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Ère commune

dénomination alternative et religieusement neutre du calendrier traditionnel
(Redirigé depuis Avant l'ère commune)
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir EC et AEC.

Ère commune (abrégée par son sigle EC[réf. nécessaire] ou è.c.[1]) est une locution destinée à remplacer après Jésus-Christ (apr. J.-C.), de même qu’avant l'ère commune (AEC[2] ou av. è. c.[3]) remplace avant Jésus-Christ (av. J.-C.). Elle est décalquée de l'anglais Common Era. En français, on dit historiquement et plus couramment de/avant l'ère chrétienne, avec les mêmes sigles, ou de/avant notre ère (abrégées de/av. n.è.). Il peut aussi se dire de/avant l'ère actuelle et parfois de/avant l'ère vulgaire (en latin, aera vulgaris ou aevum vulgare contre ante aeram vulgarem) mais ces locutions sont moins usitées.

Suivant ce nouveau système, par exemple, l'accession au titre d'empereur d'Auguste est datée « 16 janvier 27 AEC » au lieu de « 16 janvier 27 av. J.-C. » et la date du concile de Nicée ne s'écrit plus « 325 apr. J.-C. » mais « 325 EC ».

En anglais, Common Era (ère commune) ou Current Era (ère actuelle) tend à remplacer Christian Era (ère chrétienne), toutes les trois partageant le même sigle EC. Il est synonyme d'A.D. (Anno Domini officiellement ou After Death par rétroacronymie). Le sigle BCE (Before the Common Era ou Before the Current Era) remplace BC (Before Christ).

La chronologie de l'ère commune ne change rien à la façon occidentale de numéroter les années, ni avant ni après Jésus-Christ. Les dénominations "EC" et "AEC" sont proposées comme des alternatives qui évitent de faire référence à une civilisation ou à une religion particulière. Elles présentent cette chronologie comme une norme neutre vis-à-vis des cultures et des croyances.

Origine de la datation des années en OccidentModifier

La datation des années en vigueur en Occident depuis la fin du Moyen Âge procède de l'Ère de l'Incarnation après que le pape Boniface II, conseillé par le moine byzantin Denis le Petit, a, au VIe siècle, posé l'année 753 AUC (Ab Urbe Condita « depuis la fondation de la ville [de Rome] ») comme année de naissance de Jésus-Christ. L'année 754 AUC devenait ainsi l'an 1 du calendrier.

La chronologie des années selon l'Ère de l'Incarnation ne fut utilisée couramment qu'à partir du XVe siècle. Les actes législatifs et ecclésiastiques étaient auparavant datés selon l'année du règne du souverain et selon l'indiction romaine. L'indiction est un cycle de quinze ans commençant le 1er septembre 312. On spécifiait l'année en cours dans l'indiction courante. Ainsi 2019 (à partir du 1er septembre) est l'année 13 dans l'indiction courante qui a commencé en 2007.

Les autres chronologiesModifier

Dans les cultures actuellesModifier

Dans le monde chrétien, d'autres chronologies que celle de l'Incarnation ont été ou sont toujours en vigueur :

  • dans le calendrier copte, les années sont décomptées selon l'Ère des Martyrs dont le début correspond à l'accession au pouvoir de l'empereur Dioclétien, le 11 septembre 284.
    Dans ce calendrier, l'année 2019 EC est numérotée 1735 ;
  • dans le calendrier byzantin, on compte les années depuis la Création du Monde, c'est-à-dire la Création d'Adam, datée de 5509 avant la naissance du Christ.
    Dans ce calendrier, l'année 2019 EC est l'année 7528.

En France, durant la période révolutionnaire, le calendrier fut profondément bouleversé et retint comme origine des années le 22 septembre 1792.

Le calendrier maçonnique fonctionne comme le calendrier grégorien mais prend pour origine l'année 4000 AEC. Quant au calendrier du Collège de Pataphysique, il prend pour origine le 8 septembre 1873, date de naissance d'Alfred Jarry : cette année est nommée an 1 EP (an 1 de l'Ère Pataphysique).

Ailleurs, d'autres chronologies sont utilisées :

  • dans la religion juive, on note les années depuis le début de la Genèse, correspondant à l'an 3761 AEC. L'année 2019 EC est l'année 5780 du calendrier juif ;
  • dans la religion musulmane, on compte les années depuis l'Hégire, le 16 juillet 622 EC. Dans les pays musulmans, l'année 2019 EC est l'année 1440/1441 de l'Hégire. Le calendrier hégirien est basé sur l'année lunaire (plus courte de 11 à 12 jours environ que l'année du calendrier grégorien, ne permettant donc pas une simple soustraction des dates) ;
  • en Chine, les manières de compter les années étaient diverses. Une unification fut proposée lors de la fondation de la République de Chine, en 1912, qui retint comme an 1 la date de la fondation de la République de Chine. La République populaire de Chine a clos l'ère de la République de Chine en 1949, au profit de l'ère commune. La langue chinoise utilise la traduction littérale de « ère commune », gōngyuán (公元), pour ses datations.

Dans les sciencesModifier

Dans les sciences historiques, l'origine des datations au carbone 14 et autres procédés prend comme référence le présent daté en l'année 1950. Les préhistoriens diront, par exemple, que tel foyer paléolithique est daté de 12000 « avant le présent » : 12000 BP, c'est-à-dire d'environ 10000 AEC.

L'expression "avant notre ère"[4], employée dans les sciences en français, est l'équivalent de "BCE" en anglais américain. Pour les siècles qui ne sont pas "avant notre ère", on indique simplement le nombre de siècles ou la date sans mention particulière, ou "de notre ère", ou encore "de l'ère présente", ce qui est l'équivalent de "CE" en anglais américain.

En astronomie et en astronautique, on utilise la datation en jours juliens dont l'origine varie : les jours juliens astronomiques ont pour origine le 1er janvier 4711 AEC. Pour la NASA, la date origine est le 24 mai 1968 EC et le 1er janvier 1950 EC pour l'ESA.

Objectifs de la chronologie en Ère communeModifier

La numérotation des années selon le mode occidental s'est, pour des raisons historiques et pratiques, imposée de façon mondiale dans les actes civils. Les datations traditionnelles demeurent toutefois souvent d'usage dans la vie religieuse. L'utilisation des références « EC » et « AEC » a pour objet d'universaliser cette manière de compter les années en lui ôtant toute référence religieuse ou culturelle.

UsageModifier

Certains spécialistes juifs, musulmans et d’autres cultures n’appartenant pas à la tradition chrétienne emploient cette notation. Certains chrétiens utilisent aussi la notation EC pour signifier « Ère chrétienne », par exemple Les Témoins de Jéhovah.

Domaine francophoneModifier

Dans les pays de tradition catholique, la notation « EC/AEC » est peu développée. On trouve quelquefois la notation « AEC » dans des articles traitant d'histoire ancienne. Les abréviations « av. n. è. » et « de n. è. » se trouvent également. Le musée du Louvre utilise la notation « av. J.-C. » et « apr. J.-C. » dans les notices destinées aux visiteurs.

Domaine anglophoneModifier

L'utilisation de la notation en « ère commune » est usitée dans les grands musées des États-Unis. La Smithsonian Institution préconise l’usage de l’Ère commune. Cette appellation est également employée par la National Geographic Society et l’Observatoire naval des États-Unis. Dans la plupart des autres pays anglophone, elle reste peu utilisée, et par exemple, le British Museum utilise "BC" et "AD" ("before Christ" et "anno domini").

PartisansModifier

Les partisans de la notation « EC/AEC » insistent sur le fait qu'elle est religieusement neutre et adaptée à un usage multiculturel et multi religieux :

  • le calendrier occidental est de facto une norme universelle, présent, par exemple, dans tous les ordinateurs. Il doit donc être religieusement et culturellement neutre[5] ;
  • les jours et les mois peuvent être désignés avec des noms propres à chaque culture. Les années, elles, sont numérotées à partir d'une référence qu'il convient de rendre neutre[5] ;
  • il est aisé de remplacer la notation « apr. J.-C./av. J.-C. » par la notation « EC/AEC » : la numérotation est la même dans les deux systèmes.

DétracteursModifier

Les principaux arguments des détracteurs de la notation "EC/AEC" sont les suivants :

  • Ère commune est un euphémisme de l’expression apr. J.-C.[réf. nécessaire] ;
  • les locutions « apr. J.-C./av. J.-C. » étant utilisées depuis longtemps seraient des locutions génériques ayant perdu tout contenu religieux. A l'inverse, l'expression "EC/ AEC" porte une idéologie et n'est donc pas neutre ;
  • les locutions « avant notre ère » et « de notre ère » qui sont plus utilisées ont les mêmes avantages et sont généralement les formes proposées en français pour l’anglais « (before the) common era »[6],[7] ;
  • le système d’Ère commune ne résout pas la difficulté posée pour les problèmes de calculs calendaires par le calendrier usuel : l’absence d’année 0.

NotesModifier

  1. Exemple : « Annuaire de l'École Pratique des Hautes Études », sur journals.openedition.org (consulté le 5 août 2019)..
  2. Exemple : [Todd 2011] Emmanuel Todd, L’Origine des systèmes familiaux, t. 1 : L’Eurasie, (ISBN 978-2-07-075842-5), p. 109 : « L’invention de l’agriculture en Chine a eu lieu dans le bassin du fleuve Bleu, dans le Sud, avec le début de la domestication du riz vers 8000 AEC. »
  3. Exemple : [Goldberg 2000] Sylvie-Anne Goldberg, La Clepsydre - Essai sur la pluralité des temps dans le judaïsme, éd. ALbin Michel, coll. « Idées », , sur book.google.fr (ISBN 2-226-11-507-2, lire en ligne), p. 63.
  4. « UB-Préhistoire - Méthodes-Datations », sur ubprehistoire.free.fr (consulté le 5 août 2019).
  5. a et b (en) « Guideline : « The 'Common Era' - a Secular Term for Year Definition », sur bbc.co.uk, (consulté le 5 août 2019).
  6. « Expression des années et des siècles en anglais », sur anglais-pratique.fr (consulté le 5 août 2019).
  7. « Fiches « avant notre ère » », (Banque de données terminologiques et linguistiques du gouvernement du Canada), sur btb.termiumplus.gc.ca (consulté le 5 août 2019).

Voir aussiModifier