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Sommaire

Sens premierModifier

L'assistanat est la condition des assistants, comme le partenariat est la condition des partenaires ou comme le doctorat est la condition des docteurs : "en secondant des cinéastes chevronnés, un assistant-réalisateur accumule les années d'assistanat"[1].

C'est par détournement de sens que le substantif assistanat est devenu dans certains discours synonyme d'assistance ou de condition d'assisté.

Sens péjoratif ou compatissantModifier

Le terme d’assistanat désigne péjorativement un système de redistribution des richesses ou de solidarité, dont les effets pervers ruinent la fonction.

Le terme est alors associé à celui d'« assisté », souvent péjoratif mais pas automatiquement, désignant les bénéficiaires ou, selon le point de vue, les victimes de ce type de système : bénéficiaires si l'on insiste sur l'avantage accordé (c'est en outre la terminologie officielle), victimes dans la mesure où le système encourage, permet ou oblige leur maintien dans une situation de dépendance sociale peu enviable.

Plus largement, le terme est alors souvent utilisé pour désigner et critiquer toutes les formes de dérive des politiques d'aide sociale.

Emploi du terme dans le discours politiqueModifier

D'emploi récent, le plus courant du terme est celui d’une dénonciation politique des excès d’une solidarité contrainte imposée par l’État, financée par des charges incombant à l'ensemble des contribuables. Cette solidarité aurait des effets pervers. Les assistés, terme descriptif et, selon le cas, péjoratif ou compatissant, bénéficieraient d'une aide insuffisamment associée à des contraintes d'engagement ou des voies de sortie, et qui de fait encouragerait ces assistés à ne pas chercher à améliorer par eux-mêmes leur situation, ou les en empêcherait s'ils en avaient la volonté. L'assistanat tendrait à décourager l'initiative et le travail individuel. La situation d'assisté peut être vue comme un état de dépendance, financière ou morale, de l'individu, un encouragement à la paresse pour ses détracteurs.

D'un point de vue théorique, des libéraux [Qui ?] soulignent que la situation d'assistanat tend à nier la liberté et la responsabilité de l'individu. L’assistanat impliquerait également une forme d’aliénation, contrairement à la « véritable » solidarité ou à la redistribution [réf. nécessaire].

Pour le sociologue Loïc Wacquant, analysant le discours nord-américain en la matière dans le cadre de la promulgation de la « loi sur la responsabilité individuelle et le travail » de 1996, souligne combien ce discours remet « au goût du jour les stéréotypes malthusiens les plus éculés des "mauvais pauvres" » et « réaffirme la fiction selon laquelle il suffirait de raviver par la contrainte matérielle les "valeurs familiales" et l’ardeur au travail des assistés pour vaincre la pauvreté et la "dépendance" dont ils souffrent »[2].

En FranceModifier

De nombreuses personnalités politiques de droite (par exemple Nicolas Sarkozy, Jean-Louis Borloo, Jean-Marie Le Pen[3]) et certaines de gauche (par exemple au P.S avec Ségolène Royal[4], Malek Boutih[5] ou encore Fadela Amara[6]) ont dénoncé des aspects du système de protection social français, qui, par des effets pervers de trappe à inactivité, encourage dans certaines situations le maintien hors du marché du travail plutôt que la reprise d'emploi.

L'idée d'assistanat fut mise en avant par plusieurs des candidats à l'élection présidentielle française de 2007[7]. Nicolas Sarkozy dans un document de sa campagne[8], disait : « Je ferai en sorte que les revenus du travail soient toujours supérieurs aux aides sociales et que les titulaires d’un minimum social aient une activité d’intérêt général, afin d’inciter chacun à prendre un emploi plutôt qu’à vivre de l’assistanat ». Dans un document de campagne de la même année, l'UDF a estimé que « la solidarité mérite aussi d’être revisitée. Elle s’est trop souvent traduite par un assistanat permettant de préserver une paix sociale compromise par la montée des exclusions »[9].

Le revenu de solidarité active (RSA), proposition inspirée du rapport remis en avril 2005 par la commission « Famille, vulnérabilité, pauvreté » présidée par Martin Hirsch[10], a précisément été conçu comme un mécanisme incitatif permettant de lutter contre l’assistanat en améliorant d’un tiers les ressources de bénéficiaires de minima sociaux reprenant un travail. L’allocation d’autonomie a, quant à elle, été conçue pour financer un projet de formation et favoriser la gestion des fonds alloués à leur formation et à leur insertion par les jeunes eux-mêmes. Son expérimentation dans certains départements est prévu dans la « loi TEPA » votée sous le gouvernement Fillon.

Par ironie, Lutte ouvrière qualifie l'avionneur « Dassault aviation » du Groupe Dassault de « bel exemple d'assistanat » en raison des subventions publiques qu'il reçoit[11].


Notes et référencesModifier

  1. Frédéric Allinne, in Convergence et communication linguistique, p72, Celsa 2008
  2. Loïc Wacquant, « La "réforme" de l’aide sociale comme instrument de discipline », Agone, n° 31/32, 2004, p. 177-196. Voir aussi (en) Nancy Fraser et Linda Gordon, « A Genealogy of “Dependency” : Tracing a Keyword of the U.S. Welfare State », Signs, volume 19, n° 2, janvier 1994.
  3. discours Le Pen
  4. Royal contre une société de l'assistanat Pour son premier "meeting en concubinage", Ségolène Royal a défendu jeudi soir, aux côtés de François Hollande, le principe du "donnant, donnant" qu'elle dit avoir placé au cœur de son programme, affirmant que la gauche est du côté de la "dignité du travail" et pas de "l'assistanat". LCI, 29/03/2007. Extrait de son discours du 29/03/07 à Limoges.
  5. Réaction au contre-plan de relance détaillé par Martine Aubry Il déclare "C'est l'éternel recours à l'assistanat sans toucher à la question centrale: une meilleure répartition des richesses. Là où il faudrait trouver un système plus sain, le PS veut coller des rustines", reproche-t-il, estimant que c'est une 'faute impardonnable'"., Le Nouvel Observateur, AP 23.01.2009
  6. Lors de l'émission "On n'est pas couché" de L. Ruquier du 19 avril 2009, Fadela Amara déclare "Je ne suis pas pour l'assistanat qui dure dans le temps et qui infantilise les gens"
  7. article « La France assistée », Le Point, 12 avril 2007
  8. Réhabiliter le travail Tableau de bord de suivi des engagements UMP
  9. La France ensemble Projet UDF pour l'élection présidentielle française de 2007]
  10. [PDF] La nouvelle équation sociale. Commission Familles, vulnérabilité, pauvreté. Avril 2005
  11. Marianne Lamiral de Lutte Ouvrière n°2082 du 27 juin 2008 (www.lutte-ouvriere-journal.org) « 28 milliards versés à Dassault "sur le denier de l'État" contre zéro Rafale vendu par l'avionneur en dehors de l'armée française, voici un bel exemple d'assistanat ! »

Voir aussiModifier