une redéfinition du musée ?, Paris, l’Harmattan, 2007, p. 93-101.

Liens externesModifier