Anders Sparrman

naturaliste suédois (1748-1820)

Anders Erikson Sparrman est un médecin, naturaliste et abolitionniste suédois, né à Tensta (province d'Uppland) le et mort à Stockholm le .

Anders Sparrman
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Anders Sparrman
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BiographieModifier

Jeunesse et voyage en ChineModifier

Anders Sparrman est le fils d'un pasteur et détenteur d'un master en philosophie, Eric Sparrman, et de Brita Högbom[1],[2], établis à Tensta dans la province d'Uppland[3]. À partir de l'âge de neuf ans, il commence ses études à l'université d'Uppsala, alternant toutefois avec des périodes d'éducation à la maison[1],[4]. En 1762, âgé de 14 ans, il entame des études de médecine et est dès lors étudiant à plein temps[1],[2]. Il y reçoit notamment les enseignements du naturaliste Carl von Linné[5]. De 1763 à 1765, il assiste ce dernier dans ses tentatives de naturaliser en Suède des arbres à thé ramené de Chine par le capitaine Carl Gustaf Ekeberg[6]. Il terminera ses études de médecine après son retour de Chine et son inscription à la Société de chirurgie en 1770[4],[5],[7].

Le , il fait une pause dans ses études et part pour un voyage en Chine en tant que médecin de bord d'un navire de la Compagnie suédoise des Indes orientales commandé par Carl Gustaf Ekeberg[3],[4]. Ce dernier, qui habite la même paroisse que la famille Sparrman, a de grandes connaissances des sciences naturelles et est membre de l'Académie royale des sciences de Suède[3]. Cette dernière souhaite enrichir ses collections botaniques et zoologiques avec de nouveaux spécimens d'extrême Orient[3]. Sparrman, grâce à ses connaissances acquises à l'université, peut donc donc se rendre utile à la fois sur le navire et à terre[3]. En 1768, il décrit son voyage à Canton dans une thèse réalisée pro exercitio et intitulée Iter in Chinam[3].

Séjours au Cap et voyage avec James CookModifier

Premier séjour au Cap (1772)Modifier

Sans argent mais désirant voyager, il obtient un poste de précepteur chez J. F. Kirsten[4], un riche colon[7], d'abord à Simon's Town, puis à Alphen, grâce à une lettre de recommandation de Linné et au soutien de Ekeberg[4]. Il voyage à bord du Stockholms Slott, un navire de la Compagnie suédoise des Indes orientales[4], et arrive au Cap en avril 1772[7] après sept mois de mer. Il retrouve au Cap le naturaliste Carl Peter Thunberg avec qui il avait étudié à Uppsala, mais, contraint de travailler pour gagner sa vie, il ne peut consacrer qu'un temps limité à la botanique et à la zoologie[4]. Il réalise tout de même une excursion de huit jours en direction de Paarl avec Franz Pehr Oldenburg, un autre élève de Linné[4].

Circumnavigation avec James Cook (1772-1775)Modifier

Quand James Cook arrive en octobre 1772, au début de son deuxième voyage dans le Pacifique, Johann Reinhold Forster et de son fils Georg, deux naturalistes qui participent à l'expédition, rendent visite à Sparrman et l'engagent comme assistant[4],[7],[8]. Sparrman participe donc au second voyage de James Cook qui le conduit en Nouvelle-Zélande, en Polynésie, à l'île de Pâques et à la pointe sud de l'Amérique du Sud[4]. Il est ainsi, avec Daniel Solander, l'un des deux disciples de Linné à avoir fait le tour du monde[3]. Il découvre plusieurs espèces d'oiseaux pendant ce voyage[7]. Sur l'île polynésienne d'Huahine, il est attaqué par des autochtones, peut-être parce qu'il a tué des oiseaux sacrés[7]. Le 21 mars 1775, il revient au Cap[4],[5],[8]. Les collections naturalistes rassemblées pendant le voyage sont divisées entre Sparrman et les Forster[3]. La part de Sparrman est rapatriée en Suède aux frais de l'Académie royale des sciences de Suède[3].

Second séjour au Cap (1775-1776)Modifier

Sparrman reste, lui, au Cap où il exerce à nouveau la médecine afin de se financer sa propre expédition en Afrique du Sud[4]. En compagne de Daniel Immelmann (1756-1800), il entreprend en juillet 1775 un voyage de huit mois dans l'intérieur des terres où il s'intéresse notamment aux mammifères[3],[7]. Son voyage le conduit à Caledon, à Mossel Bay, dans le désert du Petit Karoo et finalement dans la baie d'Algoa[4]. Il publiera, entre 1777 et 1780, les descriptions de dix mammifères dans les Actes de l'Académie, dont celles, inédites jusque-là, du Buffle d'Afrique (Syncerus caffer) et du Bushbuck du Cap (Tragelaphus sylvaticus)[3], actuellement plutôt considéré comme une sous-espèce du Guib harnaché. Les travaux de Sparrman seront très utiles à des zoologues tels que Georges-Louis Leclerc de Buffon, Thomas Pennant ou Jean-Nicolas-Sébastien Allamand[3]. Il ramène également en Suède un jeune quagga et une hippotragues bleus, deux espèces désormais éteintes[4]. Ils se trouvent désormais tous deux au Musée d'histoire naturelle de Stockholm[4]. Sparrman a par ailleurs excavé, dans la province du Cap-Oriental, un monticule de pierres, ce qui constituerait la première activité archéologique sur le sol sud-africain[4].

Pendant son séjour au Cap, il commence également une collection d'insectes et découvre environ 60 nouvelles espèces de charançons[7]. Ses découvertes en matière de botanique sont plus modestes, Thunberg ayant déjà largement exploré la région, et Sparrmann ne peut décrire que trois nouvelles espèces (Ekebergia capensis, dont le nom latin fait d'ailleurs référence à Carl Gustaf Ekeberg, capitaine du navire sur lequel il s'est rendu en Chine, Paranomus sceptrum-gustavianus, nommée ainsi en l'honneur du roi Gustave III, et Sarcophyte sanguinea)[3]. C'est également pendant qu'il était en Afrique du Sud que Sparrman s'était vu décerner, en 1775, le titre de docteur en médecine en son absence par l'Université en Uppsala[4].

Retour en SuèdeModifier

En juillet 1776, Anders Sparrman retourne en Europe à bord du Stockholms Slott et se rend d'abord quelques mois à Londres pour consulter des collections afin de déterminer et décrire certaines des espèces trouvées en Afrique à l'aide[1],[4] et pour rejoindre les Forster afin de classer les collections rassemblées pendant le voyage avec James Cook[2]. Il emporte avec lui en Europe les collections qui n'ont pas déjà été envoyées en Suède suite au voyage avec James Cook[3],[8]. D'une manière plus générale, Sparrman n'a pas fait don de l'ensemble de ses collections à l'Académie royale des sciences de Suède[3]. Il en a vendu certaines, par exemple sa collection d'insectes en 1815 à Gustav von Paykull, tandis qu'il en donnait d'autres de manière échelonnée à l'Académie[3].

Lorsqu'il arrive en Suède, en août 1776, il séjourne d'abord chez l'entomologiste Charles de Geer[4]. C'est est également en 1776 qu'il est nommé de l'Académie royale des sciences de Suède de Stockholm[4],[7]. Il en sera le président à deux reprises, en 1778 et en 1785[4]. En 1777[2] ou 1780[1], il obtient le poste de conservateur des collections d'histoire naturelle de l'Académie[1], dont ses propres collections botaniques et zoologiques constituent d'ailleurs une part importante[3]. Il conserve ces fonctions jusqu'en 1798[2]. L'enthousiasme de Sparrman comme celui du public semblent ensuite diminuer rapidement[3]. Les quelques années qui suivent son retour en Suède après son séjour au Cap sont considérées comme celles où sa renommée est la plus grande et ses publications scientifiques les plus nombreuses[3]. Il occupera ensuite également la chaire d'histoire naturelle et de pharmacologie en 1781, de professeur d'histoire naturelle et de pharmacie à Stockholm de 1790 à 1803, puis d'assesseur au Collegium Medicum dès 1803[1],[2]. Il sera ensuite longtemps médecin des pauvres de le quartier de Klara à Stockholm[1].

Expédition en Afrique de l'Ouest et combat abolitionnisteModifier

D'octobre 1787 à janvier 1788, Anders Sparrman participe avec Carl Bernhard Wadström et Carl Axel Arrhenius à une expédition en Afrique de l'ouest réalisée à l'initiative du roi de Suède Gustave III[9]. Si elle vise officiellement à faire de nouvelles découvertes dans les domaines des sciences naturelles et de l'Histoire, des ambitions coloniales ont aussi fait partie des motivations du souverain[9],[10]. L'expédition scientifique à proprement parler est rapidement interrompue alors qu'il se trouve dans l'actuel Sénégal[9]. Sparrman et Wadström sont alors témoins de divers aspects du commerce d'esclaves transatlantique[9]. Ils ont en effet de discuter avec des officiels français, des marchands d'esclaves, des rois africains ainsi que de visiter la Maison des Esclaves sur l'île de Gorée où étaient emprisonnés des esclaves[9]. Ils rentrent en Suède en passant par la France et l'Angleterre[9]. À Londres, ils font la connaissance de Thomas Clarkson, l'un des plus fervents partisans de l'abolition de l'esclavage qui leur demande de témoigner devant la Commission du Commerce ainsi que, dans le cas de Wadström, devant une commission de la Chambre des Communes britanniques[9]. Les arguments antiesclavagistes des deux Suédois seront par ailleurs repris par William Wilberforce pendant les débats parlementaires[9]. Le fait qu'ils n'ont aucun intérêt personnel dans la discussion contribuera à donner du poids à leurs témoignages, tout comme le fait qu'ils sont porteurs d'une certaine autorité scientifique[9]. Ils contribueront ainsi au mouvement pour l'abolition de l'esclavage[9]. Il faut encore relever que l'abolitionnisme de Sparrman est plus ancien que son voyage en Afrique de l'Ouest puisque, dans le récit de son voyage en Afrique du Sud, il avait déjà fait part de son opposition à l'esclavage qu'il juge non civilisé, non chrétien et non rationnel du point de vue économique[5],[9].

PublicationsModifier

Les publications de Sparrman sont nombreuses. La plus célèbre est ses récits de voyage en Afrique du Sud et avec Cook[5], publié en français en 1787 sous le titre d’Un Voyage au Cap de Bonne-Espérance, au cercle polaire austral et autour du monde, ainsi que dans les pays des Hottentos et des Cafres et, en 1789, en anglais sous celui d’A voyage to the Cape of Good Hope, towards the Antarctic polar circle, and round the world: But chiefly into the country of the Hottentots and Caffres, from the year 1772 to 1776.

Il a également fait paraître un Catalogue of the Museum Carlsonianum (1786-1789) où il décrit et illustre vingt-espèces oiseaux rapportés de ses voyages, dont douze du voyage avec James Cook, et se trouvant désormais en possession du secrétaire d'État aux expéditions de guerre Gustaf von Carlson[8]. Quelques années plus tard, il publie une Ornithology of Sweden (1806).

Références à Anders SparrmanModifier

Un oiseau qu'il a décrit en 1787[8],[11] porte son nom : la Perruche de Sparrman ou Kakariki à front rouge. En botanique, le genre sparrmannia a été nommé ainsi en son honneur[1]. L'astéroïde 16646 Sparrman porte également son nom[12]. Le romancier suédois Per Wästberg a écrit un roman biographique sur Sparrman qui a été publié en anglais en 2010, sous le titre The Journey of Anders Sparrman[13]. En botanique, Anders Erikson Sparrman est désigné par l'abréviation Sparrm.

BibliographieModifier

  • David Dyrssen (dir.) (2002). Anders Sparrman, 1748-1820, Oceanographic History: the Pacific and Beyond (Proceedings of the 5th International Congress on the History), University of Washington Press (Seattle) : 230-234. (ISBN 0-295-98239-X)

Notes et référencesModifier

  1. a b c d e f g h et i (sv) « Sparrman, Anders », Svenskt biografiskt handlexikon,‎ (lire en ligne)
  2. a b c d e et f (en) « Anders Sparrman », sur www.ikfoundation.org (consulté le 22 novembre 2020)
  3. a b c d e f g h i j k l m n o p q r et s (en) Bengt Jonsell et Erik Ahlander, « The Linnean Anders Sparrman as traveller and collector in South Africa », Acta Universitatis Upsaliensis,‎ , p. 75-80 (lire en ligne)
  4. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t et u (en) C. Plug, « Sparrman, Anders », sur Biographical Database of Southern African Science (consulté le 19 novembre 2020)
  5. a b c d et e (en) Nicole Ulrich, « Dr Anders Sparrman: Travelling with the Labouring Poor in the Late Eighteenth-Century Cape », South African Historical Journal, vol. 61, no 4,‎ , p. 731–749 (ISSN 0258-2473 et 1726-1686, DOI 10.1080/02582470903500392, lire en ligne, consulté le 18 novembre 2020)
  6. (en) Alexandra Cook, « Linnaeus and Chinese plants: A test of the linguistic imperialism thesis », Notes and Records of the Royal Society, vol. 64, no 2,‎ , p. 121–138 (ISSN 0035-9149 et 1743-0178, DOI 10.1098/rsnr.2009.0051, lire en ligne, consulté le 21 novembre 2020)
  7. a b c d e f g h et i Éditions Larousse, « Encyclopédie Larousse en ligne - Anders Sparrman », sur www.larousse.fr (consulté le 18 novembre 2020)
  8. a b c d et e (en) David Medway, « The extant type specimens of birds from New Zealand and theSociety Islands collected on Cook’s second voyage and describedby Anders Sparrman in Museum Carlsonianum (1786-1789) », Notornis,‎ , p. 131-135 (lire en ligne)
  9. a b c d e f g h i j et k (en) Klas Rönnbäck, « Enlightenment, Scientific Exploration and Abolitionism: Anders Sparrman's and Carl Bernhard Wadström's Colonial Encounters in Senegal, 1787–1788 and the British Abolitionist Movement », Slavery & Abolition, vol. 34, no 3,‎ , p. 425–445 (ISSN 0144-039X, DOI 10.1080/0144039X.2012.734113, lire en ligne, consulté le 18 novembre 2020)
  10. (en) « Artilleriofficeren Arrhenius, naturforskaren Sparrman och ekonomen Wadström: tre män på resa i Senegal 1787 », sur digitaltmuseum.se (consulté le 18 novembre 2020)
  11. (en) « Red-crowned parakeet », sur New Zealand Birds Online (consulté le 18 novembre 2020)
  12. « 16646 Sparrman (1993 SJ5) », sur NASA (consulté le 18 novembre 2020)
  13. (en) Paul Binding, « The Journey of Anders Sparrman », sur Financial Times, (consulté le 18 novembre 2020)

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Ouvrages sur Anders SparrmanModifier

  • (sv) « Sparrman, Anders », Svenskt biografiskt handlexikon,‎ (lire en ligne) 
  • (sv) Gunnar Broberg et David Dunér, Anders Sparrman: Linnean, världsresenär, fattigläkare, Svenska Linnésällskapet, (ISBN 9789185601424)
  • (en) Alexandra Cook, « Linnaeus and Chinese plants: A test of the linguistic imperialism thesis », Notes and Records of the Royal Society, vol. 64, no 2,‎ , p. 121–138 (ISSN 0035-9149 et 1743-0178, DOI 10.1098/rsnr.2009.0051, lire en ligne, consulté le 21 novembre 2020) 
  • (en) Bengt Jonsell et Erik Ahlander, « The Linnean Anders Sparrman as traveller and collector in South Africa », Acta Universitatis Upsaliensis,‎ , p. 75-80 (lire en ligne) 
  • (en) David Medway, « The extant type specimens of birds from New Zealand and theSociety Islands collected on Cook’s second voyage and describedby Anders Sparrman in Museum Carlsonianum (1786-1789) », Notornis,‎ , p. 131-135 (lire en ligne) 
  • (en) Klas Rönnbäck, « Enlightenment, Scientific Exploration and Abolitionism: Anders Sparrman's and Carl Bernhard Wadström's Colonial Encounters in Senegal, 1787–1788 and the British Abolitionist Movement », Slavery & Abolition, vol. 34, no 3,‎ , p. 425–445 (ISSN 0144-039X, DOI 10.1080/0144039X.2012.734113, lire en ligne, consulté le 18 novembre 2020) 
  • (en) Nicole Ulrich, « Dr Anders Sparrman: Travelling with the Labouring Poor in the Late Eighteenth-Century Cape », South African Historical Journal, vol. 61, no 4,‎ , p. 731–749 (ISSN 0258-2473 et 1726-1686, DOI 10.1080/02582470903500392, lire en ligne, consulté le 18 novembre 2020) 

FictionsModifier

  • (sv) Per Wästberg, Anders Sparrmans resa, Wahlström & Widstrand, (ISBN 9789170017087).

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Sparrm. est l’abréviation botanique standard de Anders Sparrman.

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