Albert Ier (prince de Monaco)

prince de Monaco, navigateur et océanographe

Albert Ier
Illustration.
Le prince Albert Ier de Monaco vers 1910.
Titre
Prince de Monaco

(32 ans, 9 mois et 16 jours)
Ministre d'État Émile Flach
Georges Jaloustre (intérim)
Raymond Le Bourdon
Prédécesseur Charles III
Successeur Louis II
Prince héréditaire de Monaco

(33 ans, 2 mois et 21 jours)
Monarque Charles III
Prédécesseur Charles, prince héréditaire, duc de Valentinois
Successeur Louis, prince héréditaire
Biographie
Hymne royal Hymne monégasque
Dynastie Maison Grimaldi
Nom de naissance Albert Honoré Charles Grimaldi
Date de naissance
Lieu de naissance Paris (France)
Date de décès (à 73 ans)
Lieu de décès Paris (France)
Père Charles III
Mère Antoinette de Mérode-Westerloo
Conjoint Mary Victoria Hamilton (1869-1880),
Alice Heine, duchesse de Richelieu (1889-1922)
Enfants Louis II Red crown.png
Héritier Louis, prince héréditaire
Résidence Palais de Monaco

Albert Ier (prince de Monaco)
Monarques de Monaco

Albert Ier, surnommé « le Prince savant » ou « le Prince navigateur » (Paris, id., ), fut prince souverain de la principauté de Monaco du au . Ce prince aux multiples facettes, au cœur des sociabilités de la Belle époque, est une figure emblématique qui par son humanisme, son mécénat, son art de gouverner, sa curiosité scientifique et sa prise de conscience pionnière des enjeux environnementaux, a fortement contribué au rayonnement de son pays.

Vie et œuvreModifier

 
Albert Ier par Eugène Pirou.
 
100 francs or Albert Ier de 1895.

Le , naît à Paris, au 90 rue de l'Université (dans l'actuel 7e arrondissement), Albert Honoré Charles Grimaldi, fils du prince Charles III de Monaco et d'Antoinette-Ghislaine de Monaco, née comtesse de Mérode.

Le ou le , sa mère achète le château de Marchais, en Picardie, à proximité de la Belgique, son pays natal. Le lieu est très important pour le jeune prince : le domaine est le petit paradis de son enfance où il peut satisfaire son goût pour l’exercice physique et sa curiosité pour la nature.

En 1858, le jeune prince, âgé de 10 ans, pose symboliquement la première pierre du casino des Spélugues, à l'occasion de l'inauguration de l'Élysée-Alberti.

Éducation et formationModifier

La formation du prince a d'abord été assurée par des précepteurs, notamment l'abbé Charles Theuret. Il étudie dans une institution à Auteuil puis au collège Stanislas de Paris. Après le décès de sa mère, la princesse Antoinette de Merode, il suit, de 1864 à 1865, les cours du petit séminaire de La Chapelle-Saint-Mesmin dirigé alors par Mgr Félix Dupanloup[1]. En 1865, il commence sa formation d'officier de la Marine impériale française, à Lorient, puis il rentre dans la Marine royale espagnole, où il sert durant deux années à Cadix et aux Caraïbes ; il obtient le grade d'enseigne et de lieutenant de vaisseau. Deux ans plus tard, il prend part à la guerre franco-prussienne de 1870 comme lieutenant de vaisseau dans la marine de guerre française. Il est décoré de la Légion d'honneur.

MariagesModifier

Par l’entremise de l’impératrice Eugénie (épouse de Napoléon III), il épouse en 1869, au château de Marchais, lady Marie-Victoire Douglas Hamilton (des ducs d'Hamilton), petite-fille de la grande-duchesse de Bade Stéphanie de Beauharnais et cousine de l’empereur Napoléon III,

Ils ont un fils unique, le prince Louis, né le , dont son père ne fait la connaissance qu'en 1880. Le a lieu l'annulation du mariage avec Marie-Victoire Douglas Hamilton par la Cour de Rome. Leur fils est reconnu comme légitime.

Le , le prince Albert Ier accède au trône au décès de son père, le jour même, au château de Marchais. Il prend le deuil pour six mois à compter du lendemain.

Albert Ier se remarie civilement le avec Alice Heine, duchesse douairière de Richelieu, à la Légation de Monaco à Paris et à la mairie du 8e arrondissement. Le , le mariage religieux a lieu en la chapelle de la Nonciature. Le prince a rencontré Alice Heine dix ans auparavant, lors d'un séjour à Madère. Albert et Alice n'auront pas d'enfants.

Le , un jugement sépare officiellement les deux époux.

Domaines scientifiques : océanographie, paléontologie, géographie, médecineModifier

En , il visite la frégate cuirassée Normandie dans le port de Cherbourg. C'est l'éveil d'une vocation. En 1870, il est âgé de 22 ans lorsqu'il se passionne pour l'exploration océanographique. Il achète en Angleterre une goélette, et change son nom de Pleiad en celui d'Hirondelle. Il organise de nombreuses expéditions scientifiques océanographiques et cartographiques, accompagné par de nombreux scientifiques dans des navires construits et entièrement dédiés à cette recherche (l’Hirondelle I et II, la Princesse Alice I et II, équipés de laboratoires avec des tables anti-roulis). Il découvre à cette occasion de nouvelles espèces, dont le poisson de grande profondeur Grimuldichtys profondissimus, nommé ainsi en hommage aux Grimaldi[2].

Il devient membre de la Société de géographie de Paris le .

Le , le prince Albert Ier est élu correspondant de l’Académie des sciences de Paris, dans la section de géographie et navigation.

Le débutent les travaux du musée océanographique, après adjudication des travaux. Le de l'année suivante est posée la « première pierre » du musée océanographique : il s’agit davantage d’une cérémonie et d'une manifestation « médiatique » et diplomatique, l'une des premières tentatives faites par le prince Albert pour un rapprochement entre la France et l’Allemagne. Entièrement consacré à la mer, le musée, avec laboratoires, collections de pièces rapportées de ses explorations, aquariums de faune et de flore des fonds sous marin de la Méditerranée, librairie scientifique, archives, etc., est officiellement inauguré le . Ni le président français Armand Fallières, ni l'empereur Guillaume II, ne répondent à l’invitation, ce qui ne contribue pas à créer un événement politique.

Le « Prince savant » déclare lors de l'inauguration : « Ici, messieurs, vous le voyez, la terre monégasque a fait surgir un temple fier et inviolable dédié à la divinité nouvelle qui règne sur les intelligences ».

Il participe entre autres, à l'exploration du Svalbard, lors de quatre campagnes scientifiques, en 1898, 1899, 1906 et 1907. Il en rédige une cartographie très précise au début des années 1900. Certaines de ces cartes sont encore utilisées de nos jours, à défaut d'en avoir édité de plus récentes. La toponymie du Spitzberg est marquée par le passage du prince Albert Ier.

Il s'intéresse également aux origines de l'humanité. Il fait opérer plusieurs campagnes de fouilles archéologiques dont, en particulier, celle des Grottes de Grimaldi[3] entre 1895 et 1904. Le , il fonde le musée d’Anthropologie préhistorique de Monaco. Par cette action, le prince témoigne de son souci de conservation des collections, souhaitant que les objets préhistoriques et archéologiques recueillis au cours de fouilles ne soient pas dispersés mais restent réunis dans un musée. Le premier directeur est le chanoine Léonce de Villeneuve ; le musée est situé sur le Rocher, dans l’ancien hôtel du Gouvernement. Afin de pérenniser les études préhistoriques, Albert Ier fonde en 1910 à Paris l'Institut de paléontologie humaine.

En 1907, il est l'un des membres fondateurs de la Société des Amis du Muséum national d'histoire naturelle, à l'établissement de laquelle il participe moralement et financièrement[4].

Il est membre et de la British Academy en 1909 dont il est décoré de la médaille d'or pour ses nombreuses contributions scientifiques.

À l'inverse de la vaccination, les scientifiques de son équipe, Paul Portier et Charles Richet découvrent, en 1901, à partir de l'étude du venin des physalies, l'anaphylaxie (une forme très brutale d'allergie).

Cela vaudra à Charles Richet le prix Nobel de médecine en 1913.

Il fait plusieurs séjours dans le Carladès dont il est comte titulaire héréditaire, adhère à la Société de la Haute-Auvergne, fait faire des recherches dans les archives de la principauté qu'il fait inventorier et classer, puis fait publier les Documents relatifs à la vicomté de Carlat[5]

Internationalisme et humanismeModifier

Affaire DreyfusModifier

Dans sa correspondance avec son amie Flore Singer, salonnière parisienne, le prince Albert affiche dès le début de l'affaire des sympathies dreyfusardes. Il correspond également sur le sujet avec son ami Joseph Reinach, journaliste et homme politique engagé dans l'affaire. En , il réagit au J'accuse… ! de Zola en écrivant à ce dernier : « Votre déclaration contient les plus beaux sentiments qu'une âme puisse exprimer, elle honore l'humanité, elle ajoute un rayon à la gloire de la France […] ». Le , il fait publier dans Le Figaro une lettre adressée à Mme Dreyfus et écrit au capitaine. Cette prise de position publique suscite des réactions passionnées dans les deux camps[6].

On notera également que le prince Albert Ier nomme le , par une ordonnance souveraine, Armand Lunel professeur de philosophie au lycée de Monaco (ce dernier y enseigne jusqu’en 1953 ; Armand Lunel, écrivain et professeur, premier prix Renaudot en 1926 – Nicolo-Peccavi ou l’Affaire Dreyfus à Carpentras, Gallimard), qui contribuera beaucoup au rayonnement de la Principauté.

PacifismeModifier

L'humanisme d'Albert Ier le conduit à un engagement pacifiste. Sa correspondance avec Bertha von Suttner en témoigne. Du au , Monaco accueille le XIe congrès international de la paix, organisé par le Bureau international de la paix de Berne : « on voit que le Prince s’efforce de faire de son petit territoire neutre outre un asile pour les sciences naturelles, mais encore un centre d’internationalisme agissant comme le sont déjà Berne et Bruxelles et comme devrait l’être La Haye (). Le prince fonde en 1903 l'Institut international de la paix à Monaco ; l’abbé Pichot en est le vice-président.

Il tente par ce biais de dissuader le Kaiser Guillaume II d'Allemagne d'enclencher la Première Guerre mondiale[7]. Le , il rencontre Guillaume II sur son bateau, le Meteor, à Kiel. Du au , il écrit Réflexions sur seize années de visite à Kiel.

Lorsque la guerre est déclarée, il déclare la neutralité de Monaco et met à la disposition du gouvernement français plusieurs bâtiments monégasques pour l'assistance médicale neutre aux blessés et aux malades (l'Institut océanographique et l'Institut de paléontologie de Paris, ainsi que l'usage de la télégraphie sans fil à bord de son yacht l'Hirondelle ; il met à la disposition du préfet de la Seine une somme de 50 000 francs pour les familles nécessiteuses des militaires appelés sous les drapeaux ; et met à la disposition de la Croix-Rouge française son château de Marchais et l'hôpital de Monaco). Le , il adresse un télégramme de solidarité au président Raymond Poincaré après le bombardement de la cathédrale de Reims. Cet événement choque le prince et entraîne un revirement d’opinion sur l’Allemagne et son empereur. En 1919, sort l'ouvrage écrit par[Qui ?], La Guerre allemande et la Conscience universelle. Un premier tirage est sorti des presses en , le second paraît avec quelques retouches. Les réflexions inspirées par la Grande Guerre sont réunies sous la forme d’une lettre ouverte et d'un pamphlet adressés à Guillaume II.

Fondations Albert-IerModifier

En 1906, après des années de recherches et d'expéditions océanographiques, alors âgé de 58 ans, il crée la Fondation Albert Ier, connue sous le nom d'Institut océanographique, rue Saint-Jacques à Paris en France, reconnue d'utilité publique, afin que son œuvre scientifique soit poursuivie et fait don du Musée océanographique de Monaco à sa fondation. L'établissement est situé à côté de l'Institut de géographie. Cinq ans plus tard, le , est inauguré l'Institut océanographique de Paris, rue Saint-Jacques, en présence d'Armand Fallières, président de la République française.

En 1910, il crée une seconde Fondation Albert Ier, à Paris, qui abrite l'Institut de paléontologie humaine reconnue d'utilité publique dont l'objet est « le progrès de la Science sur toutes les questions relatives à l'origine et à l'histoire de l'homme fossile ». Il s'agit du premier centre de recherche au monde entièrement consacré à l'étude de l'homme fossile, constituant une étape essentielle dans le processus d'institutionnalisation de cette discipline. Le a lieu l'inauguration de l’Institut de paléontologie humaine de Paris (qui a été créé en 1910, construction du bâtiment par Emmanuel Pontremoli et Constant Roux entre 1911 et 1914, rue René Panhard) en présence du président Alexandre Millerand, du ministre de l’Instruction publique André Honnorat et des plus hautes personnalités du monde universitaire.

Il s'agit des deux fondations les plus anciennes, après l'Institut Pasteur, créé en 1887.

Politique intérieure : Constitution monégasque du Modifier

En 1910, une période de discussions et de débats, parfois appelée abusivement période de confrontations s'ouvre entre le peuple monégasque et son prince souverain, Albert Ier[8]. Le se tient au théâtre des Variétés une Assemblée générale des Monégasques, en présence des membres du Conseil communal, auxquels s’adresse Me Suffren Reymond. À la suite de cette réunion, les notables monégasques se rendent en cortège au palais princier. La plupart d’entre eux sont admis dans la cour d’Honneur. Le prince reçoit Suffren Reymond et s’adresse aux Monégasques : « […] Soyez certains que je continuerai à vous appuyer. Mais, je vous le demande, soyez calmes ». Ces échanges et la volonté d'apaisement et d'équilibre entre modernité et tradition conduisent le prince Albert Ier à la rédaction et à la promulgation de la première Constitution de Monaco le . Grâce à cette constitution, octroyée par le prince et préparée par des juristes internationalistes français (Louis Renault, André Weiss, Jules Roche), la principauté devient une monarchie constitutionnelle effective. Par cette constitution est également créé le Tribunal suprême. Cette juridiction supérieure est considérée comme la plus ancienne cour constitutionnelle du monde.

SportsModifier

Le prince Albert Ier est lui même un sportif accompli (marche, gymnastique, vélo, motocyclette, chasse). Il se passionne pour les nouveautés, en particulier dans le domaine sportif. En 1894, il accomplit le parcours de Paris au château de Marchais en tandem. De 1902 à 1906, il effectue plusieurs randonnées avec l'autocyclette Clément ou la motocyclette Beeston Humber[9]. Il pose ainsi avec cette moto dans la revue La Vie au grand air du .[10] .

En 1904, a lieu le premier Meeting international de canots automobiles, « Exposition et concours de canots automobiles » (2e course après une première épreuve « Paris à la mer » courue sur la Seine en 1903), à l’initiative de Camille Blanc, de Georges Prade (rédacteur en chef de La Vie au Grand Air) et du prince Albert Ier.

Il soutient l'essor des compétions sportives au tournant du siècle : tennis, golf, compétions d'escrime, athlétisme, régates, tir au pigeon, tournoi international d'échecs et le médiatique match de boxe entre Carpentier et Sullivan le .

Du au , se déroulent les Jeux olympiques d'été à Anvers. Monaco y participe pour la première fois. Pour ces olympiades, 2 626 athlètes (seulement 65 femmes pour 2 561 hommes), représentant 29 nations, concourront dans 156 épreuves. C’est dans ce contexte que Monaco, qui dispose d'un Comité national olympique depuis 1907, participe à cette manifestation avec ses six sportifs emmenés par le président de cette entité, le comte Albert Gautier-Vignal, qui a travaillé pour donner à Monaco une place sur l’échiquier du sport mondial.

Émile Barral (en) s'aligne au départ du 800 mètres et atteint les quarts de finale. Edmond Médecin termine au vingt-septième rang au saut en longueur avec un bond à 6,03 m. Deux gymnastes sont également en lice. Michel Porasso se classe douzième, Joseph Crovetto vingt-deuxième. Louis Radino et Gaston Médecin, remplaçants, n'auront pas l'occasion de participer à la fête. Les athlètes étrennent la tenue de sport de Monaco, d'un blanc immaculé avec un écu quadrillé de losanges sur le torse.

De même, à la fin de son règne du au , se déroulent les premiers Jeux mondiaux féminins à Monte-Carlo.

Le contexte est peu favorable au sport féminin, qui souffre de représentations négatives. Le conflit mondial permet une première émancipation. Moins soumises au joug masculin, les femmes vont alors pouvoir se tourner vers des activités qui n’étaient pas envisageables auparavant.

La sportive française Alice Milliat (1884-1957) a un rôle déterminant dans cette impulsion. Elle demande, dès 1919, au Comité international olympique (CIO) d’inclure quelques épreuves féminines au programme des Jeux d’Anvers. Elle décide alors de mettre en place en 1921 les premiers Jeux mondiaux féminins, dont le cadre sera Monte-Carlo. Qualifiés de façon inappropriée d’« Olympiades » par les journalistes, ces jeux se déroulent, faute de stade et de piste, sur le terrain du tir aux pigeons avec les représentantes de cinq nations : Grande-Bretagne, Suisse, Italie, Norvège et France. À l’issue de cette première mondiale, Alice Milliat crée le la Fédération sportive féminine internationale, dont elle devient présidente.

Rallye de Monte-CarloModifier

En 1911, il crée le Rallye automobile Monte-Carlo, remporté cette année-là par le Français Henri Rougier.

Autres activitésModifier

Expositions universellesModifier

Le prince contribue au rayonnement de la Principauté par une participation active aux événements internationaux. Lors de l'Exposition universelle de Paris (-), en 1889, près de la moitié du Pavillon de Monaco, situé à proximité de la tour Eiffel, est réservé aux engins utilisés par le prince Albert pendant ses campagnes océanographiques et aux résultats de ses travaux scientifiques[réf. nécessaire].

En 1900, la Principauté est également bien présente. Le prince y expose ses collections et les résultats de ses campagnes, ce qui lui vaut des récompenses. C'est également lors de cette exposition qu'il rencontre l'artiste et reporter Louis Tinayre, qu'il engage pour suivre ses campagnes (qu'il rejoint à partir de 1904).

UrbanismeModifier

Le prince Albert Ier contribue à l'aménagement et à l'embellissement de la principauté par de nombreux travaux d'urbanisme- jardins Saint-Martin et jardins de Monte-Carlo, aménagement du port, nouvel hôpital de Monaco en 1902 et inauguration, le , du lycée de Monaco.

L'inauguration a lieu à 10 h, en présence du gouverneur général. M. Dessaux, ancien proviseur du lycée de Tournon en est le premier directeur. « Depuis longtemps, S.A.S. le Prince Albert, notre Auguste Souverain, se préoccupait de donner « aux enfants de la Principauté, et de surcroît à ceux du voisinage, une éducation moderne, avec des professeurs d’élite, dans des conditions telles que nos élèves puissent affronter avec les plus grandes chances de succès les examens de l’Université de France […]. L’inauguration d’un établissement secondaire d’instruction laïque est un événement considérable » (). À la suite de visites de nombreux établissement scolaires, Gaston Moch tire une sorte de compromis, équilibrant l’avance allemande en matière d’infrastructures et la supériorité française en matière de contenu pédagogique.

AudiovisuelModifier

Le prince, en phase avec les innovations technologiques de son temps, est également un pionnier de la photographie et du cinématographe. En , le prince, après la première projection publique au Grand Café, souhaite acheter un appareil Lumière. En 1897, ne souhaitant pas attendre les délais de livraison, il acquiert une caméra Gaumont, qu'il utilise dans la campagne scientifique de la même année où il prend notamment les premières vues animées du Maroc à Safi.

PhilatélieModifier

Il a constitué la collection philatélique qui, enrichie des acquisitions de son fils Louis II, permet la création d'un Musée des timbres et des monnaies par son arrière-petit-fils Rainier III en 1950.

Récit de voyagesModifier

Son principal ouvrage, La carrière d'un navigateur, retrace ses expédition, des Açores au Spitzberg. Ce recueil de récits autobiographiques, paraît en livre pour la première fois en 1902 : Albert Ier de Monaco, La carrière d’un navigateur, Paris, Plon-Nourrit et Cie, 1902. In-16, VIII-395 p., Plusieurs éditions suivront, illustrées ou non, suivront. La 3e édition est illustrée par 150 dessins par Louis Tinayre ; et gravée sur bois par Eugène Froment, vol. (VII-350 p.) : ill. ; 31 cm + 2 cartes depl. en coul. h.t., 1914, 350 p.

EnvironnementModifier

Le prince Albert Ier aime la vie en plein air et la nature sous toutes ses formes. Il aime, comme d'autres naturalistes, à explorer et à décrire le monde. Il s'attache d'ailleurs, en 1904, les services du peintre Louis Tinayre, qui l'accompagnera dans ses campagnes scientifiques. Cette curiosité l'amène à une prise de conscience pionnière des enjeux environnementaux, appelant notamment, suite à ses séjours aux États-Unis, à la création de parcs nationaux dans les Pyrénées. Le , au United States National Museum Auditorium de Washington, D.C., le prince Albert prononce le Discours sur l’océan (« Speech on the ocean ») devant la National Academy of Sciences : « J’ai fait entrer dans le domaine de l’Océanographie l’étude des phénomènes observés dans la haute atmosphère qui plane au-dessus des océans. Il paraît évident que ces espaces reçoivent de la mer les principaux éléments de leur activité, quand on songe aux effets de l’évaporation immense et des vents qui brassent continuellement la surface des eaux ». Il y dénonce notamment une exploitation excessive et la surpêche. Cette préoccupation n'empêche pas une passion cynégétique qu'il tempère au fil du temps, appelant de ses vœux une « chasse raisonnée ».

Disparition et postéritéModifier

Albert Ier de Monaco meurt en 1922 à Paris, à l'âge de 73 ans. Son fils Louis II lui succède. Les îles du Prince-de-Monaco (Kerguelen) ou le cap Albert-de-Monaco (Antarctique) sont nommés en hommage à son œuvre exploratrice scientifique. En 1932, Paris donne son nom à l'avenue Albert-Ier-de-Monaco, située près du palais de Chaillot.

En 1921 est créé le prix Albert Ier, décerné chaque année par la fondation. Ce prix, décidé par l’Académie nationale de médecine, a pour mission de récompenser un travail qui a fait progresser dans le diagnostic ou le traitement de cancers[11].

Son arrière-arrière-petit-fils, le prince Albert II, ambitionne de poursuivre l’œuvre de son aïeul avec sa fondation Prince-Albert-II-de-Monaco créée en 2006. Le , il installe le Comité de commémoration Albert Ier-2022, chargé d'organiser et de coordonner les manifestations célébrant l'œuvre d'Albert Ier, à l'occasion du centenaire de sa disparition.

GénéalogieModifier

TitulatureModifier

  •  : Son Altesse Sérénissime le prince Albert-Honoré-Charles de Monaco (naissance) ;
  •  : Son Altesse Sérénissime le prince héréditaire de Monaco ;
  •  : Son Altesse Sérénissime le prince souverain de Monaco.

ArmoiriesModifier

  Blasonnement :
Fuselé d'argent et de gueules.

Notes et référencesModifier

  1. Émile Huet, Histoire du Petit Séminaire de La Chapelle Saint-Mesmin, éditeur : Paul Pigelet & Fils, Orléans, 1913.
  2. Jean-Joël Brégeon, Les Grimaldi de Monaco, Critérion, , p. 243
  3. Voir sur sites.google.com/site/histoireprehistoire.
  4. Yves Laissus, « Cent ans d'histoire », 1907-2007 - Les Amis du Muséum, spécial centenaire, , supplément de la Publication trimestrielle « Les Amis du Muséum national d'histoire naturelle » no 230 de , ISSN 1161-9104
  5. Documents relatifs à la vicomté de Carlat, recueilis et publiés par ordre de S.A.S. le Prince Albert Ier par Gustave Saige et le Comte de Dienne, 1900, Monaco (réédition Aurillac, 2007, 2 in-8o).
  6. Sur son engagement dans l'affaire Dreyfus, voir sa notice du Dictionnaire biographique et géographique de l'affaire Dreyfus.
  7. François de Bernardy, Histoire des princes de Monaco : de Rainier Ier à Rainier III, Plon, , p. 303
  8. « La constitution a 100 ans », Monaco Hebdo,‎ (lire en ligne)
  9. « Motocyclette Humber du Prince Albert 1er - MTCC », sur www.mtcc.mc (consulté le 9 mars 2021)
  10. « La vie au grand air », sur Gallica,
  11. (it) « Prix Albert Ier – BIENNALE MONÉGASQUE DE CANCÉROLOGIE » (consulté le 1er décembre 2020)

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

  • Jacqueline Carpine-Lancre (éd.), Albert Ier, prince de Monaco, Des œuvres de science, de lumière et de paix, Monaco, Palais de S.A.S. le Prince, 1998, 206 p.
  • Jacqueline Carpine-Lancre, Albert Ier, 1848-1922, Prince de Monaco, Monaco, EGC, 1998, 32 p.
  • Jacqueline Carpine-Lancre, Thomas Fouilleron, Vincent Vatrican, Luc Verrier, Albert Ier en films, Monaco, Archives audiovisuelles de Monaco, 2014, 96 p.
  • Jacqueline Carpine-Lancre et Luiz Vieira Caldas Saldanha, Dom Carlos I, roi de Portugal ; Albert Ier, prince de Monaco : souverains océanographes, Lisbonne, Fondation Calouste Gulbenkian, 1992
  • Un prince à la chasse. Albert Ier de Monaco, catalogue de l’exposition du Musée de la Chasse et de la Nature, Paris, 2016.
  • Thomas Fouilleron, Jacqueline Carpine-Lancre, Thomas Blanchy, « Exposition. Un prince explorateur. Albert Ier à la découverte de Madère, 1879-1912 », Annales monégasques, Revue d’histoire de Monaco, 2018, p. 171-203. Articles scientifiques
  • Arnaud Hurel, Thomas Fouilleron, Jacqueline Carpine-Lancre (dir.), « L’œuvre de paix du prince Albert Ier (édition électronique) », Faire la guerre, faire la paix, CTHS, 136e congrès des sociétés historiques et scientifiques, Perpignan, 2011, 2013, 87 p.
  • Jean-Rémy Bézias, « La principauté de Monaco, la Méditerranée et la paix sous le règne du prince Albert Ier (1889-1922) », Du pacifisme à la culture de la paix. Les apports des Peace Studies à la construction de la paix, Cahiers de la Méditerranée, 91, 2015, p. 47-58.
  • Jean-Rémy Bézias, « Albert Ier de Monaco et Bertha von Suttner. Une relation au service de la paix (1900-1914) », dans Les défenseurs de la paix. 1894-1917, Rémy Fabre, Thierry Bonzon, Jean-Michel Giueu, Elisa Marcobelli, et Michel Rapoport, actes du colloque international. Approches actuelles, nouveaux regards, Paris-Est Marne-la-Vallée, Institut historique allemand, 2014, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2018, p. 83-92.
  • Roger Klotz-Villard, « Le prince Albert de Monaco et l'affaire Dreyfus », dans Recherches régionales, no 145, , p. 63-65
  • François-Xavier Planque, "Un prince de Monaco à Argenton" Hors-série Cercle d'Histoire d'Argenton, 2021, 44 pages (ISBN 9782951611757) - Voyage à travers la France de 1904 en moto Humber

Articles connexesModifier

Liens externesModifier