Ouvrir le menu principal

Archéologie sous-marine

ParticularitésModifier

Au-delà de la spécificité de son milieu d'intervention - sous les eaux - qui implique une adaptation des méthodes d'investigation et de recherche, elle s'inscrit dans un champ scientifique plus vaste, celui de l'archéologie maritime et littorale, et regroupe plusieurs spécialités telles que l'archéologie du commerce et des échanges, l'archéologie navale, l'archéologie portuaire. Comme l'archéologie terrestre, elle fait appel à de nombreuses spécialités scientifiques connexes comme les sciences paléo-environnementales (géo-archéologie, dendrochronologie, xylologie, palynologie, malacologie, céramologie, archéométrie, etc.).

L'archéologie sous-marine permet de mettre au jour et d'étudier des vestiges fossilisés dans des conditions souvent idéales de préservation.

Sauf en cas de pillage, un navire qui a sombré livre une cargaison intacte. Aucune autre source documentaire ne permet de reconstituer aussi précisément les courants d'échanges de l'Antiquité ou des périodes plus récentes.

Le patrimoine culturel qui se trouve dans les fonds marins est protégé par la Convention sur la protection du patrimoine culturel subaquatique de l'UNESCO. Cette convention vise à aider les États parties à mieux protéger leur patrimoine culturel immergé grâce à un cadre juridique international[1].

HistoriqueModifier

La chasse aux trésorsModifier

 
Recherche de galions dans la baie de Vigo : gravure de 1873.

La première phase importante de l'histoire de l'archéologie sous-marine (1900-1943), née au début du XIXe siècle avec l'apparition des scaphandres pieds lourds et des premiers engins sous-marins, est caractérisée par le prélèvement de trésors trouvés dans les épaves afin de nourrir les collections publiques ou privées, notamment sur les côtes italiennes et françaises.

La plus notable découverte de cette époque est l'épave d'Anticythère, par des scaphandriers grecs pêcheurs d'éponges, qui remonteront à bord du transport de la marine grecque le Mykalè, sous contrôle de l'Éphore des antiquités d'Athènes, un grand nombre de statues, ainsi que l'énigmatique « mécanisme d'Anticythère », un cadran mécanique servant à calculer et prédire divers phénomènes astronomiques comme les phases de la lune ou les conjonctions de planètes.

À cette période se rattache aussi dans les années 1930 l'entreprise de récupération des navires de Caligula, coulés dans le lac de Nemi près de Rome, à la suite de la Damnatio Memoriae qui a suivi la chute de cet empereur romain controversé (épaves déjà explorées très partiellement par des plongeurs en apnée aux XVIIe et XIXe siècles). Pour des raisons de prestige, Mussolini parraine l'entreprise, qui est colossale. Il ne s'agit de rien de moins que de remettre en service un tunnel romain qui maintenait à niveau constant ce lac pluvial enclavé, puis de le vider comme une vulgaire baignoire à l'aide de puissantes pompes baptisées hydrovores, déjà utilisées pour assécher les marais Pontins.

Première entreprise d'archéologie scientifique raisonnée, menée à bien non sans mal, l'entreprise, si elle ne ramène pas au jour de trésors fabuleux, permet au moins de récupérer les deux navires (de plus de 70 m de long dans un modeste lac pluvial !) et de faire un point sur l'ingénierie navale romaine, beaucoup plus avancée que ce qu'on imaginait alors.

Les navires, tirés sur la rive du lac et abrités dans un musée consacré au style Art déco fasciste construit tout exprès, seront malheureusement détruits par les Allemands après la capitulation italienne de septembre 1943 et l'arrestation de Mussolini[2],[3].

La naissance de l'archéologie sous-marine scientifiqueModifier

À l'instar de l'archéologie terrestre, l'archéologie sous-marine a progressivement acquis un caractère plus scientifique, avec la mise en œuvre d'une méthodologie spécifique de recherche, de mise en œuvre des opérations de prospection, de sondage, de fouilles, de documentation et de publication.

La première phase de développement scientifique de l'archéologie sous-marine (1943 - 1995) est liée au développement du scaphandre autonome du commandant Yves le Prieur en 1937, scaphandre perfectionné en 1943 par Jacques-Yves Cousteau et l'ingénieur Émile Gagnan qui le dotent d'un détendeur automatique[4]. Cousteau a vulgarisé la plongée sous-marine et l'accès aux épaves en Méditerranée. Il relate ses fouilles sur l'épave de Mahdia en 1948[5] et surtout au Grand-Congloué à partir de 1952, avec l'archéologue Fernand Benoit qui pose pour la France à cette occasion les bases de l'archéologie subaquatique, suivant l'exemple qu'a donné en Italie Nino Lamboglia au début des années 1950[6].

La troisième phase de l'archéologie sous-marine depuis 1995 correspond au développement de la robotique sous-marine[7].

La Convention sur la protection du patrimoine culturel subaquatique adoptée par l'UNESCO en 2001 apporte un instrument juridique pour lutter au niveau international contre l’augmentation des pillages, de la destruction et de l’exploitation commerciale du patrimoine subaquatique. La France a ratifié la Convention de l'Unesco en février 2013.

En FranceModifier

Le DRASSMModifier

Créée par arrêté du par André Malraux, alors ministre des affaires culturelles, pour exercer sur l'ensemble des littoraux français les compétences des Services régionaux de l'archéologie, la Direction des Recherches Archéologiques Sous-Marines (DRASM). En 1996[8], ce service devient le Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines (DRASSM) en intégrant le CNRAS (Centre national de recherches archéologiques subaquatiques) alors chargé de l'archéologie dans les eaux douces. Ce service à compétence nationale de la Direction Générale des Patrimoines (ministère de la Culture et de la Communication) a pour mission d'inventorier, d'étudier et de protéger le patrimoine archéologique subaquatique et sous-marin. Il est chargé du suivi scientifique des recherches et découvertes archéologiques sous-marines et de la mise en œuvre de la loi sur les biens culturels maritimes. Ses missions incluent l'expertise, la protection, l'inventaire des biens culturels maritimes, la réalisation de recherches et d'études, la diffusion des connaissances par des publications ou des expositions. Le domaine d'intervention est particulièrement vaste puisqu'il longe plus de 10 000 km de côtes, dont 5 533 pour la métropole qui compte 25 000 gisements (épaves, sites ennoyés) recensés selon des sources historiques. Il s'étend à l'ensemble des eaux sous juridiction française, du rivage à la zone économique exclusive ; le tout représentant une superficie de plus de onze millions de km2, ce qui correspond au deuxième domaine maritime mondial après les États-Unis : sur les trois millions d'épaves recensées dans le monde selon l'UNESCO, la France en compte 150 à 200 000.

Le DRASSM, pour assurer sa mission d'inventaire, d'expertise et de recherche, dispose de moyens opérationnels. De 1967 à 2005, le navire support des opérations du Drassm a été l'Archéonaute, bâtiment de 30 mètres de long destiné à l'archéologie sous-marine. Depuis 2012, son successeur est un navire de 36 m de long baptisé André Malraux en l'honneur du fondateur du Drassm.

Le DRASSM, au travers de son Directeur Michel L’Hour, initie également dès 2006, avec Oussama Khatib de l’Université de Stanford et le Laboratoire d’informatique, de robotique et de microélectronique de Montpellier (LIRMM), l’archéologie de demain, celle des abysses. Ils mettent au point des outils - comme le robot humanoïde Ocean One - qui permettront de réaliser, dans le futur, des fouilles archéologiques jusqu’à 2 000 mètres de profondeur, repoussant ainsi les limites de l’exploration et du travail sous-marin.

Doté de capacités humaines, Ocean One est, en quelque sorte, un avatar de l’archéologue sous-marin. Il mesure deux mètres de long et pèse 180 kg. Son corps, en matériau composite orange, est équipé : d’une tête et de deux yeux équipés de caméras, de deux bras à sept articulations prolongés de mains à trois doigts et de huit propulseurs pour se déplacer.

Ocean One est ainsi testé avec succès entre le 10 et le sur l'épave de la La Lune située à 90 mètres de profondeur. Lors de cette plongée, l’opérateur était assis à bord du navire de recherche André Malraux pendant que le robot Ocean One était mis à l’eau. L’opérateur a piloté Ocean One à l’aide d’une caméra placée dans les « yeux » du robot. Il a également manipulé les bras et les mains au moyen de joysticks haptiques (Force Dimension) lui permettant de ressentir les éventuelles résistances rencontrées par le robot. Les mains d’Ocean One sont en effet équipées de capteurs de force qui répercutent les efforts ressentis à l’opérateur en surface en utilisant un retour d’information haptique. L’opérateur peut donc sentir si un objet, tenu par les mains du robot, est léger ou lourd, mou ou dur, coincé ou libre... Cette sensibilité devrait être renforcée, dans le futur, grâce à des capteurs placés dans les doigts.

Lors de cette plongée test, Ocean One a récupéré un pot en céramique sur le site de la Lune. L’opérateur a pu sentir les contours du pot et évaluer son poids avant de le déposer dans l’un des paniers remontés à la surface[9].

Les autres acteurs de l'archéologie sous-marine françaiseModifier

Les acteurs institutionnelsModifier

L'archéologie des sites sous-marins, qui s’inscrit dans le champ scientifique, plus large, de l'archéologie maritime et littorale, est une spécialité exercée par quelques unités de recherche du CNRS et de l'université. Le Centre Camille Jullian[10], antenne du CNRS, établie au sein de l'université d'Aix-Marseille et le Centre d'études alexandrines, créé en 1990 et basé à Alexandrie, en Égypte, sont les deux principales institutions françaises de recherche disposant d'équipes opérationnelles, spécialisées en archéologie navale, en archéologie portuaire et en archéologie du commerce et des échanges maritimes en Méditerranée. Le centre C. Jullian est un acteur historique du développement de l'archéologie sous-marine en France avec la réalisation de fouilles sous-marines dès les années 1970 (ex. : l'épave de la Madrague de Giens). Le Centre d'études alexandrines a notamment mis en œuvre durant de longues années les fouilles du site du phare d'Alexandrie.

Pour être à même de prendre en charge les opérations d'archéologie préventive en contexte immergé, l'Inrap[11] s'est doté, depuis 2011, d'une « cellule subaquatique ».

Les organismes privésModifier

Ipso Facto est un bureau d'études et de recherches en archéologie sous-marine et subaquatique et en océanographie basé à Marseille. Créé en tant que SARL en 2007, il devient SCOP (Société Coopérative Participative) à responsabilité limitée en 2011. Rassemblant des archéologues plongeurs professionnels, Ipso Facto mène des opérations de fouilles, de post-fouilles et valorise les résultats et le mobilier trouvés.

Différentes associations se consacrent à la recherche et la mise en valeur des biens culturels maritimes. Le centre d’Études en Archéologie Nautique (CEAN), une ONG à but non lucratif, active depuis vingt ans et déclarée d’intérêt général développe un programme d'activités archéologiques axé sur la formation aux techniques et aux méthodes de l’archéologie nautique et la recherche. Créée en 2004, ARKAEOS est une association Loi 1901, accréditée par l'UNESCO depuis 2011. Elle mène des opérations de recherches sur le terrain, analyse les données et s’intègre dans un véritable programme de valorisation du patrimoine maritime et de l’archéologie expérimentale en travaillant conjointement avec les institutionnels de l'archéologie sous-marine, subaquatique et de l'océanographie.

Actif depuis trente cinq ans, le Groupe de recherche en archéologie navale (GRAN) a réalisé des fouilles importantes, telles que celle du Lomellina, un navire génois coulé en 1516 en rade de Villefranche, celle du Slava Rossii, un vaisseau russe coulé sur l'île du Levant en 1780, celle du Magenta, coulé en 1875 en rade de Toulon, sous couvert d'une association créée à cet effet, la fouille de l'Alabama, coulé devant Cherbourg en 1864, et la fouille de l'Utile, un navire de la compagnie des Indes, coulé en 1761 et de l'installation à terre des naufragés sur l'île Tromelin (océan Indien). Cette association est non seulement active dans les DOM-TOM : Antilles (inventaire du patrimoine sous-marin de la Martinique), Polynésie française (fouille de l'épave du Francisco Alvarez, un voilier chilien coulé à Mangareva (îles Gambier), en 1867, et fouille du site polynésien de la passe de Tupaparau à Moorea, mais aussi à l'étranger : Sénégal, Trinité-et-Tobago, Égypte, Algérie, Malte, Chili). Le GRAN est accrédité par l'UNESCO depuis 2015 et déclaré d’intérêt général.

L'association pour les Recherches Sous-Marines en Roussillon (ARESMAR)[12] travaille sur la côte catalane (Collioure, Port-Vendres, Banyuls, Cerbère) et au Liban (Tyr) depuis 1988, dans le cadre du centre de Recherches sur les Sociétés et Environnements en Méditerranées de l'université Perpignan-Via Domitia.

Revue spécialiséeModifier

Pour les francophones, la collection Archaeonautica a été créée en 1977 par le CNRS et le ministère de la Culture. C'est la maison d'édition CNRS Éditions qui la publie, avec un comité de rédaction assuré par le centre Camille-Jullian. La période couverte va de la Préhistoire à l’époque moderne, incluant l'archéologie maritime et navale, ainsi que l'histoire maritime et économique[13]. Créés en 1972 par Jean-Pierre Joncheray, les Cahiers d'archéologie subaquatique éditent des articles exhaustifs, relatifs à l'archéologie, antique, médiévale, et postmédiévale.

Fouilles sous-marinesModifier

Techniques et procédésModifier

Notes et référencesModifier

  1. UNESCO, Protection du patrimoine culturel subaquatique [1]
  2. Archéologie sous-marine sur les côtes de France, Nantes, musées du château des ducs de Bretagne, (OCLC 23399260), p. 33.
  3. (it) Musée des navires de Nemi.
  4. Christian Buchet, Sous la mer, Presses Paris Sorbonne, , p. 318
  5. Carnet de plongée, film coréalisé avec Marcel Ichac.
  6. Ouvrage collectif/Marine Nationale et al. (préf. J.-Y. Cousteau, photogr. J.-A. Steven), Encyclopédie Prisma du monde sous-marin (Dictionnaire), Paris, Éd. Prisma, , 560 p., 14x19 (notice BnF no FRBNF32647839), p. 140
  7. Christian Buchet, op. cité, p. 317
  8. Journal officiel du .
  9. [PDF] Médiathèque de La Cité de la Mer, L'archéologie des abysses.
  10. Centre Camille Jullian, CNRS, université d'Aix-Marseille.
  11. Inrap
  12. Association pour les Recherches Sous-Marines en Roussillon (ARESMAR).
  13. collection Archaeonautica, sur le portail Persée.
  14. Principes de fonctionnement et usages : lance Galeazzi et lance à eau

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • G.F. Bass, Archaeology under water, 1966.
  • G.F. Bass, A history of seafaring based on the Underwater Archaeology, Londres, 1972.
  • Fernand Benoit, Fouilles sous-marines : l'épave du Grand Congloué à Marseille, supplément à Gallia 14, 1961.
  • J.-Y. Blodt, Underwater archaeology, 1999.
  • collectif, 2003, Le patrimoine culturel subaquatique, Histoires sous l’eau, Icomos nouvelles, vol. 12, no 1, avril 2003.
  • A. Bocquet et A. Marguet, L’archéologie subaquatique. A milieu et vestiges particuliers, une problématique et des méthodes d’investigations particulières. L’archeologie et ses methodes, éditions Horvarth, 1985.
  • H. Frost, Under the Mediterranean: Marine Antiquities, 1963.
  • P.A. Gianfrotta et P. Pomey, Archeologia subacquea, storia, tecniche, scoperte e relitti, 1981.
  • A. Joncheray et J.-P., L'archéologie sous-marine, FFESSM, 2006.
  • A. Joncheray et J.-P., Cahiers d'archéologie subaquatique, I à XX, 2003.
  • F. Maniscalco,, Mare Nostrum. Fondamenti di archeologia subacquea 1999.
  • F. Maniscalco (éd.), Protection, conservation and valorization of underwater cultural patrimony, 2004.
  • C. Saujot, Le droit français de l'archéologie, éditions Cujas, 2007.
  • P. Trockmorton, Marine Archaeology, 1977.

FilmographieModifier

Bases de donnéesModifier

Liens externesModifier

Sur les autres projets Wikimedia :