Antoine Lefebvre de Vatimesnil

personnalité politique française

Antoine Lefebvre de Vatimesnil
Illustration.
Fonctions
Ministre français de l'Instruction publique
Gouvernement Jean-Baptiste de Martignac
Prédécesseur Denis Frayssinous
Successeur comte de Montbel
député du Nord (1830-1834) puis
député de l'Eure (1849-1851)
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Rouen
Date de décès
Lieu de décès Sainte-Marie-de-Vatimesnil (Eure)
Nationalité française
Profession substitut puis avocat général près la Cour de Cassation

Antoine François Henri Lefebvre de Vatimesnil, né à Rouen le , mort à Sainte-Marie-de-Vatimesnil, le , avocat général à la Cour de Cassation, conseiller d'État et homme politique français plus connu sous le nom de Vatimesnil.

Une carrière de juristeModifier

Il est le fils de Pierre Henri Lefebvre de Vatimesnil, conseiller au Parlement (1789), puis député de 1820 à 1827, et de Marie Jeanne Hélène Gaudin. Il est le filleul de son oncle maternel Christian François Joseph Paulze, fermier général[1] et beau-frère du chimiste Lavoisier.

Vatimesnil fit des études de droit et fut reçu avocat en 1810. Il devint par la suite magistrat, pendant le Premier Empire : conseiller auditeur à la cour de Paris en 1812.

Pendant la Restauration, il poursuivit sa carrière dans la magistrature il fut nommé successivement: substitut près le tribunal de la Seine en 1815, substitut du procureur général à la cour de Paris en 1817, et premier substitut du procureur général près la cour des pairs le . Il se fit remarquer dans les procès politiques - dont un contre Pierre-Jean de Béranger - par son talent et par l'ardeur de son zèle royaliste et catholique.

Il fut choisi en 1822 au poste de secrétaire général du ministère de la Justice par le Garde des Sceaux Peyronnet, dans le gouvernement ultra de Villèle.

En 1824, il fut avocat général près la Cour de Cassation[2].

Sa carrière de magistrat est marquée par une nomination dans l'ordre de la Légion d'honneur le suivie d'une promotion au grade d'officier dès le [3].

Le premier ministre de l'Instruction publiqueModifier

En 1828, Jean-Baptiste de Martignac fut nommé chef du gouvernement pour mener une politique plus modérée. Vatimesnil fut nommé ministre en tant que représentant de l'aile droite. Le Journal des débats, protesta contre sa nomination, et l'accusa « d'être affilié aux congrégations et imbu de leurs doctrines mystérieuses ».

Il fut le premier titulaire du ministère de l'Instruction publique qui à cette occasion fut détaché du ministère des Affaires ecclésiastiques. Son action ministérielle entraîna une évolution sensible du système éducatif français. Il mena une politique de réforme inspirée par les doctrinaires en ce qui concerne la formation des instituteurs.[4]

Réforme de l'enseignement primaireModifier

Rompre avec le passéModifier

Vatimesnil décida de « rompre avec le passé » comme il l'écrivit lui-même aux recteurs et de renouer avec le mouvement de réforme des années 1816-1820.

Son premier acte fut l'abrogation l'ordonnance du qui plaçait les écoles primaires sous l'autorité directe des évêques selon la volonté de l'abbé Denis Frayssinous alors ministre des affaires religieuses[5].

Il décida de rétablir l'autorité de l'Université – donc de l'État – sur l'enseignement primaire. Pour ce faire, il promut une politique d'amélioration de la qualité de l'enseignement primaire et de la formation des instituteurs par le développement des écoles normales.

Les brevets de capacitéModifier

De 1816 à 1820, ordonnance et règlements imposèrent l'obtention d'un brevet de capacité pour exercer les fonctions d'instituteur et d'institutrice[5]. Il existait alors trois brevets de capacité :

  • le brevet du premier degré ou brevet supérieur, le plus exigeant,
  • le brevet du second degré et
  • le brevet du troisième degré, ce dernier d'un niveau plus faible mais le plus répandu.

Le , par une circulaire, Vatimesnil, jugeant le brevet du troisième degré d'un niveau insuffisant, ordonna qu'il ne soit plus délivré. Le brevet du second degré devait être la norme que le ministre tenta même d'imposer aux Frères des écoles chrétiennes[6]. Il n'en eut pas le temps car il ne fut plus membre du gouvernement à l'arrivée du ministère Polignac, le .

Les instituteurs primaires, lors de son départ du ministère, lui offrirent une médaille d'honneur.

Réforme de l'enseignement secondaireModifier

Il introduisit l'étude des langues vivantes dans les collèges et améliora le traitement des professeurs des collèges royaux en faveur desquels il établit un « boni » qui fut supprimé en 1850.

Il créa également un embryon d'enseignement professionnel[2].

Réforme de l'enseignement supérieurModifier

Parmi les autres mesures prises par Vatimesnil, on note la réouverture du cours de Guizot à la faculté des lettres de Paris, fermé depuis 1822; le rétablissement de la chaire de droit administratif créée en 1819 près la faculté de droit de Paris ; par l'ordonnance du , la création des chaires nouvelles dans les facultés de droit et de médecine, la fondation de l’École centrale des arts et manufactures. En outre, il défendit devant les Chambres les ordonnances du , qui soumettaient les établissements ecclésiastiques d'instruction au régime universitaire.

Un député conservateurModifier

Après son départ du ministère, il se fit élire député du au dans le département du Nord mais ne se représenta pas aux élections de 1834.

Il se consacra dès lors à la fonction d'avocat, il devint le conseil de nombreuses congrégations religieuses et fut vice-président du comité électoral de la liberté religieuse en 1843. Il refusa à deux reprises la pairie, qui lui avait été proposée par l’intermédiaire de Montalembert et de Villemain.

Membre de l'Assemblée nationale législative du au pour le département de l'Eure, il participa activement aux discussions des lois de 1850 sur les élections et sur l'enseignement.

Il se retira de la vie publique en 1851 après le coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte.

Pour approfondirModifier

BibliographieModifier

  • Pierre Albertini, L'École en France : XIXe – XXe siècle, de la maternelle à l'université, Paris, Hachette, 1992 (ISBN 978-2-01016-398-2).
  • Jean-François Condette, Histoire de la formation des enseignants en France, XIXe – XXe siècles, Paris, L'Harmattan, 2007 (ISBN 978-2-296-04473-9).
  • Daniel Toussaint, L'Invention de l'instituteur et de l'institutrice au XIXe siècle dans le département de la Somme, Amiens, 2012, Encrage Édition (ISBN 978-2-36058-032-3).
  • Benoît Yvert, Dictionnaire des ministres (1789-1989), Paris, Perrin, 1990, 354 p., (ISBN 978-2-29604-473-9).
  • « Antoine Lefebvre de Vatimesnil », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 [détail de l’édition]

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

  1. Archives Nationales, base Leonore, dossier de Légion d'honneur, LH/1547/98 (avec extrait de baptême).
  2. a et b inrp.fr
  3. « Notice LH/2678/12 », sur http://www.culture.gouv.fr, (consulté le 27 juillet 2016)
  4. Léon, Antoine., Histoire de l'enseignement en France, Paris, Presses universitaires de France, (ISBN 978-2-13-081237-1 et 2130812376, OCLC 1052881941, notice BnF no FRBNF45615526, lire en ligne)
  5. a et b Daniel Toussaint, L'Invention de l'instituteur et de l'institutrice au XIXe siècle dans le département de la Somme, Amiens, 2012, Encrage Édition
  6. Daniel Toussaint, L'Invention de l'instituteur et de l'institutrice au XIXe siècle dans le département de la Somme, Amiens, 2012, Encrage Edition