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Bataille de Tikrit
Description de cette image, également commentée ci-après
Vue en 2008, de l'ancien palais de Saddam Hussein à Tikrit.
Informations générales
Date -
(9 mois et 5 jours)
Lieu Tikrit
Issue Victoire irakienne et alliés
Belligérants
Drapeau de l'Irak Irak
Drapeau de l'Iran Iran

Hachd al-Chaabi

Seal of Combined Joint Task Force – Operation Inherent Resolve.svg Coalition

Drapeau de l'État islamique État islamique
Flag of Iraq (1991–2004).svg Armée des hommes de la Naqshbandiyya
Commandants
Drapeau de l'Irak Abdelwahab al-Saadi
Drapeau de l'Iran Qasem Soleimani
Forces en présence
27 000 hommes[1]
(en mars 2015)
plusieurs centaines d'hommes[2]
(en mars 2015)
Pertes
Au moins plusieurs centaines de mortsAu moins plusieurs centaines de morts

Seconde guerre civile irakienne

Coordonnées 34° 36′ 09″ nord, 43° 41′ 00″ est

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Bataille de Tikrit

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Bataille de Tikrit

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Bataille de Tikrit

La bataille de Tikrit a lieu lors de la seconde guerre civile irakienne. Les forces gouvernementales irakiennes lancent une offensive pour reprendre la ville de Tikrit, conquise le , par les rebelles sunnites. Le , les forces irakiennes et alliées reprennent le contrôle de la ville. Des poches de résistance et de combattants de l'EI auraient subsisté après cette date à Tikrit et ses environs.

Sommaire

PréludeModifier

Article détaillé : Massacre de Tikrit.

Le , après la chute la veille de la ville de Mossoul, les djihadistes salafistes de l'État islamique en Irak et au Levant et les rebelles sunnites entrent dans les provinces de Kirkouk et Salah ad-Din et s'emparent de la ville de Tikrit[3],[4],[5]. La ville est prise en quelques heures et 300 prisonniers sont délivrés par les rebelles[3]. Les combats provoquent également la fuite de 40 000 habitants de Tikrit et Samarra selon l'Organisation internationale pour les migrations[6].

1 700 prisonniers chiites sont fusillés du 11 au 14 juin par les djihadistes de l'État islamique en Irak et au Levant qui revendiquent le massacre[7].

DéroulementModifier

Offensives irakiennes de juin 2014Modifier

Après avoir contenu les insurgés à Samarra et Bakouba, les Forces armées irakiennes tentent une contre-offensive pour reprendre la ville de Tikrit. Le 26 juin, les forces gouvernementales effectuent une attaque aéroportée, trois hélicoptères déposent des commandos dans le stade de la ville. Un des appareils s'écrase cependant au cours de l'opération, touché par des tirs des insurgés. Le 27 juin, des hélicoptères de l'armée irakienne effectuent des tirs sur le campus de l'université de Tikrit où sont basées des troupes insurgées[8]. Selon l'armée irakienne, 29 « terroristes » sont tués ce jour-là à Tikrit[9].

Le 28 juin, l'armée lance l'offensive avec plusieurs milliers de soldats soutenus par l'aviation. Les combats s'engagent contre les djihadistes de l'EIIL à un ou deux kilomètres à l'ouest de la ville, et à une vingtaine de kilomètres au sud[10].

Le lendemain, des combats ont lieu près de l'université, dans le nord de la ville. De son côté l'armée de l'air effectue des frappes sur des repaires de commandants insurgés dans le centre et l'ouest de la ville. Les anciens palais de Saddam Hussein, utilisés par l'administration locale, et la grande Place des festivités, figurent parmi les cibles. Un hélicoptère de l'armée irakienne est détruit par les djihadistes. Ce jour-là Kassim Atta, porte-parole de l'armée irakienne, déclare que les forces de sécurité irakiennes ont tué 142 « terroristes » dans les dernières vingt-quatre heures, dont 70 à Tikrit[11],[12].

Le , l'État islamique en Irak et au Levant annonce le rétablissement du califat et prend officiellement le nom d'État islamique[13].

Le 30 juin, cependant les militaires irakiens se heurtent à une forte résistance de la part des forces de l'État islamique. Des troupes reculent et se replient sur la ville de Dijla, à 25 kilomètres de Tikrit[14].

Offensives de juilletModifier

Le 4 juillet, l'armée irakienne attaque Al Aoudja, le village natal de Saddam Hussein défendu par les rebelles baasistes de l'Armée des hommes de la Naqshbandiyya. Le combat fait 30 morts chez les rebelles selon Kassim Atta, porte-parole militaire du Premier ministre, cependant les déclarations d'un policier du village à Reuters n'évoquent que trois morts du côté des insurgés. Le même jour, l'armée affirme avoir pris le contrôle de la route reliant Tikrit à Samarra[15].

Le 15 juillet, les forces irakiennes parviennent à entrer dans la ville par le sud, l’académie de police et l'hôpital sont repris[16]. Mais les rebelles sunnites contre-attaquent rapidement et dans la soirée, les militaires et les miliciens chiites, pris sous le feu de tirs de mortiers et de tireurs embusqués, sont repoussés hors de la ville. Ils se replient sur une de leurs bases, située à 4 kilomètres au sud de la ville[17]. Selon des médecins de l'hôpital de Tikrit, au moins 52 militaires et 40 rebelles ont été tués lors du combat[18].

Le 17 juillet au soir ainsi que le 18, des insurgés lancent un assaut contre une base aérienne de l'armée irakienne appelée base Speicher, située à quelques kilomètres au nord de la ville de Tikrit. Une unité des forces spéciales arrive en renfort et perd trois de ses membres dans les combats, tandis que 35 assaillants périssent dans la bataille selon un officier des renseignements. L'EI a pour sa part affirmé dans un communiqué avoir tué plusieurs soldats et pilotes, abattu deux hélicoptères en vol et détruit appareils, réserves de carburant et outils de communication au sol[19].

Offensive d'août, puis phase d'escarmouchesModifier

Le 19 août, l'armée irakienne soutenue par les milices chiites lance une nouvelle offensive sur Tikrit. Tôt dans la matinée, les forces loyalistes attaquent au sud et au sud-ouest de la ville[20]. Les djihadistes parviennent cependant à contenir l'offensive, l'armée est bloquée au sud par un tir de barrage de mortiers et de mitrailleuses lourdes et à l'ouest par des tireurs embusqués et des champs de mines[21].

Pendant plusieurs mois le front reste globalement stable et les combats sont peu intenses. Le 10 décembre, un kamikaze conduisant un véhicule piégé se fait exploser à une vingtaine de kilomètres au sud de Tikrit et tue neuf miliciens chiites[22].

Offensive de mars 2015Modifier

 
Carte de l'offensive irakienne sur Tikrit en mars.

Le , les forces gouvernementales irakiennes engagent 27 000 hommes — troupes régulières irakiennes mais surtout milices chiites et milices tribales sunnites loyalistes[23] — dans une offensive sur Tikrit, Al-Dour ou Ad-Dawr au sud et Al-Alam au nord[24],[1]. Il s'agit alors de leur 36e offensive contre Tikrit[25]. Mais comme dans les précédentes tentatives, les forces irakiennes piétinent, ralenties par les sniper de l'EI et de nombreux engins explosifs improvisés[26],[27]. Le 7 mars, l'armée irakienne parvient à entrer dans Al-Dour, au sud de Tikrit[28]. Le 8, elle s'empare du village d'Albou Ajil, à l'est de la ville, et les djihadistes se replient sur Al-Alam. Le 10 mars, l'EI fait exploser à l'est l'unique pont de la région qui enjambe le fleuve Tigre, afin de ralentir la progression des troupes irakiennes. Par ailleurs ces dernières prennent le même jour le contrôle du centre d'Al-Alam, dans les faubourgs nord de Tikrit, et encerclent complètement Al-Dour à l'ouest[29],[30].

Le 11 mars, l'armée irakienne parvient à entrer dans la ville de Tikrit[31]. Les forces gouvernementales progressent lentement à cause des pièges et les pertes sont lourdes, l'armée perdant quotidiennement des dizaines de soldats tués ou blessés[2]. Le 13, à l'aube les forces spéciales irakiennes attaquent sans succès l'école de médecine[32]. Le 14, Karim al-Nouri, porte-parole des milices chiites déclare que les djihadistes présents dans la ville ne sont plus que 60 à 70[33]. Au début de l'offensive, l'aviation de la coalition n'intervient pas, l'Irak n'en ayant pas fait la demande, cependant le 15 mars le général Abdelwahab al-Saadi déclare avoir demandé au ministère de la Défense de réclamer une intervention de la coalition[34]. Le 16 mars, le gourvernement irakien annonce que l'armée cesse son offensive pour « limiter les pertes et protéger les infrastructures »[35].

Au cours de l'offensive la tombe de Saddam Hussein, dans le village de Ouja au sud de Tikrit, est détruite pendant les combats. Le corps du dictateur avait cependant été évacué précédemment par les loyalistes dans un endroit secret[36].

À la demande du gouvernement irakien et malgré leur réticence à appuyer les milices chiites, les États-Unis interviennent le soir du 25 mars et leurs forces aériennes bombardent pour la première fois les positions de l'EI à Tikrit[37]. L'offensive au sol reprend à la suite de ces frappes, le gouvernement irakien annonce que les milices chiites ont été retirées du front et selon les déclarations au Congrès du général Lloyd Austin, elles ont été remplacées par 4 000 hommes des forces spéciales et de la police irakienne[38],[39]. En réalité, les milices chiites participent toujours aux combats[40],[41]. Le 31 mars, pour la première fois, les forces irakiennes reprennent le siège provincial de Tikrit[41]. Le même jour, le chef du gouvernement, Haïder al-Abadi, annonce sur twitter la « libération de Tikrit ». Cependant, ses propos sont immédiatement nuancés par le commandant Kim Michelsen, porte-parole de la coalition, qui affirme que certains secteurs sont toujours sous le contrôle de l'EI[42]. Détruite à 50% par les combats[43], la ville est pillée et des centaines de maisons sont incendiées par les miliciens chiites, afin de faire exploser d'éventuelles bombes placées à l'intérieur[44]. Ces méthodes sont condamnées par le gouvernement irakien qui retire la majorité des milices chiites de Tikrit le 4 avril[45],[46].

Prolongation des combats en avrilModifier

Cependant le ministre irakien de l'Intérieur Mohammed al-Ghabbane reconnait que des « poches » de combattants de l'EI subsistent à Tikrit, il indique également que plus de 1 000 pièges ont été découverts en une semaine. Le 7 avril, l'armée mène un raid dans le quartier de Qadissiya contre un petit groupe de 8 ou 15 insurgés qui sont tués pour la plupart[47].

Le 17 avril 2015, les miliciens chiites et les forces gouvernementales attaquent un groupe d'insurgés dans les montagnes d'Hamrine, près d'Al-Alam à quatre kilomètres à l'est de Tikrit. 12 insurgés sont tués et selon le gouverneur de la province de Salah ad-Din, Ezzat Ibrahim al-Douri, le chef de l'Armée des hommes de la Naqshbandiyya, est tué lors de ce combat[48],[49]. Cette information est démentie par le Parti Baas irakien[50].

SuitesModifier

Au cours des mois suivants, la ville retrouve une certaine stabilité et les habitants reviennent s'installer dans leurs maisons en ruines. La tribu sunnite des Joubour, pro-gouvernementale, domine l'administration locale à côté des milices chiites, tandis que les hommes des tribus Albou Nasser et Albou Ajeil, autrefois proches de Saddam Hussein et accusées de complicité avec l’État islamique, ont presque tous quitté la ville[51].

Selon Arthur Quesnay, doctorant en science politique à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheur au think tank Noria Research : « Quelques mois après, la population sunnite a été appelée à revenir dans la ville. Officiellement, l’entente avec les milices chiites est bonne. En fait sur place, il n’en est rien, dit-il. Les sunnites de la ville sont revenus parce qu’ils n’avaient nulle part où aller. Il y a des problèmes d’eau, d’électricité, peu d’aide de Bagdad. Mais le principal problème, c’est que les milices chiites patrouillent dans la ville et alentours et lorsqu’elles attrapent des sunnites isolés, il y a des exactions, des rackets, kidnappings, demandes de rançon »[52].

Liens externesModifier

VidéographieModifier

Notes et référencesModifier

  1. a et b Le Monde avec AFP, AP et Reuters : L'armée irakienne lance son offensive pour reprendre Tikrit à l'État islamique
  2. a et b AFP : Les forces irakiennes assiègent Tikrit, l'EI promet des victoires
  3. a et b « Irak : après Mossoul, Tikrit est tombée aux mains des jihadistes », RFI
  4. AFP, « La deuxième plus grande ville d'Irak aux mains des insurgés », Libération, 10 juin 2014
  5. AFP, « Irak: les insurgés prennent pour la première fois une province entière », Nouvel Obs, 10 juin 2014
  6. AFP, : « Irak : 40 000 civils ont fui Tikrit et Samarra, l'OIM prévoit une crise humanitaire “prolongée” », L'Orient du jour
  7. BBC : Irak : des exécutions de l'EIIL à Tikrit
  8. Reuters : Des hélicoptères irakiens bombardent Tikrit
  9. France 24 : L'armée irakienne à l'assaut de Tikrit
  10. AFP : L'armée irakienne lance l'assaut pour reprendre Tikrit
  11. Reuters : Les combats s'intensifient à Tikrit, au nord de Bagdad
  12. AFP, AP et Le Monde : L'armée irakienne poursuit son assaut sur Tikrit
  13. AFP et Le Nouvel Observateur : L'EIIL établit un "califat islamique" en Syrie et en Irak
  14. RFI : En attendant les avions de combat, l'armée irakienne piétine à Tikrit
  15. Reuters : L'armée irakienne reprend le village natal de Saddam Hussein
  16. RFI : L'armée irakienne reprend des territoires aux jihadistes
  17. RFI : Irak: l'armée échoue à reprendre Tikrit
  18. CNN : مصادر لـCNN: المسلحون يستردون وسط تكريت بعد معارك طاحنة والقوات الحكومية تنسحب إلى الجنوب
  19. Le Figaro et AFP : Irak : des insurgés lancent un assaut
  20. Le Point : Irak : l'armée à l'assaut de Tikrit
  21. Reuters : L'armée irakienne stoppée par une forte résistance à Tikrit
  22. AFP : Neuf miliciens chiites tués dans une attaque jihadiste en Irak
  23. RFI : Irak: contentieux irako-américain autour de la bataille de Tikrit
  24. Le Point avec AFP : Irak : offensive d'envergure pour reprendre Tikrit aux djihadistes
  25. France 24 : ETAT ISLAMIQUE - Quel rôle pour l'Iran dans la guerre contre l'EI ?
  26. AFP : Irak: l'offensive sur Tikrit ralentie par snipers et explosifs
  27. France 24 : IRAK : Où en est-on de l’offensive contre l’État islamique à Tikrit ? - EI
  28. Reuters : L'armée irakienne progresse au sud de Tikrit
  29. Le Monde avec Reuters : L'armée irakienne met l'EI sous pression à Tikrit
  30. AFP : L'EI fait exploser un pont clé dans la région de Tikrit en Irak
  31. RFI : L'armée irakienne est entrée dans Tikrit, contrôlée par le groupe EI
  32. RFI : Irak: le groupe EI, encerclé à Tikrit, galvanise ses troupes
  33. Le Point avec AFP : Les forces irakiennes préparent l'assaut final sur Tikrit
  34. AFP : Offensive à Tikrit : des raids de la coalition nécessaires (général irakien)
  35. AFP : L'Irak cesse de combattre l'État islamique à Tikrit
  36. L'Obs : IRAK. La tombe de Saddam Hussein détruite
  37. Le Monde avec AFP : Les États-Unis bombardent près de Tikrit en soutien aux forces irakiennes
  38. AFP : Irak: l'offensive sur Tikrit reprend après des frappes américaines
  39. RFI : Les États-Unis volent la victoire à Tikrit, selon la milice chiite
  40. [vidéo] France 24 : PARIS - La nouvelle réunion de la coalition anti-EI va-t-elle changer la donne ?
  41. a et b AFP : Les forces irakiennes reprennent le siège provincial à Tikrit
  42. AFP : Irak: Bagdad annonce la "libération" de Tikrit, la coalition est plus prudente
  43. France 24 : Vidéo : libérée par les forces irakiennes, Tikrit offre un visage de désolation, par Anne-Sophie Le Mauff.
  44. AFP : Irak: Tikrit "libérée" mais désertée et piégée
  45. Le Monde avec AFP et Reuters : Accusées de pillages, les milices chiites quittent Tikrit
  46. RFI : Le Premier ministre irakien hausse le ton contre les pillards à Tikrit
  47. AFP : Irak: combats à Tikrit une semaine après la "libération" de la ville
  48. Le Monde : En Irak, Izzat Al-Douri, ancien bras droit de Saddam Hussein, donné pour mort, par Hélène Sallon.
  49. AFP : L'Irak cherche à confirmer la mort du numéro 2 de Saddam Hussein
  50. Euronews avec Reuters : Irak :le parti Baas dément la mort d’Al-Douri, le” diable roux”
  51. Le Temps, En Irak, les habitants de Tikrit reviennent au compte-gouttes, 15/07/2015
  52. Agnès Rotivel, Falloudja reprise par l’armée irakienne, La Croix, 30 mai 2016.