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Alfréd Radok
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Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 61 ans)
VienneVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Metteur en scène, réalisateurVoir et modifier les données sur Wikidata
Enfant
David Radok (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Distinctions
Artiste national (d) ()
Commandeur de l'ordre de Tomáš Garrigue Masaryk (d) ()Voir et modifier les données sur Wikidata

Alfréd Radok, né le 17 décembre 1914 à Koloděje nad Lužnicí, en Bohême, et mort le 22 avril 1976 (à 61 ans) à Vienne, est un metteur en scène de théâtre, auteur d'opéra et d'opérette, réalisateur de cinéma de nationalité tchécoslovaque, connu pour être le créateur de la Laterna magika.

BiographieModifier

Pendant ses études à Prague, Radok était très impressionné par les mises en scène d'Emil Frantisek Burian. À la fin des années 1930, comme il était juif par son père, Radok part en province pour éviter le danger nazi mais revient à Prague quand Burian lui propose de travailler dans son Théâtre D41. Burian étant emprisonné et déporté en 1941 et son théâtre fermé, Radok a dû chercher d'autres engagements à Prague, puis en province où il se sentait moins menacé.

Alfréd Radok travaille comme metteur en scène du Théâtre national de Prague de 1948 à 1949 puis de 1966 à 1968. Entre ces deux périodes, suite au coup d’état communiste de 1948, il se fait reléguer dans un théâtre itinérant de province, Vesnické divadlo, car ses convictions et sa religion « déplaisent » aux nouveaux gouvernants[1].

En 1956 la Tchécoslovaquie se prépare à présenter un pavillon culturel à l’Exposition universelle de Bruxelles — qui aura lieu deux années plus tard. Il doit être exceptionnel. Il s'agit de créer une carte de visite favorable du régime communiste mais, à cette époque, la Tchécoslovaquie n'a pas grande chose à proposer, à part sa culture et ses paysages... Toute une pléiade d'« artistes nationaux » n'arrivant pas à inventer, pendant un an et demi, un tel événement, on ressort in extremis Alfréd Radok de son « exil », on lui donne « carte blanche » et des moyens illimités.

En six mois, Radok réalise, avec son frère Emil, le cinéaste Miloš Forman et le scénographe Josef Svoboda, la Laterna magika, une nouvelle forme de théâtre polyphonique, associant le théâtre, l'opéra, le ballet, le film d'art et le film documentaire, la musique symphonique, le jazz, le sport, des commentaires de propagande en trois langues présentés comme un jeu entre trois images de la même actrice, des projections de films documentaires sur l'industrie, l'agriculture et les lieux touristiques, tout cela en mouvement sur un plateau équipé de tapis roulants, trappes, ascenseurs, écrans de cinéma fixes et mobiles, d'innombrables projecteurs dont certains inventés pour l'occasion... créant un ensemble où tous ces éléments s'interpénètrent dans un ensemble éblouissant.

Techniquement, la Laterna magika est tellement complexe qu’elle doit être gérée par un (énorme) ordinateur. C'est dans doute la première fois que l'informatique est utilisée au théâtre, d'emblée comme un des éléments décisifs.[réf. nécessaire][2]

Le succès de la Laterna magika a été tel que la Tchécoslovaquie a dû fabriquer deux copies pour répondre à toutes les demandes de tournées. La version originale a été installée à Prague mais Radok n'a pas eu le droit de créer un nouveau programme[3],[4]. Son nom a même disparu du dépliant du spectacle! Par la suite, personne, même pas Josef Svoboda, n'a réussi à maîtriser cet outil et la Laterna magika alternait des projections de films accompagnées d'une action sur scène ou, inversement, des spectacles illustrés par des films. (Aujourd'hui, la Laterna magika de Prague n'a plus rien à voir avec le projet de Radok).

Radok a tout de même pu continuer à travailler à Prague, au Théâtre de Tyl (Tylovo divadlo devenu Stavovské divadlo) et au Théâtre municipal de Prague (Městské divadla pražské) où il a fait une mise en scène de Jeu de l'amour et de la mort de Romain Rolland, stupéfiante d'originalité, de beauté et de pertinence politique[5],[6]. Par la suite, il a fait d'autres spectacles de théâtre mémorables, notamment Le Cabotin (The Entertainer) de John Osborne.

Alfréd Radok est considéré, avec son maître Emil Burian, comme l'un des plus importants metteurs en scène tchécoslovaques et européens du XXe siècle.[réf. nécessaire][7]

Il a aussi reçu plusieurs récompenses internationales pour ses films.

Suite à l'occupation de la Tchécoslovaquie par l'URSS en août 1968, Radok a émigré en Suède. Il a été bien reçu mais n’a jamais réussi à trouver un accord avec les hommes de théâtre de ce pays qui lui rappelaient péniblement les syndicalistes communistes tchèques des années 1950. Il travaille un peu en Allemagne puis tente de faire une mise en scène en Autriche où il se heurte aux mêmes difficultés. Les artistes suédois, allemands, autrichiens voulaient qu'il respecte les conventions collectives sur le temps de travail et quittaient le théâtre à son expiration alors que Radok était habitué à des répétitions qui pouvaient s'étendre à des nuits entières.

La familleModifier

Marié à Marie Radoková (1922-2003), Radok a un fils, David, lui aussi metteur en scène, et une fille, Barbara.

Son jeune frère, Emil Radok (1918-1994), a été son collaborateur et est également devenu réalisateur.

FilmographieModifier

BibliographieModifier

Notes et référencesModifier

  1. (cs) Zdeněk Hedbávný, Alfréd Radok, Prague, Divadelní ústav, , 410 p. (ISBN 80-7008-043-4)
  2. L'ironie du sort: au même moment où Radok fait du film au théâtre un moyen artistique de même importance que l'acteur, le chant, la musique, etc., et se sert d'un ordinateur pour coordonner tous ces éléments, Erwin Piscator craint que les nouvelles technologies risquent de dénaturer l'art scénique et Grotowski, qui les refuse catégoriquement, plaide pour le « Théâtre pauvre ». D'après Franck Bauchard, rappelant les opinions précitées de Piscator et de Grotowski, l'utilisation de l'informatique au théâtre ne se développe réellement qu'au début du XXIe siècle. http://www.ciren.org/ciren/colloques/131198/bauch.html
  3. Lors du 60e anniversaire de Laterna magika, en 2018, un nouveau programme a repris des éléments du projet inachevé du deuxième spectacle de Radok.
  4. (cs) ČTK, « Oslavy 60. výročí od založení Laterny magiky dnes otevře vernisáž. », TV,‎ (lire en ligne)
  5. Monique Lang a assisté à une représentation et s'en est souvenue des années plus tard, en été 1974 quand Peter Bu a tenté de convaincre son mari Jacques Lang d'inviter Radok au Théâtre national de Chaillot dont il était directeur et de lui confier la mise en scène de L'Opéra des gueux de Vaclav Havel. Lang était d'accord mais, malheureusement, deux semaines plus tard Michel Guy, tout nouveau Ministre de la Culture de Jacques Chirac, l'a limogé de Chaillot.
  6. Jeu de l'amour et de la mort de Radok a inspiré Otomar Krejča au point de le hisser parmi les meilleurs metteurs en scène tchèques. Cependant, à la différence de Svoboda qui mentionne souvent l'influence de Radok sur son travail, Krejca s'en abstient. Cf les livres de Denis Bablet sur Josef Svoboda et sur Otomar Krejča (édition L'Âge d'Homme).
  7. Opinion du critique de théâtre slovaque Peter Bu partagée par ses collègues tchèques et slovaques des années 1960. Voir le livre de Zdenek Hedbavny cité entre les références bibliographiques.

AnnexesModifier