Bataille de Solicinium

Bataille de Solicinium
Description de cette image, également commentée ci-après
Carte montrant l'extension du territoire des Alamans entre IIIe siècle et le VIe siècle.
Informations générales
Date apr. J.-C.
Lieu Sud-Ouest de l'Allemagne actuelle, au sud du limes
Issue Victoire des Romains
Belligérants
Empire romain d'OccidentAlamans
Commandants
Valentinien Ier
Sébastien
Rando
Forces en présence
InconnuInconnu
Pertes
Lourdes pertesInconnu

Campagnes de Valentinien Ier en Gaule et en Germanie

La bataille de Solicinium opposa l'armée de l'Empire romain d'Occident menée par l'empereur Valentinien Ier aux Alamans en dans le Sud-Ouest de l'Allemagne actuelle. Celle-ci se conclut par une victoire totale des Romains malgré de lourdes pertes.

SourcesModifier

La bataille de Solicinium est rapportée par l'historien et militaire romain Ammien Marcellin, contemporain des événements, dans le livre XXVII chapitre X de son Histoire de Rome (Res gestae libri)[1].

LocalisationModifier

Le lieu exact de Solicinium n'est pas connu et reste sujet à débat. En 1845, l'historien franco-allemand Maximilien de Ring affirma dans un article publiée dans la Revue archéologique que le lieu de la bataille devait correspondre avec l'ancienne colonie romaine de Sumolcène, située près de Rottenburg am Neckar[2]. D'autres sites furent proposées parmi lesquelles Schwetzingen[3], Heidelberg[4], Glauberg, Sulz am Neckar ou le Spitzberg près de Tübingen[5]. Si tous ces lieux sont situés dans le Sud-Ouest de l'Allemagne actuelle, ceux-ci sont dispersés dans une aire de près de 200 kilomètres de diamètre.

Des recherches récentes placent la bataille dans la partie nord d'Hechingen. La ville perdue de Solicinium serait ainsi située là où se trouve aujourd'hui le musée romain de la commune[6].

ContexteModifier

Incursions des Alamans en Gaule après la mort de JulienModifier

Après la mort de l'empereur Julien en Perse en 363, les Alamans remettent en cause le traité qu'ils avaient conclu avec lui après ses quatre campagnes victorieuses au-delà du Rhin (en 357, 358, 359 et 360)[7]. Ceux-ci renouvellent leurs incursions en Gaule, en se prévalant du mépris des ministres du nouvel empereur Valentinien Ier pour le versement du tribut convenu.

En 364, les Alamans franchissent le Rhin et, après avoir pillé la région en guise de compensation, se retirent derrière le fleuve[8]. En réaction, Valentinien se rend en Gaule en 365 pour sécuriser les provinces menacées. Quand ils répètent leur expédition cette année-là, les Alamans trouvent les Romains prêts au combat. Cependant, au cours de deux batailles successives, les Alamans emportent la victoire contre les généraux romains, signalant leur victoire par la capture de plusieurs étendards[9].

L'empereur, après avoir restauré une sévère discipline parmi les légions, confia le commandement à Jovin, un officier compétent qui reprend l'avantage contre les envahisseurs. Après avoir emporté la victoire contre deux détachements séparés des Alamans le long de la Moselle, il remporte la victoire contre l'armée unie des Alamans à Châlons-en-Champagne. En récompense, Jovin est nommé consul pour l'année 367[10].

La campagne de 368Modifier

Les célébrations de la victoire de Jovin sont interrompues par la prise de Moguntiacum (aujourd'hui Mayence) par le chef alaman Rando. Les Alamans mettent à sac la ville et massacrent les habitants avant de se retirer au-delà du Rhin[9]. Le départ de troupes d'élite de la frontière rhénane pour la Bretagne romaine sous le commandement du comte Théodose pour lutter contre la coalition barbare pourrait expliquer le passage à l'action des Alamans[8].

Valentinien, furieux, décide de lancer une campagne sur le territoire des Alamans afin d'empêcher de nouvelles déprédations. Le comte Sébastien, commandant les troupes d'Illyrie et d'Italie reçoit pour mission d'encercler les ennemis au Sud en passant par la province de Rhétie[11]. Dans le même temps, l'empereur lui-même et son fils Gratien, âgé de 8 ans et élevé à la pourpre en 367, avancent avec leurs forces vers l'Ouest depuis la Gaule.

Déroulement de la batailleModifier

Avant la batailleModifier

Peu aptes à défendre leur territoire face aux Romains, les Alamans se retirèrent dans les collines. Ils montèrent leur camp sur une colline appelée Solicinium.

L'empereur Valentinien participa en personne à une mission de reconnaissance des positions ennemis au pied de la montagne. Il est presque capturé par l'avant-garde ennemie qui s'était placée en embuscade, perdant son casque et son porte-étendard au cours de la retraite[12],[13].

Pendant la batailleModifier

On sait peu de choses du déroulement de la bataille. Il semble que Valentinien ait lancé un assaut général sur le sommet de la colline afin de déloger les Alamans. Ceux-ci se retirèrent de leur position et se retrouvèrent face aux troupes de Sébastien, placées en arrière pour couper la retraite de l'armée ennemie. L'issue de la bataille fut la défaite totale des Alamans[12].

Après la batailleModifier

Malgré leur victoire, les Romains accusèrent de lourdes pertes. Plusieurs officiers moururent au cours de la bataille selon Ammien Marcellin[14] :

« Nous eûmes aussi dans ce combat des pertes assez sensibles. Valérien, chef des domestiques, resta parmi les morts, ainsi que le scutaire Natuspardo, soldat d’une bravoure comparable à celle des Sicinius et des Sergius. Après cette victoire, chèrement achetée, on reprit les quartiers d’hiver, l’armée dans ses cantonnements, les deux empereurs à Trèves. »

Après la bataille, Valentinien retourna dans la ville impériale de Trèves, où il se concentra sur la réorganisation de la défense du limes germanique[12].

Notes et référencesModifier

  1. Ammien, livre XVII, X, 8
  2. Bernard-Jacques-Joseph-Maximilien de Ring, « Du Solicinium d'Ammien Marcelin, lieu où Valentinien combattit et défit les Alamans », Revue archéologique,‎ , p. 222-228 (lire en ligne  )
  3. Elmine de Chezy, Le guide des voyageurs à Heidelberg, Mannheim, Schwezingen, à l'Odenwald et à la vallée du Nackar, Strasbourg et Paris, Treuttel & Wurtz, (lire en ligne), p. 167
  4. (en) John F. Drinkwater, The Alamanni and Rome 213-496: Caracalla to Clovis, Oxford, Oxford University Press, (lire en ligne), p. 288
  5. (en) J. den Boeft, Jan Willem Drijvers, D. den Hengst, Hans C. Teitler et Hans C. Teitler, Philological and Historical Commentary on Ammianus Marcellinus, Brill, (ISBN 9789004365575, lire en ligne), p. 238
  6. (de) Gerd Schollian, « Wo liegt das legendäre Solicinium », Schwatzwälder Bote,‎ (lire en ligne  )
  7. Michel Kasprzyk (dir.) et Gertrud Kuhnle (dir.), L’Antiquité tardive dans l’Est de la Gaule, I: La vallée du Rhin supérieur et les provinces gauloises limitrophes : actualité de la recherche, Artehis Éditions, , 795 p. (lire en ligne), p. 331
  8. a et b Laure Charlotte Feffer et Patrick Perin, Les Francs - À la conquête de la Gaule, Armand Colin, (lire en ligne)
  9. a et b Henri Martin, Histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1789., Paris, Furne & cie, (lire en ligne), p. 807
  10. Géraud de Cordemoy, Histoire de France, Paris, Jean-Baptiste Coignard, (lire en ligne), p. 84
  11. Ammien, livre XXVII, X, 6
  12. a b et c Edward Gibbon (trad. François Guizot.), Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain, Paris, Lefèvre, (lire en ligne), chap. XXV
  13. Ammien, livre XXVII, X, 11
  14. Ammien, livre XXVII, X, 16

Voir aussiModifier

Liens externesModifier

Articles connexesModifier