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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Blottière.
Alain Blottière
Description de cette image, également commentée ci-après
Alain Blottière en 2008.
Naissance
Neuilly-sur-Seine
Distinctions
Auteur
Genres
Roman, récit de voyage, essai

Alain Blottière est un écrivain français né en 1954 à Neuilly-sur-Seine.

Auteur de romans, de récits de voyage et d'essais, son œuvre se caractérise par son inspiration exotique et souvent historique, où se révèle son attachement pour un âge célébré (l'enfance et l'adolescence)[1], et son intérêt pour des époques (l'Antiquité, le XIXe siècle, la Deuxième guerre mondiale…) ou des pays (l'Égypte, les Îles de la Sonde, le Sahara…) lointains : autant de mondes dont il tente de révéler l'universalité ou l'actualité.

Sommaire

ParcoursModifier

SaadModifier

Salué par des critiques tels que Jean-Marie Le Sidaner[2], Matthieu Galey, Jacques Brenner ou Hugo Marsan, son premier roman, Saad, est publié par Georges Lambrichs dans la collection « Le Chemin »[3]. Associant « récit d'aventures, allusions historiques, conte, analyse d'une sensibilité aigüe, journal d'introspection »[4], Saad « est à la fois un hommage à Rimbaud et une quête »[5]. Il conte le destin, à la fin du XIXe siècle, d'un peintre installé à Tadjourah au bord de la Mer Rouge, tentant vainement de peindre Saad, son jeune esclave, et entraîné dans une recherche de trésor en compagnie du poète Arthur Rimbaud devenu trafiquant d'armes. Saad a été couronné par le Prix littéraire de la Vocation en 1981[5]. Rimbaldien[N 1], Alain Blottière a également rédigé la préface et les notes des Œuvres Complètes du poète dans la collection Bouquins (Robert Laffont, 1980). À l'époque de la parution de Saad, il déclarait aimer « les bandes dessinées[,] les voyages, Michel Leiris [et] Georges Limbour[7] ».

Le Point d'eauModifier

Son deuxième roman, Le Point d'eau, publié en 1985, quoique centré sur l'oasis égyptienne de Siwa[8],[N 2], traite de la quête d'un frère perdu dans les îles de la Sonde avec une subtilité et une délicatesse telles, selon Françoise Dorenlot, que « l'économie de moyens, l'harmonie de la langue s'imposent au lecteur le plus inattentif »[10].

L'OasisModifier

Deux ans plus tard, Alain Blottière peut enfin se rendre dans l'oasis de Siwa, jusqu'alors interdite aux étrangers[11]. De plusieurs séjours dans cette oasis berbère proche de la frontière libyenne naît en 1992 L'Oasis, à la fois récit de voyage et histoire d'un lieu qui fut dans l'Antiquité le siège d'un célèbre oracle, consulté par Alexandre le Grand. À propos de ce livre mêlant les genres, Jean-Pierre Péroncel-Hugoz parle d'un « petit chef-d'œuvre d'équilibre entre les impressions personnelles, les paysages, les lettres et l'histoire. Tout cela avec une vraie liberté d'esprit rappelant celle de feu François Augiéras, autre voyageur indépendant, voire parfois le Montherlant des itinéraires nord-africains »[12].

L'EnchantementModifier

En 1995, Alain Blottière est à nouveau récompensé par un prix littéraire important, le Prix Valery-Larbaud, ainsi que par le Prix Louis Barthou de l'Académie française[13] : L'Enchantement, un « splendide roman »[14], nous emmène cette fois en Égypte, au bord du Nil, au chevet d'un vieux prince mourant dictant ses mémoires à un « nègre » (un métier qu'Alain Blottière connaît bien pour l'avoir pratiqué[15].), tout en lui révélant, à la condition qu'il ne les divulgue pas, quelques-uns de ses scandaleux secrets. Selon Monique Pétillon, ces révélations « donnent au récit l'atmosphère magique d'un conte oriental »[16].

Si-AmonnModifier

Paru en 1998, Si-Amonn est une plongée « souvent lyrique, frémissant[e] »[17] dans les bas-fonds de la ville de Cyrène, colonie grecque de Libye, au IVe siècle avant notre ère. À propos de ce roman qu'il qualifie lui-même de « péplum très littéraire », Alain Blottière écrit: « J'aimerais beaucoup qu'on le lise à petites gorgées. Car il n'y en aura pas d'autres. Ce qui m'anime n'intéresse pas grand monde, et je l'ai déjà beaucoup répété. Si-Amonn est donc mon dernier roman. »[18]

Le Tombeau de TommyModifier

Alain Blottière revient au roman dix ans plus tard. En effet, après avoir publié divers ouvrages et articles sur l'Égypte, où il séjourne régulièrement, il fait paraître en 2009 Le Tombeau de Tommy. Ce roman « d'alterfiction »[19], « inclassable et profond »[20], qui incorpore des pans de réel, est sélectionné pour les prix Médicis et Renaudot[21]. Il conte l'histoire du tournage d'un film consacré à Thomas Elek, jeune résistant juif hongrois membre du Groupe Manouchian, fusillé par les Allemands en 1944[22],[23]. Au cours de ce tournage, Gabriel, l'acteur interprétant le rôle d'Elek, finit par s'identifier de manière inquiétante à son personnage[24]. Blottière se détache ici de son inspiration exotique coutumière (« Il m'a fallu dix ans pour me débarrasser d'un certain ressassement », écrit-il[25]), pour évoquer « dans une langue humble et pudique »[26] la « confrontation entre un adolescent héroïque d'autrefois et un adolescent a priori banal d'aujourd'hui »[27]. Un documentaire, On l'appelait Tommy, réalisé par Philippe Fréling, en a été tiré en 2010[28]. L'ouvrage fait en outre l'objet d'une édition parascolaire en 2016[29].

RêveursModifier

En 2012, Alain Blottière publie Rêveurs, un roman qui évoque deux adolescents que rien, en apparence, ne rapproche et ne devrait amener à se croiser, dont l'un vit dans la banlieue parisienne au sein d’une famille privilégiée et l'autre au Caire en vendant des cartons récupérés[30]. Rêveurs, situé en France et en Égypte au moment de la révolution de 2011[31],[N 3], se caractérise sur le plan formel par le passage, au sein d'une même phrase, d'un des deux pays à l'autre[32],[33]. Jacques Drillon décrit ainsi cette particularité formelle : « Ce roman émouvant et beau est tout entier bâti sur un principe formel très clair et très efficace: la scène est double, et pour passer de l'une à l'autre, Alain Blottière emploie une phrase charnière, qui commence sur la première, Paris, et finit sur la seconde, Le Caire. De même pour le trajet inverse. Sur chaque scène, un adolescent: Nathan à Paris, Goma au Caire[34] ». Selon Salim Jay, ce roman est « un modèle de travail bien fait », du « point de vue de la technique du romancier et de l’efficacité du discours » : « Il y règne un climat d’authenticité de la parole intérieure que l’on ne rencontre pas communément. Dans une langue juste qui exprime avec l’autorité de la grâce les moindres circonvolutions du désir et du délire, Alain Blottière évoque avec une acuité exceptionnelle les tourments de deux adolescents »[32]. Rêveurs a été sélectionné pour le prix Médicis[35].

Mon île au trésor - Dans les sables de LibyeModifier

Mon île au trésor, publié en 2013, traite des différentes expéditions organisées, y compris par Blottière lui-même, à la recherche d'une improbable île au trésor située dans le désert libyque[36]. L'incipit du livre souligne qu'il s'agit d'un récit[37] : « pas un des mots que vous allez lire ne relève de la fiction ». L'ouvrage est sélectionné pour le prix Médicis[38].

Comment Baptiste est mortModifier

Article détaillé : Comment Baptiste est mort.

En 2016, Alain Blottière publie Comment Baptiste est mort, un roman partiellement inspiré de l'enlèvement d'une famille française en 2013 par Boko Haram au Cameroun, mais dont l'action se situe au Sahara[39]. Le roman est récompensé par le prix Mottart de l'Académie française[40], le prix Jean-Giono 2016[41] et le prix Décembre 2016[42]. Amélie Nothomb, jurée de ce dernier prix, trouve le roman « sublime » et déclare au Figaro n'avoir « jamais voté au prix Décembre pour un candidat avec autant d'enthousiasme »[43]. M. Blottière a visité le Lycee Francais Charles De Gaulle de Londres le 22 Fevrier 2017 pour parler de son roman[44].

ŒuvresModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Alain Blottière dit avoir été, à l'adolescence, « pris d’une frénésie poétique », qu'il juge « assez courant[e] ». Il ajoute : « quand je me suis lancé, à vingt-deux ans, dans mon premier roman, Saad, c’était en me disant que si je ne passais pas par cette étape je ne parviendrais jamais à publier mes poèmes. D’ailleurs l’écriture de ce premier livre est assez marquée par la poésie[6] ».
  2. Comme le note Serge Safran, Siwa n'est alors pour Blottière qu'une oasis imaginaire, alors qu'il viendra, des années plus tard, à y vivre et travailler une partie de l'année[9]
  3. Pierre Ahnne publie sur son blog une photo prise par Alain Blottère au Caire d'un des lieux qu'il évoque dans le roman[6].

RéférencesModifier

  1. « Entretien avec Alain Blottière », sur pierreahnne.eklablog.fr,
  2. a et b Jean-Marie Le Sidaner, « Une gigue dans le désert », Le Nouvel Observateur,‎ (lire en ligne)
  3. « Du jour au lendemain », sur France Culture, (consulté le 15 septembre 2012)
  4. Bernard Aresu, « Saad by Alain Blottière », The French Review, vol. 55, no 3,‎ (JSTOR 392187)
  5. a b et c « Le bal des débutants », sur ina.fr, INA, (consulté le 4 mars 2010)
  6. a et b « Entretien avec Alain Blottière », sur pierreahnne.eklablog.fr,
  7. Francine de Martinoir, Nouvelle Revue française, vol. 336, Paris, Gallimard, (lire en ligne), p. 139
  8. Khaled Elmahjoub, À la recherche de l'espace perdu (Thèse de doctorat de Lettres et Arts), Université Lyon 2, (lire en ligne), p. 161
  9. Serge Safran, « L'Oasis Siwa, Alain Blottière, Quai Voltaire », Le Magazine littéraire,‎ (lire en ligne)
  10. Françoise-E. Dorenlot, « Le Point d'eau by Alain Blottière », The French Review, vol. 60, no 3,‎ (JSTOR 392926)
  11. Serge Safran, « L'Oasis Siwa, Alain Blottière, Quai Voltaire », Le Magazine littéraire,‎ (lire en ligne)
  12. « Quand la mer Rouge baignait l'Andalousie », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  13. « Prix Louis Barthou », Académie française (consulté le 25 juin 2016)
  14. a et b « Tableau des oasis égyptiennes », Le Magazine littéraire,‎ (lire en ligne)
  15. a et b Pierre Maury, « "L'enchantement" d'Alain Blottière, le nègre et les secrets du prince », Le Soir,‎ (lire en ligne)
  16. « Les Couleurs d'Alain Blottière », Le Monde,‎
  17. a et b Jean-Pierre Tison, « Si-Amonn », L'Express,‎ (lire en ligne)
  18. Alain Blottière, « Si-Amonn », sur alainblottiere.free.fr (consulté le 12 mars 2010)
  19. a et b Alexis Brocas, « Le temps de « l'alterfiction » », Le Magazine littéraire,‎ (lire en ligne)
  20. Mohammed Aïssaoui, « Le jeune fusillé et son double », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  21. Sophie Anmuth, « Les sélections des prix Médicis et Renaudot », L'Express,‎ (lire en ligne)
  22. Cécile Röthlin, Appréhender un fonds particulier : le fonds Bela Elek à la Bibliothèque interuniversitaire Lettres et sciences humaines de Lyon (Mémoire d'étude), ENBSIB, (lire en ligne)
  23. Pawel Hladki, « « Qui témoigne pour le témoin ? » : questions de la liberté littéraire à l'exemple de Jan Karski de Yannick Haenel », Études romanes de Brno, vol. 33, no 1,‎ (lire en ligne)
  24. Élisabeth Lesne, « La Cité crée son prix », Hommes et migrations, no 1284,‎ (lire en ligne)
  25. Alain Blottière, « Le Tombeau de Tommy », sur alainblottiere.free.fr (consulté le 12 mars 2010)
  26. Marine Landrot, « Le Tombeau de Tommy », Télérama,‎ (lire en ligne)
  27. a et b Alexis Brocas, « Alain Blottière : « Ne pas blesser le vivant » », Le Magazine littéraire,‎ (lire en ligne)
  28. « On l'appelait Tommy », CNRS, (consulté le 3 septembre 2012)
  29. « Le Tombeau de Tommy », sur Flammarion,
  30. Alexandre Fillon, « Des rêves, entre deux rives », Sud Ouest,‎ (lire en ligne)
  31. « Contraction du domaine de la fiction: Abondance de textes d'inspiration autobiographique ou historique », Le Monde,‎
  32. a et b Salim Jay, « Rêveurs un roman d'Alain Blottière partagé entre le France et l'Égypte », Le Soir-Les Échos,‎ (lire en ligne)
  33. Chloé Devez, « Alain Blottière Rêveurs », Libération,‎ (lire en ligne)
  34. Jacques Drillon, « Alain Blottière: Paris - Le Caire », Le Nouvel Observateur,‎ (lire en ligne)
  35. « La première sélection du Prix Médicis dévoilée », Le Magazine littéraire,‎ (lire en ligne)
  36. Madeleine Caboche et Martine Galland, « Une île en plein désert libyque », RTS,
  37. Jean-François Cadet, « Vous m'en direz des nouvelles », RFI,
  38. « Le jury du Prix Médicis dévoile ses deuxièmes sélections », L'Express,‎ (lire en ligne)
  39. Laurent Bainier, « Alain Blottière tente de comprendre le djihad dans Comment Baptiste est mort », 20 minutes,‎ (lire en ligne)
  40. « Prix Mottart », sur Académie française (consulté le 25 juin 2016)
  41. a et b « Alain Blottière remporte (aussi) le prix Jean-Giono 2016 », sur Bibliobs, (consulté le 16 novembre 2016)
  42. a et b « Le prix Décembre 2016 pour Alain Blottière et son roman sur le djihadisme », sur Bibliobs, (consulté le 7 novembre 2016).
  43. Astrid de Larminat, « Alain Blottière, lauréat du Prix Décembre 2016 », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  44. charlouismck, « La dernière Newsletter », Lycée Français Charles de Gaulle de Londres,‎ (lire en ligne, consulté le 27 février 2017)
  45. (en) Maxine Cutler, « Fiction », The French Review, vol. 55, no 4,‎ (lire en ligne)
    « In the tradition of André Gide and of Michel Leiris, who was the subject of his maîtrise de lettres, Blottière sets his story of liberationa and self-discovery under a tropical sun. Weaving together archetypal nature motifs, myth and litterature allusions, he creates a compelling novel with a psychological and compelling resonance »
  46. Nicolas Bréhal, « L’Antiquité romanesque », Le Figaro,‎
    « Si-Amonn, malgré sa couverture au charme exotique, est bien plus et bien mieux qu’un roman obéissant aux lois du genre et qu’une lecture trop hâtive réduirait facilement au péplum intimiste [...] Alain Blottière, malgré les apparences, n’est pas ici en reste avec lui-même : la fable, qui lui sert de trame, sous la forme du chemin initiatique d’un très jeune adolescent vers sa « virilité » (au sens antique du terme), rejoint des thèmes qui lui sont chers, notamment les troubles et les contradictions de l’éveil sensuel, dans la dualité masculin-féminin, qui trouvent au cœur de cette période non plus une justification psychologique mais une explication proprement historique. »
  47. « Petit dictionnaire des dieux égyptiens », Le Figaro,‎
  48. Olivier Barrot, « Alain Blottière : Un voyage en Égypte au temps des derniers rois », sur INA, (consulté le 3 septembre 2012)
  49. Marine Landrot, « Le Tombeau de Tommy », Télérama,‎ (lire en ligne)
  50. Voir sur le site personnel de l'auteur.

Voir aussiModifier