Albert Séverin Roche

soldat français de la Première Guerre mondiale

Albert Roche
Albert Séverin Roche

Surnom Le premier soldat de France
Naissance
Réauville (Drôme, France)
Décès (à 44 ans)
Avignon (Vaucluse, France)
Origine Drapeau de France Français
Allégeance Drapeau de la France France
Arme Chasseurs alpins
Grade Soldat de 1re classe
Années de service 1914 – 1925
Conflits Première Guerre mondiale
Faits d'armes 1 180 prisonniers
Distinctions Officier de la Légion d'honneur Officier de la Légion d'honneur
Croix de guerre 1914-1918, palme de bronze Croix de guerre 1914-1918, palme de bronze

Albert Fernand Séverin Roche (RéauvilleAvignon), est le soldat français le plus décoré de la Première Guerre mondiale. Il a été blessé neuf fois et a capturé un total de 1 180 soldats allemands. Il est surnommé « le premier soldat de France » par le maréchal Ferdinand Foch.

BiographieModifier

OriginesModifier

Né à Réauville dans la Drôme, il est le fils d'un cultivateur, Séverin Roche, et de Louise Savel[1], troisième fils dans une modeste famille nombreuse.

Première Guerre mondialeModifier

En 1914, à 19 ans, lors de la mobilisation, le conseil de révision le refuse, car l’estimant trop chétif pour servir, à la grande joie de son père : on a besoin de bras pour faire tourner la ferme. Albert veut cependant coûte que coûte se battre. Devant l’opposition de son père, il fait son sac et se sauve. Il se présente au camp d’instruction d’Allan qui l’affecte au 30e bataillon de chasseurs[2]. Cependant son incorporation se passe mal : mal noté, mal-aimé, il s’énerve et s’enfuit. Aussitôt rattrapé, il est envoyé en prison pour désertion.

 
Insigne du 27e BCA. Devise : « Vivre libre ou mourir », devise du bataillon des Glières et « Toujours à l'affût ».

Il se défend en ces termes : « Les mauvais soldats, on les expédie là-haut, et moi je veux aller où l’on se bat. »

Il est alors envoyé le au 27e bataillon de chasseurs alpins engagé dans l’Aisne, bataillon surnommé « diables bleus » par les Allemands.

Il se porte volontaire pour aller détruire un nid de mitrailleuses. Rampant jusqu’aux tranchées ennemies, il parvient à proximité de la cible, atteint le tuyau de cheminée du poêle autour duquel se pressent les Allemands pour se chauffer et y fait tomber une poignée de grenades. La position est neutralisée : il y a plusieurs morts et les survivants se rendent, croyant être attaqués par un bataillon entier. Albert revient à sa base avec les mitrailleuses et huit prisonniers[3].

Le , il est distingué comme chasseur de première classe[4].

Régulièrement en première ligne, il se retrouve un jour être le seul survivant de sa position, une tranchée au Sudel en Alsace, tous ses camarades ayant été tués. Il positionne alors tous les fusils des morts avec lesquels il tire alternativement faisant croire à l’ennemi à la résistance d’une garnison, mettant ceux-ci en déroute[3].

Régulièrement volontaire pour des missions de reconnaissance, il est un jour fait prisonnier avec son lieutenant blessé. Isolé dans une casemate lors d’un interrogatoire, il parvient à maîtriser et tuer son interrogateur dont il a subtilisé le pistolet. Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, il ramène 42 nouveaux prisonniers et son lieutenant blessé sur son dos.

Lors d'une offensive de la bataille du Chemin des Dames, son capitaine est grièvement blessé et gît entre les lignes. Il rampe alors sous le feu au péril de sa vie pendant six heures pour le rejoindre, puis encore quatre heures pour le ramener avant de le confier aux brancardiers. Épuisé, il s’endort dans un trou de guetteur. Il est réveillé par une patrouille qui le prend pour un déserteur. « Abandon de poste sous le feu, fusillé dans les 24 heures ». Malgré ses dénégations, sans témoin et en période de mutinerie, il est envoyé au cachot en attente de l’application de la sentence. Il écrit alors à son père « Dans une heure je serai fusillé, mais je t’assure que je suis innocent. ». Il est emmené au peloton d’exécution qui s’apprête à faire sa besogne lorsqu’une estafette l’interrompt : le capitaine est sorti juste à temps de son coma et apporte son témoignage disculpant Albert[3].

Le chasseur Roche est nommé chevalier de la Légion d'honneur le avec la citation suivante[5],[6] (voir infra) :

« Chasseur dont la bravoure est légendaire au bataillon. Fait preuve, dans les circonstances les plus difficiles d'un mépris absolu du danger ; conserve un calme absolu aux moments les plus critiques, donne à ses camarades l'exemple de l'entrain, exalte leur courage, est pour ses chefs un auxiliaire précieux. Pendant les opérations du , a réussi comme agent de liaison à transmettre à toutes les sections de sa compagnie les ordres du commandant, n'hésitant devant aucun danger, triomphant des difficultés de toutes sortes, montrant un rare esprit de décision, une conscience au dessus de tout éloge. Médaillé militaire pour faits de guerre (sept citations). »

— 

Il reçoit la croix de la Légion d'honneur des mains du commandant de l'armée des Vosges, le général de Maud'huy. Il est invité à la table du général Mangin.

L'après-guerreModifier

 
Cérémonie du choix du soldat inconnu destiné à reposer sous l'Arc de Triomphe ; citadelle souterraine de Verdun (Reconstitution).

Au cours du conflit, il est blessé neuf fois, fait 1 180 prisonniers à lui tout seul[7]. À la fin du conflit, à 23 ans, il est toujours soldat de première classe.

Le , il est présenté au balcon de l’hôtel de ville de Strasbourg par le généralissime Foch devant une immense foule en liesse en ces termes : « Alsaciens, je vous présente votre libérateur Albert Roche. C'est le premier soldat de France ! ». Peu de temps auparavant, Foch avait découvert avec étonnement les états de service d’Albert devant lesquels il s’était écrié : « Il a fait tout cela, et il n’a pas le moindre galon de laine ! ».

Le 11 novembre 1920, il porte, avec sept de ses camarades, le cercueil du Soldat inconnu lors de la cérémonie à l’Arc de Triomphe[8].

Il fait ensuite partie de la délégation française conduite à Londres en 1925 par le général Gouraud pour assister aux obsèques du Field Marshall Lord French. Il est convié à la table du roi George V avec cinq représentants de l’Armée[7],[9].

Fin de vieModifier

Il retourne ensuite chez lui à Valréas dans le Vaucluse où il travaille modestement comme cantonnier[10]. Il y épouse, en janvier 1921, une fille de Colonzelle de la Drôme voisine[7],[11].

Il est affecté comme pompier à la poudrerie de Sorgues[7],[10]. En , il est renversé à Sorgues par une voiture à sa descente d'autocar[12]. Transporté à l'hôpital Sainte-Marthe d'Avignon, il y décède le « cinq heures » précise son acte de décès), à l'âge de 44 ans.

Édouard Daladier demanda que les honneurs militaires lui soient rendus lors des obsèques. Une semaine après, il transmet un don anonyme de 20 000 francs à sa veuve[13] (soit environ 10 000 euros de 2020[14]).

En 1971, la municipalité de Réauville fait ériger une stèle à sa mémoire devant sa maison natale[15],[16].

D'abord inhumé à Sorgues, le corps d'Albert Roche est transféré le au cimetière Saint-Véran d'Avignon, où il repose toujours[17] (carré 40, rangée Nord, tombe 15).

ExpositionModifier

En , une exposition lui est consacrée au musée des troupes de montagne de Grenoble[18].

HommageModifier

En juin 2018, La Poste émet un timbre à la mémoire d'Albert Roche[19].

DécorationsModifier

  Officier de la Légion d'honneur (décret du 30 juin 1937)
  Médaille militaire (25 octobre 1917)
  Croix de guerre 1914-1918, palme de bronze (quatre citations à l'ordre de l'armée et huit étoiles)[20]
  Insigne des blessés militaires (neuf blessures)
  Médaille commémorative de la guerre 1914-1918 (1920)
  Médaille interalliée de la Victoire (1922)
  Croix du combattant (1930)
  Croix du combattant volontaire 1914-1918 (1935)

Notes et référencesModifier

  1. Acte de naissance no 4/1895 de la commune de Réauville.
  2. « Registre matricule de Montélimar no 459/1915 ».
  3. a b et c Bourquard 2014.
  4. Registre matricule de Montélimar no 459/1915.
  5. « Patriote - Court-métrage », sur Kickstarter (consulté le )
  6. « Albert Roche, 1er soldat de France », sur etudessorguaises.fr (consulté le )
  7. a b c et d Pierre Miquel, La Grande Guerre au jour le jour, Paris, Fayard, , 457 p. (ISBN 978-2-213-02284-0, lire en ligne), p. 419-421
  8. Hommage au héros de guerre Albert Séverin Roche dimanche 25 novembre 2018 à Réauville (Drôme). ONACVG, 25/11/2018
  9. « Albert-Séverin Roche "premier soldat de France" héros de légende meurt victime d'un accident d'automobile - Le film sans gloire d'un brave », sur Paris-Soir, (consulté le )
  10. a et b « Albert Roche, premier soldat de France, oublié de la première guerre mondiale entre Drôme et Vaucluse », sur France Bleu, (consulté le )
  11. « Une commune en fête - Le 2ᵉ Poilu de France se marie - C'est Albert Roche de Réauville », sur Journal de Montélimar (via RetroNews - Le site de presse de la BnF), (consulté le )
  12. « Le Radical de Marseille », sur Gallica, (consulté le )
  13. « L'Ouest-Éclair », sur Gallica, (consulté le )
  14. « Convertisseur franc-euro | Insee », sur www.insee.fr (consulté le )
  15. « Buste à mi-corps d'Albert-Séverin Roche - Inventaire Général du Patrimoine Culturel », sur patrimoine.auvergnerhonealpes.fr (consulté le )
  16. « Buste à mi-corps d'Albert-Séverin Roche », sur www.pop.culture.gouv.fr (consulté le )
  17. « Chiffre du jour : il y a un siècle, un Vauclusien accompagnait le cercueil du soldat inconnu », sur France Bleu, (consulté le )
  18. « « Un héros oublié » : une exposition sur Albert Roche au Musée des troupes de montagne », sur www.placegrenet.fr, (consulté le )
  19. « Collector 8 timbres - Mémoire de Héros - International (sauf Chine) », sur www.laposte.fr (consulté le )
  20. « Paris-soir 16 avril 1939 - (16-avril-1939) », sur RetroNews - Le site de presse de la BnF (consulté le )

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Articles de presseModifier

  • Georges Bourquard, « À Albert Roche, la patrie si peu reconnaissante… », Le Dauphiné libéré,‎ (lire en ligne)
  • « Albert Roche », Le Bleuet, no 97,‎
  • Michel Merckel, « Albert Séverin Roche : l’anti-héros », L'Express Hors série, no 3,‎ décembre 2013 - janvier février 2014, p. 162 :

    « extrait du livre du même auteur 14-18, le sport sort des tranchées un héritage inattendu de la Grande Guerre, Le Pas d'oiseau, , 145-146 p. (ISBN 978-2-917971-36-9 et 2-917971-36-3, OCLC 869771388, lire en ligne) »

LivreModifier

Dominique Lormier, Albert Roche, premier soldat de France 1914-1918, Le Retour aux Sources, , 194 p. (ISBN 9781913057572)

Autre documentModifier

Feuillets du matricule militaire d'Albert Roche (archives « registres matricules » de la Drome) : p973, p972, p971, p970, p969, p968 et p967.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier