Andrés Aguiar

militaire uruguayen

Andrés Aguiar
Andrea Aguyar
Andrés Aguiar
Andrés Aguiar est au second plan, derrière Garibaldi et Nino Bixio sur cette lithographie de George Housman Thomas pour The Illustrated London News en 1849.

Surnom Andrea il moro
il moro di Garibaldi
il negro di Garibaldi.
Naissance
Montevideo
Décès
Rome, Drapeau de la République romaine République romaine.
Mort au combat
Allégeance Légion italienne
Drapeau de la République romaine République romaine
Grade Lieutenant
Conflits Grande Guerre
Première guerre d'indépendance italienne
Hommages Sépulture et buste sur le Janicule
Nom d'une voie à Rome
Timbre

Andrés Aguiar (Montevideo, 1810 - Rome, ), connu aussi en Italie sous le nom d'Andrea Aguyar et surnommé « Andrea il moro » — soit en italien Andrea le maure — est un militaire uruguayen et compagnon d'arme de Giuseppe Garibaldi. Né dans une famille d'esclave, il devient un homme libre pendant la période de l'abolition de l'esclavage en Uruguay. C'est lors de cette période qu'il connait le révolutionnaire niçois qui est actif en Amérique du Sud au cours de la Grande Guerre. Alors motivé par les idéaux républicains de la Révolution, il s'engage aux côtés de Garibaldi et des chemises rouges lors de la première guerre d'indépendance italienne. Il apparaît à de nombreuses reprises dans des illustrations italienne et internationale aux côtés de Garibaldi. Il prend part à la République romaine et meurt au cours de la défense de Rome face aux forces françaises avec le grade de lieutenant.

Sa mémoire est peu entretenue depuis l'unification italienne[1]. Un escalier porte son nom dans la capitale italienne, dans le quartier Gianicolense. En , en parallèle de la commémoration du général Dumas et de son lien avec l'Italie, la ville de Rome décide d'installer son buste parmi les patriotes italiens et étrangers ayant participé au Risorgimento sur le Janicule[2],[3].

BiographieModifier

UruguayModifier

Né dans une famille d'esclave afro-américaine, Andrés Aguiar, porte le nom du général Félix Eduardo Aguiar chargé de la défense de Montevideo. On ne sait pas si il a obtenu le statut d'homme libre ou si il est né libre. Son métier était probablement celui de dresseur de cheveaux. Toute sa vie durant, il fut renommé pour sa maîtrise de l'équitation[4].

Il s'engage alors dans la grande guerre que connaît l'Uruguay de à face aux blancos. C'est lors de ce conflit qu'il connaît Giuseppe Garibaldi, membre de la légion italienne, alors exilé en Amérique du sud depuis . Il s'engage auprès de l'organisation garibaldienne comme de nombreux uruguayens afrodescendants. Il prend part à la bataille de San Antonio. Les deux hommes ne séparent plus jusqu'à la mort d'Andrés, le décrivant comme « Calme, bon, courageux, froid devant le danger »[4].

ItalieModifier

En , alors que la rumeur d'un mouvement de révolte en Europe gagne les côte américaines, Garibaldi décide de faire cap vers l'Italie. Andrés Aguiar suit les soldats qui participeront alors aux printemps des peuples et à la première guerre d'indépendance italienne. Il joue un grand rôle dans la bataille de Velletri en 1849 en sauvant Garibaldi des troupes bourbonaises[5]. Participant à la prise de Rome qui a pour conséquence la fuite du pape Pie IX. Aguiar fait partie des vieux compagnons de route de Garibaldi et est présent dans de nombreuses illustrations dans la presse aussi bien italienne qu'international comme le montre sa présence aux côtés du chef des chemises rouges dans un média tel que le London Illustrated News qui couvre la République romaine de [4]. Sa proximité avec Garibaldi lui vaut le surnom de Negro di Garibaldi, c'est cependant un autre surnom qui apparaît le plus souvent pour le désigner: Andrea il moro — Andrea le maure. La presse pontificale utilise la présence d'Aguiar dans les rangs de Garibaldi pour attaquer ce dernier. De nombreux témoignages montre la présence du militaire uruguayen avec Garibaldi et le contraste entre les deux personnages : d'un côté la stature mince, les cheveux blonds et le cheval blanc du militaire italien et de l'autre côté l'imposante corpulence d'Aguiar qui chevauche quant à lui un cheval noir[6]. Le volontaire suisse Hofstetter décrit ainsi Andrés Aguiera en ces mots : « une rumeur courait dans les rangs des soldats napolitains superstitieux, disant que ce soldat nègre tout de rouge vêtu, chargeait comme si personne ne pouvait le blesser — avec un couteau dans une main et une lance dans l'autre —, comme un être invulnérable, c'était l'incarnation du démon. »[7].

 
Garibaldi, Aguiar et Bixio lors de la défense de Rome. Gravure anglaise.

La répression de la République est lancée par Louis-Napoléon Bonaparte, alors président de la Deuxième République française. C'est lors de la défense de la ville éternelle qu'Andrés Aguiar meurt. D'abord touché lors du bombardement de la ville par un obus français près du Trastevere, il est évacué dans l'église Santa Maria della Scala, alors hôpital de fortune où Agostino Bertani essaie de le soigner sans succès[8],[9],[4]. Il aurait, avant sa mort, murmuré « Longue vie aux Républiques d'Amérique et de Rome »[1].

La mort d'Aguiar est difficilement vécue par Garibaldi. Selon Rafael Tosi, un autre compagnon du chef des chemises rouges, c'est la seule fois où il vit Garibaldi pleurer: « Chez Garibaldi, la joie et la douleur, quand ce n'était pas dû à un hurlement de colère, ne se manifestaient pas par des signes extérieurs. Une seule fois j'ai vu ses yeux humides : il était devant le cadavre d'Andrés Aguiar, son gigantesque homme noir le plus fidèle, venu avec lui d'Amérique et tombé en 1849 dans l'épopée de la défense de Rome. »[10],[4]. Garibaldi écrivit dans son journal à propos du décès d'Aguiar « Hier a été une journée fructueuse en actes d'armes : pertes et avantages. Hier l'Italie a compté de nouveaux martyrs... L'Amérique a aussi donné avec le sang de son courageux fils Andrés Aguiar, preuve de l'amour de la liberté de toutes les régions pour notre plus belle et plus malheureuse Italie »[4].

CommémorationModifier

Après l'unification de l'Italie, ses ossements tout comme ceux des protagonistes des guerres d'indépendances italiennes sont transférés dans l'ossuaire sur le Janicule. C'est sur ce site, surmonté d'une statue équestre de Garibaldi, que repose entre autres le compositeur Goffredo Mameli, auteur de l'hymne national italien. Autour de l'ossuaire se trouve aussi parmi les monuments dédiés aux souvenirs de la prise de Rome et de l'unité italienne, une série de bustes de personnalités ayant donné leurs vies pour l'unification italienne. Cependant, aucun buste d'Andrea Aguyar n'est présent sur le site[1].

En , une rue située entre Via Aurelio Saffi et Via Fratelli Bandiera est nommée en référence à Aguiar. En , la rue « Andrea il moro » devient l'escalier Andrea il moro. En , enfin, la ville de Rome modifie la plaque de l'escalier pour expliquer l'histoire d'Aguiar, il est mentionné : « Andrés Aguiar, lieutenant de la République romaine (1810-1849) »[11].

Le , il fait l'objet d'une exposition dans le musée historique national d'Uruguay[12]. À cette occasion, un timbre postal est émis à son image afin de promouvoir la population afrodescendante en Uruguay[13].

En , à l'occasion d'une commémoration pour le Général Thomas-Alexandre Dumas, la Maire de la I Municipalité de Rome, Mme Sabrina Alfonsi, invite son homologue du XVIIe arrondissement de Paris pour célébrer la mise en place des statues des deux hommes dans les villes respectives[14]. Sont aussi présents à la cérémonie l'ambassadeur de France en Italie Christian Masset et l'ambassadeur d'Uruguay en Italie M. Gustavo Anibal Alvarez Goyoaga[2],[15]. Cette mise en avant d'Andrea Aguyar participe à la démonstration de l'internationalisation du Risorgimento et de la participation de soldats de nombreuses nationalités. C'est aussi le mouvement Black Lives Matter qui favorise l'érection du buste du compagnon de Garibaldi[3].

Représentation artistiqueModifier

Dans le téléfilm Anita Garibaldi de Claudio Bonivento, Andrea Aguyar est interprété par Thamisanqa Molepo[16].

RéférencesModifier

  1. a b et c (it) Laura Ciampini, « SI CHIAMANO ALI’, MOHAMMED, GAMAL.GLI STRANIERI CON GARIBALDI », Il Gabellino,‎ (lire en ligne)
  2. a et b (it) « Luogotenente Andrea Aguyar e generale Thomas Alexandre Dumas - Storia », sur Rai Cultura (consulté le )
  3. a et b (it) « Subito un busto per Andrés Aguyar, il garibaldino nero che lottò per difendere la Repubblica Romana », sur Roma Fanpage (consulté le )
  4. a b c d e et f (es) Museo Histórico Nacional, « Folleto del homenaje a Andrés Aguiar, en Casa de Garibaldi. », sur Issuu (consulté le )
  5. 160. anniversario della battaglia di Velletri: 19-20 maggio 1849, [s.n, (lire en ligne)
  6. (en) Fraser, Three Romes, the, Transaction Publishers (ISBN 978-1-4128-4001-9, lire en ligne)
  7. (it) « Omaggio a un compatriota Andrès Aguiar – Il Moro di Garibaldi », sur Narragonia Express - Il blog di Milton Fernàndez, (consulté le )
  8. « LA REPUBBLICA ROMANA 1849: 30 giugno - l'ultima battaglia parte terza », sur www.tesoridiroma.net (consulté le )
  9. « Da schiavo di Montevideo a luogo », sur www.specchioromano.it (consulté le )
  10. (es) Nomenclatura de Montevideo (lire en ligne), p. 44-45
  11. « Scalea Andrea il Moro » (consulté le )
  12. (es) « Invitación exposición Andrés Aguiar – una aventura por la libertad. », sur APHU, (consulté le )
  13. (es) « Andrés Aguiar », sur Intendencia de Montevideo., (consulté le )
  14. Le général Dumas a été emprisonné par les Bourbons de Naples et son fils livra des armes à Garibaldi. Une statue doit être érigée dans le XVIIe arrondissement de Paris à la place de l'ancienne statue fondue par les nazis.
  15. « La mémoire retrouvée du général Dumas », sur Le Monde diplomatique, (consulté le )
  16. « Anita Garibaldi (TV Movie 2012) - IMDb » (consulté le )