Antidotaire

recueil de formules pharmaceutiques qui a été remplacé par le terme pharmacopée.

Antidotaire (formes latines : Antidotarium, Antidotarius) est un terme ancien qui désigne notamment un recueil médiéval de recettes de médicaments ; plus tard, on désigne un tel ouvrage de pharmacie par son synonyme pharmacopée.

Le médecin Andromaque surveille le travail de ses ouvriers, cueillant les éléments pour la thériaque. Kitâb ad-Diryâq (Livre des antidotes) du Pseudo-Galien, 1199. (Paris - BnF - ms. Arabe 2964 - f. 22).
Le favori du roi mordu par un serpent est sauvé. Kitâb ad-Diryâq (Livre des antidotes) du Pseudo-Galien, 1199. (Paris - BnF - ms. Arabe 2964 - f. 27.)
Détail d'une enluminure du Canon medicinae d’Avicenne (Besançon - BM - ms. 0457 - f. 051).

ÉtymologieModifier

Ce nom latin d'antidotarium (du grec αντι , contre et διδομι donner) viendrait du mot « antidote », parce que dans les temps antiques, les médecins avaient de gros livres de recettes d'antidotes (contrepoisons) contre les empoisonnements des rois, nombreux à cette époque. Ainsi, le nom mithridate vient du roi éponyme Mithridate comme le verbe « mithridatiser » ou la « mithridatisation »[1]. Ce terme est cité par Pline l'Ancien[2] et Aulu-Gelle[3]. « Antidotum » prend ensuite le sens de « spécialité pharmaceutique ».

HistoriqueModifier

Émile Littré, dans son Dictionnaire de la langue française, en donne la définition suivante : « Mot qui, dans l'ancienne médecine, avait passé du sens de livre des antidotes à celui de livre des médicaments »[4]. L'antidotarium était aussi appelé « dispensatorium » (dispensaire) et « pharmacopea » (pharmacopée). La dispensatio était l'acte de peser et choisir les drogues et les ingrédients de la composition, et précède la confectio ou préparation du médicament[5].

Les médecins arabes, avec par exemple les travaux de Abu Muhammad Ibn al-Baitar et Al-Biruni, sont pionniers en matière de pharmacologie et de médecine. Les noms de traités de pharmacologie sont variés, le mot « Aqrabadhin » ou « Grabadin » correspond à celui d'antidotaire. Les antidotaires côtoyaient les traités de pharmacognosie, les herbulari et les thesauri de plantes, les luminaria (sing. luminare)[6] et pharmacopae, flores de la médecine, matières médicales, recettes de médicaments, secrets merveilleux, méthodes, traités, recueils[Note 1] et les arbolaires [7],[8]. Les formules y sont classées par ordre alphabétique. On y trouve les grandes formules de médicaments connus, comme la thériaque et bien d'autres recettes, comme le diacalamentum[Note 2], ou le diamargariton à base de perles, contre la toux et les maux de cœur[Note 3].

Les antidotaires étaient étudiés aux facultés de Médecine, en particulier à celle de Paris : Les listes de médicaments étaient issues d'ouvrages plus anciens, grecs ou arabes, mais aussi de nouvelles recettes constituées au cours des compagnonnages d'apothicaires, qui notaient sur un carnet ou un livret les formules découvertes au cours de leur périple[9].

Les plus célèbresModifier

Il en existe bien d'autres : les antidotaires arabes (antidotaire d'Avenzoar et antidotaire de Rhazès lire en ligne sur Gallica, et d'Avicenne, Al-Kindi : mais le nom est alors celui utilisé par les traducteurs des ouvrages de médecine arabe en latin, au XIIe siècle), l'antidotaire de Johann Jakob Wecker, antidotaire romain, antidotaire de Joseph du Chesne, antidotaire de Christian de Prachatice[10].

Les plus anciens portent le nom de leur ville d'origine comme l'antidotaire de Bruxelles (VIIe siècle), de Berlin, de Londres (VIIIe siècle), de Bamberg (Xe siècle), et de l'abbaye de Reichenau, de Glasgow, de Cambridge, de Bologne, de Florence, et de Saint-Gall, du Mont Cassin, plus tard de Naples et de Mantoue [11]

L'étude des antidotaires du haut Moyen Âge est comprise dans le projet Theorema ou « Thesaurus par ordinateur des recettes médicales anciennes » débuté en 1980 par le Pr Louis Delatte de l'Université de Liège, « Thesaurus praesalernitanus », au Laboratoire d'Analyse statistique des Langues anciennes, projet qui comprend un ensemble de recettes médicales anciennes et antérieures à l'école de Salerne, dépassant largement le cadre des antidotaires[12],[13],[14].

PharmacopéeModifier

Il s'agit d'une pharmacopée galénique, avant d'être spagyrique, inspirée de celle des Arabes : herbes, opiats, pastilles, gommes, huiles, sirops, électuaires, élixirs, distillats, émulsions, lochs, infusions, décoctions, collyres, poudres, baumes, onguents, emplâtres, cataplasmes[15]. L'antidotarium de Yuhanna ibn Masawaih dit Mesué Le Jeune, sous l'influence arabe, contenait des recettes sucrées, de friandises : des lochs (massepains, nougats), des électuaires, des sirops (rose, de menthe, grenadine), des robs, des recettes à base de fleurs (violette, rose) et fruits confits, de confitures[16].

GalerieModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Pour une liste des tous ces ouvrages pharmaceutiques par ordre alphabétique des auteurs voir la « Biobibliographie pharmaceutique » Eugène-Humbert Guitard : Eugène-Humbert Guitard, « Biobibliographie pharmaceutique », Revue d'histoire de la pharmacie, vol. 27, no 106,‎ , p. 103-124 (lire en ligne) et Eugène-Humbert Guitard, « Biobibliographie pharmaceutique (suite et fin) », Revue d'histoire de la pharmacie, vol. 27, no 107,‎ , p. 171-188 (lire en ligne).
  2. Herbe-aux-chats ou calamentum , serpolet, fenouil, bâtard, pouliot, persil, livèche, cumin des prés.
  3. Composé de poudre de perles, et comme souvent, d'épices en nombre, girofle, cannelle, galanga, muscade, zédoaire, styrax, gingembre, ivoire, musc, nard, cardamome, camphre… Comprendre et maîtriser la nature au Moyen Âge (in : « Mélanges d'Histoire des Sciences », Librairie Champion) p. 454.
  4. Terme arabe, du grec, grafidion correspondant à antidotaire ou dispensarium.
  5. Il y avait deux antidotaires Nicolas célèbres plus un troisième, le petit Nicolai et le grand Nicolai, celui de Myrepsos. On connaît par les titres des ouvrages, quatre Nicolas pharmacologistes : Nicolas de Salerne, Nicolas d'Alexandrie, Nicolas Praepositus, et Nicolas Myrepsos. Cependant il semble qu'il n'en ait existé que deux, d'une part « Nicolas Myrepsos d'Alexandrie », d'autre part Nicolas « Praepositus de Salerne ». Le « Grand Nicolas » ou L'Antidotarium Nicolai, le Δυναμερόν de Nicolas Myrepsos, en latin De compositione medicamentorum de 2 656 formules, donc qualifié de « grand antidotaire », fut rédigé vers le XIVe siècle. Chaque recette était accompagnée de son utilisation. On pense que c'était le livre que tout apothicaire devait obligatoirement posséder dans son officine et le livre officiel d'enseignement à la faculté de médecine de Paris au XIIIe siècle, puis par arrêt de Jean le Bon du 13 août de 1359 que « tout apothicaire et espiciers de Paris auront l’Antidotaire de Nicolas corrigé » et de « jeter les autres médecines trop salées » 41e feuillet du Livre vert des ordonnances des pharmaciens, Chéreau, de l'Antidotaire Nicolai [lire en ligne].

RéférencesModifier

  1. « Ortolang : Mitrhridatisation », sur Centre national de ressources textuelles et lexicales, (consulté le ).
  2. « Itinera Electronica, du texte à l'hypertexte : Pline l'Ancien, Histoire naturelle, livre XXIX », (consulté le ).
  3. Pétrone, Apulée, Aulu-Gelle : œuvres complètes avec la traduction en français (trad. du latin), J. J. Dubochet et Compagnie, coll. « Auteurs Latins : avec la traduction en français », (lire en ligne), chap. XVI (« Le sang des canards du Pont est un contre-poison. Habileté de Mithridate dans la confection des antidotes »), p. 709.
  4. « Antidotaire », sur www.littre.org Littré (consulté le ).
  5. Danielle Jacquart, Danièle James-Raoul et Olivier Soutet, Par les mots et les textes : mélanges de langue, de littérature et d'histoire des sciences médiévales offerts à Claude Thomasset, Presses Paris Sorbonne, coll. « Travaux de stylistique et de linguistique françaises / Études linguistiques », , 896 p. (ISBN 9782840503576, lire en ligne), p. 55-67.
  6. « Le grand luminaire », sur www.wdl.org/fr Bibliothèque numérique mondiale (consulté le ).
  7. Eugène-Humbert Guitard, « Histoire sommaire de la littérature pharmaceutique des origines à 1800 : Conférences-leçons à l'usage de MM. les Etudiants en Pharmacie. 2e conférence : du XIIIe siècle à la fin du XVIe », Revue d'histoire de la pharmacie, vol. 24, no 93,‎ , p. 249-263 (lire en ligne).
  8. Eugène-Humbert Guitard, « Histoire sommaire de la littérature pharmaceutique des origines à 1800 : Conférences-leçons à l'usage de MM. les Etudiants en Pharmacie », Revue d'histoire de la pharmacie, vol. 23, no 92,‎ , p. 185-207 (lire en ligne) .
  9. E.Guitard, 1959, A-t-on retrouvé le Grand Antidotaire de l'École de Salerne ?, 1959.
  10. Jean Barbaud, Le manuel thérapeutique de poche d'un médecin de Prague en 1432, vol. 79, coll. « Revue d'histoire de la pharmacie » (no 288), (DOI 10.3406/pharm.1991.3108, lire en ligne), p. 7-14.
  11. Centre Jean Palerne, université Jean Monnet Saint-Étienne Bibliographie des textes médicaux latins, p. 35.
  12. L. Delatte et R. Helleux, Recettes médicales et ordinateur : le projet Theorema, vol. 68, coll. « Revue d'histoire de la pharmacie » (no 246), (DOI 10.3406/pharm.1980.2703, lire en ligne), p. 155-160.
  13. Carmélia Opsomer et Marc Binard, Matériaux pour une histoire quantitative de la pharmacopée présalernitaine, janvier 1989, | disponible sur http://orbi.ulg.ac.be/jspui/handle/2268/71309.
  14. C. Opsomer Halleux, Le traitement informatique des recettes médicales du Haut Moyen Âge, Université de Liège, Actes du congrès international "Informatique et Sciences humaines", Belgique [lire en ligne]. .
  15. Andrea Ubriszy Savoia, « L'Essor de la Renaissance médicale » [lire en ligne].
  16. Annie Perrier-Robert, Dictionnaire de la gourmandise, article « Antidotaire » [lire en ligne].

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Articles connexesModifier

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Liens externesModifier