Auguste Sautelet

éditeur français

Philibert-Auguste Sautelet, né le à Lancié, et mort le à Paris, est avocat puis libraire imprimeur et éditeur français.

Auguste Sautelet
Brillat-Savarin Sautelet Ed.jpg
Édition de la Physiologie du goût de Brillat-Savarin par A. Sautelet et Cie Libraires
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ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
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Outre le journal Le Producteur et les quotidiens le Globe, puis le National dont il était le gérant, il a édité des écrivains romantiques, éditions originales aujourd’hui recherchées.

BiographieModifier

 
Saisie des presses du National, le , évènement déclencheur de la Révolution de Juillet.

Élève au collège de Vendôme avec Balzac[1]:32, puis au collège Charlemagne, toujours avec Balzac et Michelet, ancien élève de Théodore Jouffroy au collège royal de Bourbon, puis à la faculté des lettres, disciple de Victor Cousin[1]:32, dont il deviendra l’éditeur, il se lance dans la contestation, au sortir de ses études de droit et participe à la fondation de la Charbonnerie en 1821, appartenant à la même Vente qu’Augustin Thierry, Pierre Leroux, Théodore Jouffroy et Alexandre Bertrand. Il fréquente les salons romantiques et libéraux (le Grenier d’Étienne-Jean Delécluze) avec Philipp Albert Stapfer, Jean-Jacques Ampère, Stendhal, Mérimée, Paul-Louis Courier, Viollet-le-Duc père, Thiers, Rémusat, Armand Carrel, Augustin Thierry.

Devenu avocat puis libraire éditeur, en , il édite, seul ou quelquefois associé, un peu plus d’une centaine d’ouvrages d'écrivains romantiques et libéraux dont il était souvent l’ami : Brillat-Savarin, Paul-Louis Courier, Mérimée, Goethe, Stendhal, Sainte-Beuve, Thiers, Delécluze, etc. Il fait connaître Walter Scott et Fenimore Cooper en France. Le marquis de Saint-Simon lui demande de publier la première édition in extenso des Mémoires de son lointain cousin, le duc de Saint-Simon[2]. Un autre parent du mémorialiste, le comte de Saint-Simon, crée le saint-simonisme, auquel Sautelet adhèrera.

Il fait œuvre de précurseur en éditant les œuvres complètes de Voltaire (y compris sa correspondance) mais en trois volumes seulement[3] : les caractères employés en sont si petits que les typographes manquent de devenir aveugles : les volumes sont d’ailleurs vendus avec une loupe ! En association avec l’éditeur Motte, il publie en 1828 le Faust de Goethe, traduit par Stapfer, avec 17 lithographies de Delacroix, le premier ouvrage jamais illustré par un peintre[4]. Pour lutter contre la contrefaçon belge sur son propre terrain, il s’associe avec Bossange, Firmin Didot, Galignani, Levrault, Treuttel et Wurtz pour fonder, à Bruxelles, la librairie Parisienne Française et Étrangère[5].

Il édite, en , Le Globe[6], le journal des romantiques, qui deviendra celui des saint-simoniens, mais surtout Adolphe Thiers fonde avec lui, François-Auguste Mignet et Armand Carrel, le journal Le National en 1830. Les bailleurs de fonds en sont Jacques Laffitte, Talleyrand, le duc de Dalberg et Sautelet. Il est le gérant responsable du journal dont sa librairie abrite les locaux. Les rédacteurs en sont Thiers, Mignet et Armand Carrel.

Le National, dont le premier numéro paraît le , défend la Charte de 1814 : il se borne à rappeler au gouvernement que la volonté du peuple est souveraine et que les institutions d’un pays ne sont pas immuables. Lorsque Thiers passe à l’offensive, l’un de ses éditoriaux est interprété par le gouvernement de Charles X comme une menace contre le système gouvernemental et contre les personnes qui l’incarnent, c'est-à-dire le roi et les ministres. Le pouvoir décide alors de poursuivre Sautelet en correctionnelle puisqu’il est le gérant responsable, et Thiers l’auteur de l’article. Tous deux sont condamnés à 1 000 francs d’amende (que Thiers paiera grâce à une souscription auprès des lecteurs du journal) et singulièrement Auguste Sautelet à une peine de trois mois de prison[7].

Est-ce cette condamnation, un dépit amoureux (il s’était épris d’une élégante)[8], des tracas financiers (éditer les premiers romantiques n’était pas des plus lucratifs) ? Auguste Sautelet se tire une balle dans la tempe, le , à 5 heures et demie du matin[1]:32, dans son appartement du 10 rue Neuve-Saint-Marc, en laissant une note de suicide mentionnant Werther[9] à Jules Renouard [10]. Ce suicide provoqua un vif émoi dans les milieux littéraires[11]. Son convoi, puis son enterrement au cimetière Montmartre, rassemblèrent une foule nombreuse autour de ses amis[12].

Auguste Sautelet était associé avec le libraire Paulin qui sera l’un des quatre fondateurs de la revue l'Illustration en [13].

NotesModifier

  1. a b et c André Lelarge, Paul-Louis Courier, Parisien : Origine et fortune de sa famille, l’attentat du Duc d’Olonne, la naissance et l’enfance de Paul-Louis, recherches sur sa maison natale et ses domiciles à Paris. Lettres et documents inédits suivis d’un essai bibliographique, Paris, Presses universitaires de France, , 307 p. (lire en ligne).
  2. Louis de Rouvroy Saint-Simon, Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la Régence, Paris, Auguste Sautelet et Cie, 1829-1830, 21 vol. : fac-sim., autogr. h.t. ; 8° (OCLC 422161610).
  3. Voltaire, Œuvres complètes de Voltaire, Paris, Auguste Sautelet et Cie, , 3 t. 8° (OCLC 504053622).
  4. Eugène Delacroix, « Marguerite à l’Église » [lithographie], sur Les maitres des arts graphiques, (consulté le 27 février 2018).
  5. Revue de Belgique, t. 28-30, (lire en ligne), p. 100.
  6. Jean-Jacques Goblot, Le Globe, 1824-1830 : documents pour servir à l’histoire de la presse, Paris, Honoré Champion, , 353 p. (lire en ligne), p. 278.
  7. Robert Christophe, Le Siècle de Monsieur Thiers, Paris, Perrin, , 456 p., 21 cm (OCLC 639845950, lire en ligne), p. 47.
  8. « Monsieur Sautelet, gérant… », Le Figaro, Paris, Jourdan fils, no 134,‎ , p. 4 (lire en ligne, consulté le 1er mars 2018)
  9. Robert Aldrich, France : Politics, Society, Culture and International Relations : Papers from the Seventh George Rudé Seminar, The University of Sydney, 21-23 July 1990, Sydney, Department of Economic History, , 209 p. (ISBN 978-0-86758-503-2, lire en ligne), p. 118
  10. Société des amis de la Bibliothèque nationale et des grandes bibliothèques de France, Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire, Paris, Giraud-Badin, (lire en ligne), p. 121.
  11. Bernard Guyon, La Pensée politique et sociale de Balzac, Paris, Institut Français d’Archéologie Orientale du Caire, , 829 p. (lire en ligne), p. 114.
  12. Emmanuel Fureix, « Un rituel d’opposition sous la Restauration : les funérailles libérales à Paris (1820-1830) », Genèses, vol. 1, no 46,‎ , p. 77-100 (DOI 10.3917/gen.046.0077, lire en ligne, consulté le 3 janvier 2018).
  13. Société des bibliophiles de Guyenne, Revue française d’histoire du livre, Paris, Société française d’histoire du livre, (lire en ligne), chap. 9-10, p. 65.

Sources littérairesModifier

  • Stendhal, Souvenirs d’égotisme.
  • Mérimée, Correspondance.
  • Chateaubriand, Mémoires d’Outre-Tombe : introduction, des notes et des appendices par Edmond Biré, t. V, Paris, Garnier frères, 1899-1900, 6 vol. : pl. ; in-18 (lire en ligne), p. 236-7.
  • Prince de Joinville, Vieux souvenirs : 1818-1848, Paris, Calmann Lévy, , 382 p., gr. in-8° (lire en ligne), p. 11.
  • Balzac, Lettres à Madame Hanska.
  • Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. VI, Paris, Garnier Frères, 539 p. (lire en ligne), p. 102-4.

Sources historiquesModifier

Sources documentairesModifier

  • (en) Alan B. Spitzer, « A generation as a Social Network », Histoire & Mesure, vol. 2, nos 3-4. Varia,‎ , p. 19-39 (lire en ligne, consulté le 3 janvier 2018).
  • Jean-Jacques Goblot, La jeune France libérale : Le Globe 1824-1830, Paris, Plon, , 710 p. (ISBN 978-2-259-00283-7, lire en ligne).
  • Doris Gunnell, Sutton Sharpe et ses amis français : avec des lettres inédites, t. XXVI, Paris, Honoré Champion, coll. « Revue de littérature comparée », , vii, 261 p., 25 cm (OCLC 917184, lire en ligne), « Chap. vii Le suicide de Sautelet ».
  • Xavier Darcos, « Mérimée et Stendhal : Conférence du 9 octobre 2002 », Association des amis de Stendhal,‎ (lire en ligne, consulté le 27 février 2018).
  • Barbara Dimopoulou, « Auguste Sautelet, premier éditeur de Mérimée, et le Théâtre de Clara Gazul (1825) dans son contexte éditorial », Mérimée et le théâtre, Actes de la journée d’études du 28 novembre 2014 (Université Paris-Sorbonne), organisée par le CELLF (Université Paris-Sorbonne), le CÉRÉdI (Université de Rouen), le CRP19 (Université Sorbonne-Nouvelle), et la Société Mérimée. Textes réunis par Xavier Bourdenet et Florence Naugrette, Publications numériques du CÉRÉdI, Actes de colloques et journées d'étude, no 14,‎ (ISSN 1775-4054, lire en ligne, consulté le 3 janvier 2018)
  • Jean-Paul Fontaine, dit Le Bibliophile Rhemus, « Auguste Sautelet (1800-1830), éditeur du premier livre de peintre », sur histoire-bibliophilie, (consulté le 27 février 2018).