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Ardipithecus ramidus est une espèce éteinte de la famille des hominidés. Elle est présumée appartenir à la sous-tribu des hominines, également appelée lignée humaine. Ardipithecus ramidus vivait en Afrique de l'Est au Pliocène inférieur, il y a 4,4 millions d'années. Les fossiles attribués à ce taxon sont fragmentaires et ont été trouvés en Éthiopie et au Kenya.

Le nom du genre Ardipithecus provient de la racine ardi, qui veut dire « sur le sol » en langue afar, et de la racine grecque pithecos, signifiant grand singe. Le nom d'espèce ramidus vient de ramid, qui veut dire « racine » en langue afar.

HistoriqueModifier

En 1992 et 1993, une équipe codirigée par l'américain Timothy White, de l'université de Californie à Berkeley, le japonais Gen Suwa, et l'éthiopien Berhane Asfaw découvrit des fossiles d'hominidés datés de 4,4 millions d'années à Aramis, dans la vallée de l'Awash, en Éthiopie. Les inventeurs les attribuèrent en 1994 au genre Australopithecus et créèrent l'espèce Australopithecus ramidus[1],[2]. Les caractéristiques propres des fossiles les conduisirent à créer en 1995 un nouveau genre, Ardipithecus[3]. Le manque de fossiles ne permettait pas, à cette époque, d'obtenir plus de précisions sur son mode de vie.

En 1994, Toumaï et Orrorin n’avaient pas encore été découverts. Cela faisait d’Ardipithecus ramidus le plus vieil ancêtre connu de la lignée humaine.

En 2005, de nouveaux restes fossiles de cette espèce furent découverts dans la région de l'Afar, dans le nord-est de l'Éthiopie, par des paléoanthropologues américains et éthiopiens. Cette région riche en gisements fossilifères très anciens est connue pour avoir livré en 1974 à Hadar le squelette de l'australopithèque Lucy. Parmi les fossiles trouvés en 2005, un tibia et un os de la cheville indiqueraient qu'Ardipithecus ramidus était bipède. L'annonce de la découverte a été faite le , à Addis-Abeba, par l'équipe de chercheurs dirigée par l'éthiopien Yohannes Haile-Selassie et l'américain Bruce Latimer, également directeur du musée d'histoire naturelle de Cleveland (Ohio, États-Unis)[4]. En 2009, une étude détaillée du crâne fossile Ardi a été publiée dans la revue Science.

Selon Tim White, « Cela a pris beaucoup de temps de nettoyer les ossements au Musée national d'Éthiopie, et ensuite de restaurer les squelettes dans leurs dimensions et formes originelles. Il a fallu ensuite les comparer avec d'autres fossiles d'Afrique et d'ailleurs, et également des temps modernes... » Il déclare aussi : « Ce n'est pas un fossile ordinaire. Ce n'est pas un chimpanzé. Ce n'est pas un humain. Cela nous montre d'où nous venons... »

DescriptionModifier

En 2009, 110 fossiles appartenant à 36 individus différents avaient été trouvés dans l'Afar. Ils comprenaient notamment de nombreuses dents, un fragment de mandibule, un crâne partiel, ainsi que les trois os du bras d'un même individu.

Ardipithecus ramidus semble avoir été plus petit qu'Australopithecus afarensis, qui vécut un million d'années après lui dans la même région. Sa taille serait de 1,20 m, pour un poids pouvant atteindre 50 kg. Sa capacité crânienne est d'environ 400 cm3 (ce qui est légèrement supérieur à celle du chimpanzé).

Les restes fossiles comprennent 17 ossements : humérus droit, os du bras gauche, des fragments de dents, un morceau de mandibule et des fragments de deux crânes[pas clair].

Caractères ancestraux :

  • Les canines sont plus fortes que chez Australopithecus afarensis ;
  • Les dents possèdent un émail mince (comme celles des chimpanzés), alors que tous les hominines reconnus comme tels ont un émail dentaire épais ;
  • Les os de la main témoignent d'une vie arboricole.

Caractères dérivés :

  • Le trou occipital est avancé et bas ;
  • Le bassin témoigne de la bipédie ;
  • Les molaires ressemblent à celles d’Australopithecus afarensis, sans être aussi larges ;
  • La première molaire inférieure (M1) a un tubercule principal réduit qui ne semble pas posséder de facette d'usure provoquée par la canine supérieure ;
  • La première prémolaire inférieure (P3) ne possède pas non plus de facette dite « en aiguisoir », due à la canine supérieure, à la différence de celle des chimpanzés ;
  • Par conséquent, les canines et premières prémolaires d'Ardipithecus ramidus étaient plus petites que celles des chimpanzés ;
  • L'anatomie de la main montre qu'il ne pouvait pratiquer ni la locomotion sur les articulations (marche sur les phalanges), ni la suspension dans les arbres.

Caractères mixtes :

  • Le squelette du bras et de l'avant-bras mélange des caractères de chimpanzés et d'australopithèques ;
  • Le pied a une structure plus rigide que celle des chimpanzés, mais présente un gros orteil opposable qui permet de bien s'accrocher aux branches ;
  • L'absence de voûte plantaire montre qu'Ardi ne pouvait pas marcher ou courir sur de longues distances.

Un petit dimorphisme sexuel est observé, mais la différence entre les squelettes mâles et femelles semble minime.

AnalyseModifier

Les chercheurs estiment qu'Ardipithecus ramidus utilisait les deux modes de vie, terrestre bipède et arboricole orthograde.

Ardipithecus ramidus possède de nombreux traits intermédiaires entre les chimpanzés et Australopithecus afarensis, en particulier sa denture, étudiée dès la première découverte. Il pouvait probablement marcher debout mais seulement sur de courtes distances. Il vivait apparemment en zone arborée ou mixte, et non dans la savane, tout comme Orrorin tugenensis, ce qui affaiblit le modèle d'adoption de la bipédie par adaptation à la savane proposé par la théorie de l'East Side Story.

ClassificationModifier

Phylogénie des genres actuels et fossiles d'homininés :

 Homininae 
 Gorillini 

 Gorilla (les gorilles)


 Hominini 
 Panina 

 Pan (les chimpanzés)


 Hominina 

 Ardipithecus † (Ardi)




 Australopithecus † (Little Foot, Lucyetc.)




 Paranthropus † (Crâne noir)



 Homo (les humains)








Notamment en raison du nombre insuffisant d'ossements fossiles trouvés à ce jour, il subsiste un doute sur la classification du genre Ardipithecus. Pascal Picq et d'autres chercheurs pensent qu'il pourrait appartenir aux Panina (branche des chimpanzés) plutôt qu'aux Hominina. Les chimpanzés ayant probablement largement évolué depuis le dernier ancêtre commun que l'Homme partage avec eux, la seule comparaison des Hominina fossiles avec eux introduit probablement un biais dans les analyses phylogénétiques.

Notes et référencesModifier

  1. Timothy White, Gen Suwa et Berhane Asfaw, Australopithecus ramidus, a new species of early hominid from Aramis, Ethiopia, Nature, 1994, 371, p.306-312
  2. Bernard Wood, The oldest hominid yet, Nature, 1994, 371, p.280-1
  3. Timothy White, Gen Suwa et Berhane Asfaw, Ardipithecus ramidus, a new species of early hominid from Aramis, Ethiopia, Nature, 1995, 375, p.88
  4. Yohannes Haile-Selassie, Late Miocene hominids from the Middle Awash, Ethiopia, Nature, 412, 2001, p.178-181

Voir aussiModifier