Armée insurrectionnelle ukrainienne

Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA)
Image illustrative de l’article Armée insurrectionnelle ukrainienne

Création 1942
Dissolution 1954
Pays Ukraine
Allégeance Flag of OUN(640х480).jpg Organisation des nationalistes ukrainiens
Effectif 15 000 à 200 000
Couleurs Rouge et noir
Guerres Seconde Guerre mondiale
Batailles Front de l'Est
Commandant historique Stepan Bandera
Roman Choukhevytch

L’Armée insurrectionnelle ukrainienne ou UPA (en ukrainien : Українська повстанська армія, Ukrains'ka povstens'ka armiya ou УПА) était une armée de guérilla ukrainienne formée en octobre 1942, en Volhynie. Ses dirigeants ont été Dmytro Klyachkivskiy, Roman Choukhevytch (à partir de ) et Stepan Bandera. Il s'agit de la branche militaire de l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN). Son principal objectif était de mettre en place un état ukrainien indépendant de l'URSS.

Unité d'insurgés inconnue. Région de Rivne, vers 1947.
Unité d'insurgés inconnue. Région de Rivne, vers 1947.

Au cours de son histoire, l’UPA s'est battue contre les trois armées qui occupèrent successivement l’Ukraine : la Wehrmacht, l'Armia Krajowa — issue de la résistance polonaise — et l’Armée rouge jusqu’en 1954[1],[2],[3], principalement dans les Carpates. L'UPA est unique parmi les mouvements de résistance de l'Europe occupée, dans la mesure où elle n'a pas reçu d'aide importante de la part de puissances étrangères. Par conséquent, sa croissance et sa force reflètent sa popularité parmi les Ukrainiens de l'ouest, surtout en Galicie et Volhynie.

Mais une vive controverse existe toujours autour de son antisémitisme et de son nationalisme violemment anti-polonais, ainsi que sur les massacres de nombreux civils juifs et polonais sur lesquels ceux-ci auraient débouché, en particulier à l'été 1943 lors des massacres des Polonais en Volhynie.

Deux autres UPA ont également existé en Volhynie. La première a été formée au printemps 1942, elle fut d'abord connue sous le nom de Sitch de Polésie et n'avait pas de lien direct avec l'OUN. Cette UPA, dirigée par Taras Borovets, avait des liens avec l'UNR en exil. Elle a par la suite été rebaptisée Armée révolutionnaire du peuple ukrainien en 1943 avant d'être plus tard absorbée par l'UPA de l'OUN. La seconde fut l'UPA d'Andriy Melnyk, créée au printemps 1943 elle fut comme la précédente absorbée par l'UPA de Stepan Bandera en juillet-.

Lutte contre les PolonaisModifier

 
Des membres du groupe "Bira" capturés par des soldats de l'armée polonaise dans la région de Zatwarnica.

Lutte contre l'Allemagne nazieModifier

 
Volodymyr Vyatrovych, Roman Hrytskiv, Ihor Derevyany, Ruslan Zabily, Andriy Sova, Petro Solod. UPA.

L'UPA a été créée à la fin de l'année 1942 pour trois raisons : pour servir de base à une future armée ukrainienne, pour défendre les villageois ukrainiens impuissants contre la répression allemande et pour empêcher les partisans communistes soviétiques, qui avait commencé à s'établir dans le nord-ouest de l'Ukraine, de devenir, de facto, protecteurs du peuple ukrainien. Après sa création, l'armée s'étendit continuellement tant par sa taille que dans sa sphère d'influence. À un moment donné, ses activités couvraient la majeure partie de l'ouest de l'Ukraine, et elle fut en mesure d'envoyer des petits groupes de pillards dans l'est de l'Ukraine.

Une estimation allemande indiqua que l'UPA alignait jusqu'à 100 000 soldats (d'autres estimations donnent des chiffres variant de 20 000 à 200 000 hommes). Ses hommes ont mené des raids sur des centaines de postes de police allemands et des convois militaires. Vers la fin de 1943 et au début de 1944, l'UPA contrôlait la majeure partie du territoire de Volhynie, en dehors des grandes villes, et a pu organiser les services de base pour les villageois comme les écoles, les hôpitaux et l'impression des journaux. Dans la région de Jytomyr, libérée des nazis par l'Armée rouge en - (un fort groupe de partisans soviétiques s'y installa en février et ), le général allemand - Kommissar Leyser estima que les combattants de l'UPA contrôlaient plus de 80 % des forêts et 60 % des terres agricoles.

 
Carte de Noël réalisée et distribuée par l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (з різдвом христовим = Joyeux noël).

En , les troupes de SS allemands et les forces de police, sous le commandement du général von dem Bach Zelewski, considéré comme un expert dans la lutte contre la guérilla, tentèrent de détruire l'UPA du Nord dans la région de Volhynie lors de l'opération « BB » (Bandenbekämpfung). Ce général avait été choisi spécialement par Himmler afin de détruire l'UPA lors de cette opération. Au cours de l'opération « BB », Bach-Zelewski avait sous ses ordres 10 bataillons motorisés de troupes SS, 10 000 hommes des forces de police polonaise et allemande, 2 régiments de l'armée hongroise, et trois Bataillons de Cosaques levés parmi les prisonniers de guerre soviétiques. Au mois d'août, cette opération s'est révélée être un échec militaire. Au cours de cette lutte, les 19 et , les unités militaires de l'UPA ont capturé le centre de Kamin Koshyrsky, battant plusieurs bataillons allemands et saisissant de grandes quantités d'armes et de munitions. Le général Bach-Zelewski a été relevé de son commandement et remplacé par le général Prutzmann. En fin de compte les forces allemandes ont échoué à détruire l'UPA et à rétablir un contrôle sur les campagnes de Volhynie.

Les Carpates ont vu certains des plus lourds combats entre l'UPA et les forces allemandes à la fin de 1943 et au début de 1944, alors que l'UPA essayait de maintenir tant bien que mal le contrôle de plusieurs cols dans les montagnes. En , les bataillons Forêt Noire et Makivka de l'UPA défirent 12 bataillons allemands soutenus par l'armée de l'air allemande, dans une bataille pour le contrôle du territoire tenu par l'UPA.

En l'OUN envoya une instruction pour « basculer complètement d'une lutte, menée contre les Allemands, vers une lutte totale contre l'Union des républiques socialistes soviétiques ».

 
Entraînement de l'UPA dans le village de Rudavka en 1942.

En mai et , deux autres tentatives faites par les Allemands pour la capture de cols de montagne des Carpates ont été repoussées. Le , près du village de Nedilna, l'UPA défit une autre division allemande, et captura la totalité de son approvisionnement en colonne, dont de nombreux officiers et soldats.

Dans un compte-rendu des autorités américaines en 1948, un comité d'anciens commandants allemands du front de l'Est a affirmé que « le mouvement nationaliste ukrainien formait le plus fort mouvement de résistance en activité à l'est, à l'exception de la Russie communiste ».

Lutte contre l'Union soviétiqueModifier

La lutte de l'UPA contre les forces soviétiques commença quand elle fut confrontée aux partisans soviétiques, fin 1942 et début 1943[4]. Au début de 1943, le chef des partisans communistes, Sydir Kovpak, s'établit en Ukraine. Au cours de l'été 1943, grâce aux armes livrées sur des aérodromes secrets, elle lance un raid de plusieurs milliers d'hommes — dont un tiers seulement d'Ukrainiens — dans les Carpates. Mais les attaques lancées par les forces terrestres et aériennes allemandes forcent Kovpak à diviser ses forces en unités plus petites ; celles-ci sont pour la plupart détruites par l'UPA dans les Carpates. En 1944, l'agent de renseignement soviétique Nikolaï Kouznetsov est capturé et exécuté par l'UPA, après être entré, sans le vouloir, dans leur camp en uniforme d'officier de la Wehrmacht.

 
за що борються українські повстанці? не за сталіна, ні за суворова, ні за гітлера, на розум хвсрого. Pourquoi les insurgés ukrainiens se battent-ils ? pas pour Staline, ni pour Souvorov, ni pour Hitler, [traduction manquante] Pour l'Ukraine, ni d'Iska ni de Fritz, pour toujours, indépendante !

La lutte entre l'UPA et les forces militaires soviétiques commence réellement lorsque les unités de l'Armée rouge, qui progressent dans l'ouest de l'Ukraine, pénétrent sur le territoire contrôlé par la résistance. L'UPA s’efforce d'éviter les affrontements directs avec les unités régulières de l'armée soviétique, parce qu'elles sont pour beaucoup composées d'Ukrainiens, considérés comme des recrues potentielles pour l'UPA. Elle concentre en revanche ses attaques contre les unités du NKVD soviétique et contre des fonctionnaires de tous niveaux, depuis l'officier supérieur du NKVD et de l'Armée rouge jusqu'à l'enseignant et au simple employé de la poste, considérés comme des agents du pouvoir soviétique en Ukraine. L'UPA perturbe également les efforts du pouvoir pour collectiviser les terres agricoles. En , les insurgés de l'UPA blessent mortellement Nikolaï Vatoutine, le commandant de la bataille de Koursk, qui avait participé à la libération de Kiev. Plusieurs semaines après, un bataillon NKVD est annihilé par l'UPA près de Rivne. C'est le prélude à une lutte à grande échelle qui a lieu durant l'été 1944 et oppose 30 000 soldats soviétiques à l'UPA en Volhynie. Elle se solde par de lourdes pertes des deux côtés. À la fin de l'été 1945, de nombreux bataillons de taille importante de l'UPA continuaient à contrôler et administrer de vastes régions dans l'ouest de l'Ukraine.

En , Khrouchtchev lance la première des nombreuses grandes attaques soviétiques contre l'UPA, dans toute l'Ukraine occidentale, avec la participation d'au moins vingt divisions de combat du NKVD, appuyées par de l'artillerie et des unités blindées. Ils bloquent les routes et les villages et brûlent une partie des forêts environnantes. Des recherches dans les archives du NKVD en Ukraine, accessibles depuis les années 1990, montrent que des unités du NKVD étaient déguisées en soldats de l'UPA et commirent des atrocités dans le but de démoraliser la population civile. Les régions contrôlées par l'UPA sont ainsi dépeuplées. On estime que de 182 543 à 500 000 Ukrainiens furent déportés au Goulag entre 1944 et 1952. En , cent dix mille huit cent vingt-cinq membres de l'UPA sont tués et deux cent cinquante mille six cent soixante-seize, peut-être plus, capturés[5]. Ces chiffres respectifs doubleront jusqu'en 1952[6]. Bien que les Soviétiques n'aient pas réussi à détruire l'UPA, celle-ci a subit de lourdes pertes et est forcée de se scinder en petites unités composées de 100 hommes (sotnias). Un grand nombre de ses membres sont démobilisés et rentrent chez eux. Pour cette raison, en 1946, l'UPA est réduite à un groupe de base de 5 à 10 000 combattants, et les activités importantes de l'UPA se déroulent désormais à proximité de la frontière soviéto-polonaise. En 1947, elle y aurait tué le vice-ministre de la Défense communiste polonais, le général Karol Świerczewski.

 
Croix d'or du mérite au combat de l'armée insurrectionnelle ukrainienne.

Durant la dernière phase de sa lutte, l'UPA reçoit l'aide de la CIA et du renseignement britannique, bien que l'opération ait été dénoncée par Kim Philby. C'est seulement en 1947-1948 que la résistance de l'UPA est suffisamment brisée pour permettre la mise en œuvre, par les Soviétiques, de la collectivisation à grande échelle dans l'ouest de l'Ukraine. Des raids sporadiques de l'UPA se poursuivent jusqu'au milieu des années 1950, après la mort du général Roman Choukhevytch, qui fut tué dans une embuscade près de Lviv, en [7].

Le dernier commandant de l'UPA, Vasyl Kuk est capturé en 1954, condamné à mort et emprisonné pendant des années avant d'être libéré[7].

SourcesModifier

BibliographieModifier

  • Arkady Joukovsky (préf. Alain Besançon), Histoire de l'Ukraine, Paris, Aux Éd. du Dauphin, , 298 p. (ISBN 978-2-7163-1057-4).
  • (en) Subtelny, Orest (trad. de l'allemand), Ukraine, A History, Toronto, University of Toronto Press, , 3e éd., 736 p., poche (ISBN 978-0-8020-8390-6, LCCN 2001268184).
  • Volodymyr Kosyk, L'Allemagne national-socialiste et l'Ukraine, Paris, Publications de l'Est européen, , 665 p. (ISBN 978-2-902892-02-0).
  • Grzegorz Motyka "Tak było w Bieszczadach" Instytut Studiów Politycznych PAN i IPN w Lublinie
  • Grzegorz Motyka, "Walki polsko-ukraińskie 1943-1948" Instytut Studiów Politycznych PAN i IPN w Lublinie
  • Alexei Fedorov (trad. Victoria Achères, ill. Henri Jacquinet (cartes), photogr. Antonio Parras (Agence Novosty)), Partisans d’Ukraine : 2. opérations contre la Wehrmacht [« L’OBKOM clandestin au travail »], Paris, Editions J’ai lu, coll. « J’ai lu leur aventure » (no A126/127), (1re éd. 1951), 384 p., poche
    Ce tome retrace la marche, à travers l'Ukraine, d'un groupe de partisans commandés par Oleksiy Fedorov (Héros de l'Union soviétique) dans la région comprise entre Tchernigov et Gomel, en Ukraine du Nord, entre 1941 et 1942. L'auteur raconte son incursion en Biélorussie.

Notes et référencesModifier

  1. Petro Sodol, « Ukrainian Insurgent Army », dans Petro Sodol, Encyclopedia of Ukraine, vol. 5, (lire en ligne) :

    « A Ukrainian military formation which fought from 1942 to 1949, mostly in Western Ukraine, against the German and Soviet occupational regimes. Its immediate purpose was to protect the Ukrainian population from German and Soviet repression and exploitation; its ultimate goal was an independent and unified Ukrainian state. »

  2. Per A. Rudling, « The OUN, the UPA and the Holocaust: A Study in the Manufacturing of Historical Myths », The Carl Beck Papers in Russian and East European Studies, no 2107,‎ , p. 14 (DOI 10.5195/cbp.2011.164) :

    « Alors que les sentiments anti-allemands étaient largement répandus, selon les militants capturés, au moment du troisième congrès extraordinaire de l'OUN(b), qui s'est tenu en août 1943, ses déclarations anti-allemandes étaient destinées à mobiliser un soutien contre les Soviétiques, et sont restées essentiellement sur le papier. »

  3. Spector, Holocaust, 279; Mykhailo V. Koval’, Ukraina v druhii svitovyi i velykyi vitchyznianyi viinakh, 1939–1945 rr., (Kyiv: Dim Al’ternatyvy, 1999), 154. "Збір заявив, що ОУН-УПА бореться як проти нацистської Німеччини, розвал якої вже неминучий, так і проти нової більшовицької окупації."
  4. op. cit. A. Fedorov (1966).
  5. J. Burds, The early cold war in Soviet West Ukraine: 1944-1948, Centre d'études pour la Russie et l'Europe de l'Est du Centre universitaire pour les études internationales (en) de l'université du Nord-Est, Boston, 2001, 67 p.
  6. W. Taubman, Khrushchev: The Man and His Era., p. 75, W.W. Norton & Co., New York, 2003 (ISBN 978-0-393-32484-6)
  7. a et b L. Luciuk, Freedom fighters the world tried to forget, UNIAN, Kiev, 19 septembre 2007.

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

Lien externeModifier