Bataillon sacré

corps d'élite de l'armée thébaine

Le Bataillon sacré (en grec ancien ἱερὸς λόχος / hiéros lokhos) est un corps d'élite de l'armée thébaine dans la Grèce antique. Il est réputé comme étant formé de 150 couples d'amants. Il joue un rôle crucial dans la victoire contre les Spartiates à la bataille de Leuctre en 371 av. J.-C. Il est détruit à la bataille de Chéronée en 338 av. J.-C. par l'armée macédonienne.

Le Lion de Chéronée, probablement érigé par les Thébains pour commémorer les morts de la bataille de Chéronée qui a vu la destruction du Bataillon sacré.

L'historicité du bataillon sacré est largement acceptée par les historiens.

Bataillon sacré thébainModifier

Le Bataillon sacré de Thèbes aurait été créé par Épaminondas ou par Gorgidas[1]. Il est évoqué dans son principe par Platon[2]et Xénophon, dans sa réalité historique par Dinarque. Il est aussi mentionné par Athénée[3], Hiéronymos de Rhodes et Polyen.

Le Bataillon sacré aurait été formé de 150 couples d'amants pédérastiques, érastes et éromènes[4]. Plutarque notait que, « selon certains », le Bataillon sacré était composé de 150 couples de pédérastes, ce qui représenterait l'origine de la formation du binôme en matière de tactique de combat. La cité prend en charge l'entrainement et l'entretien, le bataillon campent dans la Cadmée.

Le Bataillon sacré est d'abord disposé tout au long de la ligne de bataille thébaine, ces guerriers d'élite étant utilisé pour renforcer la résolution des autres. Mais après que le Bataillon se fut distingué à Tégyres, Pélopidas l'utilisa comme une sorte de garde personnelle. Pendant trois décennies, ce corps d'élite continua de jouer un rôle important. Il participa, sous les ordres de Théagène — frère de Timoclée —, à la bataille de Chéronée contre l'armée macédonienne. Il fut détruit par la cavalerie des Compagnons commandée par le jeune Alexandre le Grand : 254 des 300 soldats furent tués et tous les autres blessés. Selon la tradition, Philippe II, s'arrêtant devant l'endroit où le Bataillon avait péri, s'écria : « Maudits soient ceux qui soupçonnent ces hommes d'avoir pu faire ou subir quoi que ce soit de honteux. »

Les soldats tués furent enterrés plusieurs jours après la bataille dans une sépulture collective (πολυάνδρειον / polyandreion) surmontée d'un lion de pierre (découvert en 1818), dit Lion de Chéronée, réplique du polyandreion de Thespini. La fouille de l'enceinte quadrangulaire a mis au jour 254 squelettes, disposés sur sept rangées.

Postérité et influenceModifier

Le bataillon sacré est parfois appelé « légion thébaine »[5], bien que cette expression désigne plus couramment une légion mentionnée par le martyrologe chrétien.

Il existe dans l'histoire, notamment grecque, d'autres Bataillons sacrés :

  • la Légion sacrée carthaginoise, corps d'élite antique formé à l'origine de jeunes hommes issus des familles les plus riches de la ville ;
  • celui, dit de Iași, créé le par Alexandre Ypsilántis (1792-1828), un officier grec au service du Tsar de Russie qui combattit pendant les campagnes napoléoniennes de 1812 à 1814 où il perdit un bras. Il leva une troupe composée de 500 étudiants grecs de l’étranger. Le , ils furent défaits par les troupes turques près de Drăgășani actuelle ville de Roumanie ;
  • un Ordre de Chéronée, petite société secrète d'homosexuels, a été fondée en Angleterre vers 1895 par G.C. Yves (1867-1950), par référence à ce bataillon, à sa défaite et à sa possible renaissance ;
  • le bataillon sacré des Grecs de l’Épire du Nord formé le par Spyridon Melios ou Spyromelios, pour gagner leur indépendance. Ils défirent les Albanais à la bataille de Premet le 23 février suivant ;
  • après l’occupation allemande de la Grèce en 1941, le gouvernement grec s’exila en Égypte, où résidait une communauté de plus de 200 000 Grecs. Devant le nombre important d’officiers présents, il fut créé le un bataillon de 200 hommes, composé uniquement d'officiers, sous les ordres du Major Antonios Stephanakes et le commandement opérationnel sous ceux du colonel Christodoulos Gigantes. Ce bataillon prit le nom de Bataillon sacré. Rattaché aux Forces grecques libres, il fut entraîné par le SAS de David Stirling et se plaça d'abord sous les ordres de Leclerc. Ce régiment fut à l’origine des Forces spéciales grecques actuelles ;
  • les groupes de résistance à l'occupant nazi dans les Cyclades portaient le nom de « bataillon sacré ».

Cette dénomination s'est appliquée par la suite à des corps d'élite, dans le cas de plusieurs nations modernes, surtout ceux qui se formèrent lors de retraites ou de déroutes. C'est ainsi que l'on parle de « bataillon sacré » au sujet du dernier carré à Waterloo[6] ou d'« escadron sacré ».

Notes et référencesModifier

  1. Plutarque, Vies parallèles [détail des éditions] [lire en ligne], Pélopidas, XVIII, 1.
  2. Platon, Le Banquet [détail des éditions] [lire en ligne], 178e.
  3. Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] (lire en ligne), XIII.
  4. Notes sur Le Banquet, Coll. Folioplus, p. 18.
  5. Dominique Fernandez, L’Étoile rose, Grasset, 1978 : « la légion thébaine était réputée invincible dans toute la Grèce... ».
  6. « Le bataillon sacré, seul devant une armée, S'arrête pour mourir. C'est en vain que, surpris d'une vertu si rare, Les vainqueurs dans leurs mains retiennent le trépas. Fier de le conquérir, il court, il s'en empare : La garde, avait-il dit, meurt et ne se rend pas. » (Casimir Delavigne, « La Bataille de Waterloo », Œuvres complètes, Adolph, 1838, p. 20, consultable sur Google livres.)

BibliographieModifier

Liens externesModifier

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