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André du Laurens

médecin, universitaire, écrivain
André du Laurens
Andre Du Laurens. Wellcome M0013756.jpg
André du Laurens, dans Bibliotheca chalcographica de Jean-Jacques Boissard et Théodore de Bry, 1650[1]
Fonctions
Premier médecin du roi
Biographie
Naissance
Décès
(à 50 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Fratrie

André du Laurens, né le [2] à Tarascon et mort le [3], fut premier médecin du roi Henri IV.

BiographieModifier

Enfance et étudesModifier

Son père est Louis du Laurens, né à Puget près de Chambéry, mort le [4], qui épouse en 1553, « avec fort peu de moyens[5] », Louise de Castellan[6], née à Riez, sœur d'un médecin qui deviendra celui du roi Charles IX.

Le père est d'abord médecin à Tarascon, puis à Arles, où il s'établit afin que ses enfants puissent aller au collège[7],[8]. André est d'abord destiné à être moine à Montmajour, mais, grâce à une judicieuse indiscrétion de sa sœur Jeanne, son désir d'être médecin se déclare[9].

Il fait ses études de médecine à Avignon, il étudie sept ans sous Louis Duret[10]. Après quoi il exerce la médecine à Carcassone. Il succède à Laurent Joubert dans sa chaire à Montpellier. À Montpellier il donne, en français[11], des leçons sur la goutte, sur la lèpre et sur la vérole[12],[13].

Médecin des GrandsModifier

 
Gravure de Pierre Firens, extraite de l'ouvrage d'André du Laurens, A. Laurentis de strumis earum causis et curae (Paris, 1609).
Henri IV est représenté touchant les écrouelles, exerçant le pouvoir de thaumaturgie qui légitime sa souveraineté.

En 1600 il est introduit à la cour par la comtesse de Tonnerre[10]. D'abord médecin de Marie de Médicis, il devient médecin ordinaire[14] d'Henri IV. Son crédit lui permet de faire nommer deux de ses frères archevêques, Gaspard, d'Arles et Honoré, d'Embrun. Il a un autre frère, Jean (en religion Jérôme), supérieur provincial des capucins à trois reprises[15],[16],[17].

À la mort de Jean Hucher en 1603, du Laurens est nommé chancelier de l'université de Montpellier, mais il reste à Paris et ses fonctions sont remplies des vice-chanceliers[16],[18], ce qui est contraire aux lois et statuts du Parlement de Toulouse et nécessite un arrêt du Conseil-Privé[10].

Premier MédecinModifier

En 1606, il est nommé premier médecin du roi, à la suite de la mort de Michel Marescot[19], mais il meurt lui-même en 1609[20]

FamilleModifier

 
Mgr Gaspard du Laurens, archevêque d'Arles, en roi mage Gaspard Détail de la chapelle des Rois Mages, primatiale St Trophime, par Louis Finson.

André du Laurens fait deux de ses frères archevêques, l'un Honoré de Laurens, archevêque d'Embrun, et l'autre Gaspard, archevêque d'Arles et abbé de Saint-André de Vienne. Il a un autre frère qui est général des Capucins. Un de ses frère cadet meurt en 1639, âgé de 87 ans, laissant deux fils, l'un conseiller au Parlement et l'autre Maître des requêtes[10].

ContributionsModifier

 
André du Laurens, détail

Malgré le nombre de traductions de ses Discours et la grande diffusion de ses Historia, la place de du Laurens dans l'histoire de la médecine est modeste. Voici ce que dit Éloy :

« Les ouvrages anatomiques de du Laurens sont plus remarquables par la beauté du style, que par l'exactitude des choses […] il est justement accusé de plusieurs fautes dans l'exposition de la structure du corps humain […] on est encore en droit de lui reprocher de s'être attribué beaucoup de découvertes qu'on avait mises au jour avant lui. Ses erreurs, dit Riolan, viennent de ce qu'il s'en est rapporté au témoignage des autres, au lieu d'examiner lui-même les parties anatomiques dont il fait la description. »

Michaud fait écho et lui reproche de s'arrêter trop souvent à des questions oiseuses et de défendre Galien contre Fallope et Vésale : « il montre même beaucoup d'humeur contre ce dernier, quoiqu'il lui ait emprunté presque toutes les planches qui accompagnent les éditions in-folio de son livre[21] ; parfois aussi il s'approprie sans façon les découvertes des autres. »

Toutefois, les quatre « discours » réunis dans son ouvrage de 1594 (sur la vue, la mélancolie, les catarrhes, la vieillesse) — exemple, au XVIe siècle, de la diffusion de la science en langue française[22] — lui ont valu une place dans l'histoire de l'ophtalmologie et dans celle de la gérontologie. Son discours sur la mélancolie[23], qui, dit Jacques Postel, « rassemble l'essentiel des connaissances qu'on avait sur cette maladie mentale à l'aube de l'âge classique[24] », suscite un nouvel intérêt et a été réédité avec un substantiel appareil critique en 2012[25]. C'est dans ce Discours que René Descartes a puisé les exemples de cas de mélancolie cités dans la première des Méditations métaphysiques[26],[27].

À la fois prestigieux praticien de sa science et passeur[28], ou communicateur scientifique, il veut, dit Évelyne Berriot-Salvadore, « convaincre les médecins […], séduire les esprits curieux[29]. ».

Il influença le médecin Jacques Ferrand qui publia à Toulouse en 1610 un Traicté de l'Essence et Guérison de l'Amour ou de la Mélancholie Érotique.

ŒuvresModifier

SélectionModifier

Œuvres complètesModifier

Liste de titresModifier

BibliographieModifier

  • Jean Astruc, « André du Laurens, d'Arles », dans Mémoires pour servir à l'histoire de la faculté de médecine de Montpellier, Paris, Cavelier, 1767
  • Évelyne Berriot-Salvadore, « Les œuvres françaises d'André Dulaurens », dans Esculape et Dionysos. Mélanges en l'honneur de Jean Céard, Genève, Droz, 2008, p. 243-254[38]
  • Nicolas Éloy, « Du Laurens (André) », dans Dictionnaire historique de la médecine ancienne et moderne, vol. 2, Mons, Hoyois, 1778, p. 106
  • Marie Gaille, « Qu’est-ce que l’homme ? La réponse de l’anatomiste ou La médecine comme anthropologie chez André du Laurens », dans Le Français préclassique, 1500–1650, no 10, Paris, Champion, 2007, p. 61–71
  • Jeanne du Laurens[39], Une famille au 16e siècle disponible sur Gallica, intr. et notes de Charles de Ribbe, 3e  éd., Paris, J. Albanel, 1868  
  • Louis-Gabriel Michaud, « Du Laurens (André) », dans Biographie universelle ancienne et moderne, t. 11, p. 490
  • A. Wear, « William Harvey and the « way of the anatomists » », dans History of science, 21 (1983), p. 223–249

Article connexeModifier

Notes et référencesModifier

  1. http://www.uni-mannheim.de/mateo/desbillons/aport/seite165.html.
  2. Jeanne du Laurens, p. 41
  3. a b et c Fiche SUDOC
  4. Jeanne du Laurens, p. 55
  5. Jeanne du Laurens, p. 39
  6. On trouve aussi Castellane.
  7. Jeanne du Laurens, p. 43
  8. « Il nous fit instruire de tout son pouvoir, ne nous épargnant rien de tout. » Jeanne du Laurens, p. 49
  9. Jeanne du Laurens, p. 61
  10. a b c et d Jean Baptiste Louis Chomel, Essai historique sur la médecine en France, chez Lottin l'ainé, libraire-imprimeur de monseigneur le duc de Berry, rue S. Jacques, près S. Yves, au Coq, (lire en ligne)
  11. Cette mention n'est pas sans importance au moment où le latin était la langue de la médecine.
  12. Astruc
  13. On peut les trouver à la fin de ses œuvres complètes en français.
  14. « On créa pour lui la charge de médecin ordinaire, dont les fonctions sont d'être toujours auprès du roi, et de remplir la place de premier médecin quand il est malade. » (Astruc, p. 248)
  15. Jeanne du Laurens, p. 45
  16. a et b Article d'Éloy
  17. Telle est l'histoire de sa vie comme on la rapporte généralement, et contre laquelle Jean Astruc s'inscrit en faux.
  18. Jean Saporta, puis Varandé, selon Astruc
  19. Michaud
  20. Jean Baptiste Louis Chomel, Essai historique sur la médecine en France, chez Lottin l'ainé, libraire-imprimeur de monseigneur le duc de Berry, rue S. Jacques, près S. Yves, au Coq, (lire en ligne)
  21. Historia anatomica
  22. C'est du français que ses « discours » ont été traduits en anglais, la traduction latine n'existant pas encore ; l'absence de texte latin et le désir d'atteindre le grand public ont sans doute rendu possible l'existence d'une traduction anglaise.
  23. « Des maladies mélancholiques, & du moyen de les guarir »
  24. Éléments pour une histoire de la psychiatrie occidentale, p. 16 (ISBN 9782296184916)
  25. André Du Laurens, Discours des maladies mélancoliques, édition préparée, présentée et annotée par Radu Suciu, Klincksieck, 2012
  26. Annie Bitbol-Hespériès, « Descartes face à la mélancolie de la princesse Elisabeth », dans Une philosophie dans l'histoire, Hommages à Raymond Klibansky, éditeurs: B. Melkevik et J.-M. Narbonne, Québec, Presses universitaires Laval, 2000, p. 229–250.
  27. Annie Bitbol-Hespériès, article sur André Du Laurens, dans L. Foisneau (dir), Dictionary of seventeenth-century French philosophers, Thoemmes Continuum, NY, 2008, traduction française, Dictionnaire des philosophes français, Classiques Garnier, juin 2015.
  28. a et b Marie Gaille, Fiche biographique, Bibliothèque interuniversitaire de santé
  29. E. Berriot-Salvadore, p. 247
  30. a et b Liste d'Éloy
  31. Dédié à Louise de Clermont, comtesse de Tonnerre et duchesse d’Uzès, à qui il devait beaucoup de sa brillante carrière.
  32. Tony Gheeraert, (Recension), dans Astérion, 13, 2015.
  33. A discourse of the preservation of the sight of melancholike diseases of rheumes and of old age
  34. Ou Schönlin : http://viaf.org/viaf/34887006
  35. Discorsi della conservatione della vista, delle malattie melancoliche, delli catarri e della vecchiaia
  36. Une version préliminaire, Opera anatomica, était parue en 1593. (Disponible sur Google livres)
  37. Correspondance entre le traducteur et l'auteur, et pages suivantes
  38. Extraits sur Google livres
  39. Jeanne est sa sœur.

Liens externesModifier