Antonio Kébreau

général haïtien

Antonio Kébreau
Illustration.
Antonio Kébreau en 1957.
Fonctions
Président de la République d'Haïti

(4 mois et 8 jours)
Prédécesseur Daniel Fignolé
Successeur François Duvalier
(président à vie)
Chef d'état-major de l'Armée d'Haïti

(9 mois et 15 jours)
Prédécesseur Léon Cantave
Successeur Maurice P. Flambert
Biographie
Nom de naissance Antonio Thrasybule Kébreau
Date de naissance
Lieu de naissance Port-au-Prince (Haïti)
Date de décès (à 53 ans)
Lieu de décès Pétion-Ville, Haïti
Parti politique Parti de l'Unité nationale (PUN)
Conjoint Marie Yvonne Charles
Profession Militaire (général de brigade)

Antonio Kébreau
Présidents de la République d'Haïti

Antonio Thrasybule Kébreau, né à Port-au-Prince le et mort le à Pétionville, est un général et homme d'État haïtien qui fut Chef d'état-major de l'Armée puis président de la République entre le et le .

À la suite de la destitution du président en exercice, Daniel Fignolé, contraint à l'exil moins de trois semaines après son entrée en fonction, Kébreau forme le un Conseil militaire de gouvernement qu'il préside, assisté par les colonels Émile Zamor et Adrien Valville. Il organise en des élections qui permettent à un ancien ministre du gouvernement de Dumarsais Estimé, le docteur François Duvalier, d'être élu à la présidence de la République. Le conseil se dissout à l'arrivée au pouvoir de Duvalier, le , quatre mois plus tard.

Sous le régime duvaliériste, il est nommé ambassadeur à l'étranger. Il meurt le . Certaines sources estiment qu'il a été empoisonné sur les ordres de Duvalier[1].

Carrière militaire et coup d'ÉtatModifier

Né à Port-au-Prince en 1909, il fait ses études au Petit Séminaire College Saint-Martial avant s'engager dans l'armée et d'entré à l'Académie militaire à 21 ans. C'est là qu'il fait la connaissance de Paul Magloire, futur général et président de la République, avec lequel il se lie d'amitié. Sous la présidence de ce dernier, Kébreau est fait capitaine. En 1956, il devient colonel puis général.

À la suite de la démission de Paul Magloire et de l'amnistie décrétée en 1956, Kébreau est nommé commandant du département militaire du Sud. Un climat d'agitation sociale et d'instabilité politique s'ensuivit entre décembre 1956 et juin 1957, cinq gouvernements provisoires se succédèrent, le parlement fut dissous et des factions de l'armée continuèrent à s'affronter[2].

Daniel Fignolé, président provisoire de la République depuis le 25 mai, est renversé le 14 juin par une junte militaire qui a exigé sa démission et l'a fait embarquer dans la nuit à bord d'une unité de garde-côte vers les États-Unis.

Le général Antonio Kebreau, chef d'état-major de l'armée depuis la destitution du général Cantave, a donné lecture d'une proclamation annonçant la prise de pouvoir par un " comité exécutif militaire " dont il est le président. Ses deux autres membres sont le colonel Émile Zamor et le lieutenant-colonel Adrien Valville. Les titulaires des départements ministériels sont tous des militaires. L'état de siège est déclaré sur tout le territoire haïtien.

Le général Kebreau a déclaré que la mission du comité exécutif militaire est de ramener à tout prix le calme et la paix dans le pays, puis d'organiser des élections libres[3].

Candidat présidentiel aux élections qui devaient avoir lieu en avril, puis reportées au 16 juin, Fignolé était soupçonné de vouloir se passer de la consultation et s'assurer le pouvoir en s'appuyant sur les masses populaires de la capitale parmi lesquelles sa popularité est grande et que ses discours démagogiques enflamment rapidement. Ce sont ces entreprises que les militaires, certainement approuvés par les candidats présidentiels rivaux de Fignolé, ont voulu déjouer.

Élection de 1957Modifier

 
Antonio Kébreau et François Duvalier.

Le candidat du PUN, François Duvalier fit campagne avec un programme populiste qui visait à flatter la majorité afro-haïtienne en s'appuyant sur une stratégie raciste « pro-négritude » (ou « noiriste ») opposée à l'élite des mulâtres représenté par le conservateur Louis Déjoie.

Le gouvernement Kébreau soutient le programme nationaliste et favorise la victoire de Duvalier.

Les élections présidentielles furent organisées le 22 septembre 1957 par Kébreau. François Duvalier fut élu avec 69,1 % des voix, son principal adversaire Louis Déjoie ne recueillant que 28,3 %.

Le candidat communiste, Clément Jumelle, accusa l'armée de favoritisme et retira sa candidature juste avant l'élection. Il recueillit néanmoins près de 10 000 voix.

À la suite de l'investiture du nouveau président François Duvalier, Louis Déjoie dut s'exiler à Cuba, Clément Jumelle prit le maquis pendant deux ans puis se réfugia à l'ambassade de Cuba où il mourut le 11 avril 1959[4], enfin l'ancien président Paul Magloire fut également contraint de s'exiler.

Duvaliérisme et mortModifier

 
Kébreau et son état-major, avec le président Duvalier.

Après son installation au pouvoir le 22 octobre, Duvalier nomma Kébreau pour un mandat de six ans à la tête de l'Armée haïtienne.

Dès le départ, François Duvalier imposa une politique répressive en éloignant les officiers peu fiables de l’armée, en interdisant les partis d’opposition, en instaurant l'état de siège et en exigeant du Parlement l’autorisation de gouverner par décrets (31 juillet 1958). Le 8 avril 1961, il prononça la dissolution du Parlement.

Quelque temps après, Duvalier demanda à Kébreau de procéder à l'arrestation de vingt officiers soupçonnés de trahison. Mais ce dernier refusa et, le 12 mars 1958, il fut limogé et remplacé à la tête de l'Armée par Maurice Flambert.

Néanmoins, Kébreau, partisan de la politique duvaliériste, est nommé ambassadeur au Vatican par Duvalier en janvier 1959. En 1961, il devient ambassadeur d'Haïti en Italie[5]. Un an après, il revient en Haïti où il est reçu avec faste au Palais national par la famille Duvalier. Le lendemain, le 13 janvier 1963, Kébreau meurt à Pétionville. Cinq jours plus-tard, Kébreau reçu des obsèques nationales en présence des dirigeants de l'Armée et de la famille Duvalier. Certains soupçonnent François Duvalier d'avoir fait éliminé son ancien allié, jugé trop dangereux pour son pouvoir absolu.

Notes et référencesModifier

  1. Notice sur Hasenet
  2. Sauveur Pierre Etienne, Haïti, misère de la démocratie, L'Harmattan, 1999, p.70
  3. « Une junte militaire renverse M. Fignolé », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 30 avril 2020)
  4. « Dates Historiques : Mois d’Avril : 11 Avril 1959 : Décès de Clément Jumelle », sur haiti-reference.com, (consulté le 5 septembre 2015).
  5. « Le coin de l'histoire : Comment le Général Kébreau imposa Francois Duvalier en 1957 », sur Haiti Infos, (consulté le 30 avril 2020)