Benazir Bhutto

femme politique pakistanaise
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Benazir Bhutto
بینظیر بھٹو
بينظير ڀٽو
Illustration.
Benazir Bhutto en 2004.
Fonctions
Première ministre du Pakistan

(3 ans et 17 jours)
Président Wasim Sajjad
Farooq Leghari
Prédécesseur Moeenuddin Ahmad Qureshi
Successeur Miraj Khalid

(1 an, 8 mois et 4 jours)
Président Ghulam Ishaq Khan
Prédécesseur Muhammad Khan Junejo (indirectement)
Successeur Ghulam Mustafa Jatoi
Ministre des Finances du Pakistan

(2 ans, 8 mois et 14 jours)
Président Farooq Leghari

(2 ans et 2 jours)
Président Ghulam Ishaq Khan
Ministre de la Défense du Pakistan

(1 an, 8 mois et 2 jours)
Président Ghulam Ishaq Khan
Présidente du Parti du peuple pakistanais

(23 ans, 11 mois et 17 jours)
Prédécesseur Nusrat Bhutto
Successeur Bilawal Bhutto Zardari
Asif Ali Zardari (coprésident)
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Karachi (Pakistan)
Date de décès (à 54 ans)
Lieu de décès Rawalpindi (Pakistan)
Nature du décès Assassinat
Nationalité Pakistanaise
Parti politique Parti du peuple pakistanais
Conjoint Asif Ali Zardari (1987-2007)
Enfants Bilawal Bhutto Zardari
Bakhtawar Bhutto Zardari
Asifa Bhutto Zardari
Diplômé de Radcliffe College (université Harvard)
Lady Margaret Hall, (université d'Oxford)
St Catherine's College (université Harvard)
Religion Islam

Signature de Benazir Bhutto بینظیر بھٹو بينظير ڀٽو

Benazir Bhutto
Premiers ministres du Pakistan

Benazir Bhutto (en ourdou : بینظیر بھٹو ; en sindhi : بينظير ڀٽو ; /beːnəziːr bɦʊʈːoː/), née à Karachi le et morte assassinée à Rawalpindi le , est une femme d'État pakistanaise. Elle est Première ministre de 1988 à 1990 et de 1993 à 1996.

Dirigeante du Parti du peuple pakistanais (PPP) de 1984 à sa mort, Benazir Bhutto succède politiquement à son père Zulfikar Ali Bhutto. Ce dernier a fondé le PPP et dirigé le pays de 1971 à 1977, avant d'être pendu en 1979 par le régime Zia, contre lequel Benazir s'érige en principale opposante.

Benazir Bhutto devient la première femme élue démocratiquement à la tête d'un pays musulman, à la suite des élections législatives de 1988. Elle est destituée par le président Ghulam Ishaq Khan en 1990 et perd les élections de la même année. Elle retrouve la tête du gouvernement après le scrutin législatif de 1993. Accusée de corruption et violences claniques, elle termine son second mandat en 1996 avec un ordre de destitution du président Farooq Leghari. Afin d'échapper à la justice, elle s'exile à Dubaï puis à Londres.

Ayant obtenu du président Pervez Musharraf une amnistie, elle rentre au Pakistan pour participer aux élections législatives de 2008. Cheffe de l'opposition, elle est alors favorite et s'associe avec Nawaz Sharif contre Musharraf. Deux semaines avant les élections, elle est tuée lors d'un attentat-suicide après un meeting à Rawalpindi. Sa mort provoque d'importants troubles, trois jours de deuil national et le report des élections, qui sont finalement remportées par son parti ; son mari, Asif Ali Zardari, devient ensuite président de la République.

Origines et formationModifier

Benazir Bhutto est née à Karachi le dans une grande famille de politiciens et propriétaires terriens du Sind où la famille Bhutto possède de vastes terres[1]. Elle est la fille aînée de l'ancien président, puis Premier ministre Zulfikar Ali Bhutto, pakistanais d'origine sindhi, et de Nusrat Bhutto née Ispahani, iranienne d'origine kurde[2]. Elle a deux petits frères : Murtaza et Shahnawaz[3].

Son éducation commence dans des pensionnats d'anciennes missions catholiques[4],[5]. Elle fréquente les écoles de la Congrégation de Jésus et Marie à Karachi puis à Murree (Pendjab) et de nouveau à Karachi[6] où elle obtient son O-level à l'âge de 15 ans. Elle passe ensuite son A-level à la Karachi Grammar School[7].

En 1969, à 16 ans, après ses études secondaires, elle part pour les États-Unis où elle étudie au Radcliffe College de l'université Harvard. Elle obtient un Bachelor of Arts en gouvernement comparé en 1973 avec la mention cum laude[8]. Elle est membre de la sororité Phi Beta Kappa. Elle poursuit son cursus au Royaume-Uni, au Lady Margaret Hall de l'université d'Oxford, où elle étudie la philosophie, la politique et l'économie en parallèle avec le droit international et la diplomatie[7]. En décembre 1976, elle devient la première femme originaire d'Asie à être élue présidente de l'Oxford Union[9].

Vie privée et familialeModifier

 
Benazir Bhutto avec son fils Bilawal dans les bras, en 1989.

En 1985, son frère Shahnawaz Bhutto meurt dans des circonstances suspectes en France[3].

Le 18 décembre 1987, elle épouse à Karachi Asif Ali Zardari, lui aussi issu d'une famille influente et riche du Sind. C'est sa famille et surtout sa mère Nusrat qui presse Benazir de mettre fin à son célibat et lui propose Zardari, afin de préserver son image dans l'opinion et lier les intérêts communs des deux parties[10]. Le couple a trois enfants Bilawal, né en 1988, Bakhtawar et Aseefa, nées en 1990 et 1993.

L'assassinat d'un autre de ses frères, Murtaza Bhutto, en 1996, a contribué à déstabiliser son deuxième mandat de Première ministre. De nombreux proches de Murtaza accusent Benazir d'avoir commandité son assassinat, les deux étant en concurrence et Murtaza voyant sa popularité augmenter[11],[12].

Sous le régime du général ZiaModifier

 
Benazir Bhutto lors d'un rassemblement de l'association du barreau de Karachi en 1979.

En 1977, une fois diplômée, Benazir Bhutto rentre au Pakistan pour entamer une carrière diplomatique. Quelques jours après son retour, son père Zulfikar Ali Bhutto, qui est alors Premier ministre, est démis de ses fonctions après un coup d'État militaire, dirigé par le chef de l'armée Muhammad Zia-ul-Haq, qui impose la loi martiale. Alors que son père est en prison, sa mère prend la direction du Parti du peuple pakistanais (PPP) et envoie Benazir et Shahnawaz à Lahore pour mobiliser les militants du parti. Le général Zia fait passer en cour martiale Ali Bhutto pour conspiration dans l'assassinat d'Ahmed Raza Kasuri et celle-ci le condamne à mort. Malgré de nombreux appels à la clémence de dirigeants étrangers, il est pendu le 4 avril 1979. Benazir Bhutto et sa mère sont au même moment emprisonnées dans le camp de Sihala avant d'être libérées six semaines plus tard[3],[13].

Tandis que ses deux petits frères sont partis à l'étranger pour obtenir un soutien international, les deux femmes organisent la lutte politique et préparent notamment les élections promises par Zia en octobre. Cependant, le scrutin est reporté à une date indéterminée et les deux femmes sont placées en résidence surveillée à Larkana, puis libérées en mars 1980. En février 1981, elles fondent une coalition de partis d'opposition, le « Mouvement pour la restauration de la démocratie », à la suite de quoi Benazir est envoyée en prison à Sukkur. Ses conditions de détention sont dures et elle profite de sa libération trois ans plus tard pour s'exiler au Royaume-Uni pour raison médicale, le 10 janvier 1984[B 1],[13].

En 1984, elle devient chef du Parti du peuple pakistanais qu'avait fondé son père et dont sa mère avait repris la direction. Soutenue par cette dernière qui reste coprésidente[14], Benazir Bhutto exercera de façon autoritaire jusqu'à sa mort une fonction de présidente à vie du PPP, au sein duquel aucune élection ne sera organisée[15].

Elle revient au pays en 1986 et y est accueillie triomphalement. De nouveau emprisonnée quelques jours après une manifestation interdite contre le général Zia, elle échappe à un attentat en janvier 1987.

Ascension au pouvoirModifier

Élections législatives de 1988Modifier

 
Composition de l'Assemblée nationale après les élections de 1988.

Le 17 août 1988, Zia ul-Haq meurt dans le crash de son avion, aux causes non élucidées. Comme le prévoit alors la Constitution, le président du Sénat, Ghulam Ishaq Khan devient Président du Pakistan par intérim. Durant la campagne électorale pour les élections législatives de 1988, le premier enfant de Benazir, Bilawal Bhutto Zardari, naît le 21 septembre 1988[B 2]. Le 29 septembre, des attaques simultanées à Karachi et Hyderabad font 240 morts, paralysant ainsi la campagne électorale[B 3]. Le 5 octobre, après que Benazir Bhutto a déposé un recours en inconstitutionnalité, la Cour suprême annule le décret pris par Zia qui excluait les partis politiques des futures élections. En septembre 1988, le parti au pouvoir, la Ligue musulmane du Pakistan, se scinde en deux partis : l'un pro-Zia et l'autre anti-Zia, dirigée par Muhammad Khan Junejo. Cependant, ces deux derniers partis s'unissent avec sept autres partis politiques et forment une coalition, l'Alliance démocratique islamique (IDA)[B 4]. Dans le même temps, la loi électorale est modifiée, imposant aux électeurs de présenter une carte d'identité. Auparavant l'inscription dans les listes électorales était suffisante. Benazir Bhutto voit cette loi comme un moyen de réduire ses électeurs étant donné que selon elle, seuls 5 % des femmes et 30 % des hommes habitants en dehors des villes disposent d'une carte d'identité[B 4]. Bhutto introduit alors un recours d'inconstitutionnalité, qui n'aboutit pas[B 5]. Elle mène campagne durant un mois, en remontant le pays de Karachi à Rawalpindi par le train.

Le 16 novembre 1988, dans le premier scrutin ouvert depuis plus d'une décennie, son parti, le Parti du peuple pakistanais gagne largement les élections législatives de 1988, remportant 114 sièges contre 60 pour l'Alliance démocratique islamique[16] à l'Assemblée nationale. Le PPP frôle ainsi la majorité absolue de 119 sièges. Le 16 novembre, Benazir Bhutto a voté dans sa circonscription de Larkana et est ensuite allé se recueillir sur la tombe de son père. Elle sera élue dans les trois circonscriptions où elle s'est présentée, c'est-à-dire à Larkana, Lahore et Karachi[B 6]. Sa mère, Nusrat Bhutto, est également élue dans les deux circonscriptions dans lesquelles elle s'est présentée, à Larkana et Chitral[B 6]. Le 19 novembre, le PPP remporte également les élections aux assemblées provinciales, raflant 184 sièges contre 145 pour l'IDA[B 7]. Le PPP forme finalement une alliance de coalition avec le Muttahida Qaumi Movement[17], permettant ainsi d'avoir la majorité absolue à l'Assemblée nationale.

Premier mandat de Première ministre (1988-1990)Modifier

 
Benazir Bhutto en visite à Washington, en juin 1989.

Malgré sa majorité à l'Assemblée nationale, le président par intérim Ghulam Ishaq Khan ne demande pas à Benazir Bhutto de former un gouvernement, et les deux personnes entrent en conflit[B 8]. Finalement, ils trouvent un compromis : Ghulam Ishaq Khan nomme Benazir Bhutto au poste de Premier ministre, et le PPP donnera ses voix à Ishaq Khan pour sa candidature à l'élection présidentielle[18].

Elle prête serment en tant que Première ministre d'un gouvernement de coalition, le 2 décembre 1988[B 9], à l'âge de 35 ans et devient la plus jeune personne et la première femme élue démocratiquement à la tête d'un pays à majorité musulmane[19]. Durant le même mois, le président par intérim Ghulam Ishaq Khan, est élu par l'Assemblée nationale, le Sénat, et les quatre assemblées provinciales formant un collège électoral. Il obtient 608 des 700 voix du collège[18]. Le président Ishaq Khan bénéficie alors des réformes constitutionnelles et des amendements votés par le général Zia qui donnaient un pouvoir important au président[18].

Son mandat marque une période de transition dans la région, avec le retrait les troupes soviétiques d'Afghanistan. Jusqu'ici le gouvernement du général Zia, ainsi que l'ISI, avaient reçu l'aide et le soutien du gouvernement américain dans leur lutte contre l'armée rouge. En juin 1989, Benazir Bhutto rencontre le président américain George H. W. Bush à Washington (photo à droite). Dans son autobiographie, Benazir Bhutto dénonce l'absence de soutien de la part des puissances occidentales à partir de 1989. Elle reçoit le Prix pour la liberté de l'Internationale libérale durant cette même année, un prix destiné à récompenser toutes personnes ou organisation ayant fait des efforts pour favoriser les libertés et la démocratie[20]. Cependant, son mandat marque aussi la recrudescence des partis et des mouvements radicaux, qui réaliseront des scores importants aux élections législatives de 1990.

L'année 1989 correspond également au retour du Pakistan au sein du Commonwealth. En décembre 1988, Rajiv Gandhi et Benazir Bhutto se rencontrent à Islamabad.

Le gouvernement Bhutto mena également une politique de privatisation des grandes entreprises nationales. La réforme commença dès avril 1989 mais fut un semi échec[A 1], les investissements privés n'ont pas été suffisants et les fonctionnaires se sont opposés à la réforme[A 1]. Ainsi, les objectifs de privatisations, qui concernaient en partie l'industrie et les services publics, et notamment la Pakistan International Airlines, la compagnie aérienne nationale, ne purent être totalement atteints[A 1]. Selon certains analystes cet échec est dû au manque d'une politique plus globale en matière de privatisation, ainsi que d'un manque de volonté de réformer profondément les entreprises concernées pour les rendre plus attractives pour les grands investisseurs[A 2]. Le gouvernement de Nawaz Sharif qui lui succéda en 1990 entamera une réforme de privatisation plus large, dont les objectifs seront mieux atteints[A 2].

Les conflits entre le Président et la Première ministre atteignent leur paroxysme en 1990[21]. Ils concernaient notamment la nomination du chef militaire et du Président de la Cour suprême[21]. Le 6 août 1990, après vingt mois de fonction, le président Ghulam Ishaq Khan dissout l'Assemblée nationale et démet de ses fonctions Benazir Bhutto, provoquant ainsi de nouvelles élections législatives. Les assemblées provinciales sont également dissoutes par la suite.

Officiellement, elle est démise sous l'accusation de corruption et d'abus de pouvoir en août 1990, elle comparaît devant des tribunaux spéciaux de septembre 1990 à mai 1991 pour abus de pouvoir, malversations et détournement de fonds public, accusations dont elle sera innocentée en 1994. Son époux, Asif Ali Zardari, est maintenu en détention de 1990 à 1993, puis est acquitté.

Élections législatives de 1990Modifier

 
Benazir Bhutto en pelerinage dans le mausolée de l'imam Reza, en Iran, 1990.

Le président Ghulam Ishaq Khan ayant dissout l'Assemblée nationale, de nouvelles élections législatives se sont tenues le 24 octobre 1990. Le Parti du peuple pakistanais forme alors une coalition avec deux autres petits partis[22]. Face à eux, l'opposition de l'Alliance démocratique islamique s'unit autour de Nawaz Sharif, le nouveau dirigeant de la coalition. Les opposants de Bhutto l'accusent de corruption, et surtout de favoritisme, ce qui poussera certains journalistes à parler du « clan Bhutto », qui inclurait notamment son mari Zardari. Le PPP pâti également d'une augmentation de la criminalité et de l'insécurité, et d'une stagnation de la lutte contre la corruption[23]. L'IDA fera campagne notamment autour de ce dernier sujet[24]. Benazir Bhutto va pourtant contester l'équité de la campagne électorale, arguant que son parti disposait d'un moindre accès aux médias[B 10]. Les observateurs américains signalent quant à eux des fraudes préalables au scrutin.

Le 24 octobre 1990, l'IDA obtient 37,4 % des voix et 7,9 millions de votes, contre 36,8 % et 7,8 millions pour le PPP[25]. Toutefois, l'IDA remportant la majorité dans un plus grand nombre de circonscriptions, elle emporte une large majorité à l'Assemblée avec 106 sièges contre 44 pour le PPP[25].

Malgré ce résultat, le PPP garde sa majorité à l'Assemblée provinciale du Sind ainsi qu'un fort soutien dans ses fiefs, à Karachi, Larkana et Sukkur[26]. De plus, à la veille du scrutin, Bhutto réunit plusieurs centaines de milliers de supporters à Lahore, soit nettement moins que Nawaz Sharif[27]. Ceci permettra notamment aux sympathisants du PPP de contester la régularité du scrutin[25],[28], et Benazir Bhutto a accusé ses opposants de bourrages d'urnes[B 11].

Cheffe de l'oppositionModifier

Élections législatives de 1993Modifier

Le , le président Ghulam Ishaq Khan dissout l'Assemblée nationale et démet de ses fonctions le Premier ministre Nawaz Sharif en raison d'accusations de corruption contre lui[29]. Cependant, la Cour suprême annule cette décision, la jugeant inconstitutionnelle[30]. Finalement, le , la rivalité entre les deux hommes ne trouvant pas de solution, le président et le Premier ministre démissionnent conjointement[30].

Les élections législatives qui s'ensuivent ont lieu le . Sur les 207 sièges élus directement par le peuple, 86 sièges sont remportés par le Parti du peuple pakistanais et 73 par la Ligue musulmane du Pakistan (N), la faction de la Ligue musulmane du Pakistan mené par Nawaz Sharif, qui s'était divisée d'avec celle de Muhammad Khan Junejo, qui obtient six sièges[31]. Les deux principaux partis se lancent alors dans une lutte pour convaincre les petits partis, essentiels pour acquérir une majorité afin de former un gouvernement. Le PPP est ensuite conforté par les élections des assemblées provinciales le 9 octobre[32]. Cependant, il pâtit de la décision du Muttahida Qaumi Movement, traditionnellement son allié, de boycotter les élections[33]. Ces derniers dénoncent des pressions de l'armée[33]. Toutefois, l'élection est reconnue par les observateurs internationaux[34].

Second mandat de Première ministre (1993-1996)Modifier

 
Benazir Bhutto en 1994 avec son homologue espagnol Felipe González.

Le , l'Assemblée nationale élit Benazir Bhutto Première ministre, avec 121 voix contre 72 à Nawaz Sharif[35]. Bhutto obtient donc deux voix de plus que la majorité absolue, de 119 voix. Elle est alors investie à la tête d'une fragile coalition composée essentiellement de petits partis, le plus important d'entre eux étant la Ligue musulmane de Muhammad Khan Junejo qui détient six sièges. Après que Benazir Bhutto a été investie par l'Assemblée nationale le [36], l'élection du président a lieu, le 13 novembre suivant. Elle oppose le président par intérim Wasim Sajjad à Farooq Leghari, membre du Parti du peuple pakistanais[37]. Ce dernier remporte le scrutin par 274 voix contre 168 à Sajjad[38].

À partir de 1993, redevenue Première ministre, elle agit en politicienne plus chevronnée, fait des alliances, y compris avec des militaires, ce qui lui permet de traiter certains des problèmes de façon plus efficace que lors de son premier mandat. Elle doit néanmoins faire face à la montée du fondamentalisme musulman. En 1994, elle s'allie pourtant aux islamistes du Jamiat Ulema-e-lslami (JUI), qui dirige la plupart des madrassas où seront formés les futurs talibans.

Durant son second mandant, Benazir Bhutto tente aussi de raffermir les liens avec les puissances occidentales, notamment les États-Unis. En mars 1995, elle reçoit Hillary Clinton, femme du président américain Bill Clinton et sa fille Chelsea Clinton à Islamabad. Cette visite, fortement médiatisée, permet de montrer à l'occident un visage différent du Pakistan. En novembre 1994, elle est en voyage officiel en France, accompagnée de généraux de l'armée et de son mari Zardari, où elle rencontre le président François Mitterrand[39]. Elle s'exprime devant les députés de la commission des affaires étrangères :

« Nous et le Monde, qu'il soit musulman ou non musulman, nous ne devons pas permettre que les voies stridentes de quelques extrémistes déforment, pour leurs buts politiques personnels, la voie et l'esprit du message de Dieu. (…). Les démocraties devront toujours rester vigilantes à ce sujet. »

— Benazir Bhutto, novembre 1994, Paris[39].

Lors de son arrivée au pouvoir en 1993, elle confie la politique afghane à son ministre de l'intérieur, le général Nasrullah Babar. En novembre 1994, les talibans libèrent un convoi pakistanais qui traversait l'Afghanistan pour se rendre au Turkménistan, révélant l'existence d'une alliance stratégique entre les talibans et le Pakistan, ce dernier souhaitant avoir à sa frontière un Afghanistan stable pour pouvoir développer ses relations avec les anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale[40]. Les talibans prennent Kaboul en septembre 1996. Des documents déclassifiés datés du 22 octobre 1996 ont montré que les services secrets des États-Unis disposaient d'informations sur des fournitures pakistanaises de nourriture, de carburant et de munitions destinées aux talibans[41].

En 1996, alors que des divergences apparaissent entre la Première ministre et le président, le frère de Benazir, Murtaza Bhutto est tué dans une fusillade avec la police à Karachi. Sa mort provoque de forts soupçons autour de Benazir d'autant plus qu'une rivalité était apparue entre les deux personnes. Certains proches de Murtaza accusent Benazir d'avoir commandité son assassinat, les deux étant en concurrence et Murtaza voyant sa popularité augmenter. Cependant, aucune de ses accusations ne sera jamais démontrée. Le président Farooq Leghari accuse Benazir Bhutto d'être impliquée dans sa mort, puis cette dernière renvoie ces accusations contre le président. Le , le président Farooq Leghari démet de ses fonctions la Première ministre et son gouvernement au milieu d'allégations de dysfonctionnements, et d'accusation de corruption, puis il dissout l'Assemblée nationale puis les assemblées provinciales.

Élections législatives de 1997Modifier

 
Benazir Bhutto inaugurant une institution d'enseignement en 1996.

Les élections législatives de 1997 ont lieu le [42] dans un contexte de polémique suite aux accusations de corruption formulées contre Benazir Bhutto et son gouvernement. Le Parti du peuple pakistanais subit la pire défaite de son histoire, remportant seulement 18 sièges à l'Assemblée nationale, contre 137 pour la Ligue musulmane du Pakistan (N)[43]. Dans le même temps, l'abstention atteint un niveau record, avec 35 % de participation[44], montrant ainsi la désillusion des Pakistanais envers leurs hommes politiques. La corruption a été le premier thème de campagne, mais la violence islamiste a été abordée plus que durant les autres élections[45], dans un contexte de talibanisation de l'Afghanistan.

Benazir Bhutto conteste l'impartialité de ces élections[46], et les observateurs internationaux refusent de parler d'élections démocratiques, mais ne dénoncent pas pour autant des fraudes massives[45]. Les sondages préélectoraux prédisaient néanmoins une telle déroute pour le parti de Benazir Bhutto, estimant les voix de la Ligue musulmane du Pakistan (N) à 40 % contre 20 % pour le PPP[47].

Nawaz Sharif décrit ce résultat comme la volonté des Pakistanais de « mettre fin au chaos[46] ». Benazir Bhutto refuse d'appeler à des manifestations, arguant qu'elle ne veut pas menacer la stabilité du Pakistan, alors que l'insurrection talibane prend de l'ampleur[45],[44],[46].

Accusations de corruptionModifier

Si Benazir Bhutto fut dans les années 1980 une égérie politique, célébrée dans son pays et en Occident comme la première femme élue à la tête d'un pays musulman et un espoir de démocratisation du pays, son expérience du pouvoir est plus contrastée. Au-delà de l'absence de réformes majeures sous ses mandats, notamment en ce qui concerne les droits des femmes, elle a été critiquée pour des affaires de corruption et népotisme. Son mari Asif Ali Zardari est plus particulièrement cité, accusé de s'être considérablement enrichi en touchant des commissions contre l'octroi de marchés publics, alors qu'il était ministre de l'investissement dans le second gouvernement de son épouse[48].

En 1997, la justice pakistanaise demande aux autorités suisses d'enquêter sur les comptes bancaires de la famille et près de soixante millions de dollars sont bloqués. En 2003, la justice suisse condamne le couple à six mois de prison avec sursis pour blanchiment d'argent via des sociétés offshore immatriculées aux Îles Vierges et au Panama[48]. Son retour sur la scène politique pakistanaise en 2007 serait en partie lié à réparer cela, ayant confié avant son retour devant les risques d'attentats qui pesaient sur elle si elle revenait au Pakistan : « Je préfère finir en martyre de la démocratie plutôt qu'en dirigeante corrompue. Je veux la rédemption historique »[49].

Exil à l'étrangerModifier

 
Benazir Bhutto rencontre le Premier ministre indien Atal Bihari Vajpayee en 2003.

Afin d'échapper à la justice, elle s'est exilée à Dubaï en 1998. Les poursuites judiciaires restent pour l'essentiel en suspens le temps de son exil et jusqu'à l'amnistie décrétée par Pervez Musharraf en octobre 2007.

En 1999, Bhutto et Zardari sont condamnés pour corruption ; Bhutto, en exil en Angleterre et aux Émirats arabes unis, conteste ce jugement. En 2002, ne s'étant pas présentée au procès en appel, elle est condamnée à ne plus pouvoir pénétrer sur le territoire pakistanais. De plus, le président Musharraf fait voter cette même année un amendement à la constitution interdisant de faire plus de deux mandats de Premier ministre. Cette décision empêche ainsi un retour au pouvoir aux anciens Premiers ministres Bhutto et Nawaz Sharif.

En exil, elle continue de diriger le Parti du peuple pakistanais depuis l'étranger. Celui-ci effectue un retour sur la scène politique lors des élections législatives de 2002, où avec 25,8 % des voix il devient la principale formation de l'opposition au gouvernement de Musharraf[50].

Retour d'exil et préparation des électionsModifier

Retour au PakistanModifier

Durant l'été 2007, de longues transactions ont eu lieu avec le président Musharraf, pour un partage du pouvoir. Le , Musharraf signe l'ordonnance nationale de réconciliation, en accordant notamment l'amnistie à Bhutto et Zardari dans toutes les affaires judiciaires à leur encontre, y compris toutes les charges de corruption. D'autres dirigeants politiques, comme l'ancien Premier ministre en exil Nawaz Sharif sont exclus de cette amnistie. En retour, Bhutto et son parti conviennent de ne pas boycotter l'élection présidentielle. Bhutto est alors fortement critiquée par sa famille politique et certains membres du parti pour avoir signé un accord avec le chef de la junte[51].

Après huit années d'exil à Londres, Benazir Bhutto est de retour à Karachi le , afin de préparer les élections législatives de 2008[52]. En larmes, elle est accueillie par de nombreux sympathisants dès sa descente d'avion à l'aéroport international Jinnah. Le soir même, son convoi est la cible d'un attentat-suicide retransmit en direct à la télévision. Elle sort indemne mais près de 200 personnes sont tuées, surtout des sympathisants dont des gardes de sécurité de son parti et vingt policiers, qui formaient une chaîne humaine autour de son camion pour la protéger[53],[54].

Protestations contre l'état d'urgenceModifier

 
Benazir Bhutto et ses sympathisants tentent de forcer un barrage de sa résidence surveillée.

Le 3 novembre, alors qu'elle est à Dubaï depuis le 1er pour voir ses enfants, elle rentre après que le président Musharraf a décrété l'état d'urgence, en le justifiant par l'augmentation des attentats-suicides, mais surtout dans le contexte du mouvement des avocats qui conteste le pouvoir. Il annonce également le report des élections législatives prévues pour la mi-janvier. Le 7 novembre, Benazir Bhutto appelle à manifester en masse contre l'état d'urgence. Plus tard, 400 de ses partisans seront arrêtés. Le 8 novembre, Pervez Musharraf annonce la tenue des élections législatives avant le et promet de démissionner de son poste de chef des armées avant de prêter serment pour son deuxième mandat en tant que chef de l'État.

Le 9 novembre, Bhutto est assignée en résidence surveillée pour lui éviter de participer au meeting de son parti interdit par l'état d'urgence et par crainte d'attentats. Malgré l'interdiction, elle réussit à passer deux barrages de police avant d'être stoppée. Dans la nuit son assignation est levée et le lendemain elle participe à une manifestation organisée par des journalistes. Dans une déclaration, elle lance un appel à une « longue marche » le 13 novembre entre Lahore et la capitale Islamabad pour exiger du pouvoir la fin de l'état d'urgence et le maintien des législatives à la mi-janvier. Alors qu'elle souhaite rencontrer l'ancien président de la Cour suprême figure du mouvement des avocats, le juge Muhammad Chaudhry assigné à résidence, elle est bloquée par la police. Le 10 novembre, elle part pour Lahore, d'où elle compte mener une « longue marche » de protestation vers la capitale.

Campagne pour les législatives de 2008Modifier

 
Benazir Bhutto en campagne le .

Le , Pervez Musharraf annonce la dissolution du Parlement pour le et la tenue d'élections législatives avant le . Il annonce également l'abandon de son uniforme de général si sa réélection est validée par la Cour suprême.

Le , elle annonce que les négociations pour un éventuel partage du pouvoir avec Musharraf sont rompues. Elle menace le président de boycotter les législatives s'il ne met pas fin à l'état d'urgence. Elle est à nouveau assignée à résidence dans la nuit du 12 au 13 novembre pour une période de 7 jours dans le but notamment de l'empêcher de participer à une manifestation interdite prévue le 12 novembre et contre son opposition au président. 20 000 policiers sont déployés à Lahore, dont 4 000 aux abords de la maison où elle séjourne. Le 13 novembre, dans un entretien, elle demande à la communauté internationale de cesser de soutenir le président Musharraf et réclame sa démission. Elle exclut également de devenir Première ministre tant qu'il sera au pouvoir. Elle propose à son ancien rival et ancien Premier ministre en exil Nawaz Sharif de former ensemble une alliance. Celui-ci s'est dit favorable à cette proposition. 1 500 de ses sympathisants ont été arrêtés alors qu'ils essayaient de mener la « longue marche » prévue.

Le , son assignation est levée quelques heures avant la visite du numéro deux américain des Affaires étrangères John Negroponte. Elle tient une conférence de presse dans laquelle elle affirme que le gouvernement de transition mis en place aujourd'hui avec à sa tête le président du Sénat Mohammedmian Soomro, nouveau Premier ministre et qui est chargé d'organiser, sous l'état d'urgence, les élections législatives et provinciales qui doivent se tenir avant le 9 janvier 2008, n'est pas acceptable.

Le , elle annonce sa candidature dans la circonscription sud de Karachi pour les élections législatives du 8 janvier. Alors qu'elle essaye de fédérer l'ensemble de l'opposition face à Musharraf et contrairement à certains partis qui ont appelé au boycott du scrutin, elle n'a pas encore décidé si elle le boycotterait.

Le , elle accueille favorablement la démission du président Musharraf de la tête de l'armée mais s'est dite peu pressée de le reconnaitre comme un président civil légitime. Le lendemain, Musharraf prête serment pour un second mandat et annonce la levée de l'état d'urgence pour le 16 décembre. Le même jour, Bhutto annonce que son parti participera aux élections législatives et provinciales du 8 janvier mais se réserve le droit de décider plus tard de les boycotter. Le président Musharraf lève l'état d'urgence le 15 décembre, et annonce que les élections prévues le 8 janvier 2008 seront équitables et transparentes.

AssassinatModifier

DéroulementModifier

 
Benazir Bhutto s'exprime devant ses sympathisants le 9 novembre 2007. À gauche, sa voiture blindée.

Le , Benazir Bhutto se rend à un rassemblement du Parti du peuple pakistanais dans un parc public de Rawalpindi, dans la banlieue sud d'Islamabad. En quittant les lieux, elle salue la foule à travers le toit ouvrant de son véhicule blindé lorsqu'un homme présent à moins de deux mètres tire trois coups de feu dans sa direction puis déclenche la ceinture d'explosifs qu'il porte sur lui, tuant 20 personnes et en blessant plusieurs dizaines d'autres[55]. Grièvement blessée à la tête et ayant perdu beaucoup de sang, Benazir Bhutto est transportée au Rawalpindi General Hospital à 17 h 35[56]. Après une demi-heure de massage cardiaque et respiration artificielle, les médecins prononcent son décès à 18 h 16[56],[57].

Transféré dans la nuit à Larkana, le cercueil de Benazir Bhutto est transporté jusque dans sa ville natale de Garhi Khuda Bakhsh, accompagné de centaines de milliers de personnes. Sa dépouille est enterrée aux côtés de son père, dans le mausolée familial[58]. Le nombre de personnes présentes lors de l'enterrement le 28 décembre est estimé jusqu'à 600 000.

Les causes exactes de la mort de Benazir Bhutto font dans les jours qui suivent l'objet d'une controverse[59]. Le gouvernement affirme qu'elle est morte à la suite d'un choc à la tête contre le levier du toit ouvrant de sa voiture alors qu'elle tentait d'éviter les balles tirées par le kamikaze, mais le porte-parole de Benazir Bhutto affirme que l'ancienne Première ministre a été touchée par une balle et déclare : « J'ai vu qu'elle avait une blessure par balle à l'arrière de la tête et une autre, causée par la sortie de la balle, de l'autre côté de la tête »[60]. Javed Cheema, porte-parole du ministère de l'Intérieur, s'est déclaré « prêt à exhumer le corps de Benazir Bhutto pour enquête si son parti le souhaite » mais son mari a refusé d'exhumer le corps afin d'effectuer une autopsie. En février 2008, Scotland Yard a attribué les graves blessures que Benazir Bhutto portait au crâne à une explosion.

RéactionsModifier

 
Une rue de Karachi après les émeutes qui ont suivi l'annonce de la mort de Bhutto.

Sa mort donne lieu à plusieurs manifestations et à des émeutes dans tout le pays[61] ayant fait au moins 32 morts[62] (chiffre officiel). Le président décrète trois jours de deuil national.

Le chef des opérations d'al-Qaïda en Afghanistan, Mustafa Abu Al-Yazid, a revendiqué l'attentat et déclaré de Benazir Bhutto qu'« elle était une fidèle de l'Amérique et promettait d'écraser les moudjahidines, et elle a été liquidée[63] » mais, le même jour, le chef supposé d'al-Qaida au Pakistan, Baïtullah Mehsud, dément l'avoir fait tuer[64].

L'attentat est condamné par la communauté internationale[65].

EnquêtesModifier

Des Nations uniesModifier

Après la victoire du parti de Bhutto, le PPP, aux élections législatives de février 2008, le nouveau gouvernement pakistanais a mandaté l'ONU, en juillet 2008, d'une mission sur « les faits et les circonstances » de la mort de Bhutto[66]. La commission est présidée par Heraldo Munoz, ambassadeur du Chili auprès des Nations unies[67]. Le rapport aurait initialement dû être rendu public le , mais le gouvernement fédéral a demandé que le rapport soit communiqué plus tard afin qu'il soit « étayé par des faits », selon le ministre de l'Intérieur Rehman Malik[68].

Le rapport est rendu public le , et il remet en cause le gouvernement pakistanais, à l'époque celui du président Pervez Musharraf, en l'accusant de ne pas avoir assuré la sécurité de Benazir Bhutto de façon convenable compte tenu des menaces qui pesaient sur elle[68]. Le rapport accuse aussi la police locale d'avoir « sciemment » fait échouer l'enquête, en relevant que l'enquête pakistanaise « a manqué d'instructions, était inefficace et manquait d'implication pour identifier les criminels et les traduire en justice »[68]. Le rapport relève également que des « responsables, craignant notamment l'implication des services de renseignement, ne savaient pas vraiment jusqu'où ils pouvaient aller dans l'enquête, même s'ils savaient pertinemment, en tant que professionnels, que certaines mesures auraient dû être prises »[68]. Le rapport accuse également les autorités locales de la province du Pendjab, et de la ville de Rawalpindi, de ne pas avoir pris les mesures qui s'imposaient. Il relève également un « traitement discriminatoire », en argumentant que deux autres anciens Premiers ministres, soutenant Musharraf, avaient bénéficié de meilleurs services de sécurité[68].

Les cadres du PPP et les proches de Bhutto réagissent en indiquant que les conclusions « correspondent exactement à ce qu'ils pensaient depuis le début ». Les autorités pakistanaises indiquent qu'elle étudieront les preuves et mèneront une enquête concernant l'implication éventuelle d'officiers ou de responsables de sécurité. Le Premier ministre promet que les coupables seront arrêtés. Cependant Pervez Musharraf, ainsi que de nombreux membres de son parti politique, battu durant les élections législatives de février 2008, remettent en doute le rapport.

Des autorités pakistanaisesModifier

C'est en revanche le gouvernement pakistanais qui se charge de l'enquête sur les coupables, et le , la justice pakistanaise a inculpé le chef du TTP, Baitullah Mehsud. Dès le 28 décembre, ce dernier dément l'avoir fait tuer[69] tout en se réjouissant de sa mort, considérant que Benazir Bhutto « est une alliée des États-Unis ». Mehsud est tué en août 2009 dans l'une des nombreuses frappes aériennes américaines ayant lieu dans le Waziristan.

Après la remise par l'ONU du rapport aux autorités pakistanaises le , le gouvernement pakistanais met en place une commission d'enquête le 24 avril. Le 19 avril, huit hauts officiers cités dans le rapport des Nations unies, sont suspendus de leur fonction, dont notamment Saud Aziz, chef de la police de Rawalpindi et qui était responsable de la sécurité de Benazir Bhutto durant sa réunion électorale à Rawalpindi[70].

Finalement, sept personnes sont inculpées par la Cour anti-terroriste de Rawalpindi, dont cinq présumés talibans pour leur implication directe dans l'assassinat, et deux officiels de la police (dont Saud Aziz) pour ne pas avoir assuré correctement la sécurité de Benazir et pour avoir détruit des preuves, selon la Cour[71].

PostéritéModifier

HommagesModifier

 
Stèle commémorative marquant le lieu de l'assassinat.

Benazir Bhutto est enterrée dans le village de Garhi Khuda Bakhsh près de Larkana, dans le mausolée familial dans lequel repose également son père. Sa mort est commémorée tous les 27 décembre. La première commémoration réunit 150 000 personnes autour de sa tombe, dans une cérémonie présidée par Asif Ali Zardari et Bilawal Bhutto[72].

L'aéroport international Benazir Bhutto, desservant Islamabad, a été renommé ainsi le par un décret du Premier ministre Youssouf Raza Gilani. Il a été remplacé par le nouvel aéroport d'Islamabad en 2018.

Le district de Nawabshah est rebaptisé district de Shaheed Benazirabad en [73].

Héritage politiqueModifier

Notes et référencesModifier

Sartaj Aziz, La privatisation au Pakistan, Paris, Centre d'études de l'OCDE, , 87 p. (ISBN 92-64-25310-6).

  1. a b et c Sartaj Aziz, p. 18
  2. a et b Sartaj Aziz, p. 19

Benazir Bhutto (trad. de l'anglais), Fille de l'Orient : 1953-2007, une vie pour la démocratie, Paris, Éditions Héloïse d'Ormesson, (1re éd. 1988), 595 p. (ISBN 978-2-35087-077-9).

  1. Benazir Bhutto, p. 344
  2. Benazir Bhutto, p. 522
  3. Benazir Bhutto, p. 525
  4. a et b Benazir Bhutto, p. 528
  5. Benazir Bhutto, p. 532
  6. a et b Benazir Bhutto, p. 519
  7. Benazir Bhutto, p. 533
  8. Benazir Bhutto, p. 534
  9. Benazir Bhutto, p. 535
  10. Benazir Bhutto, p. 560
  11. Benazir Bhutto, p. 561

Autres références

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  5. Philippe Paquet, « Du pensionnat au gouvernement », La Libre,‎ (lire en ligne, consulté le 27 novembre 2016)
  6. (en) Benazir Bhutto: The Opposition leader martyred fighting for democracy, Daily Mail, .
  7. a et b Benazir Bhutto: Obituary, The Times, .
  8. (en) Benazir Bhutto, Encyclopædia Britannica.
  9. Benazir Bhutto, Encarta.
  10. (en) « Benazir Bhutto and Asif Zardari (Karachi, 1987) », sur thefridaytimes.com, (consulté le 29 décembre 2019)
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  19. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Independant
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  24. (en) Nawaz Sharif a rencontré Oussame troi fois en tant qu'ancien officier de l'ISI, Daily Times. Consulté le 21 février 2010
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  68. a b c d et e (fr) Le Pakistan mis en cause dans l'assassinat de Benazir Bhutto, Le Nouvel Observateur. Consulté le 22 mai 2010
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  70. (en) Officiers cités dans le rapport de l'ONU suspendus, DAWN.COM. Consulté le 22 mai 2010
  71. Assassinat de Benazir Bhutto: deux nouveaux suspects inculpés sur Le Nouvel Observateur, le 5 novembre 2011
  72. « Pakistan: un an après, 150 000 Pakistanais pleurent Benazir Bhutto sur sa tombe », Le Point, 28 décembre 2008
  73. (en) « Nawabshah renamed after Benazir Bhutto », sur Dawn.com,

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Éric Raynaud, Benazir Bhutto : jusqu'au bout du destin, Monaco, Alphée, (ISBN 978-2-7538-0307-7 et 2-7538-0307-2).
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  • (fr) Jean Albert, Ludivine Tomasso and edited by Jacqueline Duband, Émilie Dessens, Benazir Bhutto, son engagement en faveur de la démocratie au Pakistan, 2010. CRI-IRC.org.
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  • (en) Benazir Bhutto, Pakistan : the gathering storm, New Delhi, Vikas Pub. House, , 116 p. (ISBN 0-7069-2495-9).

Articles connexesModifier

Liens externesModifier