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Une page de l'Armorial général de France par d'Hozier
Copie de brevet d'armoiries délivré par d'Hozier

L'Armorial général de France est un recensement héraldique ordonné par le roi Louis XIV en 1696, afin d'établir un registre général de toutes les armoiries en usage par les particuliers et les communautés publiques dans l'ensemble du royaume, et d'en assurer la propriété exclusive à ceux qui les auraient déposées.

Il s'agissait aussi de produire une recette fiscale complémentaire évaluée à 7 millions de livres, soit environ 3 millions pour la vente des charges et 4 millions pour les déclarations, le tout dans un délai de deux mois. Mais en réalité, l'édit rencontra une forte opposition, les charges ne trouvèrent pas acquéreur, et l'Armorial rapporta à grand peine 3 millions en l'espace de 14 ans (décembre 1696 - juin 1710)

La collection de ces soixante-neuf registres in-folio est sans équivalent dans le monde. Elle comprend les blasons en couleur et les noms de quelques 120 000 personnes notables de France à la fin du XVIIe siècle, soit six fois plus de personnalités que l'actuel Who's Who in France, auxquelles s'ajoutent plus de 10 000 communautés civiles et religieuses. Mais près de la moitié des blasons ont été imposés d'office, c'est-à-dire composés pour la circonstance, et n'ont donc pas de valeur historique.

Sommaire

HistoireModifier

Cet armorial général fut dressé entre 1696 à 1710, en vertu de l'édit royal de novembre 1696, sous la supervision de Charles René d'Hozier (1640-1732), juge d'armes de France et généalogiste du roi.

Des émissaires partent dans tout le royaume et des bureaux sont mis en place où les possesseurs d’armoiries viendront faire leurs déclarations, et où ceux qui désirent en recevoir viendront présenter leurs demandes. Après examen, des brevets portant le dessin sur parchemin du blason leur seront remis, et leurs armes seront décrites et dessinées dans le recueil général conservé à Paris.

Il y eut de nombreuses attributions d'armoiries d'office par l'effet du zèle des commis de Charles René d'Hozier à faire rentrer les recettes fiscales[1], soit pour pallier l'absence d'armoiries ou le refus de les déclarer, soit pour éviter des cas d'homonymie, soit pour d'autres raisons de parenté ou d'héraldique.

Objectif de l'enregistrementModifier

Il existait avant cette ordonnance une législation et un contentieux concernant l'usurpation d'armoiries et de couleurs des livrées. Un office de Juge général d'Armes de France avait été créé par Louis XIII en 1615 afin de régler ces questions. Il appartenait à la famille d'Hozier.

Cette enquête générale sur le port des armoiries est due à la volonté de dresser et de tenir un registre public de toutes les armoiries afin d'en constater la propriété et de la rendre exclusive. Cet enregistrement, qui est en quelque sorte un état-civil ou un registre des sociétés dans sa forme figurée, est l'ancêtre de la législation sur le dépôt des marques et des modèles.

Selon le tarif établi en 17 articles qui fut joint à l'édit, les provinces devaient payer 300 livres, les villes avec évêché ou cour supérieure 100 livres, les autres villes 50 livres, les abbayes autant, les prieurés 25, etc. L'enregistrement des fiefs, même titrés, était facultatif ("s'il est demandé"), et de fait, ils firent quasiment tous défaut.

Le coût du dessin, de la production du document et de l'enregistrement était assuré par une taxe supplémentaire de 2 sols par livre, plus 30 sols pour les frais de brevet, soit, pour un particulier qui payait 20 livres, en tout 23 livres et dix sols (ce qui représente 17,5 % de frais).

Il a été souvent écrit que le but était de produire une recette fiscale significative, à une époque où le Trésor royal était largement impécunieux en raison de la guerre de la Ligue d'Augsbourg, commencée en 1689, et qu'il s'agissait d'une taxe sur les armoiries. Il était prévu dans le traité passé avec les financiers, c'est-à-dire les fermiers qui soutenaient l'entreprise et en faisaient l'avance au Trésor, sous le prête-nom d'Adrien Vanier, bourgeois de Paris, qu'elle devait rapporter 7 millions en l'espace de deux mois, sur lesquels les traitants devaient percevoir 1/6ème.

Population concernéeModifier

L'enregistrement des armoiries concernait à la fois les personnes physiques et les communautés (personnes morales), mais seulement une assez petite proportion d'entre elles.

Pour les secondes, il s'agissait de communautés instituées par des ordonnances royales ou ayant un statut par lettres patentes, uniquement des personnes morales de droit public. Ainsi, les sociétés ou les compagnies de commerce n'étaient pas concernées, ni les sociétés savantes, ni les confréries.

Étaient par contre concernées les villes et les communautés d'habitants, les communautés religieuses (monastères, couvents, hospices, universités) et les communautés (corporations) de métiers.

Pour les personnes, il s'agissait d'individus majeurs vivants, hommes ou femmes, et non de familles. Il faut noter que les veuves étaient tenues de déclarer les armes de leurs défunts maris en plus des leurs (arrêt du 22 janvier 1697).

En principe, tout individu pouvait demander l'enregistrement de ses armoiries, mais d'une part la grande majorité de la population n'avait pas l'usage d'un sceau, ou de marques figurées, d'autre part le coût était important pour des gens du peuple.

En fait, la cible recouvre assez exactement la catégorie qu'on nommera par la suite les notables, « les bourgeois de nos villes franches et autres qui jouissent, à cause de leurs charges, états et emplois, de quelques exemptions, privilèges et droits publics, jouiront aussi du droit d'avoir et de porter des armes, à la charge de les présenter dans le temps ci-dessus aux bureaux des maîtrises particulières, autrement, ledit temps passé, nous les en avons déclarés déchus ». « Et pour ne pas priver de cette marque d'honneur nos autres sujets » qui n'en possèdent pas, mais « qui possèdent des fiefs et terres nobles », « les personnes de lettres », et toutes les « autres personnes qui par la noblesse de leur profession et de leur art ou par leur mérite professionnel tiennent un rang d'honneur et de distinction dans nos États, ou dans leurs corps et compagnie », « et généralement tous ceux qui se sont signalés à notre service dans nos armées, négociations et autres emplois remarquables ».

Philippe du Puy de Clinchamps, dans son ouvrage intitulé La noblesse, écrit : "Quant au brevet d'armoiries, délivré très officiellement par la grande maîtrise des armes du royaume, notamment lors de l'enregistrement de 1696, nous avons déjà dit ce qu'il convient d'en penser : il prouve uniquement que celui qui reçut ce brevet avait payé 20 livres, simple impôt sur la vanité, qu'il ait été noble ou d'excellente roture, et rien de plus."[2]

ProcédureModifier

L'édit royal de Louis XIV de novembre 1696 porta création d'une «  maitrise générale des armoiries » , composée de 37 officiers (dont 16 charges anoblissantes) pour la "grande maîtrise", ayant juridiction dans tout le royaume, et de plusieurs maîtrises "particulières", installées dans chacune des généralités du pays (soit 28), et composées de 10 offices, pour assurer l'enregistrement des blasons déjà existants ou à venir, de façon perpétuelle. Il donne pouvoir aux officiers de la grande maitrise d'en « accorder à ceux qui le demanderont eu égard à leurs états, qualités et professions ». Cette maitrise fut cependant supprimée par un nouvel édit d'août 1700, car personne, ou presque, ne voulut acheter ces offices.

Dans l'intervalle, Charles René d'Hozier, ancien Juge d'Armes de France dont la charge avait été supprimée par l'édit, fut nommé garde de l'Armorial par un arrêt du Conseil du roi du , et il délivra des brevets à raison d'1 livre 10 sous la pièce. Ces brevets valaient lettres d'armoiries « sans cependant que les brevets ou lettres puissent en aucun cas tirer à conséquence pour preuves de noblesse. » (article 17). Elles étaient héréditaires à condition pour les héritiers de les faire recevoir dans l'année du décès du chef de famille.

Philippe du Puy de Clinchamps, dans son ouvrage intitulé La noblesse, écrit à ce sujet : « Quant au brevet d'armoiries, délivré très officiellement par la grande maitrise des armes du Royaume, notamment lors de l'enregistrement de 1696, nous avons déjà dit ce qu'il convient d'en penser : il prouve uniquement que celui qui reçut ce brevet avait payé 20 livres, simple impôt sur la vanité, qu'il ait été noble ou d'excellente roture, et rien de plus »[3].

L'édit précise (article 12) qu'il est défendu d'usurper les armoiries d'autrui ; ce qui suppose qu'à cette réserve près, chacun est libre de prendre les armes qu'il souhaite. Toutefois, le Roi ne tarda pas à soumettre "les fleurs de lys d'or en champ d'azur" à autorisation (arrêt du 22 juillet 1698). D'Hozier fut spécialement chargé de les contrôler. Quiconque n’était pas en mesure de justifier leur possession se voyait exposé à une fâcheuse réforme, les symboles royaux étant supprimés ou remplacés par d’autres objets, besants, rocs, étoiles, etc. C’est pourquoi il importe de bien distinguer ces registres spéciaux. appelés "armoiries sursises".

Comme les maîtrises de province n'entrèrent jamais en fonction, et que les traitants prétendaient s'en mêler le moins possible, ce sont les Intendants des généralités qui furent chargés d'assurer la bonne exécution de l'édit. Des bureaux furent ouverts dans les principales villes du royaume afin de collecter les déclarations. Après paiement des droits, les commis transmettaient les demandes à la grande maîtrise (c'est-à-dire concrètement, à d'Hozier) qui les examinait et les enregistrait. Puis celui-ci retournait aux commis, pour les faire parvenir aux bénéficiaires, un récépissé sous la forme d'un feuillet imprimé sur parchemin portant le nom du titulaire (individu ou institution), avec le blason peint, à défaut de sa description ou blasonnement, qui était seulement inscrite dans l'Armorial général conservé à Paris.

Afin d'imposer l'enregistrement à tous ceux qui utilisaient des armoiries, il fut décidé (article 11) que deux mois après la clôture de l'enquête, ils serait fait défense d'utiliser des armoiries non enregistrées, à peine de 300 livres d'amende, dont un tiers pour le dénonciateur. Il était également prévu la confiscation des objets illégalement armoriés (meubles, argenterie, carrosses, etc.), ce qui fut confirmé par un arrêt du Conseil du 24 mars 1697.

Les oppositionsModifier

L'usage des armoiries ayant toujours été libre et gratuit en France, les agents de l'Armorial général ont eu à lutter contre une inertie, voire une véritable opposition, de la part de plusieurs catégories. Il y eut un grand nombre d'arrêts du Conseil pour en assurer l'exécution, soit en contraignant les récalcitrants, soit au contraire en modérant le trop grand zèle des agents.

Beaucoup de communautés n'en voyaient pas l'utilité. En dehors des communautés de métiers et des chapitres, elles n'avaient parfois pas d'armoiries particulières, et les agents royaux ont souvent dû leur attribuer des armoiries dites d'office.

Parmi les individus, une grande proportion des nobles, notamment de cour, estimaient que leurs armoiries étaient déjà connues et enregistrées, et qu'ils étaient au-dessus de ces formalités. Cependant, la famille royale et les princes de sang furent priés de montrer l'exemple (article 7 de l'édit).

Les membres du Clergé ne s'estimaient pas concernés, en particulier les religieux qui sont considérés comme morts civilement. Les communautés urbaines, comme les Jésuites, les Minimes ou les Visitandines, acceptèrent plus facilement l'édit, alors que bénédictins et cisterciens, retirés dans leurs solitudes, firent plus souvent la sourde oreille. Les évêques jansénistes d'Auxerre ou d'Orléans profitèrent de l'occasion pour exprimer leur mécontentement, en refusant ostensiblement toute déclaration[4].

Quant aux bourgeois notables des villes, beaucoup refusaient par avarice ou par esprit de fronde. Les plus fortes oppositions se manifestèrent dans des pays montagneux ou relativement pauvres, comme l'Auvergne et le Béarn (80 % d'armes attribuées).

Rôles d'imposition et armes d'officeModifier

De nombreux individus, institutions, ou communautés, ayant fait défaut de déclaration d'armoiries par refus de payer la taxe imposée, le Roi, au bout d'un an, autorisa les Intendants à établir des rôles (3 décembre 1697). Ceux-ci furent probablement calqués sur ceux de la capitation, un impôt par tête établi en 1695. Malheureusement, les traitants abusèrent de ce droit en prétendant contraindre une quantité de personnes qui n'avaient jamais porté blason ni songé à en prendre.

Quant à ceux qui étaient imposés de force, ou qui avaient payé sans rien déclarer, ce à quoi les commis embarrassés ne pouvaient les obliger, ils se virent attribuer par d'Hozier des armoiries dites d'office, pour la plupart inventées pour la circonstance, et qui ne furent jamais portées. Cette autorisation, datée du 22 mai 1699, était lourde de conséquence, puisque finalement près de la moitié de l'Armorial fut rempli ainsi.

Au début, les commis composèrent des armes allusives au nom ou au métier du récipiendaire. Les armoiries sont un accessoire du nom sous une forme figurative, elles furent très en usage pour signer (sceau) ou pour marquer sa propriété (animaux, bâtiments, livrées, etc.) aux époques où peu de gens savaient lire et écrire, il était donc naturel d'attribuer des armes parlantes qui sont le nom de la personne traduit in rebus. L'armorial d'Amiens en cite plusieurs exemples[5] : Revellois, un coq réveillant quatre oies (p 153, n° 122) ; Morgan, deux têtes de maures et un gant (p 154, n° 150bis) ; Pinguet, un pin et un geai (p 158, n° 223), un autre Pinguet porte des armes tout-à-fait différentes (p 161) ; Clarentin, une cloche et du thym (p 158, n° 230) ; Bouache, un bouc et deux haches (p 160, n° 268) ; etc. Certes, il est possible qu'une partie de ces armes parlantes aient été réellement choisies par les titulaires.

Puis ils s'amusèrent à décerner aux plus farouches opposants des armoiries franchement ridicules ou injurieuses. Ainsi en Bretagne, le sieur Malaunay fut affublé d "un visage d'homme avec un bouton sur le nez", tandis que les avocats de Quimper étaient gratifiés d "un âne bâté d'argent", et les huissiers de Nantes d'un "diable"[6] ; un apothicaire écopa d'une seringue et trois pots de chambre ; en Bourgogne, le curé Raudot (celui de Bussy-Rabutin), au caractère sans doute explosif, reçut "une bombe de sable" ; à Lyon, la famille Plotton fut pourvue d’un "hérisson de gueules" (c’est-à-dire ensanglanté), parmi des centaines d'autres inventions du même goût. Ces plaisanteries durèrent deux ans.

Mais par la suite (arrêt du 16 septembre 1701), on mit en place un système de composition mécanique des armoiries, en utilisant une pièce honorable ou une partition et des couleurs variées. On reconnait ces cahiers au fait qu'ils sont établis sur deux colonnes, les noms des imposés à gauche suivant l'ordre des rôles, et les blasons à droite, attribués selon l'ordre du système. Les couleurs des écus changent l'un après l'autre, en commençant par celle du meuble ou de la pièce, avant de varier la couleur du champ, et de recommencer. A Amiens, cela donne : "D'or à un pal dentelé d'azur, d'or à un pal dentelé de gueules", etc.[7] Les 2 métaux (or et argent) sont associés chacun à 4 émaux (azur, gueules, sinople et sable), ce qui fait 8 combinaisons, puis c'est le champ qui est de couleur et la pièce de métal, ce qui achève une première série de 16 ; ensuite on utilise d'autres pièces dentelées (fasce, bande, barre, chevron), puis deux, et finalement trois pièces. Ayant épuisé le dentelé (15 séries), voici l'engreslé (15 autres séries), puis le cannelé. En 1703, le principe est devenu un peu plus complexe, les blasons comportent une pièce chargée d'un meuble ; la combinaison du meuble et de la pièce font toujours 8 blasons, et le champ portant successivement les 6 couleurs ou métaux disponibles, chaque meuble offre donc 48 possibilités. Il n'y a plus ensuite qu'à varier les meubles, puis les pièces, si possible en alternance, sinon toute une généralité recevra la même pièce, comme ce fut le cas à Lyon..

Grand retour et fin de l'ArmorialModifier

En novembre 1704, l'administration se lassa, et le Roi, sans doute peu satisfait des armoiries systématiques, bien éloignées de la gloire de son règne, consentit a mettre l'Armorial en sommeil. Le sieur d'Hozier, qui en reçut la garde, fut néanmoins autorisé à « réformer les armoiries qui, ayant été enregistrées, auront été mal prises, mal données ou mal expliquées dans l'Armorial. » (9 mars 1706).

Pourtant, la guerre de succession d'Espagne avait commencé. En 1709, à la suite de désastres militaires (Paris était menacé), et durant le terrible hiver qui désola la France, l'entreprise fut relancée, mais avec cette différence que les villes furent imposées collectivement, à charge pour elles de faire payer les contribuables. D'Hozier fut chargé de composer entre 25 et 30 000 armoiries d'office en un an. A Lyon, les récalcitrants de la généralité reçurent tous un chevron chargé d'un meuble, par exemple "d'or à un chevron d'azur chargé d'une rose d'argent", avec un choix de 16 meubles aléatoires (rose, étoile, coquille, billette, etc.), chacun offrant 48 combinaisons, soit un total de 768 possibilités (725 furent utilisées). En Bourgogne, on multiplia les 8 pièces honorables (deux bandes, chevrons, pals, fasces, puis trois, quatre, etc.). Dans d'autres généralités, les commis se servirent de partitions (parti, coupé, écartelé), ailleurs de simples initiales, et pour finir, la Provence utilisa un coupé chargé d'animaux exotiques de toutes les couleurs, sans doute inspirés par le crocodile de Nîmes.

Puis l'année suivante, quand les traitants eurent rempli leurs quotas, l'Armorial général fut définitivement clos dans la plus grande discrétion : on n'en connait pas la date précise (juin 1710 ?).

L'enregistrement de ces armes les classe donc en cinq séries: 1°) armes présentées par les intéressés et admises comme valables ; 2°) armes sursises, acceptées après vérification (il s'agit soit d'armes obscures, soit comportant des fleurs de lys, qui peuvent être supprimées ou modifiées par d'Hozier) ; 3°) registres mélangés (où des armes réelles côtoient des armes inventées) ; 4°) armes attribuées d'office de première catégorie (parlantes ou ridicules) ; 5°) armes d'office mécaniques. La proportion d'armes attribuées est importante : dans la Généralité de Rouen, sur 6 052 blasons décrits, 65 ont été acceptés après vérification, et 3 618 paraissent avoir été attribués d'office (soit plus de la moitié), ce qui ne veut pas dire qu'il s'agisse toujours de créations arbitraires. Au début en effet, des recherches étaient faites par les commis ou par d'Hozier, et les érudits retrouvent dans les séries 3 et 4 un certain nombre d'armes qui étaient déjà bien attestées pour la famille de l'intéressé.

Dépenses et recettesModifier

Chaque enregistrement d'armoiries était soumis à une redevance de 20 livres par individu, soit un vingtième de la portion congrue d'un curé[8], dépense très modique pour les personnes de condition et les bourgeois aisés, mais trop élevée pour les gens du peuple qui auraient voulu faire enregister des armoiries.

Suivant le système du fermage, le montant global de l'impôt était en principe avancé par le traitant Adrien Vanier (en réalité par ses 18 cautions, parmi lesquels se remarquaient Poisson de Bourvalais et Samuel Bernard), payable en deux annuités, pour un montant prévu de 5 833 333 livres sur 7 millions de recettes, les financiers se réservant un sixième de bénéfice, soit 1 166 666 livres. Mais vu le peu de succès de la taxe, et la lenteur des rentrées fiscales, on peut lire dans les nombreux états de finance consignés dans l'Armorial que les traitants ne s'engagent à payer sa part au Trésor qu'au fur et à mesure de l'avancement des recettes. Un "Relevé... des droits perçus" établi par d'Hozier, et retrouvé dans ses papiers lors d'une vente aux enchères en 1973[9], fait état d'un produit final de 2 439 855 livres, mais il ne comptabilise pas les communautés marchandes et religieuses. De plus, le chiffre cité parait établi à partir d'un comptage des blasons peints, lesquels sont largement inférieurs au nombre réel des enregistrements. Le produit définitif peut être estimé à un peu moins de 3 millions, au lieu des 7 attendus. Pour l'Auvergne seule, le montant des recettes s'est élevé à 55 020 livres.

La plus grande déception provient sans doute de la mévente des charges. Leur prix de vente n'est pas connu, mais l'édit prévoyait (article 19) de donner aux officiers 150 000 livres de gages, or ceux-ci sont habituellement d'un vingtième de la valeur de la charge. Ce sont donc 3 millions qui ont fait défaut au Roi, mais ils devaient revenir directement au Trésor sans passer par les financiers, ils ne font donc pas partie du traité passé avec eux, ni des 7 millions espérés.

Résultat de l'enquêteModifier

On peut dire que, grâce aux contraintes imposées, le recensement est parvenu à être assez complet, car avec 125 807 entrées (nombre des blasons peints, probablement minoré), l'Armorial général a recensé et représenté la grande majorité des individus nobles ou notables, pour un territoire qui comprenait à l'époque environ 20 millions d'habitants, en grande majorité ruraux. À titre de comparaison, le Who's Who in France contient aujourd'hui 20 000 entrées pour 65 millions d'habitants. Cependant, 48 % environ des armoiries ont été attribuées d'office, ce qui limite la valeur historique de l'Armorial.

Composition de l'Armorial généralModifier

Il fut rédigé une collection de volumes regroupant les résultats de l'enquête.

Comme le précise l'édition de 1903, placée sous la direction de M. de La Roche-Lambert-Mions, l'Armorial Général « ... se compose de 34 registres in-folio de texte et de 35 volumes contenant les armoiries coloriées. »[10]

Il contient 125 807 blasons peints[11], de nobles, bourgeois, clercs, villes, corporations, et communautés, formant 34 registres in-folio de texte et de 35 volumes contenant les armoiries coloriées.

Les registres de texte contiennent le blasonnement des armoiries des personnes, villes, communautés et corporations, chacun référencé sous un numéro d'enregistrement.

Les volumes de l'Armorial général furent confiés à la garde personnelle du juge d'armes de France, Charles René d'Hozier, par un arrêt du Conseil du roi du , ce que confirma l'édit de 1700. Ces volumes, dont la composition est détaillée ci-dessous, forme une collection actuellement conservée à la Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, Département des Manuscrits, collection : "Cabinet des Titres". Publiés partiellement par des érudits ou héraldistes depuis le XIXe siècle, ces volumes sont maintenant numérisés et consultables sur le site web Gallica.

Le nombre d'entrées par volume manuscrit oscille entre 638 (vol. 3 : Béarn) et 6117 (vol. 14 : Languedoc, première partie). Le résultat du Béarn s'explique par la petite taille de son ressort (équivalant à un département français d'aujourd'hui). Toutefois, la généralité de Paris, avec ses quatre volumes (Paris : 23, 24, 25 et Versailles : 35) totalise un total de 18049 blasons. Viennent ensuite la Normandie avec 15890 dessins (vol. 19, 20, 21, en trois généralités) et le Languedoc (12217 blasons, 2 vol.).

Accès en ligneModifier

Volumes de textes (originaux des XVIIe et XVIIIe siècles)Modifier

Les registres indiquant les blasonnements (c'est-à-dire décrivant les armoiries) sont consultables sur le site de la BNF : liste des volumes de texte.

Volumes d'armoiries dessinées (originaux des XVIIe et XVIIIe siècles)Modifier

Ces 35 volumes concernent 25 des anciennes provinces de France, l'enquête ayant été formée le plus souvent dans le cadre des généralités (ressort des intendants des Finances), regroupant administrativement plusieurs provinces. C'est pourquoi l'intitulé des volumes désigne tant des provinces du royaume que des généralités.

Tous ces volumes sont désormais accessibles sur Gallica : Armorial général de France.

Pour repérer un nom il faut utiliser la Table des blasons coloriés de l’Armorial général de France, ouvrage manuscrit en deux volumes conservé à la Bibliothèque nationale de France, qui n'est pas encore numérisé. Un accès payant à un index existe sur le site privé France armorial. Cependant, la table des matières proposée sur chacun des volumes numérisés par la bibliothèque nationale recense chaque entrée et blason et permet donc d'accéder directement au blason recherché.

Volumes de textes (réalisés en 1903)Modifier

En 1903, des copies des registres de blasonnements (c'est-à-dire décrivant les armoiries) ont été publiées par La Roche-Lambert-Mions. Il a fait paraitre l'ensemble des registres sous forme de fascicules publiés mensuellement dans lesquels le foliotage d'origine est indiqué. Dans une lettre à ses souscripteurs, il précise que « L'ARMORIAL GÉNÉRAL DE FRANCE comportant 32 Volumes manuscrits (au lieu de 34) de Ch. d'Hozier, est publié en 49 volumes. Chacun de ces Volumes est publié par fascicules mensuels » [10].

La BNF a compilé ces recueils de 1903 en 4 volumes (sans lien logique entre eux, la Lorraine se trouvant par exemple dans le même tome que la Provence). Ces 4 tomes de compilation sont consultables en ligne sur le site Gallica. Ils se composent ainsi :

Tome 1 Tome 2 Tome 3 Tome 4

À noter que les exemplaires numérisés par la BNF comportent de nombreuses pages blanches et que plusieurs fascicules sont absents. Un Tome 5 contient quelques chroniques héraldiques et notices historiques.

L'édition de 1903 ne comportant pas d'index, il convient, pour repérer un nom, d'utiliser l'Indicateur du grand armorial de France publié par Louis Paris en 1865-1866 :

À noter que cet indicateur donne pour chaque nom le titre du volume et le numéro de folio du volume manuscrit et non la page de l'édition de 1903. Toutefois, l'édition de 1903 respectant l'ordre des volumes manuscrits, il n'est pas très difficile de se repérer.

Publications partiellesModifier

Études sur l'armorial généralModifier

  • L’Armorial général de 1696 : une source méconnue de l’histoire sociale et institutionnelle de la France d’Ancien Régime : actes / de la Table ronde organisée par la Société française d’héraldique et de sigillographie, Paris, 23 novembre 1996. Paris : S.F.H.S., 1998. In-4°, 84 p., ill. (Constitue le t. 67-68 de la Revue française d’héraldique et de sigillographie) :
    • Michel Pastoureau. Présentation, p. 7-9.
    • Jean-Luc Chassel. De l’Armorial général aux marchands de merlettes, p. 11-20.
    • Pierre-Jean Ciaudo. L’histoire de la capacité héraldique ou l’inadéquation du logos et de la praxis, p. 21-38.
    • Yvan Loskoutoff. Entre la gloire et la bassesse : les armes parlantes dans l’Armorial général de Louis XIV, p. 39-62, ill.
    • Marie-Josèphe Gut. Les armoiries des communautés laïques de la généralité de Châlons en Champagne, p. 63-65.
    • Pierre-Jean Ciaudo. L’application de l’Edit dans la sénéchaussée de Grasse et une partie de l’ancien comté de Nice, p. 67-78.(lire en ligne)
    • Jean-Claude Loutsh. L’Armorial général de 1696 et le duché de Luxembourg, p. 79-80.
    • Christiane Van Den Bergen-Pantens. L’héraldique dans les albums de Croy et l’Armorial général, p. 81-84.

Notes et référencesModifier

  1. Un exemple dans l'ouvrage de Gustave Chaix d'Est-Ange, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle, tome 19, page 70 : [1]
  2. Philippe du Puy de Clinchamps, La noblesse, collection Que sais-je ?, PUF, 1959, page 106.
  3. Philippe du Puy de Clinchamps, La noblesse, collection Que sais-je ?, PUF, 1959, page 106
  4. Dey, Aristide, Armorial de l'Yonne
  5. Borel d'Hauterive, Armorial d'Artois et de Picardie, généralité d'Amiens (tome II), Paris, L'Annuaire de la Noblesse, , viii-470 p., p. 180
  6. Voir en particulier Chassin du Guerny, Bretagne, p 14-15.
  7. Ville d'Amiens, signé d'Hozier, 20 décembre 1701 ; publié par Borel d'Hauterive, Armorial d'Artois et de Picardie, généralité d'Amiens, p 180-216.
  8. Portion minimale du revenu des dîmes que l'abbé ou l'évêque devaient laisser au prêtre desservant, elle était fixée à 400 livres par an pour le curé, 200 pour le vicaire, et considérée comme à peine suffisante pour vivre.
  9. Vente par Me Paul Renaud, 5 avril 1973, n° 131. Note publiée par la Société Française d'Héraldique et de Sigillographie, Revue n° 43, 1973, p 15-16 ; et par Claude-André Fougeyrollas, Bull. de la Société Héraldique Pictave, vol 13/3, 2009, p 57.
  10. a et b Charles René d'Hozier, Armorial Général de France - Recueil Officiel - sous la direction de M. de La Roche-Lambert-Mions,
  11. Source : Euraldic

Voir aussiModifier