Aphairesis

L'aphairesis (du grec ancien : ἀφαίρεσις) désigne la capacité d'abstraction dont dispose un sujet humain pour distinguer les propriétés universelle des propriétés particulières. Il s'agit d'un concept clef de la philosophie d'Aristote.

ConceptModifier

Utilisation pré-aristotélicienneModifier

Le mot d'aphairesis est attesté en grec ancien avant les écrits du philosophe qui le mobilise le plus, à savoir Aristote. Platon l'utilise dans Le Sophiste, dialogue où il parle de la catharsis comme technique de réfutations des fausses opinions. Il décrit cette réfutation comme un rejet (aphairesis), ou d'une évacuation (ekbolê), ou encore d'une délivrance (apallagê)[1].

Utilisation par AristoteModifier

Le concept d'aphairesis apparaît chez Aristote dans le cadre de sa théorie de la perception et de l'intellection[2]. Le philosophe considère que c'est par cette capacité que l'individu doué de logos, c'est-à-dire de raison, met en œuvre des opérations mentales. Dans le cadre de la noèse (noesis), qui est intuition d'une forme (d'une essence, d'une substance, ...), la pensée dispose de la capacité de séparer et retrancher[3].

Cette faculté est utilisée, par exemple, en mathématiques. En retranchant une dimension comme la profondeur, on peut définir la surface, et en retranchant la surface, on peut définir la ligne[4]. L'aphairesis est donc une capacité de soustraction, celle de retirer quelque chose à quelque chose, contrairement à la prosthesis, qui consiste à additionner, ajouter[5]. Aristote appelle souvent les mathématiques « τα εξ αφαιρέσεις », c'est-à-dire « les résultats de l'abstraction » (aphaireseis)[6].

PostéritéModifier

Philosophes antiquesModifier

Extrêmement complexe, ce concept a été discuté et débattu par la postérité[4]. Christoph Helmig soutient que l'aphairesis fait partie des quatre méthodes utilisées par les philosophes antiques post-Aristote pour former un concept universel, aux côtés de l'induction (epagôgê), la collection (athroisis) et l'anamnèse (anamnêsis)[6].

Plutarque soutient que les idées sont obtenues par l'abstraction[7].

ScolastiqueModifier

Le terme est utilisé en scolastique. Son sens évolue et est modifié par plusieurs auteurs afin de le faire convenir à la théologie chrétienne[8]. Boèce traduit aphairesis par abstractio en latin[7]. On trouvait toutefois déjà le mot chez Alexandre d'Aphrodise[6].

Notes et référencesModifier

  1. Pierre Destrée, « Éducation morale et catharsis tragique », Les Études philosophiques, vol. 67, no 4,‎ , p. 518 (ISSN 0014-2166 et 2101-0056, DOI 10.3917/leph.034.0518, lire en ligne, consulté le )
  2. Aristote, Les parties des animaux, dl 2011 (ISBN 978-2-08-071187-8 et 2-08-071187-3, OCLC 801109478, lire en ligne), p. 10
  3. Philip Merlan, From Platonism to Neoplatonism., M. Nijhoff, (ISBN 978-94-017-6205-2 et 94-017-6205-8, OCLC 654911564, lire en ligne)
  4. a et b Encyclopædia Universalis, « THÉOLOGIE NÉGATIVE », sur Encyclopædia Universalis (consulté le )
  5. Jean-Yves Lacoste, Encyclopedia of Christian theology, (ISBN 978-1-135-45641-2 et 1-135-45641-0, OCLC 1120057104, lire en ligne)
  6. a b et c Christoph Helmig, Forms and Concepts : Concept Formation in the Platonic Tradition., De Gruyter, (ISBN 978-3-11-026724-2 et 3-11-026724-1, OCLC 829462218, lire en ligne)
  7. a et b Leen Spruit, Species intelligibilis : from perception to knowledge, Brill, 1994-1995 (ISBN 90-04-09883-6, 978-90-04-09883-1 et 90-04-10396-1, OCLC 29678876, lire en ligne)
  8. John N. Martin, Themes in Neoplatonic and Aristotelian logic : order, negotiation, and abstraction, (ISBN 978-1-351-88003-9 et 1-351-88003-9, OCLC 999622956, lire en ligne)