Bantam (soldat)

Affiche de recrutement pour le 14e bataillon du Gloucestershire Regiment, au début de la Première Guerre mondiale.

Un bantam, dans l'Armée britannique, est un fantassin dont la taille est inférieure à la taille minimale réglementaire de 160 cm (cinq pieds et trois pouces) exigée par l'armée. Pendant la Première Guerre mondiale, l'Armée britannique a formé des bataillons dont la taille minimale des recrues a été réduite de 160 cm à 147 cm (quatre pieds et dix pouces) : cela a permis à de jeunes hommes en bonne santé de s'enrôler dans l'armée[1],[2].

Difficultés de recrutementModifier

L'effectif des unités de bantams provenait des zones industrielles et minières du Nord de l'Angleterre, où la petite taille n'était pas un signe de faiblesse physique. Le nom provient de l'ancienne ville de Bantam (aujourd'hui Banten) en Indonésie, d'où proviendrait une race de petits oiseaux domestiques. Par ailleurs, le bantamweight (les « poids coqs ») est une catégorie de poids dans la boxe qui a vu le jour dans les années 1880.

Quand le secrétaire d'État à la Guerre Lord Kitchener lance en août 1914 son appel aux volontaires, l'enthousiasme belliciste, la pauvreté et la montée du chômage permet de recruter en un mois un demi-million d'hommes, ce qui est beaucoup trop en raison du manque d'uniformes, de logements, etc. En conséquence, le , l'armée augmente la taille minimum d'engagement en la portant à 1,68 mètre, ce qui permet de réformer immédiatement 10 000 recrues[3], et ordonne aux centres de recrutement de respecter plus scrupuleusement les trois autres critères : être « de pure souche européenne », avoir un âge entre 19 et 30 ans et pas de handicap physique[4].

Mais en novembre 1914, le député Alfred Bigland (en) fait un discours racontant qu'un mineur de Durham (près de Newcastle), venu à pied à Birkenhead (le port en face de Liverpool) pour s'engager, s'est vu refuser parce qu'il lui manquait un pouce à sa taille : Bigland obtient du War Office l'autorisation de recruter dans sa circonscription en-dessous de la taille réglementaire, dans le cadre de la formation des Pals battalions (« bataillons de camarades ») dont l'entretien (logement et nourriture) est assuré localement. Dans les jours qui suivent, environ 3 000 hommes de tout le Royaume-Uni viennent s'engager à Birkenhead, ce qui permet de former immédiatement trois bataillons.

FormationModifier

Ces trois bataillons de la New Army sont les 15e (1st Birkenhead), 16e (2nd Birkenhead) et 17e (Reserve)[5] du Cheshire Regiment (en)[6]. En tout, 24 bataillons de bantam sont créés (mais sans aucun Irlandais, par méfiance), fournissant la totalité de l'infanterie de la 42e division d'infanterie, renommée en 35e division le , et de la 40e division (en). L'emblème de la 42e division est un coq (bantam cock), celui de la 35e un anneau de sept chiffres cinq, tandis que la 40e reprend le coq de combat.

  • 35th Division[7]
    • 104th Brigade
    • 105th Brigade
      • 15th (Service) (1st Birkenhead) Battalion, Cheshire Regiment
      • 16th (Service) (2nd Birkenhead) Battalion, Cheshire Regiment
      • 14th (Service) Battalion, Gloucestershire Regiment
      • 15th (Service) Battalion, Sherwood Foresters (Nottinghamshire and Derbyshire Regiment)
    • 106th Brigade
      • 17th (Service) Battalion, Royal Scots (Lothian Regiment)
      • 17th (Service) (2nd Leeds) Battalion, Prince of Wales's Own (West Yorkshire Regiment)
      • 19th (Service) (2nd County) Battalion, Durham Light Infantry
      • 18th (Service) Battalion, Highland Light Infantry
  • 40th Division[8]
    • 119th Brigade (Welsh Bantam Brigade)
      • 19th (Service) Battalion, Royal Welsh Fusiliers
      • 12th (Service) Battalion (3rd Gwent), South Wales Borderers
      • 17th (Service) Battalion (1st Glamorgan), Welsh Regiment
      • 18th (Service) Battalion (2nd Glamorgan), Welsh Regiment
    • 120th Brigade
      • 11th (Service) Battalion King's Own (Royal Lancaster) Regiment
      • 13th (Service) Battalion Cameronians (Scottish Rifles) (absorbé par le 14th Highland Light Infantry en février 1916)
      • 12th (Service) Battalion South Lancashire Regiment (absorbé par le 11th King's Own en février 1916)
      • 14th (Service) Battalion Highland Light Infantry
    • 121th Brigade
      • 12th (Service) Battalion (East Anglian) Suffolk Regiment
      • 13th (Service) Battalion Green Howards
      • 18th (Service) Battalion Sherwood Foresters (absorbé par le 13th Green Howards en avril 1916)
      • 22nd (Service) Battalion Middlesex Regiment (dissous le 2 avril 1916)

Dans chacune des deux divisions, le bataillon divisionnaire de pionniers, les compagnies de mitrailleuses attachées aux brigades, la batterie de mortiers de tranchée, l'escadron de cavalerie, la compagnie cycliste, les compagnies du train divisionnaire, les brigades d'artilleries et les ambulances ne sont pas composés d'hommes de petite taille.

Mauvaise réputationModifier

Comme toutes les unités de la Kitchener's Army, les unités de bantams sont médiocrement encadrées par quelques officiers de réserve (ayant au mieux l'expérience des guerres coloniales) et passent l'année 1915 à l'instruction dans des camps en Angleterre, suivant un entraînement assez basique. La 35e division débarque en France en janvier 1916 et la 40e en juin. Les états-majors se méfient de ces deux divisions : les hommes sont rapidement fatigués par les marches, il faut prévoir des banquettes de tir surélevées dans les tranchées[9], on craint qu'ils ne fassent pas le poids au corps-à-corps, etc.

La 40e division est renforcée dès la première moitié de 1916 avec quatre bataillons « normaux », tandis que quelques milliers de bantams sont renvoyés dans des unités de travailleurs (le Labour Corps, composé de terrassiers et de tunneliers) pour défaillances physiques[10]. Les hommes de la 35e division semble démoralisés par les conditions de vie dans les tranchées et font piètre figure lors des inspections[11] ; les exécutions pour désertions commencent à se succéder à partir de juin 1916[12]. En juillet 1916, la participations de la 35e à la bataille de la Somme se résume à des assauts organisés à la hâte, sans concentration d'artillerie, frontalement et échouant systématiquement : la division perd ce mois-là 3 387 hommes, dont 533 tués, ce que représente le cinquième de l'effectif[13]. La 40e division n'intervient qu'en novembre 1916, en soutien de la 31e division.

Pendant la seconde moitié de 1916, la 35e division est placée en renfort près d'Arras, servant surtout aux travaux de terrassement qu'exigent la guerre de tranchées. En décembre 1916, 2 784 hommes de la 35e division sont réaffectés dans des unités non-combattantes, remplacés par des hommes aux tailles réglementaires[14]. En mars 1917, les 35e et 40e divisions, qui sont alors sur le front dans un secteur jugé calme, suivent la retraite allemande sur la ligne Hindenburg et entrent dans Péronne : les travaux dans la zone ainsi libérée sont confiés aux bantams. Du 21 au , la 40e est engagée dans la seconde bataille de Picardie (l'opération Michael pour les Allemands), ce qui se solde par la perte de 2 800 hommes[15].

Notes et référencesModifier

  1. (en) Tom de Castella, « The Army Units for those under 5ft 3in », sur BBC News, (consulté le 12 avril 2018)
  2. (en) Sidney Allinson, The Bantams : The Untold Story of World War I, Xlibris Corporation, (ISBN 978-1-4134-4445-2, présentation en ligne).
  3. Julian Putkowski (trad. Yves Buffetaut), Les Fusillés de King Crater : La 35th (Bantam) Division dans l'enfer de la Somme, Ysec, coll. « Un Jour de la Grande Guerre », (ISBN 2-84673-009-1), p. 8.
  4. Putkowski 2002, p. 6.
  5. Le 17th (Reserve) Battalion est renommé 74th Training Reserve Battalion le .
  6. (en) « Cheshire Regiment », sur http://www.longlongtrail.co.uk/.
  7. (en) Ray Westlake, Kitchener's Army, Tunbridge Wells, Nutshell Pub. Co., , 176 p. (ISBN 1-871876-05-2, LCCN 90187743), p. 135-136.
  8. Westlake 1989, p. 158-159.
  9. Putkowski 2002, p. 14.
  10. Putkowski 2002, p. 15.
  11. Putkowski 2002, p. 24.
  12. Putkowski 2002, p. 25-29.
  13. Putkowski 2002, p. 39.
  14. Westlake 1989, p. 137.
  15. Westlake 1989, p. 160.

Articles connexesModifier