Ouvrir le menu principal

Aymon II de Faucigny

baron de Faucigny
(Redirigé depuis Aimon II de Faucigny)
Page d'aide sur l'homonymie Pour les autres membres de la famille, voir Famille de Faucigny.

Aymon (Aimon) II de Faucigny
Titre Baron de Faucigny
(1202-1253)
Prédécesseur Guillaume
Successeur Agnès de Faucigny
Autres fonctions Avoué de Lausanne, du prieuré de Chamonix, de celui de Saint-Paul et de Pully
Biographie
Dynastie Maison de Faucigny
Naissance avant 1200
Décès
Abbaye de Sixt
Père Henri de Faucigny
Mère Comtesson de Genève
Conjoint Inconnue
Enfants Béatrice et Agnès

Blason de Aymon (Aimon) II de Faucigny

Aymon ou Aimon II de Faucigny (Aymo dominus Fucigniaci), dit au cours du XIXe siècle « le Courtois[1] », fut seigneur de l'importante baronnie de Faucigny. Il mena sa vie durant une politique ambitieuse dans le Genevois (comté de Genève) et le pays de Vaud, s'alliant très tôt à la Maison de Savoie, ennemie de la Maison de Genève, pour profiter de son expansion.

BiographieModifier

EnfanceModifier

Aymon est le fils du seigneur Henri, Dominus de Focigniaco[2], et Contesson, fille du comte Amédée Ier de Genève[3]. Son frère ainé Guillaume II (Willelmus de Fulciniaco) hérite du titre lorsque leur père décède, vers 1197[3], alors qu'ils sont encore mineurs[2]. Ils ont également une sœur Béatrice (Béatrix), mariée au vicomte Berlion de Chambéry[4],[5]. Guillaume a pour tuteur Nantelme, l'évêque de Genève[2]. À sa mort, vers la fin de l'année 1202, Aymon, toujours mineur, lui succède, assisté d'un tuteur en la personne de Nantelme de Miolans, un proche du comte de Savoie Thomas Ier[3],[6]. Plusieurs actes mentionnent Nantelme comme tuteur du jeune seigneur[ReG 1]. Cet homme reste dans l'entourage d'Aymon II de nombreuses années, puisqu'il est mentionné comme son témoin à deux reprises en 1226 et 1229[ReG 2],[7]. Il semble que la nomination de ce seigneur savoyard comme tuteur du jeune Aymon II soit due, probablement, à une union matrimoniale inconnue entre Faucigny et Savoie[6],[8].

Un vassal des comtes de Genève...Modifier

 
Une vue des ruines du château de Faucigny.

Le , il conteste à l'évêque de Genève ses droits sur les terres de Sallaz situées au nord du château de Faucigny. À cette occasion, il est excommunié. Lors du traité de Thônex en 1229, Aymon II se reconnait vassal du comte de Genève malgré le « conflit généralisé » qui l'oppose aux comtes à propos d'un certain nombre de fiefs[9]. À cette occasion, il abandonne l'avouerie du prieuré de Chamonix que les Faucigny avaient reçu en 1202 du comte Guillaume Ier de Genève ainsi que le fief de Langin. Mais au fil des années, il va s'affranchir tout à fait de cette vassalité et affronter les Genève à la fois dans le pays de Vaud et en Genevois. En 1225[10], il signera un traité avec le comte de Genève Guillaume II[ReG 3].

... à la politique pro-savoyardeModifier

Soutenu dès ses jeunes années par le comte de Savoie Thomas Ier, il s'allie naturellement à lui pour affaiblir la maison des comtes de Genève et profiter de cet affaiblissement. Il intervient alors militairement au nord du Léman, probablement financé par Thomas dès les années 1220[11]. En 1225, il achète avec l'accord de Thomas l'avouerie de Lausanne que l'évêque lui rachète en 1226. Mais le non-paiement de ce rachat crée un différend entre Aymon II et l'évêché puisqu'en 1240 il s'oppose à l'élection de Jean de Cossonay[12]. Aymon obtient également les hommages de divers seigneurs vaudois aux dépens de Guillaume II de Genève. Au sud du Léman, il apparaît comme l'avoué du prieuré de Saint-Paul d'après le cartulaire couvrant les années 1222-1247[13]. La seigneurie de Saint-Paul, comprenant les paroisses de Saint-Paul, Maxilly et Bernex lui était soumise, mais gérée par la dame Isabelle de Bex qui devait l'avoir reçu en dot lors de son mariage avec Guillaume de Blonay[14].

En 1234, il marie sa seconde fille Agnès à Pierre de Savoie et en fait son héritière universelle de manière que son gendre et son héritier héritent de la terre de Faucigny à sa mort[11],[15],[ReG 4]. Les deux hommes vont dès lors travailler ensemble pour asseoir la puissance de Pierre dans la région lémanique. Aymon II intercède en faveur de Pierre auprès du sire de Gex qui lui prête alors hommage en juin 1234[16]. Fort de sa nouvelle alliance, il reprend en 1236 l'avouerie du prieuré de Chamonix au comte de Genève. En 1240, il intervient militairement en Pays de Vaud et plus particulièrement à Lausanne[17] pour soutenir le parti de Philippe de Savoie dans l'élection qui l'opposait à Jean de Cossonay (le traité d'Évian du règle les différends entre l'évêque élu et la maison de Savoie). En 1253, l'évêque Jean est contraint d'hypothéquer l'ensemble du temporel de l'évêché pour rembourser enfin sa dette envers Aymon II provenant du rachat de l'avouerie de Lausanne en 1226. Aymon acquiert également l'avouerie de Pully[12].

Relations avec les sires de GexModifier

Branche cadette des Genève, les Genève-Gex étaient installés au Nord du Genevois. Les Faucigny possédaient dans cette région des fiefs dont l'origine est inconnue[18] et Aymon II avait marié sa fille ainée à un neveu d'Amédée Ier de Gex. L'obtention de l'hommage d'Amédée II de Gex, vassal et cousin germain du comte Guillaume II de Genève, à Pierre de Savoie, en 1234, marquait la perte d'influence des Genève sur leur branche cadette[19],[20],[ReG 5]. Au décès d'Amédée II en 1247, Aymon II nomme comme tuteur de ses enfants mineurs le chevalier Guillaume de Grésy, issue d'une branche cadette des Faucigny et également lié à Pierre de Savoie (il avait reçu le château d'Aubonne au nom de Pierre en mars 1242). Cette mainmise sur Gex, territoire frontalier de Genève, créa des tensions avec le comte qui saisit le château de Mornex (il le rendit seulement en 1257). À la suite du décès de l'héritier mineur de Gex, le tutorat tenu par Guillaume de Grésy fut cédé à Guillaume II comte de Vienne, et Aymon II en profita visiblement pour épouser la veuve d'Amédée II de Gex, Béatrice de Bagé[21].

SuccessionModifier

Le 26 avril 1246, soit le jour même du décès d'Isabelle de Bex, dame de Saint-Paul dans le Chablais, Aymon cède à son parent et ami (consanguinus et amicus) Aymon de Blonay, fils d'Isabelle, l'ensemble des droits qu'il détient dans la seigneurie de Saint-Paul entre la Dranse et Bret[22]. Le 20 août, il cède à sa fille Agnès, au détriment de son aînée Béatrice mariée à Étienne II de Thoire et Villars[23],[24], pour sa dot tous ses biens mais il précise que cette donation pourrait être annulée s'il concevait un nouvel héritier mâle. Il a également stipulé que l'enfant d'Agnès et de Pierre — fille ou garçon — serait l'héritier de la dot de sa mère[25],[26]. Il décède cependant en septembre 1253, peut-être après s'être retiré à l'abbaye de Sixt dont il est mentionné au nombre des chanoines dans l'obituaire[27].

FamilleModifier

La famille de Faucigny était liée à son puissant voisin le comte de Genève par des liens matrimoniaux. Aymon II est le second fils d'Henri de Faucigny et de Comtesson de Genève, fille du comte Amédée Ier de Genève[28],[29],[30]. D'autre part, il semble qu'une des sœurs d'Henri de Faucigny, Alice, avait épousé le comte Guillaume II de Genève[9]. Il avait un frère ainé, Guillaume, et une sœur, Béatrice. La famille de Bex devait être apparentée aux Faucigny, puisqu'Aymon de Blonay est qualifié comme son consanguin en 1246 et qu'Aymon II de Faucigny assiste vraisemblablement au décès d'Isabelle de Bex[13].

Une tradition indique que son épouse aurait pu appartenir à la famille ou à une branche cadette des comtes de Bourgogne[Note 1]. L'historien local contemporain de La Corbière réfute cette thèse selon laquelle Beatrix de Bourgogne, dame d'Auxonne et de Marnay aurait épousé le sénéchal Simon de Joinville après un mariage avec Aymon de Faucigny ; aucun acte n'attestant ce premier lien[32].

De son premier mariage, il a Béatrice (Béatrix) de Faucigny (1234-1251), qui épouse Étienne II de Thoire et Villars[33] et Agnès de Faucigny, qui épouse début 1234 Pierre de Savoie, fils du comte Thomas Ier de Savoie. Ces derniers sont les parents de la Grande dauphine, Béatrice de Faucigny[34].

Il semble par la suite avoir contracté une seconde union avec Béatrice de Bagé, veuve d'Amédée de Genève-Gex[35].

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Bernard Andenmatten, La Maison de Savoie et la noblesse vaudoise (XIIIe – XIVe siècle) : Supériorité féodale et autorité princière, Lausanne, Mémoires et Documents publiés par la Société d’histoire de la Suisse romande, , 722 p.  
  • Sidonie Bochaton, Le prieuré bénédictin de Saint-Paul-en-Chablais. Nouvelles recherches historiques et archéologiques, Musée savoisien, , 19 p. (lire en ligne).  
  • Nicolas Carrier, La vie montagnarde en Faucigny à la fin du Moyen Âge : Économie et société (fin XIIIe début XIVe siècle), L'Harmattan, coll. « Logiques historiques », , 620 p. (ISBN 978-2-74751-592-4).  
  • Matthieu de la Corbière, L'invention et la défense des frontières dans le diocèse de Genève : Étude des principautés et de l'habitat fortifié (XIIe – XIVe siècle), Annecy, Académie salésienne, .  .
  • Bernard Demotz, Le comté de Savoie du XIe au XVe siècle : Pouvoir, château et État au Moyen Âge, Genève, Slatkine, , 496 p. (ISBN 2-05101-676-3).  
  • Henri Baud, Jean-Yves Mariotte, Alain Guerrier, Histoire des communes savoyardes : Le Faucign, vol. 2, Éditions Horvath, , 619 p. (ISBN 2-7171-0159-4), notamment pp.14-17 « Aimon II (1202-1253) ».  
  • Paul Lullin et Charles Le Fort, Régeste genevois : Répertoire chronologique et analytique des documents imprimés relatifs à l'histoire de la ville et du diocèse de Genève avant l'année 1312, Société d'histoire et d'archéologie de Genève, , 542 p. (lire en ligne).
  • Maxime Reymond, Blonay : Virtute et prudentia, .  

Articles connexesModifier

Lien externeModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Selon [REG 884] du Régeste genevois (p. 218) est accompagnée d'une annotation relatant le degré de parenté constaté entre Simon de Joinville, sir de Gex, et Agnès, fille d'Aimon de Faucigny[ReG 6]. Dans son testament, « elle lègue à son frère (fratri meo) Simon de Joinville, seigneur de Gex, soit le château de Versoix. » Selon la tradition, elle serait ainsi la demi-sœur du sénéchal de Joinville, fils du second mariage de Beatrix de Bourgogne, dame d'Auxonne et de Marnay, d'où la probabilité que Agnès soit la fille de la comtesse[31].

Régeste genevoisModifier

Mentions dans le Régeste genevois (1866), que l'on peut consulter en ligne dans le Répertoire chronologique des sources sur le site digi-archives.org de la Fondation des Archives historiques de l'Abbaye de Saint-Maurice (Suisse) :

  1. Acte du (REG 0/0/1/513) ; de février 1210 (REG 0/0/1/518).
  2. Acte du , (REG 0/0/1/643).
  3. Sentence arbitrale rendue à Thônex le (REG 0/0/1/613).
  4. Acte de février 1234, « Testament de Pierre, fils de feu Thomas, comte de Savoie, fait à l'occasion de ses fiançailles avec Agnès, fille d'Aimon, seigneur de Faucigny. (...) » (REG 0/0/1/664).
  5. Acte du , « Amédée, seigneur de Gex, fait hommage à Pierre de Savoie, fils de feu le comte Thomas, en réservant la fidélité due au comte de Genevois. (...) » (REG 0/0/1/668).
  6. Acte de janvier 1257, (REG 0/0/1/884).

RéférencesModifier

  1. Baron Frédéric de Gingins-La Sarra, Mémoire sur le rectorat de Bourgogne, vol. 1, Genève, Société d'histoire de la Suisse romande, coll. « Mémoires et documents », , 509 p. (lire en ligne), p. 144.
  2. a b et c Léon Menabrea, Des origines féodales dans les Alpes occidentales, Imprimerie royale, , 596 p. (lire en ligne), p. 353.
  3. a b et c de la Corbière 2002, p. 44.
  4. André Perrin, Histoire de Savoie, des origines à 1860, Chambéry, 1900, 294 pages, p. 209.
  5. Félix Bernard, L'Abbaye de Tamié, ses granges (1132-1793), Imprimerie Allier, , 307 p., p. 240.
  6. a et b Nicolas Carrier, Matthieu de La Corbière, Entre Genève et Mont-Blanc au XIVe siècle : enquête et contre-enquête dans le Faucigny delphinal de 1339, Librairie Droz, , 401 p. (ISBN 978-2-8844-2019-8, lire en ligne), p. X.
  7. de la Corbière 2002, p. 46
  8. de la Corbière 2002, p. 48.
  9. a et b de la Corbière 2002, p. 50
  10. de la Corbière 2002, p. 293
  11. a et b de la Corbière 2002, p. 49
  12. a et b de la Corbière 2002, p. 45
  13. a et b Bochaton 2017, p. 7
  14. Reymond 1950, p. 37
  15. Demotz 2000, p. 458-459.
  16. de la Corbière 2002, p. 52
  17. Andenmatten 2005, p. 67
  18. de la Corbière 2002, p. 53.
  19. (en) Eugene L. Cox, The Eagles of Savoy : The House of Savoy in Thirteenth-Century Europe, Princeton University Press (réimpr. 2015) (1re éd. 1974), 512 p. (ISBN 978-1-40086-791-2), p. 41.
  20. de la Corbière 2002, p. 52.
  21. de la Corbière 2002, p. 57.
  22. Reymond 1950, p. 16.
  23. Hilaire Feige, « Histoire de Mélan », Mémoires et documents, vol. 20,‎ , p. 518 (lire en ligne)
  24. Faucigny 1980, p. 17.
  25. (en) Eugene L. Cox, The Eagles of Savoy : The House of Savoy in Thirteenth-Century Europe, Princeton University Press (réimpr. 2015) (1re éd. 1974), 512 p. (ISBN 978-1-40086-791-2), p. 40.
  26. Bernard Andenmatten et Daniel de Raemy (sous la dir.), La Maison de Savoie en Pays de Vaud, vol. 97, Lausanne, Édition Payot, coll. « Bibliothèque historique vaudoise », , 284 p. (ISBN 978-2-60103-068-6), p. 20.
  27. Carrier 2001, p. 35
  28. Pierre Duparc, Le comté de Genève, (IXe-XVe siècles), t. XXXIX, Genève, Société d’histoire et d’archéologie de Genève, coll. « Mémoires et documents » (réimpr. 1978) (1re éd. 1955), 620 p. (lire en ligne), p. 132.
  29. (en) M. A. Pollock, Scotland, England and France After the Loss of Normandy, 1204-1296, vol. 3, St Andrews Studies in Scottish History, Boydell & Brewer Ltd, , 288 p. (ISBN 978-1-84383-992-7, lire en ligne), p. 218, note n°283.
  30. de la Corbière 2002, p. 44
  31. Peter Wurstemberger, IV, p. 443, n° 764. - M. D. G. t. VII, p 257, note 133. - Voy. Wurstemberger, III, p. 361 ; et Mallet, VII, p. 257. Pour la note concernant le lien de parenté avec Simon de Joinville, voy. REG 884, note.
  32. de la Corbière 2002, p. 58.
  33. Louis Blondel, Châteaux de l'ancien diocèse de Genève, vol. 7, Société d'histoire et d'archéologie de Genève (réimpr. 1978) (1re éd. 1956), 486 p., p. 473.
  34. Michel Germain, Personnages illustres des Savoie, Autre Vue, , 619 p. (ISBN 978-2-9156-8815-3), p. 226-227.
  35. de la Corbière 2002, p. 57