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Bataille de la baie d'Ormoc

Bataille de la baie d'Ormoc
Description de cette image, également commentée ci-après
Carte de la campagne de Leyte (novembre-décembre 1944)
Informations générales
Date 11 novembre
Lieu Mer des Camotes, Philippines
Issue Victoire américaine
Belligérants
Drapeau : États-Unis États-UnisDrapeau : Japon Empire du Japon
Commandants
Flag of the United States (1912-1959).svg Douglas MacArthurDrapeau : Japon Tomoyuki Yamashita
Pertes
Drapeau : États-Unis 3 navires coulésDrapeau : Japon 31 navires coulés

Seconde Guerre mondiale

Batailles

Campagne des Philippines



La bataille de la baie d'Ormoc est une série d'affrontements aéronavales s'étant déroulées du 11 novembre au entre l'Empire du Japon et les États-Unis dans la mer des Camotes, aux Philippines, dans le cadre de la bataille de Leyte pendant la guerre du Pacifique. Les batailles résultaient d'opérations japonaises visant à renforcer et à réapprovisionner leurs forces sur Leyte, que les américains cherchaient à annihiler.

ContexteModifier

Après avoir pris le contrôle naval du Pacifique occidental au milieu de 1944, les Alliés attaquèrent les Philippines en octobre et débarquèrent des troupes dans le golfe de Leyte, du côté est de Leyte le . L'île était défendue par environ 20 000 Japonais ; le général américain Douglas MacArthur pensant que l'occupation de Leyte ne serait qu'un prélude à l'engagement majeur sur Luçon. Pour les Japonais, le maintien du contrôle des Philippines était essentiel, car leur perte permettrait aux Alliés de couper leurs lignes d’approvisionnement en pétrole entre Bornéo et Sumatra.

La marine impériale japonaise a répondu à cette attaque par une opération combinée de la flotte menant à la bataille du golfe de Leyte du 23 au 26 octobre. Cet engagement naval massif s'est soldé par une éclatante victoire américaine, les pertes japonaises se chiffrant à 10 000 morts, 4 porte-avions, 3 cuirassés, 8 croiseurs et 12 destroyers[1]. Coté japonais, le général Tomoyuki Yamashita affirmait que la marine américaine avait subi de lourdes pertes, estimant « vulnérables » les forces terrestres alliées. En conséquence, il renforça et réapprovisionna les garnisons de Leyte. Au cours de la bataille, les Japonais ont dirigé neuf convois vers l'île en acheminant environ 34 000 soldats des 1re, 8e, 26e, 30e et 102e divisions. La ville d'Ormoc, à la tête de la baie d’Ormoc, à l’ouest de Leyte, était le principal port de l’île et la principale destination des convois.

Le déchiffrement des messages envoyés à l'aide du code PURPLE a alerté les Alliés sur la concentration de navires japonais autour de Leyte qui croyaient initialement à une évacuation. Cependant, dès la première semaine de novembre, les Alliés, ayant été éclairé de la situation, commencent à interdire les convois[2].

OpérationsModifier

Convois japonais TA-3 et TA-4Modifier

Les 8 et 9 novembre, les Japonais envoient deux convois de Manille à la baie d'Ormoc[3]. Les convois étaient espacés d'un jour d'intervalle pour que les destroyers escortant le premier convoi puissent faire demi-tour et escorter le second. Cependant, les convois sont repérés le 9 novembre et attaqués par des avions de la Cinquième Air Force basés à terre. Le 10 novembre, le 38e groupe de bombardiers basé à Morotai déploie 32 B-25 Mitchells, escortés par 37 P-47 Thunderbolts, avec pour objectif d'attaquer le TA-4 près de l'île Ponson. Atteignant le convoi juste avant midi, les B-25 attaquèrent par paires à l'altitude minimale, coulant les deux plus gros transports, Takatsu Maru et Kashii Maru, en neutralisant un troisième tout en coulant deux des escortes de patrouille. Coté alliés, sept bombardiers ont été perdus et le groupe a reçu la Presidential Unit Citation pour ces actions. Bien qu'affaibli par ces attaques, les transports japonais ont pu débarquer les 10 000 soldats qu’ils transportaient, ne serait-ce qu’avec une fraction du matériel restants.

Le 11 novembre, l'amiral William F. Halsey, commandant de la 3e flotte américaine, a ordonné l'attaque de 350 avions de la Task Force 38 sur les convois combinés.

Quatre destroyers — Shimakaze, Wakatsuki, Hamanami et Naganami — et quatre transportsMikasa Maru, Taizan Maru, Seiho Maru et Tensho Maru — ont été coulés et bon nombre des 4 000 soldats à bord ont été tués[4]. Le contre-amiral Mikio Hayakawa a péri à bord du Shimakaze et environ 1 000 marins des 8 navires ont été tués[5].

Convoi japonais TA-5Modifier

Le convoi TA-5 quitte Manille le 23 novembre pour se rendre à Port Cataingan et Port Balancan. Sur les six transports, cinq ont été coulés par des attaques aériennes ( T-111, T-141, T-160, T-6 et T-10)[3].

Déploiement des navires américainsModifier

Face aux mauvaises conditions météorologiques à la fin du mois de novembre rendant les opérations aériennes moins efficace, la marine américaine déploie plusieurs destroyers dans la baie d’Ormoc. Le chenal de Canigao a été ratissé à la recherche de mines par les dragueurs de mines Pursuit et Revenge, ainsi que par les quatre destroyers du 22e escadron de destroyers (DesRon 22) sous le commandement du capitaine Robert Smith. Les destroyers Waller, Pringle, Renshaw et Saufley entrent dans la baie le 27 novembre et commencent à pilonné les quais de la ville d'Ormoc[6].

La division est informé par radio de la présence du sous-marin japonais I-46 au sud de l'île de Pacijan. L'avion de reconnaissance a indiqué qu'il se dirigeait vers la baie d'Ormoc. La division est dirigée vers le sud pour intercepter ; et, à 01 h 27 le 28 novembre, le radar de Waller détecte la cible au large de la côte nord-est de l’île Ponson[6]. Le destroyer américain neutralise le submersible avec ses canons et, incapable de s'immerger, le navire japonais riposte jusqu'à son naufrage à 01 h 45[7].

Convoi japonais TA-6Modifier

Deux navires de transport, les Shinsho Maru et Shinetsu Maru, escortés par trois navires de patrouille, les chasseurs de sous-marin n° 45 et 53 et le patrouilleur n ° 105 quittent Manille le 27 novembre. Ils sont attaqués par des PT-boat américains et plusieurs aéronefs dans la baie d'Ormoc dans la nuit du 28 novembre. Les cinq navires sont coulés après que ceux-ci purent décharger la plupart de leurs provisions indispensables aux troupes de Leyte[3].

Un autre destroyer américain est déployé pendant la nuit du 29 au 30 novembre, à la recherche d'un convoi présumé, qui n'a abouti qu'à la destruction de quelques péniches.

Convoi japonais TA-7Modifier

Un convoi de trois véhicules de transport quitte Manille le 1er décembre, escorté par les destroyers Take et Kuwa, sous le commandement du capitaine de corvette Masamichi Yamashita. Deux groupes de sous-marins de transport ont également participé à l'opération[8].

Alors qu'il était amarré au port d'Ormoc, le convoi est engagé à 03 h 09 le 3 décembre par trois navires (Allen M. Sumner, Cooper et Moale) de la 120e division de destroyers (DesDiv 120) sous le commandement du commandant John C. Zahm[6].

Bien qu'ayant coulés les navires pendant leurs déchargements, les navires américains sont à leurs tours attaqués par des bombardiers Yokosuka P1Y « Frances », des batteries côtières, ainsi que des sous-marins et destroyers japonais présents dans le port. Le Kuwa est coulé et le commandant Yamashita périt dans le naufrage. Le Cooper est attaqué par des torpilles mais parvient à s'échapper avec quelques dégâts ; il finit par couler à environ 00 h 15 en emportant 191 hommes (168 autres sont sauvés de l'eau le 4 décembre par des hydravions Consolidated PBY Catalina). À 00 h 33, les deux destroyers américains survivants reçoivent l'ordre de quitter la baie. Les Japonais victorieux parviennent une nouvelle fois à réapprovisionner la baie d'Ormoc. Cette phase de la bataille de la baie d'Ormoc est restée dans l'histoire comme étant le seul engagement naval de la guerre durant lequel l'ennemi avait à porter de mains tout type d'arme : armes navales, torpilles navales, attaque aérienne, attaque sous-marine, tir au sol et mines[9].

Débarquements des troupes américainesModifier

 
Le destroyer Lamson en feu dans la baie d'Ormoc le , après avoir été touché par un kamikaze. Le remorqueur qui participe à la lutte contre l'incendie est probablement l'ATR-31.

Le 7 décembre, la 77e division d'infanterie commandée par le major général Andrew D. Bruce, effectua un débarquement amphibie à Albuera, à 5,6 km au sud d’Ormoc. Les 305e, 306e et 307e régiments d'infanterie de la 77e division débarquèrent à terre sans opposition, mais les navires de la marine furent soumis à des attaques kamikazes, entraînant la perte des destroyers Ward et Mahan[2].

Convoi japonais TA-8Modifier

Ce convoi transportait 4 000 soldats destinés à la baie d'Ormoc. Ils seront cependant débarqués à San Isidro, à 30 miles au nord d’Ormoc, après avoir reçu des nouvelles du débarquement de troupes américaines près d’Ormoc. Les cinq transports, Akagisan Maru, Hakuba Maru, Shinsei Maru N ° 5, Nichiyo Maru et T-7, ont été coulés le 7 décembre par une attaque aérienne, et les destroyers d'escorte Ume et Sugi ont été endommagés. Quelque 350 marins ont été tués[10].

Convoi japonais TA-9Modifier

Le convoi TA-9 a débarqué quelque 4 000 hommes à Palompon, les destroyers d'escorte entrant dans la baie le 11 décembre. Deux d'entre eux sont détruits, il s'agit du Yūzuki, coulé par des attaques aériennes et du Uzuki, coulé par des PT-boat. Un troisième, le Kiri, a été endommagé[3].

ConséquencesModifier

En combattant cette série d'engagements dans la baie d'Ormoc, la marine américaine a finalement été en mesure d'empêcher les Japonais de se réapprovisionner et de renforcer leurs troupes à Leyte, contribuant de manière significative à la victoire dans la bataille terrestre. Le décompte final des navires perdus dans la baie d'Ormoc est le suivant : les États-Unis ont perdu trois destroyers, un destroyer de transport et deux LSM ; le Japon a perdu six destroyers, 20 petits transports, un sous-marin, un patrouilleur et trois navires d’escorte.

L'historien Irwin J. Kappes a soutenu que les historiens de la marine avaient injustement négligé l'importance de ces engagements, écrivant : « En fin de compte, c’est la bataille plutôt amorphe de la baie d’Ormoc qui a finalement permis à Leyte et à l’ensemble de la région du golfe de prendre le contrôle ferme des Alliés. Du au 21 décembre, les efforts combinés d'avions des porte-avions de la 3e flotte, de groupes de chasseurs-bombardiers de la marine, d'un mouvement de pince de la 77e division et de la 1re division de l'armée, ainsi qu'un assortiment hétéroclite de destroyers, de navires amphibies et de PT-boat ont déjoué les plans japonais, se retrouvant semi-isolés à cause d'une série d'escarmouches et de raids nocturnes. Et à cause des mauvaises conditions météorologiques, le soutien aérien était presque inexistant pour la plupart de ces actions de surface[11]. »

Fires on the Plain est un livre renommé de l'écrivain japonais Shōhei Ōoka qui décrit les conditions difficiles de l'armée japonaise sur l'île de Leyte et la fuite désespérée de certains de ses soldats isolés après la défaite de leurs unités par les forces armées américaines, alors qu'ils tentent de rejoindre Palompon sur la côte ouest de Leyte dans l'espoir de rembarquer à bord de navires japonais.

Notes et référencesModifier

  1. « Guerre du Pacifique/Pacific War (36/44): bataille de Leyte (octobre 1944) | Benoît Rondeau » (consulté le 13 août 2019)
  2. a et b Charles R. Anderson, Leyte, United States Army Center of Military History, coll. « The U.S. Army Campaigns of World War II » (lire en ligne)
  3. a b c et d « Leyte Reinforcement Convoys 23 October to 13 December 1944: Operations "TA-1" to "TA-9" » (consulté le 6 janvier 2006)
  4. Bob Hackett and Erich Muehlthaler, « CELEBES MARU : Tabular Record of Movement » (consulté le 5 novembre 2016)
  5. Allyn D. Nevitt, « Shimakaze: Tabular Record of Movement » [archive du ] (consulté le 6 janvier 2006)
  6. a b et c Prefer, N.N., 2012, Leyte 1944, Havertown: Casemate Publishers, (ISBN 9781612001555)
  7. US Department of the Navy: Naval Historical Center, « Dictionary of American Naval Fighting Ships: Waller » [archive du ] (consulté le 6 janvier 2006)
  8. Allyn D. Nevitt, « Kuwa: Tabular Record of Movement » [archive du ] (consulté le 6 janvier 2006)
  9. US Department of the Navy: Naval Historical Center, « Dictionary of American Naval Fighting Ships: Cooper » [archive du ] (consulté le 6 janvier 2006)
  10. Allyn D. Nevitt, « The TA Operations to Leyte, Part III » (consulté le 6 novembre 2016)
  11. Kappes, « A New Look at the Battle for Leyte Gulf » (consulté le 21 novembre 2011)

Voir aussiModifier