Appel de Christchurch

plan du lutte contre le terrorisme en ligne

L'Appel de Christchurch contre l'utilisation d'Internet comme arme de propagande terroriste (ou Appel de Christchurch) est un engagement pris par des gouvernements et des entreprises à Paris le 15 mai 2019. Deux mois après les attentats de Christchurch, l'appel a été lancé autour du Président de la République française, Emmanuel Macron, et de la Première ministre de la Nouvelle-Zélande, Jacinda Ardern.

HistoriqueModifier

Le , Brenton Tarrant commet une série d'attaques terroristes contre deux mosquées de la ville de Christchurch, en Nouvelle-Zélande Le bilan est de 51 morts et 49 blessés. Il s'agit de la tuerie la plus meurtrière commise spécifiquement contre des musulmans dans un pays occidental et l'attentat d'extrême droite ayant causé le plus de victimes depuis les attentats d'Oslo et d'Utøya en 2011 (77 morts). C'est le massacre le plus meurtrier survenu en temps de paix en Nouvelle-Zélande depuis celui du Boyd en 1809 (66 à 70 morts).

Brenton Tarrant publie juste avant la tuerie son manifeste de 78 pages relayant les thèses islamophobes et conspirationnistes connues dans les milieux extrémistes. Il a pour titre The Great Replacement, faisant explicitement référence à la théorie du même nom popularisée par Renaud Camus. Avant de passer à l'acte, il diffuse sur Twitter des photos de préparation de la fusillade. Lors de l'attaque, le tueur, équipé d'une caméra, diffuse en ligne une vidéo. Le visionnage de cette vidéo sur plusieurs sites crée la polémique, aboutissant finalement à la fermeture de plusieurs sous-forums du site Reddit. Facebook a mis 17 minutes avant d'interrompre la retransmission[1].

Afin d'améliorer la lutte contre les contenus terroristes en ligne, le Président de la République française, Emmanuel Macron, et la Première ministre de la Nouvelle-Zélande, Jacinda Ardern lancent, à Paris, « l'Appel de Christchurch » le 15 mai 2019, deux mois après la diffusion en direct, sur Facebook, de l'attaque contre des mosquées en Nouvelle-Zélande[2]. L'Appel fut initialement soutenu par 17 Etats, la Commission Européenne et les grandes plateformes de l'Internet (Amazon, Dailymotion, Facebook, Google, Microsoft, Qwant, Twitter, YouTube). L'Appel a été conçu comme une série d’engagements des États, des entreprises et de la société civile afin de lutter de façon plus efficace et coordonnée contre les contenus terroristes et extrémistes violents en ligne tout en respectant les valeurs fondatrices de l’Internet que sont la transparence, l’ouverture et la préservation des droits fondamentaux. Le entreprises s'engagent ainsi à prévenir le téléchargement et la diffusion de contenus terroristes, ainsi qu'à leur retrait immédiat et permanent. Les États-Unis ne ratifient pas le texte. La Maison Blanche déclare à cette occasion : « Bien que les États-Unis ne soient pas actuellement dans une position de se joindre à l'adhésion, nous continuons de soutenir les objectifs généraux représentés ».

La France et la Nouvelle-Zélande ont soutenu la creation du Christchurch Call advisory Network, réseau consultatif de 44 représentants de la société civile internationale, qui comprend des organisations non gouvernementales, des universitaires, des centres de recherche et d'autres organismes, dont les activités se concentrent sur la protection des droits de l'homme (notamment la liberté d'expression et les droits numériques), la lutte contre la radicalisation, l'aide aux victimes et les politiques publiques.[3]

 
Le secrétaire d'État des États-Unis Antony Blinken participe à la réunion du 14 mai 2021.

Le 23 septembre 2019, l'initiative est soutenue, lors de l'AGNU74, par 48 pays[4], Commission européenne, deux organisations internationales (UNESCO et Conseil de l'Europe) et 10 entreprises de l’Internet[5].

Le 14 mai 2021, le Président de la République française, Emmanuel Macron, et la Première ministre de la Nouvelle-Zélande, Jacinda Ardern, ont convié l'ensemble des soutiens de l'Appel pour un Sommet à l'occassion du deuxième anniversaire de l'Appel[6]. Il a été annoncé, à cette occasion, le soutien de 7 nouveaux Etats, dont les États-Unis[7]. L'administration américaine a spécifié qu'« en se joignant à l'appel de Christchurch, les États-Unis ne prendront pas de mesures qui violeraient les libertés d'expression et d'association protégées par le premier amendement de la Constitution américaine, ni ne violeront les attentes raisonnables en matière de vie privée »[8].

Deux pays majeurs de l'économie du numérique (Russie et Chine) ne font pas partie des signataires ainsi que les messageries instantanées (Signal, Telegram) et des acteurs plus petits. L’Élysée souligne : « l’un des axes de travail, c’est augmenter le nombre de participants à l'Appel et réussir à se rapprocher de ces petites et moyennes plateformes pour qu’elles puissent elles aussi prévenir le téléchargement et la diffusion de ces contenus »[9].

L'Appel a permis de réformer le Forum mondial d'internet contre le terrorisme (Global Internet Forum to Counter Terrorism, GIFCT) et de mettre en place des protocoles de crise. Ces protocoles ont été utilisés à deux reprises : lors de la diffusion sur Twitch de l'attentat de Yom Kippour à Halle-sur-Saale en octobre 2019, puis lors de la fusillade de Glendale en mai 2020[9].

Carte des pays signatairesModifier

Liste des signatairesModifier

PaysModifier

Date[10] Signataire
Fondateur France
Nouvelle-Zélande
15 mai 2019 Allemagne
Australie
Canada
Commission européenne
Espagne
Inde
Indonésie
Irlande
Italie
Japon
Jordanie
Norvège
Pays-Bas
Royaume-Uni
Sénégal
Suède
23 septembre 2019 Argentine
Autriche
Belgique
Bulgarie
Chili
Chypre
Colombie
Corée du Sud
Costa Rica
Côte d'Ivoire
Danemark
Finlande
Géorgie
Ghana
Grèce
Hongrie
Islande
Kenya
Lettonie
Lituanie
Luxembourg
Maldives
Malte
Mexique
Mongolie
Pologne
Portugal
Roumanie
Slovénie
Sri Lanka
Suisse
UNESCO
Conseil de l'Europe
Mai 2021 Croatie
États-Unis
Estonie
Pérou
République Tchèque
Slovaquie
Tunisie

Fournisseur de services en ligneModifier

Date[10] Signataire
15 mai 2019 Amazon
Dailymotion
Facebook
Google
Microsoft
Qwant
Twitter
YouTube
2020[5] LINE
Jeuxvideo.com

Notes et référencesModifier

  1. « La lutte contre l'extrémisme, nouveau cheval de bataille de Facebook, Twitter et Google », Le Temps,‎ (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le )
  2. « "Appel de Christchurch" : 26 pays et géants du net s'engagent contre les contenus en ligne terroristes et extrémistes », sur Franceinfo, (consulté le )
  3. « Réseau consulatif de l'Appel de Christchurch »
  4. « Discours du Président Emmanuel Macron à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU », sur elysee.fr, (consulté le )
  5. a et b « Consultation des soutiens de l'Appel de Christchurch », sur https://www.appeldechristchurch.com, (consulté le )
  6. « Déclaration conjointe du Président de la République, Emmanuel Macron et de Jacinda Ardern, Première Ministre de Nouvelle-Zélande »
  7. « Les Etats-Unis décident de rejoindre « l’appel de Christchurch » pour lutter contre le terrorisme en ligne », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  8. « Deux ans après, que reste-t-il de "l'appel de Christchurch" ? », sur LExpress.fr, (consulté le )
  9. a et b « Deux ans après l'attentat de Christchurch, les contenus sont-ils modérés ? », sur www.20minutes.fr (consulté le )
  10. a et b « Soutiens », sur www.appeldechristchurch.com (consulté le )

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Lien externeModifier