Bataille du Chelif (1701)

La bataille du Chelif ou bataille de la Djidouia a lieu le sur les rives de l'oued Djidouia ; elle oppose les armées du sultan alaouite Ismaïl ben Chérif à celle du dey d'Alger Hadj Moustapha. Elle se déroule dans le contexte d'une tentative de conquête de l'ouest de la régence d'Alger par le Maroc, coordonnée avec une offensive de Tunis à l'est de la régence d'Alger dans les années 1700 et 1701.

Bataille du Chelif (1701)

Informations générales
Date 28 avril 1701
Lieu Rives du Djidouia (Algérie)
Issue Victoire décisive de la régence d'Alger[1]
Belligérants
Empire chérifienRégence d'Alger
Commandants
Ismaïl ben ChérifHadj Moustapha
Forces en présence
50,000 combattants[2]6 000 fantassins
1 000 spahis[2]
Pertes
3 000 hommes et 50 caïdsInconnues

Conflits algéro-chérifiens et Conflits maroco-ottomans

Batailles

Coordonnées 36° 02′ 22″ nord, 0° 07′ 59″ est

ContexteModifier

Les troupes marocaines entrent en guerre contre la régence d'Alger lors de l'année hégirienne 1111 (1699-1700)[3],[4],[5]. Cette fois, cette tentative se veut coordonnée avec une offensive du Bey de Tunis sur la province de Constantine. Une première campagne est menée par le fils de Ismaïl ben Chérif, Zeïdan, qui remporte certains succès : il prend Tlemcen et chasse les Turcs de la ville, puis Mascara où il pille même le palais du bey. Cependant pour sauver son butin il conclut une trêve avec Alger et rentre au Maroc. Le sultan Ismaïl ben Chérif est furieux de cette paix car elle permet en effet à la régence d'Alger de se concentrer sur son front est et de battre l'armée de Tunis entre Sétif et Constantine[6].

Ismaïl ben Chérif destitue son fils Zidan de son commandement et retourne en campagne contre Alger. Il avance alors jusque dans la vallée du Chelif. Le dey Hadj Moustapha victorieux à l'est, rassemble des troupes d’auxiliaires des tribus sur son passage pour faire face. La rencontre des deux armées a lieu dans la vallée du Chelif, plus précisément sur les rives d'un affluent, le Djidouia.

Un changement de cap dans la politique extérieure de la régence d'Alger est amorcé dès les années 1690 par le dey Hadj Chabane. Ce dernier ambitionne de fédérer tout le Maghreb sous son autorité. Pour réaliser cet objectif, il s’est détourné de la guerre de course maritime avec l'Europe et a mobilisé toutes les forces disponibles dans ses guerres maghrébines[7].

Sa politique est poursuivie par le dey Moustapha qui affronte d’abord les armées conjointes de Tunis et de Tripoli en octobre 1700 puis fait face à l’armée du roi Moulay Ismaël en avril 1701. Ses victoires écrasantes sur les trois armées maghrébines, le butin et autres indemnités de guerre imposés aux vaincus, ne règlent pas les problèmes financiers de la régence d'Alger. En effet, ces victoires sont le résultat d’une exceptionnelle et onéreuse mobilisation des forces. Le nombre des combattants soldés a été augmenté à un niveau que ne pouvait pas soutenir longtemps le budget de l’État et beaucoup d’argent a été dépensé également pour payer et entretenir des milliers de cavaliers recrutés dans les différentes régions du pays[7].

DéroulementModifier

La bataille a lieu le (selon l'historiographie locale le 20 du dzou-l qa’dah 1112 du calendrier hégirien) et l'engagement des deux armées commence à midi[8]. Face aux 50 000 hommes de Ismaïl ben Chérif, le dey Hadj Moustapha dispose de 6 000 fantassins et de 1 000 spahis[2]. La bataille s'achève vers 16 heures avec une déroute de Ismaïl ben Chérif. Ce dernier blessé dans les combats doit s’échapper à cheval et échappe de peu à une capture. Les pertes marocaines sont de 3 000 hommes dont 50 caïds[9]. Cette bataille met fin à la campagne algérienne de Ismaïl ben Chérif et, provisoirement, à ses visée territoriales.

ConséquencesModifier

Un Algérien anonyme écrit le 2 mai à un correspondant français en lui adressant la copie de la lettre du dey Moustapha à son khodja datée au camp le 18 avril 1701. Ces Lettres d'Alger relatant le « grand avantage qu'ont remporté les Algériens sur le roi de Maroc » en abordant la victoire de l 'oued Djidiouia où Moulay Ismail a perdu 3000 hommes, dont 50 caïds[10]. La guerre algéro-marocaine de 1701 a initié un rapprochement inattendu et éphémère entre la régence d'Alger et l'Espagne (encore présente à Oran)[11].

Notes et référencesModifier

  1. Auguste Cour, L'établissement des dynasties des Chérifs au Maroc et leur rivalité avec les Turcs de la Régence d'Alger, 1509-1830, Editions Bouchène, (ISBN 978-2-35676-097-5, lire en ligne)
  2. a b et c Léon Galibert, L Algérie ancienne et moderne: depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours comprenant le bombardement de Tanger, la prise de Mogador, la bataille d'Isly et le glorieux combat de Djemma-Gazouat, Furne et Cie., (lire en ligne)
  3. Xavier Yacono La colonisation des plaines du Chélif: Conditions offertes à la colonisation. L'emprise coloniale. Les facteurs de la transformation (Impr. E. Imbert, 1955) : « Turcs et Marocains combattent dans la vallée au XVIe siècle et, en 1701, c'est sur la Djidiouïa que succombe l'armée du Sultan Moulay Ismaïl »
  4. (en) J. S. Bromley, The New Cambridge Modern History: Volume 6, The Rise of Great Britain and Russia, 1688-1715/25, CUP Archive, (ISBN 978-0-521-07524-4, lire en ligne)
  5. Henri Garrot, Histoire générale de l'Algérie, Impr. P. Crescenzo, (lire en ligne), p. 554
  6. Cour Auguste, « Chapitre X », L’établissement des dynasties des Chérifs au Maroc et leur rivalité avec les Turcs de la Régence d’Alger, Saint-Denis, Éditions Bouchène, « Histoire du Maghreb », 2004, p. 150-155.
  7. a et b Merouche 2007, p. 253
  8. H. D. de Grammont, Histoire d'Alger sous la domination turque (1515-1830), E. Leroux, (lire en ligne), p.270
  9. Guy Turbet-Delof, La presse périodique française et l'Afrique barbaresque au 17e siècle (1611-1715)., Librairie Droz, , 189 p. (ISBN 978-2-600-03532-3, présentation en ligne), p.163
  10. Guy Turbet-Delof, La presse périodique française et l'Afrique barbaresque au 17e siècle (1611-1715)., Librairie Droz, , 189 p. (ISBN 978-2-600-03532-3, présentation en ligne), p.163
  11. Ismet Terki Hassaine, « Oran au xviiie siècle : du désarroi à la clairvoyance politique de l’Espagne », Insaniyat / إنسانيات. Revue algérienne d'anthropologie et de sciences sociales, nos 23-24,‎ , p. 197–222 (ISSN 1111-2050, DOI 10.4000/insaniyat.5625, lire en ligne, consulté le )

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • Auguste Cour, L'établissement des dynasties des Chérifs au Maroc et leur rivalité avec les Turcs de la Régence d'Alger : 1509-1830, Editions Bouchène, , 188 p. (ISBN 978-2-912946-78-2, lire en ligne)
  • Lemnouar Merouche, Recherches sur l'Algérie à l'époque ottomane II : La course, mythes et réalités, Paris, Éditions Bouchène, , 353 p. (ISBN 978-2-912946-95-9, lire en ligne)

Articles connexesModifier