Bataille de Tapae

Batailles de Tapae
Description de cette image, également commentée ci-après
La seconde bataille de Tapae, en l'an 101,
lors de la première guerre dacique de Trajan.
Informations générales
Date 86 : défaite de Cornelius Fuscus
88 : victoire de Tettius Iulianus
101 : victoire de Trajan
Lieu Tapae, Dacie
Issue Victoire dace en 86, victoire romaine sans suite en 88 et 101
Belligérants
DacesEmpire romain
Commandants
Décébale est roi des Daces lors des trois batailles.Cornelius Fuscus (86),
Tettius Iulianus (88),
Trajan (101)
Forces en présence
inconnuesinconnues
Pertes
inconnuesimportantes, un aigle perdu, et mort de Cornelius Fuscus en 86,
inconnue sinon

Guerres daciques de Domitien et de Trajan

Batailles

Batailles de Tapae (86, 88, 101)
Bataille d'Adamclisi (hiver 101/102)
Siège de Sarmizégétuse (106)

Coordonnées 45° 30′ 20″ nord, 22° 43′ 29″ est

Les batailles de Tapae opposent les Daces de Décébale à l'Empire romain sous les règnes de Domitien et Trajan sur le lieu d'un passage vers la capitale dace de Sarmizégétuse et les forteresses daces des monts d'Orastie.

Antérieurement, le préfet du prétoire Cornelius Fuscus avait organisé en 86 une expédition punitive à la suite de l'invasion dace de la Mésie romaine en 85, mais avait subi une défaite écrasante probablement déjà près de Tapae. La « première bataille de Tapae » est une victoire de Lucius Tettius Iulianus qui renonce ensuite à pousser son avantage en renonçant à marcher sur la capitale dace de Sarmizégétuse, probablement en raison d'intempéries. Ces deux batailles se placent dans la guerre dacique de Domitien de 85 à 89. En l'an 101, lors de la première campagne dacique de Trajan, ce dernier sort victorieux de la « deuxième bataille de Tapae », mais lui non plus ne peut marcher sur Sarmizégétuse avec l'approche de l’hiver.

Localisation de TapaeModifier

Tapae se situe dans l'actuelle Transylvanie, à la frontière entre le județ de Caraș-Severin et celui de Hunedoara, en Roumanie. À l’époque daco-romaine, c'est un des passages depuis les territoires romains vers la capitale dace Sarmizégétuse, et vers les forteresses daces des monts d'Orastie, au nord des Portes de Fer.

Lors de la guerre dacique de DomitienModifier

Défaite de Cornelius Fuscus (86)Modifier

En l'an 85, Les Daces décident de franchir le Danube et d’attaquer la province romaine voisine de Mésie. Le gouverneur Caius Oppius Sabinus qui va à la rencontre de l’armée dace est battu probablement près de Adamclisi[1]. De nombreuses fortifications et garnisons de limes mesique sont anéanties. Seuls les campements légionnaires de Oescus et Novae, réussissent à se défendre avec succès. L'empereur Domitien réunit une armée et marche immédiatement vers le champ des opérations avec la garde prétorienne du préfet du prétoire, Cornelius Fuscus[2].

En l'an 86, Domitien, ayant pu rétablir l’ordre dans la province de Mésie, décide de venger l’honneur romain, organisant au début de l’été de cette année, une expédition punitive au-delà du Danube, promouvant comme commandant en chef de l’expédition en territoire dace, le préfet du prétoire, Cornelius Fuscus. L’endroit où l'armée romaine traverse le fleuve n’est pas connu, mais on suppose qu’il s’agit de la même voie suivie quelques années après par Trajan durant sa première campagne dacique. L'avancée romaine est arrêtée au cœur du royaume de Décébale, près de Tapae, où elle subit une cuisante défaite[3]. Ici l’armée romaine est sévèrement battue et le préfet perd la vie. La défaite est tellement grave qu'elle a pu être comparée à celle subie par Publius Quintilius Varus quatre-vingt années plus tôt en Germanie à la Bataille de Teutobourg. L'armée romaine doit subir des pertes durant la désastreuse retraite. Et dans le butin des Daces se trouve un étendard militaire, un aigle légionnaire ou plus probablement une enseigne des prétoriens[4],[5].

Première bataille de Tapae (88)Modifier

La guerre est reprise en l'an 88 après un an de préparatifs. Domitien nomme comme nouveau commandant en chef, Lucius Tettius Iulianus lequel, traverse le Danube, probablement en face de la forteresse légionnaire de Viminacium, réussit, à l’automne suivant, à rejoindre la plaine de Caransebeş, en face des Portes de Fer, après une marche d’approche épuisante sur plusieurs colonnes, rendue difficile par les attaques continues des Daces.

Près de la localité appelée Tapae se déroule une grande bataille, suivie par la défaite des Daces[6]. Iulianus, toutefois, ne marche pas sur la capitale ennemie de Sarmizégétuse. Selon Dion Cassius, il est retenu par un stratagème de Décébale qui aurait coupé des troncs d’arbre en les habillant en soldats bien armés et après les avoir positionnés en défense de la capitale de la Dacie, réussit à conduire les Romains à renoncer à avancer en territoire ennemi[7].

On peut penser qu’il y a d’autres motifs pour lesquels Lucius Tettius Iulianus reporte ultérieurement l’avance. La raison principale serait la difficulté de traverser les Portes de Fer à une période proche de l’hiver, et d’être obligé de supporter un séjour en territoire dace jusqu’au printemps suivant, en préparation d’une marche l’année suivante sur Sarmizegetusa[8].

Lors des guerres daciques de TrajanModifier

Deuxième bataille de Tapae (101)Modifier

 
La première expédition de Trajan en Dacie, en 101 et 102.

En l'an 101, après avoir traversé le Danube, l’armée romaine de Trajan progresse en territoire dace sans rencontrer une grande résistance. Les Daces adoptent une tactique de retraite vers l’intérieur du pays, reculant au fur et à mesure que l’armée romaine avance, reprenant la même stratégie que lors de la campagne de Cornelius Fuscus en 86. Les Daces espèrent ainsi forcer les Romains à quitter leurs lignes de communications et d’approvisionnement et les isoler dans les montagnes transylvaines. Les reliefs de la colonne montrent des forteresses désertes, des troupeaux anéantis, des collines abandonnées. Au cours de cette approche, aucune confrontation sérieuse n’est signalée[9].

Malgré tout, Trajan, bien que n’ayant rencontré aucune résistance, continue à progresser vers l’intérieur du royaume avec précaution, craignant les embuscades. L’avancée de l’armée s’accompagne de la construction de routes, de ponts et de forts le long du chemin[10]. Jusqu’à la Tapae, unique bataille de cette première campagne, Décébale évite toute confrontation armée.

Après avoir atteint Tibiscum, qui ressemble au nom actuel de Timiș, apparemment sans combat sérieux, Trajan établit un campement avant d’attaquer les forteresses daces protégeant le passage des Portes de Fer. L’armée romaine engage alors le combat contre l’armée dace à Tapae. Celle-ci, comme le montrent les reliefs de la colonne Trajane[11], tourne en faveur des Romains, après des combats acharnés[12].

Il ne s’agit pas pour autant d’un combat décisif[13], les Daces pouvant encore se replier dans les bastions des monts d’Orastie, bloquant ainsi la route menant à Sarmizégétuse.

L’arrivée de l’hiver rend imprudent une attaque de ces forteresses. C'est la trêve hivernale. L'arrivée de l'hiver marque l'arrêt des manœuvres. Trajan fait hiverner ses troupes en territoire ennemi et établit des garnisons autour de Sarmizégétuse, empêchant son ravitaillement.

Notes et référencesModifier

  1. Cambridge University Press, Storia del mondo antico, L’impero romano da Augusto agli Antonini, vol. VIII, Milan, 1975, pp. 614 et 685.
  2. Cambridge University Press, Storia del mondo antico, L’impero romano da Augusto agli Antonini, vol. VIII, Milan, 1975, p. 613.
  3. Alexandru Vulpe, « Storia e Civiltà della Dacia preromana », dans Grigore Arbore Popescu, Trajan aux confins de l’Empire, Milan, 1998, p. 108.
  4. Dion Cassius, Histoire romaine, livre LXVIII, 9, 3.
  5. Tacite, De vita et moribus Iulii Agricolae, 41, minimise le nombre des pertes romaines.
  6. Dion Cassius, Histoire romaine, livre LXVII, 10, 1-2.
  7. Dion Cassius, Histoire romaine, livre LXVII, 10, 3.
  8. Cambridge University Press, Storia del mondo antico, L'impero romano da Augusto agli Antonini, vol. VIII, Milan, 1975, pp. 616-617.
  9. Dion Cassius, Histoire romaine, livre LXVIII, 8, 1.
  10. Julian Bennet, Trajan. Optimus Princeps, Bloomington, 2001, p. 92.
  11. Filippo Coarelli, La colonna Traiana, Rome, 1999, tables 22-25 (XVIII-XX/XXIV-XXV), pp. 66-69.
  12. Dion Cassius, Histoire romaine, livre LXVIII, 8, 2.
  13. Patrick Le Roux, Le Haut-Empire romain en Occident, d'Auguste aux Sévères, Seuil, 1998, p. 73.