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Attentats de Christchurch

attaque terroriste de 2019 en Nouvelle-Zélande
(Redirigé depuis Attentat de Christchurch)

Attentats de Christchurch
Image illustrative de l’article Attentats de Christchurch
La mosquée Al Noor en 2006.

Localisation Christchurch (Nouvelle-Zélande)
Cible Civils musulmans
Coordonnées 43° 31′ 58″ sud, 172° 36′ 42″ est
Date
Type Fusillade de masse[1]
Attentat terroriste[2]
Morts 50
Blessés 50
Auteurs Brenton Tarrant
Mouvance Terrorisme d'extrême droite[3]
Islamophobie[4],[5]
Suprémacisme blanc[6]

Géolocalisation sur la carte : Nouvelle-Zélande

(Voir situation sur carte : Nouvelle-Zélande)
Attentats de Christchurch

Les attentats de Christchurch est une série d'attaques terroristes d'extrême droite commise le par Brenton Tarrant contre deux mosquées de la ville de Christchurch, en Nouvelle-Zélande.

Il s'agit du massacre le plus meurtrier survenu en temps de paix en Nouvelle-Zélande depuis celui du Boyd en 1809 (66 à 70 morts), ainsi que de la pire tuerie commise spécifiquement contre des musulmans dans un pays occidental[7].

Sommaire

ContexteModifier

La Nouvelle-Zélande est souvent considéré comme un pays sûr et son taux d'homicide volontaire reste relativement faible (0,99 pour 100 000 habitants en 2014[8]). Par ailleurs, la dernière tuerie de masse perpétrée sur son sol remonte à 1997[9],[10]. En 2018, l'archipel figurait même au deuxième rang des nations les plus pacifistes de la planète du Global Peace Index, derrière l'Islande[11],[12]. Les statistiques de la police néo-zélandaise, collectées entre 2007 et 2016, montrent une moyenne de 40 à 50 meurtres par an[13]. Enfin, sur cette même période, seul un homicide sur dix environ impliquait l'utilisation d'armes à feu[14].

Avant les attentats de Christchurch, l'acte de violence le plus meurtrier commis contre des victimes non armées étaient la répression de l'émeute du camp de prisonniers de guerre de Featherston, qui fit 49 morts en l'espace de quelques secondes, le [15]. En 1990, le massacre d'Aramoana fut la plus grave fusillade de masse survenue en public (13 morts)[16]. Pour trouver, en temps de paix, les traces d'un massacre aussi meurtrier qu'à Christchurch dans l'histoire de la Nouvelle-Zélande, il faut remonter à 1809, année où 66 à 70 membres d'équipage du voilier Boyd (en) furent tués et mangés par les Māoris.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001 et le développement de Daech, l'islamophobie a augmentée partout dans le monde[17]. Ces événements ont poussé de nombreux pays a adopter des politiques pouvant être perçues comme antimusulmanes, et alimenté l'agenda anti-immigration des suprématistes blancs vivants en Occident[18]. En Nouvelle-Zélande, la législation sur l'espionnage a ainsi été dénoncée comme ciblant la communauté musulmane[19]. De plus, des experts ont pu sous-entendre que l’extrémisme de droite était en train de se développer en Nouvelle-Zélande[20], un pays pourtant rarement associé à cela[21]. La ville de Christchurch a elle même été qualifiée de « terreau fertile pour les suprématistes blancs »[20], affirmation démentie par le député Gerry Brownlee (en) qui représente la ville au parlement de Nouvelle-Zélande[22]. L'Australie, pays dont le terroriste est originaire, avait aussi connue une hausse récente de la xénophobie, du racisme et surtout de l'islamophobie[23].

L'islam en Nouvelle-Zélande est pratiqué par 46 000 personnes (environ 1 % de la population), dont un peu plus de 3 000 vivent dans la région de Canterbury. Les premiers musulmans à Christchurch sont arrivés en 1874. La mosquée Al Noor (en), la première de l'île du Sud, a quant à elle ouvert ses portes un siècle plus tard, en 1985[24]. Le centre islamique Linwood (en), la deuxième mosquée visée par l'attentat (construite sur le terrain d’une ancienne église), était beaucoup plus récente et n'était ouverte que depuis 2018[25]

DéroulementModifier

L'attaque débute le à 13 h 40 heure locale (h 40 UTC), pendant la prière du vendredi. Au moins une personne — Brenton Tarrant, un immigré Australien de 28 ans connu pour son extrémisme de droite[26] — a fait feu sur les deux bâtiments religieux Masjid al-Noor et Linwoord à Christchurch, en Nouvelle-Zélande.

Plusieurs personnes ont été tuées dans les tirs. La Première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, annonce au moins 49 morts[27] ; aucun bilan définitif n'a cependant été publié. Il a également été signalé qu'une bombe avait été trouvée dans une voiture accidentée dans la rue Strickland.

Il s'agit de la première tuerie de masse en Nouvelle-Zélande depuis le massacre de Raurimu, en 1997 (6 morts)[28].

RevendicationModifier

L'attentat est revendiqué par Brenton Tarrant, un Australien de 28 ans qui diffuse ses attaques en direct sur les réseaux sociaux[29]. Avant de passer à l'acte, il diffuse également sur Twitter des photos de préparation de la fusillade[29]. Sur ses armes et les magasins, il écrit les noms de meurtriers d'extrême droite et de figures historiques[N 1] ; il fait également référence à des scandales de viols collectifs au Royaume-Uni[29].

Il met également en ligne un manifeste de 78 pages relayant les thèses islamophobes et conspirationnistes connues dans les milieux extrémistes[29],[31]. Ce manifeste, publié juste avant la tuerie, a pour titre The Great Replacement, faisant explicitement référence à la théorie du même nom popularisée par Renaud Camus.

L'auteur de la tuerie est qualifié de « terroriste extrémiste de droite » par le Premier ministre australien, Scott Morrison[29].

VictimesModifier

L'attaque tue au total 50 personnes : 42 à la mosquée de Al Noor et 7 au centre islamique de Linwood, ainsi qu'une personne décédée plus tard à l’hôpital de Christchurch[32].

Imran Khan, Premier ministre du Pakistan, annonce que Naeem Rashid, un Pakistanais de 51 ans, mort avec son fils, Naeem Talha[33], en essayant d'empêcher le terroriste de faire plus de victimes, doit avoir droit à un hommage national en tant que martyr[34].

Atta Elayyan, un footballeur membre de l'équipe néo-zélandaise de futsal, d'origine palestinienne, et dirigeant de l'entreprise technologique LWA Solutions, fait partie des victimes.


RéactionsModifier

À la suite de l'attaque, plusieurs chefs d’État ou leurs représentants ont fait part de leur réaction[36], notamment : la chancelière d'Allemagne, Angela Merkel[36], le président du Brésil, Jair Bolsonaro[37], le président indonésien Joko Widodo[36], le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez[38], le président américain, Donald Trump[36], le président français, Emmanuel Macron[36], le président italien Sergio Mattarella[39], le Premier ministre malaisien Mahathir Mohamad[36], la Première ministre norvégienne, Erna Solberg[36], la Première ministre du Royaume-Uni, Theresa May[36] ainsi que la reine Élisabeth II[36] (chef d'État de la Nouvelle-Zélande), le président russe, Vladimir Poutine[36], le président turc, Recep Tayyip Erdoğan[36], le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker[36] et le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg[36].

Des hommages sont rendus dans le monde entier. Principalement à Christchurch, mais aussi en Angleterre[40], aux États-Unis, au Canada, en Australie et en France[41] où la tour Eiffel a été éteinte durant la nuit suivant le jour de l'attentat[42].

Sur les réseaux sociaux, un mouvement nommé « Hello Brother » se crée en soutien aux victimes de l'attentat. Il est basé sur les derniers mots de Daoud Nabi, Afghan de 71 ans, adressé au tireur avant de se faire tirer dessus à quatre reprises[43]. Il fut la première victime de l'attentat, ainsi que la première à se faire identifier.

Symboliquement, les 16 et 17 mars 2019, les victimes d'un autre attentat d'extrême-droite commis contre un prétendu « grand remplacement » - les victimes juives de la fusillade dans une synagogue de Pittsburgh - ont levé des fonds en solidarité avec les victimes musulmanes des mosquées de Christchurch[44].

En réaction à l'attentat, le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, juge que l'attaque de Christchurch s'inscrit dans le cadre d'une attaque contre l'islam et la Turquie. Lors d'un discours de campagne, il avance que les Australiens qui seraient hostiles à l'islam subiraient le même sort que les soldats australiens tués par les forces ottomanes lors de la bataille de Gallipoli. Scott Morrison, le Premier ministre australien, a qualifié ces propos d'« extrêmement offensants pour les Australiens et extrêmement irréfléchis dans l'environnement très sensible dans lequel nous sommes »[45].

Une semaine après l'attaque, symboliquement le vendredi, le journal néo-zélandais The Press fait sa couverture en hommage aux victimes. On peut y lire en arabe — Salam — et en anglais — Peace — : "paix" accompagné des noms et des âges des victimes.[46]

En hommage aux victimes, la première ministre néo-zélandaise Jacinda Arden, portent un voile lors de ses apparitions publiques concernant l'attentat.[47]

EnquêteModifier

L'enquête démontre que Brenton Tarrant possédait légalement cinq armes, dont deux fusils semi-automatiques, et un permis de port d'armes depuis novembre 2017[48]. Il n'avait pas de casier judiciaire, et n'était pas connu des services de renseignements ni de police néozélandais ou australiens[48].

Selon le manifeste qu'il a écrit, Tarrant déclare que les moments déclencheurs de sa radicalisation ont été la défaite de Marine Le Pen à l'élection présidentielle française de 2017[N 2] et l'attentat de Stockholm en avril 2017[31]. Il fait également plusieurs fois référence à Donald Trump, « défenseur de la cause blanche » et à Anders Behring Breivik[31]. Il affirme n'être lié à aucun groupe ou organisation[31].

Tarrant a effectué plusieurs séjours sporadiques en Nouvelle-Zélande[48]. Il semblerait qu'il ait voyagé plusieurs fois dans de nombreux pays des Balkans les mois précédents l'attentat, dont de nombreuses fois en Bulgarie[48]. Il aurait également fait un séjour prolongé en Turquie peut-être dans le but d'y préparer un assassinat — potentiellement celui du président Recep Tayyip Erdoğan — avant la tentative de coup d'État de 2016 selon des responsables turcs[48].

Il a été conclu, au cours de l'enquête, que Brenton Tarrant ne souffrait d'aucun handicap mental qui pourrait expliquer ses actes[49].

ProcèsModifier

Le , le lendemain de l'attentat, Brenton Tarrant passe en comparution immédiate, où il n'hésite pas à faire un rond avec ses doigts, un geste récupéré par des partisans du White Power. Il ne demande pas de remise en liberté sous caution et son inculpation pour meurtre lui est signifiée. Il reste donc en prison jusqu'à une prochaine audience, prévue le [50]. Il demande ensuite à assurer seul sa défense[51].

ConséquencesModifier

En Nouvelle-ZélandeModifier

Le , la Première ministre néozélandaise, Jacinda Ardern, précise que les lois sur les armes et leurs détentions (en) doivent être modifiées[48].

Le , la Première ministre annonce l'interdiction de la vente des fusils d'assaut et armes semi-automatiques suite à la tuerie[52]. Les magasins de grande capacité et les dispositifs permettant les tirs plus rapides sont également interdits[53]. Ces interdictions entrent en vigueur le 11 avril[53].

Diffusion de la vidéo de l'attaqueModifier

Lors de l'attaque, le tueur, équipé d'une caméra, diffuse en ligne une vidéo. Le visionnage de cette vidéo sur plusieurs sites crée la polémique, aboutissant finalement à la fermeture de plusieurs sous-forums du site Reddit. La vidéo est également diffusée à grande échelle en Turquie par le président Recep Tayyip Erdoğan, qui la projette lors de rassemblements de campagne pour les élections municipales[54].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Il fait notamment référence à Pélage le Conquérant (roi des Asturies qui initia la Reconquista en tenant tête aux Omeyyades lors de la bataille de Covadonga), à Charles Martel (qui repoussa une armée omeyyade à la bataille de Poitiers en 732), à Bohémond de Tarente et Gaston IV de Béarn (deux acteurs de la première croisade), à David IV de Géorgie (qui vaincu les Seldjoukides à la bataille de Didgori en 1121), au siège de Saint-Jean-d'Acre, à David Soslan (roi-consort de Géorgie connu pour ses succès militaires contre les musulmans aux XIe et XIIe siècles), à Miloš Obilić (un chevalier apocryphe ayant joué un rôle de premier plan dans la bataille de Kosovo Polje, en assassinant le sultan Mourad Ier au cours de cette dernière), à Lazar Hrebeljanović (prince serbe qui commandait la coalition anti-ottomane à Kosovo Polje), à Sigismond de Luxembourg (auteur d'une croisade contre les Ottomans en 1396, qui se solda par l'échec de Nicopolis), à Stefan Lazarević (vassal des Ottomans en Serbie, qui finira par trahir ces derniers) et son allié Constantin II de Bulgarie, à Fruzhin (un prince bulgare qui combattit les Ottomans), à Jean Hunyadi (militaire et homme politique transylvain qui gardait la frontière sud du Royaume de Hongrie au XVe siècle et qui participa à la croisade de Varna), à Michel Szilágyi (capitaine de la forteresse de Belgrade au siège de 1456 contre les Ottomans), à Marcantonio Bragadin (qui mena la résistance vénitienne lorsque les Ottomans envahirent Chypre en 1570, avant d'être capturé, torturé et exécuté), à la bataille de Lépante, à Sebastiano Venier (Doge de Venise, acteur majeur de la bataille de Lépante), à Marcantonio Colonna (amiral du pape Pie V, qui commandait les galères pontificales à Lépante), à Bajo Pivljanin (en) (un haïdouk serbe s'étant révolté à plusieurs reprises contre l'Empire Ottoman au XVIIe siècle), au siège de Vienne de 1683, à Șerban Ier Cantacuzène (Prince de Valachie qui prévoyait de reprendre Constantinople aux Ottomans), à Feliks Kazimierz Potocki (noble polonais, qui vaincu 14 000 tatars du khanat de Crimée avec une troupe deux fois importante lors de la bataille de Podhajce (en) en 1698), à la bataille de Kagul (affrontement majeur de la guerre russo-turque de 1768-1774, qui opposa, en 1770 une armée russe à des forces ottomanes et criméennes numériquement supérieures), à Dmitri Seniavine (amiral des guerres russo-turques de 1787-1792 et de 1806-1812), à Nikítas Stamatelópoulos (héro de la guerre d'indépendance grecque, mentionné sous le nom de Turkophagos, i.e. le mangeur de turcs), à Edward Codrington (amiral qui commandait la flotte britannique lors de la bataille de Navarin contre les ottomans, en 1827), à Novak Vujošević (un héro de la bataille de Fundina (en), qui fut récompensé par l'empereur russe pour avoir tué à lui seul 28 ottomans), au col de Chipka (où se produisit une série d'affrontements entre l'armée russe et des insurgés bulgares d'une part, et l'armée ottomane de l'autre, pendant la guerre russo-turque de 1877-1878), à Iossif Gourko (général qui commanda les troupes russes au col de Chipka), à Marko Miljanov (général monténégrin qui mena plusieurs campagnes contres les Ottomans au XIXe siècle), à la bataille de Bulair, au Soleil noir (symbole du mysticisme nazi), à Ernst Rüdiger Starhemberg (fasciste autrichien), au Fourteen Words (slogan néonazi), à Josué Estébanez (un néonazi espagnol qui tua Carlos Palomino (en), un étudiant antifasciste de 16 ans en le poignardant en plein cœur le ), à Alexandre Bissonnette, auteur de l'attentat de la grande mosquée de Québec en 2017, et à Luca Traini, auteur d'une attaque contre des migrants à Macerata en Italie, le [30]
  2. Il décrit cependant le Front national comme « un parti de miliciens nationalistes civiques, complètement incapables de créer un réel changement et sans plan viable pour sauver leur nation »[31]

RéférencesModifier

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Articles connexesModifier