Albert Netter

médecin français, spécialiste de gynécologie et d'endocrinologie

Albert Netter, né le et mort le à Paris à l'âge de 102 ans[1], est un médecin français, spécialiste de gynécologie et d'endocrinologie. Il est aussi président fondateur de la Société européenne de gynécologie. Il a créé en 1972 la première banque du sperme en France.

BiographieModifier

Albert Netter effectua sa scolarité au lycée Montaigne puis au lycée Louis-le-Grand avant de commencer ses études de médecine. Sa carrière débuta comme externe des Hôpitaux de Paris en 1928 puis comme interne à partir de 1930 où il fut, à seulement vingt ans, le plus jeune interne de France (Netter 1982). Il obtint la médaille d'or de l'internat en 1936 et devint docteur en médecine de la Faculté de médecine de Paris la même année. À la suite de cela il séjourna un an à l'université Columbia à New York, et devint chef de clinique à la Faculté de médecine de Paris après son retour en 1937.

Il fut engagé dans l'armée par devancement d'appel en 1930-1931 et servit de nouveau de à , puis d' à . C'est donc logiquement, début aux premiers coups de canon de la Seconde Guerre mondiale, qu'Alice Lambert et Albert Netter se marièrent.

Dans les paragraphes qui suivent, les principaux thèmes de travail d'Albert Netter sont présentés de façon approximativement chronologique. Il faut néanmoins considérer que de nombreux axes de travail furent maintenus en parallèle via de nombreuses collaborations sur plusieurs dizaines d'années et résultant en de nombreuses publications.

Les principaux sujets abordés furent donc:

  • en début de carrière: les pathologies digestives, la pédiatrie, les pathologies infectieuses, les pathologies thyroïdiennes,
  • les pathologies génitales: les aménorrhées et leur traitement, l'hyperandrogénie et les métrorragies,
  • le cancer du col utérin,
  • les malformations utérines,
  • la mammographie,
  • l'œstrogénothérapie,
  • la ménopause,
  • la contraception,
  • le traitement de la stérilité.

Les premiers travaux d'Albert Netter, effectués sur deux années à l'Institut Pasteur et publiés à partir de 1933, ont tout d'abord porté sur les protéines plasmatiques en rapport avec les états cholériformes du nourrisson (Cathala & Netter 1933).

C'est vers 1940-1941 qu'il s'intéresse aux pathologies de l'appareil reproducteur féminin (Netter 1940) en classifiant les types d'aménorrhées dont il propose des traitements à partir de 1944 (Netter 1944).

Son attention s'est aussi portée sur les pathologies thyroïdiennes, en endocrinologie donc, en collaboration avec Étienne May (May & Netter 1943). Ils ont ainsi pu décrire en 1945 les kystes de la thyroïde, améliorer la détection de cancers thyroïdiens par ponction et soigner certaines thyroïdites par traitements corticoïdes (May & Netter 1945). Ces travaux feront l'objet de la thèse d'Alice Lambert-Netter (1951).

À partir de 1951 il s'intéresse au métrorragies (Netter et al. 1951) et, en collaboration avec René Musset en 1953-1954, il étudie les accolements utérins consécutifs au curetage ainsi que les symphyses endo-utérines tuberculeuses (Netter et al. 1954) (on parlera plus tard de syndrome de Musset-Netter (Blanc & Potier 2000)). Ils publieront aussi sur le dépistage du cancer du col de l'utérus. Cette collaboration se poursuivra sur plusieurs décennies avec par exemple une étude des malformations utérines en 1967.

C'est vers 1955 que le travail d'Albert Netter se focalise sur les troubles utéro-ovariens qui mèneront à la description en 1957 des aménorrhées ovarioplégiques (connues plus tard en anglais sous le nom de "gonadotropin resistant ovaries syndrome"). Il détaille ainsi les malformations ovariennes et leur influence sur les ménopauses précoces et l'hyperandrogénie dans de nombreuses publications des années 1960. Il propose aussi un traitement par la bromocriptine pour guérir certains types de stérilité. Cette époque sera aussi celle de l'utilisation de la mammographie pour dépister le cancer du sein, moyen qu'il utilisera, avec son élève André Gorins, pour éclaircir les raisons du taux élevé de sulfate de déhydroépiandrostérone (DHAS) dans les kystes mammaires.

Ces travaux menèrent dès 1965 aux études, avec Yvette Salomon, des traitements par gonadotrophines extraites de l'urine des femmes ménopausées (human menopausal gonadotropin - hMG) (Netter & Salomon 1963, Netter et al. 1970). Ils proposèrent un traitement ajusté grâce à l'examen de la glaire cervicale et au dosage des œstrogènes, ainsi que des tests aux hMG et à l'oestradiol pour déterminer l'origine des aménorrhées. L'étude sur le mode d'action des gonadotrophines sera poursuivie par le travail de thèse d'Agostinho de Almeida Santos et Claude Hermier à partir de 1972 (Hermier et al. 1972).

Albert Netter participa et encadra divers travaux dans le domaine de la fertilité. Par exemple il nota que le placement d'une capsule emplie de sperme sur le col utérin améliorait considérablement les chances de fécondation, et ce malgré un exudat vaginal spermiotoxique. Il fut aussi membre d'une large collaboration dans l'étude des fausses couches.

Il s'attaqua également vers 1963 au problème de l'infécondité masculine. Il étudia en particulier l'influence des anomalies de caryotype sur la stérilité de l'homme et d'éventuelles fausses couches de sa femme. En 1973 il montre avec Didier Millet un parallèle entre les concentrations plasmatiques de FSH, LH et testostérone et l'aspect histologique des testicules, évitant ainsi de pratiquer des biopsies testiculaires chez 80 % des hommes inféconds. Vers 1975, son équipe est la première à guérir l'azoospermie due à l'hypergonadisme hypogonadotrope en stimulant la spermatogenèse grâce aux gonadotropines LCG/LMG. Enfin, en 1978 il souligne le lien entre le zinc, la testostérone et la production de sperme.

C'est en 1972 qu'il créé avec Michel Jondet la banque de sperme de l'Hôpital Necker, la première en France (Jondet & Netter 1973) Le Pr Georges David créera de son côté une banque du sperme à l'hôpital Bicêtre, situé au sud de Paris. Ces structures mèneront à la création du Centre d'étude et de conservation des œufs et du sperme humains (CECOS) à l'Hôtel-Dieu en 1978. C'est aussi en 1974, avec Jacqueline Kahn-Nathan, qu'il organise le premier congrès mondial de sexologie médicale (Giami & de Colomy 2001). À l'époque où il travaillait à l'Hôpital Lariboisière, Albert Netter créa en 1971 les Journées Albert Netter de gynécologie (Madelenat 2007/Serfaty & Homasson) qui menèrent, en 1992, à fonder la Société Européenne de Gynécologie qui créa en 2005 le Prix Albert et Alice Netter destiné à récompenser les travaux de jeunes chercheurs en gynécologie (SEG).

En plus d'être impliqué lors de l'arrivée de la pilule en France il fut un partisan de la libéralisation de l'interruption volontaire de grossesse et, de façon générale, du droit des femmes à décider de leur fertilité (Madelenat 2007/Belaisch).

À partir de 1979 Albert Netter publie des ouvrages destinés au grand public sur les thèmes de la gynécologie, la ménopause, la contraception, la reproduction, et l'hermaphrodisme (voir Bibliographie).

Missions et postesModifier

De à il fut conseiller médical de la Mission française de la Santé publique aux États-Unis destinée à informer le ministre de la Santé des progrès médicaux réalisés aux États-Unis durant la période 1940-1945. En 1955 il effectua une mission à Montréal où il remplaça le professeur Roméo Boucher à l'Hôpital Saint-Luc.

Médecin des Hôpitaux de Paris en 1947, il enseigna comme professeur au Collège de médecine des Hôpitaux de Paris à partir de 1954 et fut nommé professeur à la Faculté de médecine de Paris (à titre rétroactif) en 1964. Il fut ensuite chef de service à l'Hôpital Lariboisière, puis à l'Hôtel-Dieu, à l'Hôpital Necker où il enseigna la gynécologie et l'endocrinologie et consulta aussi à l'Hôpital Saint-Louis.

Créateur de la gynécologie médicale qu'il a enseignée à partir de 1948, fondateur de l'Association française pour l'étude de la ménopause (1979), il est président fondateur de la Société européenne de gynécologie (1992). Il est aussi président d'honneur de la Société d'endocrinologie, de la Société de cytologie clinique, de la Société française de gynécologie et de la Société française pour l'étude de la fertilité. Il fut également président de la section parisienne de la Fédération des sociétés de gynécologie et d'obstétrique de France, président d'honneur de la Société d'étude de la stérilité, membre de la Commission d'endocrinologie de l'INSERM et conseiller scientifique de la Fondation de recherche en hormonologie.

DistinctionsModifier

Principales collaborationsModifier

Présence dans les médias, les lettres et les artsModifier

  • Albert Netter fut plusieurs fois l'invité d'émissions et journaux télévisés (26-11-1965 sur la pilule ina.fr, 25-04-1967 "Tel quel" sur l'avortement, 15-05-1977 sur la contraception...).
  • Un extrait d'un article du quotidien Le Monde est repris dans le roman Pointe Rouge, de Maurice Attia (2007), p. 245, où Albert Netter s'oppose à un paragraphe de la loi Neuwirth sur la régulation des naissances qui exige un consentement écrit des parents pour permettre l'accès à la pilule aux mineures de moins de 21 ans: "Nous ne voyons dans cette interdiction faite aux mineures ni un progrès moral, ni un bienfait pour l'avenir de la natalité, bien au contraire..."
  • Son nom est aussi cité dans l'album Les Frustrés 3 (1978) de Claire Bretécher où mention est faite d'une baisse de la fertilité masculine.

BibliographieModifier

Albert Netter a publié plus de 400 articles dans les revues médicales et conférences. Il a en outre publié des traités de gynécologie et de contraception et fondé plusieurs revues dans les domaines de la gynécologie, la ménopause et la stérilité. Les textes de son enseignement furent publiés sous forme d'Actualités Gynécologiques en 30 volumes (13 aux éditions Masson et les suivantes aux éditions Eska). Il a aussi publié des livres destinés au grand public sur le sujet de la femme, la reproduction, la contraception et la ménopause. Certains de ses livres sont agrémentés de notes humoristiques concernant la Grèce Antique, opéras et opérettes ou même des personnages de bande-dessinée.

  • Netter, A. (1949, 1959) Gynécologie (2 volumes), éd. Flammarion
  • Netter, A. (1955) Les aménorrhées, éd. Flammarion
  • Netter, A. (1956) Aménorrhées - Dysménorrhées, éd. Baillière
  • Netter, A., Thibault, C. (1971) Gynécologie, Reproduction, éd. Flammarion
  • Netter, A. (1975) La contraception - Principes et applications, Pratique pour le généraliste et le gynécologue, éd. Lavoisier
  • Musset, R., Netter, A., Poitout, P., Rioux, J. (1977) Précis d'hystérographie, Presses U. Laval Québec
  • Netter, A. (1979) Connaissance de la femme, éd. Robert Laffont
  • Netter, A. (1981) Vaincre sa ménopause, éd. Albin Michel
  • Netter, A.; Rozembaum, H. (1985) Histoire illustrée de la contraception de l'Antiquité à nos jours, éd. DaCosta
  • Netter, A. (1996) La femme, l'homme et leur reproduction, éd. ESKA
  • Netter, A. (2000) Quel sexe? L'hermaphrodisme et les ambiguïtés sexuelles, éd. ESKA

LiensModifier

RéférencesModifier

  • Cathala, J., Netter, A. (1933) Injections intra-musculaires dans le collapsus toxique et les broncho-pneumonies du nourrisson. Bull. Soc. Péd. Paris 31:177-181.
  • Netter, A. (1940) Les menstruations anovulaires. Presse Médicale 48:27-30.
  • May, E., Netter, A. (1943) Adénome trabéculaire du corps thyroïde diagnostiqué par la ponction-biopsie de la glande. Ann. Endocrinologie 4:259-260.
  • Netter, A. (1944) Le déclenchement de l'ovulation par l'infiltration novocaïnique du ganglion sympathique cervical supérieur. Presse Médicale 52:451-453.
  • May, E., Netter, A. (1945) Goitre à forme d'hyperthyréose guéri par l'opothérapie thyroïdienne. Ann. Endocrinologie 6:104-107.
  • Netter, A., Lambert, A., Troisier, S., Aumaitre, J. (1951) Métroragies après testostérone. C. R. Soc. Fr. Gyn. 21:248-251.
  • Netter, A., Musset, R., Khran, J., Salomon, Y (1954) Une cause fréquente et peu connue d'hypoménorrhée et d'aménorrhée. Les synéchies cicatricielles consécutives aux curetages. Semaine des hôpitaux 30:1030-1038.
  • Netter, A., Lambert, A., James, M., Gorins, A. (1955) Traitement édical de la stérilité tubaire, Fonction tubaire, Masson Ed, Paris.
  • Netter, A., Henry, R., Lambert, A., Thevenet, M., Lumbroso, P., Aschheim, P. (1955) Étude sur certains aspects de l'hyperandrogénie chez la femme. Ann. Endocrinologie 16:833-848.
  • Netter, A., Musset, R., Lambert, A., Salomon, Y., Montbazet, G. (1955) Symphyses endo-utérines tuberculeuses: un syndrome anatomo-clinique et radiologique caractéristique, Gyn. et Obst. 54:19-36.
  • Netter, A., Lambert, A., Yaneva, H., James, M., Renaudie, A. (1956) Difficultés diagnostiques dans certains cas de cancer du corps utérin, C. R. Soc. Fr. Gyn., 26:387-392.
  • Netter, A., Lambert, A., Lumbroso, P. (1958) Études sur les aménorrhées, le testicule féminisant, Bull. Mém. Soc. Méd. Hôp. Paris, 74:246-250.
  • Bernard, J., Lambert, A., Netter, A. (1959) La radiographie mammaire, Annales Radio., 35:119-127.
  • Netter, A., Jayle, M.-F., Musset, R., Lambert, A., Mauvais-Jarvis, P. (1960) Les épreuves dynamiques dans le syndrome de Stein-Leventhal, Ann. Endocrinologie, 21:590-600.
  • Netter, A., Gorins, A. (1961) Amélioration des métastases du cancer du sein par un stéroïde non hormonal, Bull. Mém. Soc. Méd. Hôp. Paris, 77:283-289.
  • Netter, A., Salomon, Y. (1963) Les progestoïdes de synthèse, Revue du Praticien, 13:1457-1476.
  • Netter, A., Lumbroso, P., Yaneva H. (1964) Étude histochimique des endomètres soumis à certains progestatifs de synthèse, Symposium sur les progestatifs de synthèse, Masson Ed., Paris.
  • Netter, A., Pelissier, C. (1966) Effets physiologiques des œstrogènes sur la fonction ovarienne. Étude particulière de la suppression de l'ovulation par la thérapeutique, Presse Médicale, 74:1129-1150
  • Baulieu, E., Decourt, S., Degennes, M.-L., Netter, A., Royer, P., Pequignot, H. (1967) Les états de rétention hydriques d'apparence primitive. Presse Médicale, 75:451-452
  • Netter, A., Salomon, Y., Millet, D. (1967) Techniques et résultats de la thérapeutique par les gonadotrophines humaines (administration successive de hNG-hCG. À propos de 39 observations), La femme et l'enfant, 1:8-23
  • Netter, A., Rozenbaum, H. (1968) Physiologie de la prostate, Vie Médicale, 49:29-34
  • Netter, A., Millet, D. (1968) Les traitements de l'anovulation, Actualités Endocrinologiques de la Pitié, Expansion Ed., Paris, 259-269
  • Netter, A.; Millet, D.; Salomon-Bernard, Y. (1970) Ovarian stimulation test using human menopausal gonadotrophin (HMG), [J. Reprod. Fert. (21), p. 313-317. "http://www.reproduction-online.org/cgi/reprint/21/2/313.pdf"]
  • Netter, A., Pouget, J., Serfaty, D. (1971) Stérilité endocrinienne guérie par l'acétate de noréthistérone - à propos de 8 cas. C. R. Soc. Pr Gyn., 41:65-70.
  • Hermier, C., Santos, A. A., Wisnewsky, C., Netter, A., Jutisz, M. (1972) Rôle de l'AMP cyclique et d'une protéine régulatrice dans l'action in vitro de la gonadotrophine choriale humaine, C. R. Acad. Sciences, 275 D:1415-1418
  • Jondet, M., Netter, A., (1973) Organisation d'une banque de sperme humain, Gynécologie, 24:141-144
  • Netter, A. (1982) Mémoire de proposition pour le grade d'officier de la Légion d'Honneur
  • Reznikoff-Étiévant, M. F., Simmoney, N., Janaud, A., Darbois, Y., Netter A. (1985) Treatment of spontaneous abortions by immunisation with paternal leucocytes. Lancet, i, 1398
  • Netter, A., Serfaty, D., Pez J.-P., Leroy B. (1986) Follicules ovariens inopportuns démesurés de la période périménopausique. "Actualités Gynécologiques 17:223-236"
  • Blanc, B., Potier, A. (2000) Imagerie médicale en gynécologie. Springer-Verlag France, Paris.
  • Giami, A., de Colomby, P. (2001) Profession sexologue?, "Sociétés Contemporaines (41-42), p. 41-63". (téléchargé le )
  • Madelenat (2007) Hommage à Jean Cohen, hommages de Jean Belaisch, David Serfaty et Nelly Homasson. Gynécologie Obstétrique & Fertilité 35:935-941

Liens externesModifier