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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Baybars (homonymie), Rukn ad-Dîn et Az-Zahir.

Baybars
Illustration.
Baybars, buste en bronze,
Le Caire, musée national militaire.
Titre
Sultan d'Égypte et de Syrie

16 ans, 8 mois et 7 jours
Prédécesseur Qutuz
Successeur Berke Khan
Biographie
Dynastie Mamelouks Bahrites
Nom de naissance Al-Malik az-Zâhir Rukn ad-Dîn Baybars al-Bunduqdari
Date de naissance ou 1228
Lieu de naissance Coumanie
Date de décès (à 53 ans)
Lieu de décès Damas
Conjoint De nombreuses épouses
Enfants Berke Khan (1260-1280)
Solamish (1271-1291)
Religion Islam

Al-Malik az-Zâhir Rukn ad-Dîn Baybars al-Bunduqdari[n 1], dit en français et par convention Baybars (arabe : بيبرس), né le au nord de la mer Noire et mort le à Damas, d'origine turc kiptchak, est le 4e sultan d'Égypte et de Syrie, de la dynastie des Mamelouks Bahrites, qui régna de 1260 à 1277.

Surnommé Abu al-Futuh et Abu l-Futuhat (أبو الفتوح, « père de la conquête »), il est l'un des chefs militaires des armées égyptiennes qui infligent une défaite à Louis IX durant la septième croisade. Lors de la bataille d'Aïn Djalout, qui oppose le sultanat mamelouk d'Égypte à Ilkhanat de Perse, il inflige une défaite historique aux forces de l'Empire mongol. Sous le règne de Baybars, la Makurie est conquise.

BiographieModifier

OriginesModifier

Baybars est à la fois un surnom et un titre qui lui fut donné, signifiant « noble panthère », de bey (noble, riche) et pars (léopard, panthère).

On ignore son patronyme d'origine car, né dans le Kiptchak, dans une vaste région située entre les fleuves Edil (Volga) et Yaiyk (Oural), il est capturé par les forces de l'Empire mongol au cours des années 1240 dans la région de l'actuelle Crimée et devient un esclave, puis fut vendu comme tel[1]. Dans ses chroniques, Ibn Taghribirdi dit qu'il est né en 625 Hégire (12 décembre 1227 - 29 novembre 1228), mais aussi qu'il a 24 ans en 1247, ce qui ramènerait l'année de sa naissance à 1223. Il serait issu de la tribu des Barli, qui se serait installée dans l'actuelle Bulgarie vers 1242, région envahie par l'Empire mongol vers cette époque ; capturé, il est vendu comme esclave au Sultanat de Roum au marché de Sivas. Plus trad, il est cédé sur le marché d'Alep à un haut dignitaire égyptien, 'Alā’ al-Dīn Īdīkīn al-Bunduqārī, qui le ramène au Caire. En 1247, al-Bunduqārī est mis aux arrêts par le sultan Malik al-Salih Ayyoub, ses esclaves confisqués, dont Baybars[2].

Physiquement, il est décrit comme très grand, une peau claire, un large visage et de petits yeux perçants, description qui correspond à la vision des hommes turciques par les Arabes et les Européens[3].

Ascension vers le pouvoirModifier

Appartenant au corps des mamelouks, Baybars est intégré aux forces militaires ayyoubides. En 1244, il participe activement à la bataille de La Forbie, à la fin de la sixième croisade. Vers 1250-1253, il est l'un des principaux officiers qui repousse les forces de la septième croisade avec à leurs tête Louis IX. Ainsi, durant la bataille de Mansourah, il réussit à piéger les chevaliers de l'Ordre du Temple, dont seulement cinq s'échapperont[4]. Sous les ordres du sultan Sayf ad-Dîn Qutuz, il commande les forces qui durant la bataille d'Aïn Djalout en 1260 repoussent les Mongols.

Après cette victoire du (25 ramadan 658 A.H.) qui sauve l'Égypte des destructions massives que vient de subir Bagdad, Qutuz est assassiné durant une partie de chasse. L'implication de Baybars dans ce coup d'État n'est pas claire : certains chroniqueurs rapportent que, Baybars, a qui le souverain avait promis le gouvernorat d'Alep en récompense de ses exploits militaires, aurait été déçu. Par ailleurs, Qutuz semble avoir craint les ambitions de son général. Toujours est-il qu'il lui succède comme sultan le 24 octobre 1260[5].

Sultan d'ÉgypteModifier

 
Dinar d'or, dont le revers porte l'emblème de Baybars, un félin (avant 1277).

Une fois Baybars élevé au rang du sultanat, son autorité est reconnue par tous, sans susciter de résistance, excepté de la part de l'émir mamelouk Sinjar al-Halabi, si populaire et puissant, que, bientôt, il réclame Damas. Le , durant la Première bataille de Homs, les armées de Baybars, aidées par les princes de Hama et de Homs, battent les armées mongoles, puis parviennent à expulser en dehors de Damas les soldats fidèles à Sinjar, et enfin reprennent la ville ; les damascènes encore fidèles à Sinjar sont écrasés. Ayant fait d'une pierre deux coups, Baybars doit ensuite composer avec les Ayyubides, dont l'émir de Homs, Al-Ashraf Musa (1229–1263), et l'émir de Huma, Al-Mansur Muhammad II (1214-1284), à qui il rend leurs souveraineté sur Damas à condition qu'ils lui prêtent allégeance. La même année, il accueille Al-Mustansir bi-llah, l'un des survivants de la famille des Abbassides expulsée de Bagdad par les Mongols en 1258, dont il fait un calife fantoche, mais qui lui confère une légitimité supplémentaire. Celui-ci sera rapidement remplacé par Al-Hakim Ier en 1262, dont la lignée perdurera jusqu'en 1517[6].

Administrateur efficace, Baybars crée une marine de guerre, une armée permanente, restaure les routes et organise un remarquable service postal[réf. nécessaire].

Nouvelles luttes contre les croisésModifier

Tout son règne durant, Baybars s'en prend aux royaumes chrétiens de Syrie, principalement parce que ceux-ci avaient aidé les Mongols. Son objectif reste la principauté d'Antioche, devenu un État vassal des Mongols, et qui s'en prenait à Damas.

Baybars commence par lancer une offensive en 1261 et s'empare de Césarée le . Deux ans plus tard, il fait le siège d'Acre, capitale du Royaume de Jérusalem, puis se détourne vers Nazareth, qu'il saccage. En mars-avril 1263, il fait fabriquer des machines de combat et défait les croisés, provoquant la chute d'Arsouf, où des chevaliers hospitaliers, sommés de se rendre, sont épargnés puis transformés en esclaves. Le fort d'Arsouf est intégralement détruit. Puis il attaque les villes d'Atlit et de Haïfa, s'empare des citadelles qu'il réduit en cendres[7]. Enfin, durant cette même année, il assiège Safed, s'empare de la citadelle, la fait reconstruire et renforcer, et y place un wali[8].

En 1266, il attaque le Royaume arménien de Cilicie, également vassal de l'Empire mongol. Après la bataille de Mari, il ravage les villes de Mamistra, Adana et Tarse, affaiblissant les armées de Héthoum Ier, incapables de contre-attaquer même avec l'aide des Mongols. Il doit payer un tribut aux mamelouks tout en restant au sein de l'Empire mongol[9].

Puis il revient s'occuper des croisés : il s'empare successivement de la forteresse des Templiers de Safed (), de Jaffa (), d'Antioche () et enfin de « l'imprenable » krak des Chevaliers le , tandis que la neuvième croisade prend fin sans qu'aucun territoire n'ait été récupéré par les chrétiens[10].

Les croisés obtiennent l'alliance des Mongols, ce qui permet à Baybars d'obtenir une trêve de dix ans. Il en profite pour s'emparer de Masyaf, la forteresse du Nord de la Syrie en 1272, aux mains de la secte des Nizârites, ainsi que de Césarée de Cappadoce, enlevée aux Seldjoukides inféodés aux Mongols.

Victoires face à la Makurie et à l'IlkhanatModifier

Article détaillé : Invasions mongoles en Syrie.

En octobre-novembre 1267, Baybars écrit à Mengü Temür, khan de la Horde d'or, et à son principal général, Noqai, pour proposer une alliance, alors qu'Abaqa est tombée aux mains des forces de l'Ilkhanat de Perse. Cette manœuvre diplomatique réussit et Mengü Temür prend en sympathie Baybars[11].

En 1272, les mamelouks envahissent le royaume de Makurie, après que leur roi David Ier a capturé la ville égyptienne d'Aidhab[Où ?]. Le plan de conquête de la Makurie et de la Nubie va durer quatre ans, achevé en 1276, par un traité qui obligent les nubiens à payer un tribut, les autorisent à continuer à pratiquer leur culte, et à conserver leur roi, lequel doit être en réalité choisit par Baybars. Cela revient à faire de la Makurie une province vassale de l'Égypte[12].

En 1277, les armées de Baybars envahissent le sultanat de Rum, contrôlé par les Mongols de l'Ilkhanat, qu'il défait lors de la bataille d'Elbistan les 15-17 avril, capturant la ville de Kayseri.

Baybars s'en retourne en Syrie, en dépit d'un regroupement des forces mongoles. L'un de ses généraux, Izz al-Din Aybeg al-Shaykhi, rallie les Mongols. Le Pervâne Mu'in ad-Din Suleyman, en charge de Rum, essaye de persuader Baybars de retarder son départ vers le sud, mais en vain.

Fin de règneModifier

Baybars meurt à Damas le . Sa mort a donné lieu à de nombreuses spéculation : empoisonnement, blessure mal soignée, ou des suites d'une maladie. Il était sujet à la cataracte sur l'un de ses yeux.

Il est enterré dans un mausolée situé dans la médersa Al-Zahiriyah de Damas.

Baybars échoue dans sa tentative de rendre le sultanat héréditaire au profit de sa famille : si deux de ses fils, Berke Khan et Salamish, sont bien sultans, en 1279, le sultanat revient au régent Qala'ûn.

Héritage et postéritéModifier

La vie de Baybars devient le sujet d'un des cycles épiques les plus populaires du monde arabe : le Roman de Baïbars [13].

De par ses liens amicaux avec la Horde d'or, il a amené un grand nombre de Mongols à se convertir à l'islam[14].

Baybars vénérait les chats : il leur fit bâtir un jardin situé au Caire, soutenu par un Waqf (donation spéciale).

NotesModifier

  1. Arabe: al-malik aẓ-ẓāhir rukn ad-dīn baybars al-bunduqdārī, الملك الظاهر ركن الدين بيبرس البندقداري. malik, roi ; aẓ-ẓāhir rukn ad-dīn, évident soutien de la religion ; al-Bunduqdari, du persan : bunduq-dār, بندق دار « porteur de d'arbalète/fusil ; arbalétrier ».

RéférencesModifier

  1. Plusieurs sources égyptiennes évoquent ses origines : Al-Maqrizi, Al Selouk Leme'refatt Dewall al-Melouk, tome I, p. 520 ; Ibn Taghribirdi, al-Nujum al-Zahirah Fi Milook Misr wa al-Qahirah, année 675 Hégire, tome VII ; Aboul Féda, Tarikhu 'al-Mukhtasar fi Akhbar al-Bashar / Tarikh Abi al-Fida, année 676 Hégire, pp. 71-87 ; Muhammad Ibn Iyās, Badai Alzuhur Fi Wakayi Alduhur, édité par M. Aljayar, Le Caire, Almisriya Lilkitab, 2007, p. 91.
  2. (en) Dimitri Korobeinikov, « A Broken Mirror: The Kıpçak World in the Thirteenth Century », dans Florin Curta et Roman Kovalev (direction), The Other Europe in the Middle Ages: Avars, Bulgars, Khazars, and Cumans, Leiden, Brill, 2008, pp. 379–412.
  3. Amin Maalouf, Les Croisades vues par les Arabes, Paris, JC Lattès, 1983, p. 248.
  4. (en) E.L. Skip Knox, The Crusades, Seventh Crusade, A college course on the Crusades, 1999, p. 141.
  5. L'implication de Baybars dans l'assassinat du sultan Qutuz a été racontée par divers historiens et donna lieu à plusieurs versions. Selon Al-Maqrizi et Ibn-Taghri, les assassins tuèrent Qutuz alors qu'il était en train de tendre la main à Baybars. Une autre chronique, de source ayyoubide, rapporte que Qutuz tendait la main à quelqu'un quand Baybars le frappa dans le dos avec son épée (Abu-Al-Fida). Un troisième témoignage raconte que Baybars essaya d'aider Qutuz aux mains de ses assassins (O. Hassan). Toujours selon Al-Maqrizi, les trois émirs qui frappèrent mortellement Qutuz s'appelaient Badr ad-Din Baktut, Ons, et Bahadir al-Mu'izzi (Al-Maqrizi, tome I, p. 519).
  6. (en) Steven Runciman, A History of the Crusades: The Kingdom of Acre and the Later Crusades quoting Magrisi Sultans, Cambridge, CUP, 1987, tome III, i, p. 116.
  7. (en) Rodney Stark, God's Battalions: The Case for the Crusades, New York, Harper, 2009, p. 230
  8. (en) Michael Winter et Amalia Levanoni (direction), The Mamluks in Egyptian and Syrian Politics and Society, Boston, BRILL, 2004 – via Google Books.
  9. Claude Mutafian, Le Royaume Arménien de Cilicie, XIIe-XIVe siècle, 2002, p. 60.
  10. (en) D. J. Cathcart King (1949), "The Taking of Le Krak des Chevaliers in 1271", dans Antiquity, 23 (90): 83–92.
  11. (en) Anne F. Broadbridge, Anne Kingship and Ideology in the Islamic and Mongol Worlds, Cambridge, Studies in Islamic Civilization, 2008, p. 59.
  12. (en) Idris El Hareir et Ravane Mbaye (direction), The Spread of Islam Throughout the World, Paris, Unesco Publishing, 2011, tome III, p. 300.
  13. Georges Bohas et Jean-Patrick Guillaume, Roman de Baïbars, Sindbad, ©1985-<c1998> (ISBN 2742716939, OCLC 22179205, lire en ligne).
  14. (en) Thomas Walker Arnold, The Preaching of Islam: a history of the propagation of the Muslim faith, Londres, Constable & Company, 1913, p. 222-224.

AnnexesModifier

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BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier