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Ana Novac
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Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 80 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Zimra HarsányiVoir et modifier les données sur Wikidata
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Lieu de détention

Ana Novac (née Zimra Harsányi en 1929 en Transylvanie et décédée à Paris le 31 mars 2010) est une écrivain et dramaturge au style acerbe et vif, survivante de la Shoah. Elle est l'auteure de Les Beaux Jours de ma jeunesse, le seul journal à avoir survécu aux camps de concentration. Elle était surnommée l'« Anne Frank roumaine », bien qu'Anne Frank n'ait pas raconté les camps dans son œuvre. Ana Novac les décrivit de l'intérieur, et continua bien après, sans oublier la mémoire, mais en traitant de bien d'autres sujets.

Sommaire

BiographieModifier

Enfance en TransylvanieModifier

Âgée d'une dizaine d'années, elle connut la maladie et passa des heures dans une chaise longue dans un sanatorium des Carpates[1]. C'est là qu'elle prit l'habitude, jusqu'à l'obsession, de tenir son journal. À 11 ans, elle se retrouva « citoyenne » hongroise quand les nazis attribuèrent la Transylvanie à leur allié hongrois. À 14 ans, elle fut déportée à Auschwitz. Au cours des six mois qu'elle passe dans les camps, elle parvient à écrire un journal (paru en France en 1968 sous le titre Les Beaux Jours de ma jeunesse) avec des morceaux de papier trouvés, d'affiches déchirées et, par la suite, de cahiers donnés par le kapo Konhauser, essentiellement en hongrois. Le kapo confia le carnet pour le sortir à un meurtrier, renvoyé du camp pour cette raison, qui le fit, aussi étonnant que cela puisse paraître, effectivement parvenir à la logeuse de la famille Novac[2]. Elle y décrit les conditions de voyages depuis la Transylvanie jusqu'à Auschwitz, puis à Płaszów, son quotidien de déportée. Elle fut libérée le 6 mai 1945 par les Russes du camp de Kratzau, vivante mais atteinte de tuberculose et de typhus. En 1945, elle récupéra la nationalité roumaine[3].

Carrière d'auteure dramatiqueModifier

Ana Novac devint, après la guerre, auteur dramatique de théâtre en Roumanie, qu’elle quitta en 1965[4] après avoir été victime de persécutions et d'un procès pour avoir vivement critiqué le régime de Nicolae Ceaușescu, alors en place, dans ses œuvres théâtrales. Ses pièces lui ont d'ailleurs valu une reconnaissance considérable en URSS et en Hongrie.

Sa première pièce, La începutul vieții [Au début de la vie], sous-titrée Scene din viața unui institut [Scènes de la vie d'un institut] fut publiée dans Viața romînească (no 6, de juin 1954). Marian Popa la classe dans un mouvement appelé ad hoc « négativisme », dans la mesure où elle en est la seule représentante. Sans être nécessairement fortement critiques, ses pièces manquaient globalement aux yeux du régime de l'optimisme qui lui était propre. Dans La începutul vieții, elle décrivit les efforts d'une jeune troupe de théâtre en 1946 pour monter une pièce dans un environnement bourgeois. Le résultat de leur labeur n'est cependant qu'une demi-réussite. En 1955, Familia Kovács [La Famille Kovács] tourne certes autour d'une histoire d'amour entre une jeune fille déçue par un vaurien et un jeune communiste et décrit de manière très critique la société transylvaine du début des années 1940 (pogroms, anticommunisme). Néanmoins, sa structure en miniatures biographiques participe plus de la création d'une atmosphère que d'une marche continue vers le progrès : le dénouement est même vécu par les autres membres de la famille comme une déchéance. Ce fel de om ești tu ? [Quelle sorte d'homme es-tu ?] présente Janos Madaras, ancien ouvrier devenu patron, à la base honnête et simple, à présent contaminé par le cynisme et l'indifférence de la bureaucratie socialiste. La conclusion très ironique voit subitement les personnages devenir tous très enthousiastes comme par miracle pour s'inscrire dans les codes de l'époque[5]. Dès 1958, la chasse au négativisme commence à la prendre pour cible[6], jusqu'à son exclusion du Parti.

L'exilModifier

Elle passa ensuite quelque temps en Hongrie, puis à Berlin ouest, où elle s’installa quelque temps et où elle fit la connaissance de Günter Grass. Elle partit ensuite en France, à Paris, au moment des évènements de Mai 1968 où elle poursuivit son œuvre, par des pièces de théâtre (qu'il lui arrivait d'écrire en une nuit), des essais et des romans biographiques. Fréquentant le Café de Flore, elle y rencontra de nombreux intellectuels tels que Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Eugène Ionesco.

Son journal, Les Beaux Jours de ma jeunesse, a été édité en France en 1968. Il est beaucoup moins connu que celui d'Anne Frank, alors que les deux jeunes filles avaient le même âge au moment où elles écrivaient. Le message des Beaux Jours de ma jeunesse est plus violent, et parfois même insoutenable. L'auteur y décrit le côtoiement continuel de la mort. Elle fait preuve d'une remarquable lucidité sur les misères de l’homme, sur l’absurdité de la guerre, sur l’intangibilité de la frontière entre bourreaux et victimes. La dureté du témoignage peut paraître choquante, cette écriture acérée étant une caractéristique fondamentale de l'auteure.

La romancièreModifier

L'œuvre d'Ana Novac ne peut cependant pas être réduite à son journal, à son expérience concentrationnaire ou même au théâtre. Dans les années 1990 et au début des années 2000, elle fut également l'auteure d'une œuvre romanesque importante, en partie autobiographique de son propre aveu. Ainsi, Les Accidents de l'âme revint sur sa vie en Roumanie et Un Lit dans l'Hexagone sur son séjour en hôpital psychiatrique et sa singulière passion pour un médecin[7] . Plus tard, elle s'est orientée vers une inspiration fictionnelle, notamment dans Les Noces de Varenka où l'on retrouve son humour noir et son sens des dialogues. Son dernier roman, Le Maître de Trésor, dont l'action se déroule en Grèce, est considéré comme le plus varié formellement parlant, entre le thriller et le roman d'aventures, confinant parfois au fantastique[8].

Œuvres littérairesModifier

  • Match à la une, L'Avant-Scène Théâtre, 568, 1975
  • Les Beaux Jours de ma jeunesse, édité en France pour la première fois en 1968, Réédition Balland 2006 et chez Folio
  • Les Beaux Jours de ma jeunesse, en Hongrie, Hollande, Italie, Allemagne, France, entre 1968-1970, Julliard, Paris
  • Les noces de Varenka
  • Comme un pays qui ne figure pas sur la carte, Balland, Paris, 1992
  • Un lit dans l'Hexagone
  • J’avais quatorze ans a Auschwitz, Presses de la Renaissance, Paris, 1982
  • Les mémoires d’un zombie, ou Si j’étais bébé-phoque, dans la revue Les Temps Modernes, no 363, octobre 1976, éditions Gallimard.
  • Un peu de Tendresse ou Le complexe de la soupe, éd. L’Avant-Scène Théâtre, Paris, 442, 1969
  • Cap sur la Lune : Exercices Lyriques, Le Méridien Éditeur
  • Les Accidents de l’âme[9], 1991
  • Le Grabat, 1988
  • Nocturne, 1984
  • La Porte, 1985
  • Un nu déconcertant, 1970
  • Le Maître de Trésor, Balland, 2002

BibliographieModifier

  • Arráez, José Luis (2015): «Les ironies d'Ana Novac : procédé linguistique et instrument psychologique de réfutation, de critique et de dépassement du trauma», in Anales de filología francesa, Murcia, Servicio de Publicaciones Universidad de Murcia, no 23, p. 161-179.
  • Arráez, José Luis (2015): «Les auto-ironies de Ana Novac dans Les beaux jours de ma jeunesse: de l'écriture oblique accusatrice à la salvatricesalvatrice», in Revue d'Études Françaises, no 20, p. 185-192.

Voir aussiModifier

Notes et référencesModifier

  1. Ana Novac, Les beaux jours de ma jeunesse, préface, pages 9 à 12, Gallimard, Paris, 1999.
  2. Malte Herwig, « Holocaust : Das Buch Auschwitz » dans Die Zeit du 19 février 2009.
  3. Jenny Hoch, « KZ-Überlebende Ana Novac : Horror ist, wenn man trotzdem lacht » dans Der Spiegel du 23 mai 2009.
  4. Couverture de "J'avais 14 ans à Auschwitz" par Presse de la Renaissance http://assoc.pagespro-orange.fr/memoiredeguerre/livres/14-auschwitz.htm#deb
  5. Marian Popa, Istoria literaturii române de azi pe mâine, volume I, p. 946, Bucarest, Semne, 2009.
  6. Așa arată oare o piesă de teatru ?, dans Scînteia, nr. 4165 du 16 mars 1958.
  7. L'Express du 4 novembre 1993, « Un Lit dans l'Hexagone ».
  8. Jean-Rémi Barland, « Quand les anciens bourreaux deviennent victimes » dans L'express du 1/11/2002.
  9. http://www.sudoc.abes.fr//DB=2.1/SET=2/TTL=1/SHW?FRST=3