Aziz Akhannouch

homme d'affaires et homme politique marocain

Aziz Akhannouch
ⵄⴰⵣⵉⵣ ⴰⵅⵏⵓⵛ
عزيز أخنوش
Illustration.
Aziz Akhannouch en 2018.
Fonctions
Chef du gouvernement du Maroc
En fonction depuis le
(8 mois et 29 jours)
Monarque Mohammed VI
Gouvernement Akhannouch
Législature XIe
Coalition RNI - PAM - PI
Prédécesseur Saad Dine El Otmani
Maire d'Agadir
En fonction depuis le
(9 mois et 12 jours)
Prédécesseur Salah El Malouki
Président du RNI
En fonction depuis le
(5 ans, 8 mois et 24 jours)
Prédécesseur Salaheddine Mezouar
Ministre de l'Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts[N 1]

(13 ans, 11 mois et 22 jours)
Monarque Mohammed VI
Premier ministre Abbas El Fassi
Chef du gouvernement Abbas El Fassi
Abdelilah Benkirane
Saad Dine El Otmani
Gouvernement El Fassi
Benkiran I et II
El Othmani I et II
Prédécesseur Mohand Laenser
Successeur Mohamed Sadiki
Biographie
Date de naissance (61 ans)
Lieu de naissance Tafraout (Maroc)
Nationalité Marocaine
Parti politique RNI
Conjoint Salwa Idrissi
Diplômé de Université de Sherbrooke
Profession Homme d'affaires
Religion Islam

Aziz Akhannouch
Chefs du gouvernement du Maroc

Aziz Akhannouch (en amazighe : ⵄⴰⵣⵉⵣ ⴰⵅⵏⵓⵛ, en arabe : عزيز أخنوش), né en 1961 à Tafraout, est un homme d'affaires et homme d'État marocain, chef du gouvernement du Maroc depuis le .

Il est l'un des actionnaires principaux du Akwa Group. Sa fortune personnelle est estimée à deux milliards de dollars d'après le classement 2019 du magazine Forbes.

Aziz Akhannouch est ministre de l'Agriculture de 2007 à 2021 et préside depuis 2016 le Rassemblement national des indépendants (RNI), parti de centre droit. Le RNI étant arrivé en tête des élections législatives de 2021, le roi Mohammed VI le charge de former le nouveau gouvernement.

Il est également maire d’Agadir depuis les élections communales de 2021.

Situation personnelleModifier

OriginesModifier

Aziz Akhannouch naît en 1961 à Tafraout. Il est d'origine chleuh[1].

Son père Ahmed Oulhaj Akhennouch est originaire de Aguerd Oudad, un douar proche de Tafraout, dont les forces vives ont émigré dès les années vingt à Casablanca.

Arrivé à Casablanca en 1932, Oulhaj Akhennouch ouvre un magasin où il revend du pétrole au litre. Doué d'un sens des affaires, il développe rapidement un réseau de distribution comptant sept échoppes, dont certaines sont confiées en gérance.

Une dizaine d'années plus tard, il retourne à Agadir pour y ouvrir une conserverie et une taillerie de marbre.

Il s'engage en soutenant le mouvement indépendantiste marocain. Il défend également dans les années 1940 un mouvement populaire de boycott économique contre les Français. Les autorités du protectorat le mettent en prison, brûlent ses commerces. Libéré, ses affaires périclitent.

Oulhaj se lance ensuite dans les hydrocarbures en créant Afriquia SMDC, en association avec Mohamed Wakrim, un homme auquel il est lié par les affaires et une origine géographique commune.

Au lendemain de l’indépendance, Oulhaj peut se refaire grâce au renvoi d’ascenseur des nationalistes.

Oulhaj Akhennouch fournit des bonbonnes de gaz lors de la Marche verte.

À la fin des années 70, il décide d'entrer en politique en créant le Parti de l'Action

FormationModifier

Aziz Akhannouch fait ses études primaires et secondaires dans la ville de Casablanca. Après son baccalauréat, il effectue son cursus universitaire au Canada, à l'université de Sherbrooke, où il obtient un MBA en 1986[2].

Vie privée et familialeModifier

Aziz Akhannouch est marié avec la femme d'affaires Salwa Idrissi, propriétaire de la holding Aksal et petite fille de Haj Hmad Benlafkih, richissime homme d'affaires, qui a fait fortune en partenariat avec Hassan Raji, le propriétaire des thés Sultan.

Il est père de trois enfants.

Son neveu, Mohamed Akhennouch, a épousé la fille de Moulay Taïeb Cherkaoui, secrétaire général du ministère de la Justice.

Sa nièce est mariée avec Jawad Hilali, un armateur du Sud, président de la Fédération des pêches maritimes.

Carrière professionnelleModifier

Retour au MarocModifier

Aziz Akhannouch retourne au Maroc au milieu des années 1990 et s'implique dans les affaires familiales.

Après la disparition de son père à la fin des années 1980, il se retrouve à la tête d’une entreprise florissante et d'un important patrimoine foncier qui attise les convoitises.

Au milieu des années 1990, sur proposition de Driss Basri, dont il est réputé proche, il est nommé au G14, un think-tank économique créé par le roi Hassan II

En 1996, il investit dans le secteur des médias en rachetant Caractères, devenant ainsi le propriétaire de :

Il acquiert également des actions dans le journal L'Économiste.

En 1999 il entre dans le capital de Meditelecom, 2e opérateur de la place, et en devenant son premier distributeur. La même année, deux sociétés du groupe sont introduites en bourse, à savoir, Afriquia Gaz et Maghreb Oxygène.

Tournant des années 2000Modifier

Au début des années 2000, il s'éloigne rapidement de Driss Basri, en disgrâce et dont l'image est très fortement dégradée.

Alors que ce dernier fait la une de la presse avec ses déclarations chocs depuis Paris, son journal La Vie éco ne parlera jamais du cas Basri. Soucieux de se rendre utile, il introduit ses connaissances d’extrême gauche[réf. nécessaire] aux conseillers du Roi.

Il est élu président du Conseil de la région Souss-Massa-Drâa en 2003. Il est élu a la quasi-unanimité, par 98 sur 110.

En 2005, il rachète la Somepi, entreprise concurrente d'Afriquia, et propriété de Mustapha Amhal, pour la somme de 1 milliard de dirhams (93 millions d’euros). Le deal est financé en grande partie par Attijariwafa, filiale de la holding royale Société nationale d'investissement (SNI) devenue Al Mada en 2018.

En 2006, il entre au capital du journal La Nouvelle Tribune.

FortuneModifier

Sa fortune personnelle est estimée en 2019 à 1,9 milliard de dollars selon Forbes[3]. Il détient via sa holding Akwa une soixantaine d'entreprises dont notamment Afriquia, Tissir Gaz, National Gaz, Ultra Gaz, Mini Brahim, Speedy, Oasis Café, Maghreb Oxygène, Nissa Min Al Maghrib, Femmes du Maroc, La Nouvelle Tribune, Le Courrier de l'Atlas et La Vie économique.

En 2021, il est l'homme le plus riche du Maroc après le roi[1].

Parcours politiqueModifier

Président de régionModifier

Entre 2003 et 2007, il est président de la région Souss-Massa-Drâa[1].

Ministre de l'Agriculture et de la PècheModifier

Gouvernement Abbas El FassiModifier

En 2007, sous Abbas El Fassi, il est nommé ministre de l'Agriculture et de la Pêche par le roi Mohammed VI. Dès sa première année au ministère, en 2008, il annonce le lancement du Plan Maroc Vert, une stratégie agricole nationale visant à convertir l’agriculture marocaine en un véritable moteur de développement économique et social.

Il rejoint durant cette période le parti politique Rassemblement national des indépendants (RNI).

Gouvernement BenkiraneModifier

Après les manifestations du Printemps arabe en 2011, le roi annonce une modification de la constitution. La constitution l'oblige désormais à nommer comme chef du Gouvernement le chef du premier parti politique arrivé en tête aux élections législatives.

Aziz Akhannouch soutient publiquement Salaheddine Mezouar qui, comme président du RNI, appelle à une coalition de tous les partis politiques contre le PJD, ce qui n’empêchera pas le PJD de remporter le scrutin de 2011.

En 2012, sous le gouvernement Benkirane, il est renommé par le roi Mohammed VI comme ministre de l'Agriculture et de la Pêche maritime. Il annonce qu'il gèle son adhèsion au RNI[4]. Le 23 août 2013, en plus de son portefeuille ministériel de l'agriculture, il est nommé par le chef de gouvernement Abdelilah Benkirane, ministre de l'Économie et des Finances par intérim, en remplacement de Nizar Baraka, démissionnaire du gouvernement Benkirane car nommé par le Mohammed VI à la tête du Conseil économique, social et environnemental.

Gouvernement El OthmaniModifier

Lors des élections législatives de 2016, le PJD renforce son score, devenant le premier parti politique marocain en obtenant 125 sièges contre 37 sièges pour le RNI.

En février 2020, Aziz Akhannouch est chargé par le roi Mohammed VI de la stratégie de développement agricole du royaume jusqu'en 2030. Ce nouveau plan, du nom de « Génération Green » prend la suite du Plan Maroc Vert[5].

En mars 2020, via sa société Afriquia, filiale du groupe Akwa, il participe à hauteur d'un milliard de dirhams au fonds de gestion de la pandémie de Covid-19 fondé à l'appel du roi Mohammed VI[6].

Chef du gouvernementModifier

Le RNI arrive en tête des élections législatives du 8 septembre 2021[7]. Conformément à la Constitution, qui prévoit que le chef du gouvernement soit choisi au sein du parti arrivé en tête des élections législatives, le roi Mohammed VI le charge de former le nouveau gouvernement[8]. Il est également élu maire de la ville d'Agadir.

Il est considéré comme un proche du roi du Maroc[1].

Le 22 septembre 2021, Aziz Akhannouch annonce avoir formé une coalition avec le Parti authenticité et modernité (PAM) et le Parti de l'Istiqlal (PI)[9]. Son gouvernement entre en fonction le [10].

Dans le même temps, bien que la loi marocaine ne l’y oblige pas, Aziz Akhannouch annonce se désengager =de la gestion de la holding familiale[11], tout en restant actionnaire majeur.

PolémiquesModifier

Conflit d'intérêtModifier

Simultanément président de la région d'Agadir et homme d'affaires, ministre pendant 14 ans et homme d'affaires, Aziz Akhanouch est critiqué par la presse, des associations et des chercheurs, car il symbolise les conflits d'intérêts qui gangrènent le Maroc et empêche le bon fonctionnement des institutions.

Selon la Commission pour le Nouveau Modèle de Développement, les conflits d'intérêts sont impunis, la législation est faible, et comme conséquence les marocains n'ont plus confiance dans leur pays [12].

Relations avec la presseModifier

Propriétaire de nombreux journaux, il est réputé soucieux de son image.

Si d'autres grandes fortunes comme Moulay Hafid El Alamy sont réputées accepter les enquêtes ou les critiques sans réagir[13], les relations d'Aziz Akhannouch avec la presse marocaine sont plus tendues.

Chaque année, le ministère de l'Agriculture achète plusieurs millions de dirhams de publicité massive dans tous les journaux du pays [14]. Si jamais un journal se permet de critiquer Akhannouch, ou son plan Maroc Vert, il se voit couper les publicités et également les publicités de la holding Akwa[14].

En 2017, il attaque en justice trois journalistes du site d'information Badil pour l'avoir critiqué.

Il exige qu'ils lui versent 1 million de dirhams[15].

Boycott de 2018Modifier

Au printemps 2018, le Maroc est secoué par un mouvement de boycott lancé contre Danone, Sidi Ali (eau minérale) et Afriquia. Ces trois marques, leaders sur trois produits de base – lait, eau et carburant –, sont accusées par la population de pratiquer des prix très élevés. Le mouvement est extrêmement suivi, entraînant des réactions de la part du gouvernement[16],[17],[18].

Selon le think tank français École de pensée sur la guerre économique (EPGE), qui a enquêté sur le mouvement de boycott, il s’agirait d’une campagne de désinformation « hiérarchisée donc orchestrée par un agenda politique précis ». Cette initiative de déstabilisation aurait même bénéficié d’un budget important, avec par exemple entre 100 000 et 500 000 euros de budget d’achat d’espace en ligne pour diffuser les idées du mouvement. À cela, il faut ajouter d’onéreuses campagnes de dons aux démunis pour mobiliser l’opinion publique. Selon la même étude, le mouvement de Al Adl Wal Ihsane serait derrière cette campagne de boycott dans le but d’éloigner Aziz Akhanouch de la scène politique[19].

Fin novembre 2018, le roi réagit en nommant les membres du Conseil de la Concurrence[20].

En 2020, le Conseil de la Concurrence déclare que les trois marques à l'origine de la campagne de boycott de 2018 avaient conclu une entente secrète sur les prix[1].

Propos controversésModifier

En décembre 2019, lors d’un meeting à Milan auprès des Marocains vivant en Italie, il déclare : « Qui veut [vivre] au Maroc doit respecter sa devise et sa démocratie. Les insultes ne nous feront pas avancer. Et excusez-moi, mais ce n’est pas la justice qui doit faire ce travail. […] Nous devons rééduquer les Marocains qui manquent d’éducation »[21].

Ces propos déclenchent de vives réactions ainsi qu’un nouvel appel au boycott de ses entreprises[21].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Portefeuilles du Développement rural et des Eaux et Forêts ajoutés le 5 avril 2017.

RéférencesModifier

  1. a b c d et e Julie Chaudier, « Milliardaire et premier ministre du Maroc », Le Figaro,‎ 18-19 septembre 2021, p. 9 (lire en ligne).
  2. « Aziz Akhannouch quitte le RNI », sur La Vie Eco,
  3. « Aziz Akhannouch & family », sur Forbes, 12/18/19
  4. « Maroc : Aziz Akhannouch, l’homme clé de la difficile gestation du gouvernement », sur JeuneAfrique.com, (consulté le )
  5. « Le modèle agricole marocain, un exemple à suivre », sur La Tribune (consulté le )
  6. « Coronavirus : Bank of Africa et Afriquia font don chacun de 1 MMDH au Fonds », Medias24,‎ (lire en ligne)
  7. « Maroc : le RNI en tête des législatives, le PJD s’effondre – Jeune Afrique », sur JeuneAfrique.com, (consulté le )
  8. « Le Roi Mohammed VI reçoit Aziz Akhannouch et le charge de former le gouvernement », sur Hespress Français, (consulté le )
  9. « Maroc : Le RNI, le PAM et l’Istiqlal forment une coalition gouvernementale », sur yabiladi.com, (consulté le )
  10. « SM le Roi préside la cérémonie de nomination des membres du nouveau gouvernement », sur MAP Express (consulté le ).
  11. « Suite à sa nomination, Aziz Akhannouch se désengage entièrement de la gestion de la holding familial », sur 2M (consulté le )
  12. « Rapport Général », sur CSMD.MA
  13. Aicha Akalay, « Billion Dollar Baby », sur TelQuel,
  14. a et b « Maroc : Aziz Akhannouch, le magnat qui bouscule la politique », sur The Middle East Eye,
  15. « Akhannouch porte contre 3 journalistes marocains », sur Yabiladi,
  16. (en) « Morocco’s biggest businesses hit by online boycott campaign », sur The Financial Times
  17. « Maroc : le boycott aura coûté 178 millions d’euros à Danone – Jeune Afrique », sur JeuneAfrique.com, (consulté le )
  18. Théa Ollivier, « Au Maroc, un boycott surprise contre la vie chère », sur Libération.fr, (consulté le )
  19. Christian HARBULOT, « Boycott au Maroc en 2018 Analyse d’une campagne de déstabilisation informationnelle », sur EPGE - Ecole de Pensée sur la Guerre Economique, (consulté le )
  20. El Mehdi Berrada, « Maroc : les dossiers qui attendent Driss Guerraoui, nouveau président du Conseil de la concurrence », sur Jeune Afrique,
  21. a et b « "Il faut rééduquer les Marocains" : les propos d’Akhannouch suscitent l'indignation », sur Telquel.ma (consulté le )