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Ali Abdallah Saleh

ancien président de la République du Yémen
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Saleh.

Ali Abdallah Saleh (en arabe : علي عبدالله صالح, également retranscrit Ali Abdullah Saleh), né le et mort le , est un homme d'État yéménite. Président de la République arabe du Yémen (Yémen du Nord) de 1978 à 1990, il est ensuite président du Yémen réunifié de 1990 à 2012.

Ali Abdallah Saleh
علي عبدالله صالح
Ali Abdallah Saleh en 2004.
Ali Abdallah Saleh en 2004.
Fonctions
Président du Congrès général du peuple

(35 ans, 3 mois et 10 jours)
Vice-président Abdrabbo Mansour Hadi
Prédécesseur Parti créé
Successeur Vacant
Président de la République du Yémen[N 1],[N 2]
[N 3]
(21 ans, 9 mois et 3 jours)
Élection
Réélection
Vice-président Ali Salem al-Beidh
(vice-président du Conseil présidentiel)
Abdrabbo Mansour Hadi
Premier ministre Haider Aboubaker al-Attas
Mohammed Saïd al-Attar (intérim)
Abdel Aziz Abdel Ghani
Faraj Saïd ben Ghanem
Abdel Karim al-Iryani
Abdel Kader Bajamal
Ali Mohammed Moujawar
Mohamed Basindawa
Prédécesseur Lui-même (Yémen du Nord)
Haider Aboubaker al-Attas (Yémen du Sud)
Successeur Abdrabbo Mansour Hadi
Président de la République arabe du Yémen
(Yémen du Nord)

(11 ans, 10 mois et 4 jours)
Premier ministre Abdel Aziz Abdel Ghani
Abd al-Karim al-Iryani
Abdel Aziz Abdel Ghani
Prédécesseur Abdul Karim Abdullah al-Arashi (en) (président du Conseil présidentiel)
Successeur Lui-même (réunification du Yémen)
Vice-président du Conseil présidentiel de la République arabe du Yémen

(24 jours)
Président du Conseil Abdul Karim Abdullah al-Arashi (en) (président du Conseil présidentiel)
Prédécesseur Abdul Karim Abdullah al-Arashi (en) (vice-président)
Successeur Abdul Karim Abdullah al-Arashi (en) (vice-président)
Gouverneur de Taëz

(1 an)
Biographie
Nom de naissance Ali Abdallah Saleh
Date de naissance
Lieu de naissance Bayt al-Ahmar
(royaume du Yémen)
Date de décès (à 75 ans)
Lieu de décès Sanaa (Yémen)
Nature du décès assassinat
Nationalité yéménite
Parti politique Congrès général du peuple
Enfants Ahmed Ali Abdallah Saleh (né en 1972)
Khaled Ali Abdallah Saleh
Entourage Ali Mohsen al-Ahmar (cousin)
Profession militaire
Religion islam
Résidence Palais de la République, Sanaa (1978-2012)

Ali Abdallah Saleh Ali Abdallah Saleh
Présidents de la République arabe du Yémen
Présidents de la République du Yémen

En 2011-2012, il est confronté à une révolte contre son gouvernement ; blessé lors d'une attaque contre le palais présidentiel qui a aussi blessé et tué d'autres dirigeants du régime, il demeure absent de son pays pendant plusieurs mois, puis signe, début 2012, un plan de sortie de crise, préparé par les monarchies du golfe Persique, qui aboutit à son départ du pouvoir.

Il prend ensuite part à une nouvelle guerre civile, au cours de laquelle il s'allie avec les rebelles houthis contre le pouvoir en place. Ayant rompu l'alliance au profit de l'Arabie Saoudite, il est tué par les houthis lors de combats à Sanaa.

Sommaire

BiographieModifier

Premières annéesModifier

Ali Abdallah Saleh naît dans une famille pauvre dans le village de Beit al-Ahmar, à Sanhan[1]. Jeune, ses parents divorcent[1]. Il devient alors berger et fréquente l'école coranique[1].

Carrière militaireModifier

 
Ali Abdallah Saleh dans sa jeunesse (date indéterminée).

Ali Abdallah Saleh rejoint les forces armées en 1958, à l'âge de seize ans[1]. Avant d'être nommé président de la République arabe du Yémen (Yémen du Nord) à la suite de l'assassinat du président Ahmad al-Ghashmi le , il n'était qu'un obscur officier et les diplomates occidentaux le surnommaient « le petit caporal ». Il s'entoure alors d'un noyau restreint de ses proches qu'il nomme à des postes clés de l'appareil militaire et de sécurité[2].

Parcours politiqueModifier

Président du Yémen du NordModifier

 
Ali Abdallah Saleh, président du Yémen du Nord (1988).

Sa présidence à la tête de la République arabe du Yémen (Yémen du Nord), de 1978 à 1990, est fortement marquée par la guerre froide et la lutte idéologique qui l'opposait à la République démocratique populaire du Yémen (Yémen du Sud)[réf. nécessaire].

Président de la République du YémenModifier

Exercice du pouvoirModifier

En 1978, il est nommé président du Yémen par une l’assemblée constituante[3]. À la suite de la réunifications des deux Yémen, Ali Abdallah Saleh devient président de la République du Yémen unifié en 1990[4]. En 1979, il échappe à un coup d'État, soutenu par Mouammar Kadhafi[1].

Ali Abdallah Saleh appartient au Congrès général du peuple. C'est le principal parti politique au Yémen avec le Parti socialiste yéménite, qui dirigeait auparavant la République démocratique populaire du Yémen, régime d'obédience marxiste.

Il soutient l'Irak de Saddam Hussein lors de la guerre du Golfe[5], sans pour autant soutenir l'annexion du Koweït par l'armée irakienne. Il fut partie prenante de la guerre civile au Yémen en 1994 faisant de 7 000 à 8 000 victimes lorsque les autorités du Sud tentèrent de faire sécession, en vain.

 
Ali Abdallah Saleh rencontrant le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld en 2004.

Il est le premier président élu du pays en 1999 avec 96 % des voix et est réélu le avec 77,2 % des suffrages. En 2000, il régla le long contentieux frontalier avec l'Arabie saoudite. En 2004, il ordonna une campagne militaire contre les houthis dans le cadre de la guerre du Saada. Cette campagne dura jusqu'à début 2010 et provoqua la mort d'environ de 5 000 à 7 000 Yéménites.

Malgré les axes politiques que déclare Ali Abdallah Saleh dans la démocratisation du pays[réf. nécessaire] et dans la lutte contre l'islamisme[réf. nécessaire], le Yémen reste un foyer d'instabilité à partir des années 2000, d'autant qu'une insurrection dans le Sud du pays conduite par le Mouvement du Sud appelle au retour d'un État indépendant au sud sur le territoire de l'ancienne République démocratique populaire du Yémen (communément appelée Yémen du Sud).

Révolution yéménite et chuteModifier

Article connexe : Révolution yéménite.

Le Yémen est touché par les protestations qui touchent le monde arabe en 2010-2012. À la suite des différentes manifestations qui touchent le pays à partir du 27 janvier, le président Saleh fait plusieurs annonces successives :

  • le 2 février, il renonce à se présenter pour un nouveau mandat présidentiel en 2013[6]
  • le 10 mars, il annonce une nouvelle Constitution et des élections pour le début de l'année 2012[7]
  • le 20 mars, il limoge son gouvernement[8]
  • le 23 mars, il propose un référendum constitutionnel, des élections législatives et présidentielles avant la fin de l'année 2011[9]
  • le 23 avril, il accepte le compromis proposé par le Conseil de coopération du Golfe : il s'engage à quitter le pouvoir après trente jours de transition (transmission du pouvoir au vice-président), en échange d'une immunité[10],[11].

Blessé à la tête le par des tirs d'obus visant la mosquée du palais présidentiel de Sanaa lors de combats, il quitte le pays le lendemain pour aller se faire soigner à Riyad[12]. Cela marque pour les manifestants la fin de sa présidence et de ses 33 ans de dictature à la tête du Yémen. Le 10 juin, le cabinet privé américain Stratfor, spécialisé dans le renseignement tactique, rend publique la thèse de ses experts selon laquelle le président Saleh aurait été victime d'une tentative d'assassinat à la bombe montée de l'intérieur[13].

Cependant, le , la télévision d'État yéménite annonce que Saleh avait regagné le pays après trois mois d'absence. Cela entraîne de nouvelles manifestations dans les rues de Sanaa, sévèrement réprimées par la police. Saleh fait diffuser un nouveau communiqué le 8 octobre 2011 par le biais de la télévision d'État yéménite, déclarant qu'il démissionnerait « dans les prochains jours ». Échaudée, l'opposition exprime son scepticisme malgré la déclaration d'un ministre du gouvernement qui affirmait que Saleh allait quitter le pouvoir dans le cadre d'un plan de coopération conçu par les monarchies arabes du Golfe afin de permettre la transition vers la démocratie.

Le 21 octobre, le Conseil de sécurité des Nations unies demande au président Saleh de signer le plan de sortie de crise proposé par les monarchies du Golfe et renouvelle l'injonction à cesser la répression meurtrière contre les manifestants yéménites qui avait déjà fait plusieurs centaines de victimes depuis le début des évènements. Le , le président Saleh, toujours au pouvoir, fait une nouvelle déclaration devant la presse internationale affirmant qu'il quittera le pouvoir après un accord entre les différentes parties sur un mécanisme de transfert du pouvoir et après des élections[14]. Le 23 novembre, après s'être plusieurs fois récusé, il signe à Riyad le plan de sortie de crise prévoyant son départ, le transfert du pouvoir exécutif au vice-président Abdrabbo Mansour Hadi et son maintien comme « président d'honneur » pour une période transitoire de 90 jours[15].

Le , Ali Abdallah Saleh annonce qu'il va se rendre aux États-Unis pour des soins et demande à ses compatriotes de lui pardonner ses erreurs. Il déclare qu'il reviendra à Sanaa mais cette fois en tant que président du Congrès général du peuple[16]. Il quitte les États-Unis pour l'Éthiopie le 24 février 2012, après avoir reçu un traitement médical, puis retourne au Yémen le lendemain.

Il démissionne de ses fonctions le , cédant le pouvoir à son vice-président, Abdrabbo Mansour Hadi, qui est élu lors de l'élection présidentielle yéménite de 2012 pour une période de transition.

Guerre civileModifier

Alliance avec les rebellesModifier

En septembre 2014, les rebelles chiites houthis s'emparent de la capitale, Sanaa[17]. Pour de nombreux experts, l'avancée des miliciens chiites n’a pu se faire sans le soutien de l'ancien président Saleh, qui les avait pourtant violemment combattus des années durant[18]. Ce dernier, qui espère revenir au pouvoir, aurait notamment ordonné à ses partisans de rejoindre la rébellion chiite pour déstabiliser le gouvernement en place[18]. Une thèse confortée par la passivité de l’armée, dont certaines unités sont restées fidèles à l’ancien régime, face à la progression des combattants houthis[18]. Le , Ali Abdallah Saleh confirme cette alliance[19].

Il est parfois accusé de tisser des liens avec la branche yéménite de Daech[20], ainsi qu'avec AQPA[21].

MortModifier

Il est tué lors de la bataille de Sanaa le 4 décembre 2017, quatre jours après avoir rompu son alliance avec les houthis[22], alors qu'il commençait à tendre la main à la coalition dirigée par l'Arabie saoudite[23].

Dans un premier temps, la confusion règne autour de la véracité de sa mort[N 4]. Peu après qu'une dirigeante de son parti a confirmé son assassinat, des rebelles houthis remettent à des journalistes de l'Agence France-Presse (AFP) une vidéo montrant un cadavre qui semble être le sien[24]. Cependant, le lieu de sa mort demeure flou : certaines sources affirment qu'elle a eu lieu dans sa résidence, tandis que d'autres déclarent que c'est dans une embuscade au sud de Sanaa qu'il est mort en tentant de fuir[25] vers Marib, tenue par les loyalistes.

Le journaliste Vincent Hervouët compare sa mort à celle de Mouammar Kadhafi, lynché par ses opposants[26].

Le , il est inhumé dans son village natal de Beyt Ahmar, à Sanhan, par les houthis, lors d'une cérémonie à laquelle assistent une vingtaine de personnes, dont son fils Madin, son neveu Mohamed Mohamed, le président du Parlement Yahya Ali al-Raie et le numéro deux houthi Abou Ali al-Hakim[27].

Vie privéeModifier

Ali Abdallah Saleh est marié à Asama Saleh. Son demi-frère, le général Mohamed Saleh al-Ahmar, était commandant des Forces aériennes yéménites[28]. Son fils aîné Ahmed commandait la Garde républicaine[29].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Président du Conseil présidentiel du au .
  2. Abdrabbo Mansour Hadi a été président par intérim du 4 juin au puis du au .
  3. En concurrence avec Ali Salem al-Beidh du 21 mai au .
  4. « Le ministère de l'Intérieur (contrôlé par les Houthis) annonce la fin de la milice de la trahison et la mort de son chef (Ali Abdallah Saleh) et d'un certain nombre de ses éléments criminels », a affirmé la chaîne de télévision des houthis, Al-Massirah, en citant un communiqué.

RéférencesModifier

  1. a, b, c, d et e « Fast facts: What you may not know about Ali Abdullah Saleh » (consulté le 7 décembre 2017)
  2. « Saleh, l'autocrate qui s'accroche au pouvoir », Le Figaro, 3 juin 2011.
  3. Hala Kodmani, « Morsure fatale pour le «charmeur de serpents» Ali Abdallah Saleh », sur Libération, (consulté le 7 décembre 2017) (inscription nécessaire)
  4. « Au pouvoir, dans la rébellion et jusqu'à sa mort, comment Saleh a incarné (et attisé) l'instabilité du Yémen », Le Huffington Post,‎ (lire en ligne)
  5. (en) « YEMEN - Ali Abdullah Saleh (Al Ahmar) - President. », APS Review Downstream Trends, 28 juin 2004.
  6. « Le président du Yémen renonce à briguer un nouveau mandat », sur Le Monde, .
  7. « Yémen : le président Saleh propose une nouvelle Constitution », sur Nouvel Observateur, .
  8. « Yémen : le président limoge son gouvernement », sur Nouvel Observateur, nil.
  9. « Le président du Yémen propose des élections dans l'année », sur L'Express, Reuters, .
  10. « Yémen : le plan de sortie de crise accepté », AFP, 23 avril 2011.
  11. « Yemen leader Saleh agrees to step down under Gulf plan », bbc.co.uk, 23 avril 2011.
  12. « Yémen : l'opposition veut empêcher le retour de Saleh », Le Figaro, 5 juin 2011.
  13. « Yémen : le président Saleh, victime d'un complot interne », L'Express, 10 juin 2011.
  14. « Le président yéménite, Ali Abdallah Saleh, dit qu'il partira dans trois mois », Le Monde, 15 novembre 2011.
  15. « Yémen : tirs sur une manifestation anti-Saleh après l'accord, 5 morts », L'Express, 23 novembre 2011.
  16. « Yémen : Saleh dit partir aux États-Unis », Le Figaro, 22 janvier 2012.
  17. AFP, « Adoré ou détesté, Saleh a profondément marqué les Yéménites », sur Libération, (consulté le 7 décembre 2017) (inscription nécessaire)
  18. a, b et c « Yémen : qui sont les Houthis, dont l'avancée fait craindre une guerre civile ? », sur France 24, .
  19. (en) [1], sur english.alarabiya.net, 11 mai 2015
  20. Le Parisien, « Aden vit dans la crainte des jihadistes » (consulté le 22 décembre 2015).
  21. « Comment le Yémen de Saleh s’est joué de la CIA », sur Middle East Eye (consulté le 22 décembre 2015).
  22. (en) Hakim Almasmari, Ruth Hetherington, Tamara Qiblawi et Hillary McGann, CNN, « Yemen's former President Saleh killed in Sanaa », sur CNN, (consulté le 4 décembre 2017)
  23. « Au Yémen, le retournement d’Ali Abdallah Saleh », sur lemonde.fr, (consulté le 4 décembre)
  24. « Ali Abdallah Saleh, ex-président du Yémen, est mort », sur huffingtonpost.fr, (consulté le 4 décembre 2017)
  25. « Yémen: les rebelles Houthis contrôlent Sanaa, passe d'armes Iran/Arabie », sur euronews (consulté le 6 décembre 2017)
  26. « Saleh et Kadhafi, deux tyrans au destin semblable », sur Europe 1 (consulté le 6 décembre 2017)
  27. « Yémen : l'ex-président Saleh enterré dans la discrétion », sur Europe 1 (consulté le 10 décembre 2017)
  28. « Limogé, un proche de Saleh résiste », Le Figaro, 7 avril 2012.
  29. « Yémen : des généraux proches de l'ex-président défient le nouveau pouvoir », Le Monde, 7 avril 2012.

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

  • « Ali Abdallah Saleh, l'équilibriste », article de Nicolas Michel dans Jeune Afrique, no 2561, du 7 au 13 février 2010, p. 44-45.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier