Ouvrir le menu principal

Tighina

Caractères cyrilliques Cette page contient des caractères cyrilliques. En cas de problème, consultez Aide:Unicode ou testez votre navigateur.
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bender (homonymie).
Bender
Coat of arms of Bender County, Bessarabia Guberniya.svgBendery-Flag-2003b.png
Bender Fortress. Northern side 02.JPG
Noms officiels
(ru) Bender - Бенде́ры
(uk) Benderi - БендериVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom local
(ro) TighinaVoir et modifier les données sur Wikidata
Géographie
Pays
Partie de
Municipalité de Bender (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Capitale de
Municipalité de Bender (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Superficie
97,29 km2Voir et modifier les données sur Wikidata
Altitude
15 mVoir et modifier les données sur Wikidata
Coordonnées
Bender map 2008.png
Démographie
Population
91 882 hab. ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Densité
944,4 hab./km2 ()
Fonctionnement
Jumelages
Histoire
Fondation
Identifiants
Code postal
MD-3200Voir et modifier les données sur Wikidata
Site web

Bender (signifiant « port » en turc) ou Bendery (translittération du nom Бенде́ры) sont les noms turc et russe de la ville moldave de Tighina (nom autochtone en roumain moldave, טיגינה Tiginh en yiddish). Les deux noms ont été officiels à tour de rôle ou simultanément. Bien que située sur la rive droite du Dniestr, en Bessarabie, et ne faisant donc pas partie de l'unité territoriale (Unitatea teritorială din stînga Nistrului), elle est contrôlée par la Transnistrie (autodésignée comme république moldave du Dniestr, Republica moldovenească nistreană), république majoritairement russophone et autoproclamée mais non reconnue par l'ONU et pour laquelle seul le nom turco-russe de Bender ou Bendery est officiel.

Dubăsari, Grigoriopol et Bender/Tighina sont les trois villes de Transnistrie ayant le plus de populations moldaves ; mais la plus grande partie de Tighina/Bender (à l'est) reste encore aujourd'hui revendiquée (et contrôlée de facto) par la république autoproclamée (en même temps que de petits secteurs dans deux autres districts limitrophes : au nord de la ville un secteur à l'est du district officiel moldave d'Anenii Noi, ainsi qu'au sud de la ville un secteur au nord du district officiel moldave de Căușeni), c'est-à-dire en dehors de l'unité territoriale reconnue par la Moldavie comme autonome (mais pas indépendante) avec un statut particulier. Au sein de la Moldavie, Bender/Tighina possède le statut officiel de municipalité et abritait 130 000 habitants lors du recensement de 1989 avant la scission de la ville.

Sommaire

NomsModifier

 
Entre 1812 et 1856, les armoiries de la Bessarabie russe plaçaient l'aigle bicéphale des Tzars au-dessus de la tête d'aurochs moldave[1], une configuration reprise par l'écu actuel de la ville, plaçant l'aigle russe au-dessus du lion doré tighinois (initialement sur fond « de gueules » - rouge).

Le nom autochtone médiéval de Tighina est mentionné au début du XVe siècle comme poste de douane dans un privilège accordé par le hospodar moldave Alexandre Ier le Bon (Alexandru cel Bun) aux marchands de Lviv le . Le document est écrit en latin, et l’endroit est appelé Teghenaccio (dénomination probablement d’origine génoise)[2]. Le nom figure aussi comme Tiahin ou Tehinia sur les chartes polonaises. Tighina est aussi le nom d’un ținut (comté) de la Principauté de Moldavie (1359-1538), qui apparaît ensuite dans des documents de la seconde moitié du XVe siècle et reste officiel au début de la période russe ("Тигина" ou "Тишиная", 1812-1836). C’est également le nom d’un județ (département) de la République démocratique moldave (1917-1918), de la Roumanie (1918-1940 et 1941-1944) et à nouveau de la Moldavie (1998-2001 sous les gouvernements non-communistes).

Le nom turc de Bender (بندر) apparaît avec l’Empire ottoman à partir de 1538. Au XVIIIe siècle, la citadelle et la ville s’appellent Tighina pour les chrétiens (moldaves, polonais, russes…) et Bender pour les musulmans (turcs et tatars)[3]. Bender dénomme aussi une raya ottomane, puis un ouïezd du Gouvernement de Bessarabie (1836-1917) et enfin un raion (arrondissement) de la République socialiste soviétique moldave (1940-1941 et 1944-1991), tous situés autour de la ville, qui en était le chef-lieu. Bender est seul officiel de 1792 à 1812 (période turque), de 1836 à 1918 (seconde partie de la période russe), en 1940-41 et 1944-1991 (URSS) et de 2001 à 2009 (Moldavie sous gouvernement communiste). La translittération Bendery ou Bender’ est dominante en français à l'époque soviétique.

Depuis l’indépendance de la Moldavie en 1991, le nom de la ville est devenu un enjeu symbolique dans la controverse identitaire qui traverse le pays.

De facto, pour les autorités transnistriennes comme pour la coalition pro-russe PCRM-PSRM gouvernant la Moldavie, Bender seul est officiel, et les gouvernements issus de cette coalition ont tous rappelé cela[4] et affirmé que l’utilisation de Tighina est, selon eux, une « manifestation du fascisme roumain »[5].

De jure, Bender et Tighina sont tous deux officiels dans le cadre du bilinguisme admis par la législation moldave pour la « Région autonome » russophone de la rive gauche du fleuve („Unitatea teritorială din stînga Nistrului”)[4]. Pour la Cour constitutionnelle moldave et pour les autochtones de Moldavie, utiliser Tighina c’est exprimer du « respect pour l’identité moldave de la Moldavie », et vouloir exclure ce nom au profit du seul Bender est, selon eux, une « manifestation de l’influence russe et de la nostalgie de l'URSS »[6].

HistoireModifier

 
Timbre moldave figurant la forteresse médiévale.

Le site est occupé depuis le paléolithique. Proche d'un gué du Dniestr mais aussi port fluvial accessible depuis la mer Noire, la cité a eu de nombreux maîtres au cours des temps : Cimmériens, Scythes, Gètes, Grecs antiques et Carpes dans l'antiquité, Goths, Huns et Gépides dans l'antiquité tardive, Avars et Bulgares au VIe siècle, Khazars au VIIIe siècle, Russiens et Magyars au IXe siècle, Grecs byzantins et Petchénègues au XIIe siècle, Coumans puis Tatars au XIIIe siècle, Italiens génois en 1315, Moldaves en 1359, Turcs en 1538, Russes en 1812, Moldaves en 1917, Roumains en 1918 et Soviétiques en 1940. À l'indépendance de la Moldavie l'été 1991, les russophones de Transnistrie occupent la ville et exigent son maintien dans l'URSS, mais lors de l'effondrement de l'Union en décembre, ils font sécession et depuis, Tighina/Bender se trouve sous leur contrôle.

En 1538, le sultan ottoman Soliman le Magnifique conquiert la forteresse. Au XVIIIe siècle, la forteresse est agrandie, le port approfondi par le prince de Moldavie Antioch Cantemir, vassal des Ottomans. En 1713, la forteresse accueille Charles XII, roi de Suède réfugié ici après l'échec de son attaque contre la Russie.

Tighina/Bender tombe aux mains des Russes pendant la guerre russo-turque de 1806-1812, et est annexée avec la Bessarabie par la Russie impériale au terme du conflit. La voie ferrée reliant Chișinău à Odessa pour écouler les productions bessarabiennes, passe par Tighina/Bender et franchit le fleuve sur un pont métallique, augmentant son importance stratégique. En 1917, pillée par les armées débandées à la suite de la révolution russe, la Bessarabie devient une République démocratique moldave qui, menacée par le Traité de Brest-LitovskLénine la livre aux Allemands, appelle à son secours l'armée franco-roumaine et proclame en 1918 son rattachement à la Roumanie, Tighina comprise. Les bolchéviks font alors sauter le « pont de Bender », pour empêcher les interventionnistes franco-roumains d'entrer en Russie/Ukraine. Dans le cimetière mémorial de Bender, situé non loin de l'arc de triomphe de la ville, parmi d'autres carrés militaires (roumains, hongrois...), une plaque de marbre porte une épitaphe dédiée à vingt-cinq soldats et officiers d'un régiment d'Avignon tombés en 1919.

Sous l'administration roumaine, Tighina devient le siège de l'Office international Nansen pour les réfugiés qui tente de secourir les Russes blancs, anciens aristocrates, bourgeois, marchands (dont un grand nombre de juifs russes), soi-disant « koulaks », intellectuels, indépendantistes ukrainiens, anarchistes, paysans affamés qui essaient de passer le Dniestr à la nage ou sur la glace sous les balles des garde-frontière soviétiques, tous étant indistinctement classés comme « éléments contre-révolutionnaires ». Certains parviennent à passer, surtout de nuit, mais bien rares sont ceux qui parviennent à emporter quelque bagage, et beaucoup sont tués, noyés, ou capturés et envoyés au Goulag : parmi ceux qui s'échappent, plus d'un est rançonné par les garde-frontière roumains avant d'être pris en charge par l'Office Nansen[7].

Suite du pacte germano-soviétique, fin juin 1940 l'URSS occupe la région et le NKVD déporte la plupart des Tighinois roumains/moldaves[8]. Lors de l'attaque nazie contre l'URSS, l'armée du régime fasciste Antonescu, alliée du Troisième Reich, reprend Tighina jusqu'en 1944 et ce sont cette fois les juifs Benderiotes, accusés d'avoir soutenu l'occupant soviétique, qui sont déportés en Transnistrie, d'où la plupart ne sont pas non plus revenus[9], de sorte que la ville est sévèrement dépeuplée et ruinée lors du retour de l'Armée rouge en 1944. L'URSS récupère la région et la ville à l'issue de la seconde Guerre mondiale et intègre Bender au sein de la république socialiste soviétique moldave. La ville se repeuple de Moldaves venus des campagnes affamées (famine soviétique de 1946-1947) et de colons russes ou ukrainiens venus construire des usines, des logements et pour relever le pont.

Pendant la guerre de Transnistrie, la plupart des combats se déroulent autour de la ville et sur le pont, à 10 km de Tiraspol. Tighina/Bender est officiellement démilitarisée depuis le conflit de 1992, mais reste sous contrôle la Transnistrie, dont les forces de police et autres ne sont pas officiellement des militaires, mais patrouillent néanmoins casquées et armées de kalachnikovs.

Personnes célèbresModifier

 
Statue de Pouchkine, élevée en 1980. Le grand poète russe a vécu quelque temps en Bessarabie.

Les personnalités natives de Bender/Tighina comprennent :

NotesModifier

  1. Source : [1]
  2. Dinu Poștarencu, Din istoria Tighinei (Histoire de Tighina), éd. Universitas, Chișinău 1992, 152 pp., (ISBN 5-362-00876-5), page 84.
  3. Dinu Poștarencu, Din istoria Tighinei (Histoire de Tighina), éd. Universitas, Chișinău 1992, 152 p.., (ISBN 5-362-00876-5), page 85.
  4. a et b Législation moldave sur [2].
  5. Florilège de déclarations d’Igor Dodon, d’Inna Choupak, de Grigori Petrenko, d’Igor Touliantsev, de Renato Usatyi (ru), d’Irina Vlah ou de Vladimir Voronine, personnalités russophones de Moldavie.
  6. La Cour constitutionnelle a jugé le 5 décembre 2013 par son arrêt no 36 que les glossonymes et toponymes autochtones figurant dans la déclaration d'indépendance du pays, priment sur celles « moldavistes » (en fait russes et soviétiques, mais écrites en graphie roumaine) adoptées après 1992 ([3] et [4]).
  7. Anthony Babel, La Bessarabie, éd. Félix Alcan, Genève et paris, 1932 et Anatol Petrencu, Les déportations staliniennes, Journal de Chisinau, no 294 du 2 juillet 2004.
  8. Nikolaï Théodorovitch Bougaï, Informations des rapports de Béria et de Krouglov à Staline, éd. de l’Acad. de sciences de Moldavie nr. 1, Chișinău, 1991 (Н.Ф. Бугай «Выселение произвести по распоряжению Берии…» О депортации населения из Молдавской ССР в 40-50- е годы – Исторические науки в Молдавии. № 1. Кишинев, 1991. 1.0), Déportation des peuples de Biélorussie, Ukraine et Moldavie, éd. Dittmar Dahlmann et Gerhard Hirschfeld, Essen, Allemagne, 1999, p. 567-581 (Депортация народов из Украины, Белоруссии и Молдавии : Лагеря, принудительный труд и депортация. Германия. Эссен. 1999. 1.3) et « К вопросу о депортаций народов СССР в 30-40х годах… » Étude sur la déportation des peuples soviétiques dans les années 1930-40 - ISSSR (1989).
  9. Voir Persécution et extermination des Juifs en Roumanie.

JumelageModifier

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Dinu Poștarencu, Din istoria Tighinei (Histoire de Tighina), éd. Universitas, Chișinău 1992, (ISBN 5-362-00876-5), 152 p..

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Sur les autres projets Wikimedia :