Siège de Lilybée (250 av. J.-C.-241 av. J.C.)

siège de 250 av. J.-C. à 241 av. J.-C.
(Redirigé depuis Bataille de Lilybée)
Siège de Lilybée

Informations générales
Date 250 - 241 av. J.-C.
Lieu Lilybée, Sicile
Issue Victoire de Carthage
Belligérants
République romaineCarthage
Commandants
Gaius Atilius Regulus Serranus

Lucius Manlius Vulso Longus Publius Claudius Pulcher

Gaius Lutatius Catulus
Himilco Hamilcar Barca
Forces en présence
110 000 hommes11 000 hommes dont 700 cavaliers
Pertes
10 000 mortsMoins de 10 000 morts

Première guerre punique

Batailles

Coordonnées 37° 48′ 10″ nord, 12° 25′ 45″ est
Géolocalisation sur la carte : Sicile
(Voir situation sur carte : Sicile)
Siège de Lilybée
Géolocalisation sur la carte : Italie
(Voir situation sur carte : Italie)
Siège de Lilybée

Le siège de Lilybée a eu lieu dans le cadre de la première guerre punique en 250 av. J.-C. entre les légions de la République romaine et les Carthaginois. Le siège de Lilybée a duré pendant près de neuf ans. Les romains ont tenté en vain de conquérir la cité à maintes reprises par différents assauts infructueux. Par la suite les romains ont encerclé la ville et ont coupé toutes les communications aussi bien sur terre que sur mer. Dans un premier temps la flotte romaine, du à son inexpérience dans ce domaine, face aux carthaginois ont subi de lourde défaite aux batailles navales de Drépane et Phintias. Les Carthaginois se sont ensuite révélés capables d'alimenter la ville par la mer. Neuf ans plus tard, en 241 avant J.-C., les Romains construisirent une nouvelle flotte et coupèrent l'approvisionnement. Les Carthaginois ont reconstitué leur flotte et l'ont envoyée en Sicile chargée de fournitures. Les Romains l'ont rencontré non loin de Lilybée et l'ont définitivement battu lors de la bataille des Egates en 241 av. Mais les Carthaginois sont parvenus à tenir la cité en infériorité numérique. Elle se termina par la victoire des Carthaginois. Mais cette victoire n’empêchera pas après 23 ans de guerre de voir le triomphe de Rome et de conquérir la Sicile, du moins la partie carthaginoise de l'ile. Les principales sources ayant relatés ce siège sont l’historien grec Polybe et l'historien sicilien Diodore de Sicile.

PréambuleModifier

 
Carte des territoires contrôlés par la République Romaine et Carthage

En 264 avant J.-C., les États de Carthage et de Rome entrent en guerre, déclenchant la première guerre punique. Rome avait réussi avant cette guerre à conquérir et soumettre l'ensemble de l'Italie. Elle commençait à devenir une puissance méditerranéenne capable d'affronter les autres grandes puissances telles que Carthage. Carthage était une puissance maritime, une thalassocratie, bien établie en Méditerranée occidentale. Son territoire était situé en Afrique du Nord (actuel Tunisie) et elle possédait les différentes grandes iles dans la Méditerranée tel que la Corse, une partie de la Sardaigne et la quasi-totalité de la Sicile à l'exception de Syracuse.

Les zones d’influence et le commerce étant en concurrence entre les deux puissances et la baisse de l'influence grecque sur ce coin de méditerranée permettent de faire déclencher ce conflit. Avant le siège de Lilybée parviennent à progresser en Sicile grâce à ses victoires sur les principales villes d'Akragas (Agrigente moderne; Agrigentum en latin; capturé en 262 avant JC) et Panormus (Palerme moderne; capturé en 254 avant JC)[1]. Rome tentait lentement de prendre le contrôle de la majeure partie de la Sicile, y compris Il s'était développé en une lutte dans laquelle les Romains tentaient de vaincre les Carthaginois de manière décisive et, au minimum, de contrôler toute la Sicile[2]. Les Carthaginois s'engageaient dans leur politique traditionnelle d'attendre que leurs adversaires s'épuisent, dans l'espoir de regagner une partie ou la totalité de leurs biens et de négocier un traité de paix mutuellement satisfaisant[3]. Lilybée est une des dernières villes à conquérir pour contrôler la Sicile carthaginoise. C'est dans ce cadre que débute le siège de Lilybée.

SiègeModifier

Le Sénat romain encouragé par ses différentes victoires, envoie l'armée romaine conquérir la cité en espérant y chasser les carthaginois de l'ile. Polybe nous dit que la cité était bien fortifiée, entourée de fossés profonds et de chenaux vaseux, par lesquels on ne pouvait pénétrer dans le port qu'avec beaucoup d'expérience et d'habitude. Le port était notoirement difficile d'accès en toute sécurité sans pilote local compétent en raison de haut-fond dangereux [4]. Il avait des murs très solides et de nombreuses tours, qui étaient défendues par un fossé sec que Diodoros rapporte comme étant profond de 20 mètres (60 pieds) et large de 30 mètres (90 pieds)[5].

Les Romains s'établirent des deux côtés de la ville, relièrent leurs deux campements par un fossé flanqué d'un remblai et d'une palissade, et dirigèrent leurs travaux d'approche contre la tour la plus voisine du rivage, du côté de la mer d'Afrique[4]. Les romains ont utilisé pour tenter de faire tomber rapidement la cité des catapultes (oxyboles et pétroboles), des béliers et d'autres équipements de siège, et ont attaqué le coin sud-ouest des fortifications. Le fossé a été rempli et six des tours du mur extérieur ont été démolies à coup de bélier[6]. Les Romains ont tenté d'exploiter les défenses de Lilybaeum et les défenseurs ont creusé des contre-mines. Les défenseurs se sont également efforcés de réparer les dommages aux murs et aux tours chaque nuit et se sont maintes fois opposés aux sièges romains.

La garnison comprenait pourtant dix mille mercenaires, sans compter les habitants ; et le commandant de la place, Himilcon, faisait tout son possible pour la défendre : il réparait les brèches, creusait des contre-mines et donnait fort à faire aux assiégeants.Les carthaginois menaient à plusieurs reprises des attaques surprises pour briser l'encerclement romain et détruire le matériel romain. Polybe raconte que chaque jour il les harcelait, guettait l'occasion de mettre le feu à leurs machines ; pour cela il les attaquait à l'improviste de jour ou de nuit, et ces escarmouches étaient parfois plus meurtrières que ne le sont généralement les batailles rangées[4].

Pour empêcher le ravitaillement de la ville par la mer, les romains ont continuellement coulé des navires carthaginois. Ils ont ensuite tenté à plusieurs reprises de bloquer l'entrée du port comblèrent la bouche du port avec des pierres et de la terre, en ayant soin de bien consolider ces matériaux au moyen de grandes poutres assujetties par des ancres[5]. Mais une mer houleuse détruisit tous ces travaux. La garnison carthaginoise était alimentée par des coureurs de blocus, des galères légères et maniables avec des équipages hautement qualifiés et des pilotes expérimentés. Le chef parmi les coureurs du blocus était une galère commandée par Hannibal le Rhodien, qui narguait les Romains avec la supériorité de son navire et de son équipage. Finalement, les Romains ont capturé Hannibal et son navire[7].

L'assaut romain se poursuit. Les Romains ont brisé une partie du mur à l'aide de catapultes[8]. Les défenseurs ont construit un mur intérieur. Remplissant le fossé à plusieurs endroits, les Romains ont distrait les Carthaginois avec une feinte sur une partie du mur, puis en ont saisi une section différente avec une attaque distincte. Par des moyens qui ne sont pas clairs dans les sources, peut-être en les tentant plus loin dans la ville, Himilco les a détruits et a repris le mur. Les assièges sont parvenues à détruire l'ensemble des machines de guerres romaines. Les carthaginois brûlèrent les machines des Romains, leurs tortues, leurs pétroboles, leurs béliers et leurs catapultes bien aidé par le vent[5].

Après la destruction de leurs machines de sièges, les Romains ont construit de solides murs de terre et de bois et fortifièrent leur propre camp pour empêcher de nouvelles sorties, mais qui entraveraient également considérablement toute nouvelle attaque contre la ville. Les romains ont essayé d'utiliser le temps pour réduire la place en espérant conquérir la cité par la famine. Les habitants de Lilybée relevèrent les parties démolies de leurs remparts et supportèrent le siège avec sérénité[8].

BilanModifier

Les Carthaginois ont remporté ce siège grâce à leur système de défense et leur résistance acharnée. Mais ce siège n'a pas été décisif pour gagner la première guerre Punique. La première guerre Punique a été remportée sur mer par les romains lors de la batailles des iles Egates. Paradoxalement, les romains ont reconstitué une flotte de guerre grâce aux navires capturés durant le siège de Lilybée. Dans ce siège, les Romains perdent 10 000 hommes et les carthaginois perdent moins de 10 000 hommes. Malgré cette défaite, les romains ont appris énormément dans la manière de conduire un long siège. Les romains durant la première guerre mondiale avait une petite expérience dans les longs sièges. La plupart des sièges de cette période ont été emportés par le biais de siège rapide grâce aux béliers[9]. Les romains jusqu'à la moitié du IIe siècle av. J.-C. ont continué les sièges rapides emportés par assaut. Mais au fil du temps, de l'expérience et des machines emportés sur l'ennemi ou en observant les tactiques de sièges réalisés par ses alliés, les romains sont devenus progressivement expert dans les longs sièges demandant beaucoup d'investissements.

SourcesModifier

Polybe, Histoire, Les Belles Lettres, 2000-.

Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, Les Belles Lettres 2000-.

BibliographieModifier

Goldsworthy Adrian, The Fall of Carthage : The Punic Wars 265-146BC, Cassel, Londres, 2003.

Joëlle Napoli, Evolution de la poliorcétique romaine sous la République jusqu’au milieu du IIe siècle avant J.-C., Bruxelles, Latomus,

Hoyos, Dexter, A Companion to the Punic Wars, Wiley - Blackwell, Oxford, 2015.

Notes, sources et référencesModifier

  1. (en) Rankov, Boris, "A War of Phases : Strategies and Stalemates". In Hoyos, Dexter (ed.). A Companion to the Punic Wars., , p.158
  2. (en) Adrian Goldsworthy, The Fall of Carthage : The Punic Wars 265–146 BC, Londres, Phoenix, , p.129.
  3. Goldsworthy 2006, p. 130.
  4. a b et c Polybe, Histoires, p. I, 42..
  5. a b et c Diodore de Sicile, Bibliothèque Historique, p. XXV.
  6. Napoli 2013, chap.III, p. 88-90.
  7. Goldsworthy 2006, p. 117-118.
  8. a et b Polybe, Histoires, p. I, chapitre 48.
  9. Napoli 2013, p. 192-195.