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Aftermath (album des Rolling Stones)

album studio des Rolling Stones
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Aftermath.
Aftermath

Album de The Rolling Stones
Sortie Drapeau : Royaume-Uni
Drapeau : États-Unis Drapeau : Canada
Enregistré 3 au et 6 au
Studios RCA à Hollywood
Durée 53 min 20 s (G-B)
43 min 31 s (É-U)
Langue Anglais
Genre Pop rock, rock psychédélique, Rock 'n' roll
Format 33 tours
Auteur-compositeur Jagger/Richards
Producteur Andrew Loog Oldham
Label Decca / ABKCO
Critique

Albums de The Rolling Stones

Albums nord-américains des Rolling Stones

Singles

Aftermath est un album du groupe de rock anglais The Rolling Stones (leur quatrième album britannique et leur sixième américain), sorti en 1966 et produit par Andrew Loog Oldham. C'est le premier album qui ne comprend aucune reprise et que des chansons originales. Deux versions de l'album sont commercialisées, l'une pour les États-Unis, l'autre pour le Royaume-Uni (et l'Europe). Cet album est souvent considéré comme l'un des meilleurs albums de tous les temps, et subséquemment comme l'un des meilleurs albums des Rolling Stones[2].

HistoriqueModifier

ContexteModifier

Depuis leurs débuts, les Rolling Stones interprètent de nombreuses reprises de standards de blues/rock'n'roll, tout en progressant dans l'écriture de leurs propres chansons. Les derniers singles arrivant quasiment tous en tête des classements (The Last Time, (I Can't Get No) Satisfaction, Get Off of my Cloud, 19th Nervous Breakdown) en témoignent et permet au groupe de se libérer des influences de blues de Chicago et de créer sa propre musique.

À la fin de l'année 1965, après une année de tournées sans interruption durant laquelle le duo Jagger/Richards progresse dans l'écriture des chansons, le groupe change sa façon de faire la musique : "C'est pendant cette période qu'on a changé de braquet en termes de composition, d'enregistrement et de spectacle - écrit Keith Richards - et c'est à ce moment-là que Brian Jones commence à dérailler"[3]. En effet, Brian Jones, qui commence à manifester un comportement de plus en plus imprévisible, perd de façon officieuse son statut de meneur du groupe au profit du duo Jagger/Richards qui décident dans la direction artistique à emprunter.

De plus, une première fracture a lieu entre le groupe et son producteur Andrew Loog Oldham. Keith Richards déclare au New Musical Express en février 1966 à son propos que "les Stones sont pratiquement devenus la projection de son propre égo"[4]. Mais heureusement, le producteur continue de guider la carrière musicale des Stones, et leur suggère de privilégier désormais le format album au détriment des singles[5]. De plus, il est décidé que le prochain album du groupe ne contienne que des chansons originales signées Jagger/Richards, afin de continuer à concurrencer les Beatles qui le font déjà sur leurs albums A Hard Day's Night (1964) et Rubber Soul (1965).

Selon Bill Wyman dans Rolling With The Stones, l’album a été initialement conçu comme la bande sonore du film Back, Behind And In Front. Le projet n'aboutit pas, car Mick Jagger et le réalisateur potentiel, Nicholas Ray, n'ont pas réussi à s'entendre[4].

EnregistrementModifier

Cet album est enregistré aux studios RCA à Los Angeles du 3 au 8 décembre 1965 et du 6 au 9 mars 1966 entre les dates de leurs concerts. C'est le premier album à ne contenir que des compositions originales signées Jagger/Richards. Comme les Beatles, les Stones commencent à explorer de nouvelles textures. Ces sessions d’enregistrement sont également très productives pour le groupe, car ils enregistrent 21 compositions originales signées Jagger/Richards à Los Angeles. Ils sont aussi beaucoup plus à l’aise pendant les sessions, parce qu'ils ont le studio et plus de temps pour expérimenter et polir les arrangements, choses qu’ils n’ont pas été en mesure de faire sur les albums précédents, enregistrés dans l'urgence en fonction de leurs dates de concert.

Après la fin de la seconde tournée américaine de l'année 1965, le groupe retourne au studio RCA à Los Angeles qu'il fréquente fidèlement depuis un peu plus d'un an, pour une session de trois jours du 8 au . Ils y retrouvent l'ingénieur du son Dave Hassinger qui est content de les retrouver : "Ce fut super de travailler avec les Stones, qui, contrairement à ce nombre incalculable de médiocres comédiens à travers le monde, sont de vrais professionnels, et ce fut le pied de travailler avec eux", écrit-il sur le texte figurant sur la pochette arrière du disque. Durant cette session, ils enregistrent dix chansons : le single 19th Nervous Breakdown et sa face B (américaine) Sad Day, puis Ride On Baby et Sitting On A Fence qui paraitront uniquement sur la compilation américaine Flowers en 1967, et enfin Mother's Little Helper, Doncha Bother Me, Goin' Home, Take It or Leave It et Think pour l'album. Pour Charlie Watts, cette session est que "musicalement c'est ce qu'on a fait de mieux"[4].

Il est décidé d'offrir plus de temps et de liberté en studio après la précédente session où la production de certaines chansons à l'image du single Get Off of my Cloud qui a dû être bâclée en raison de l'emploi du temps surchargé lié aux tournées. "Nos précédents sessions avaient toujours été faites dans l'urgence" explique Keith Richards. "Cette fois-ci on a été capable de se relaxer un peu, de pendre notre temps"[4].

Après avoir participé à plusieurs émissions de télévision au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, et une tournée en Océanie du 18 février au 1er mars, le groupe retourne le studio RCA à Los Angeles pour une session de 4 jours du 6 au . Durant cette sessions sont enregistrées onze chansons : Paint It Black et Long Long While pour une publication en single au Royaume-Uni, puis les autres chansons pour l'album : Stupid Girl, Lady Jane, Under my Thumb, Flight 505, High and Dry, Out of Time, It's Not Easy, I Am Waiting et What To Do[5].

 
Le dulcimer est l'un des instruments utilisé par Brian Jones dans cet album.

L'ingénieur du son principal de l’album eut également un rôle déterminant pour que le groupe se sente à l'aise pendant les sessions. Selon le bassiste, le groupe a eu la possibilité d'expérimenter différentes instrumentations et de s’associer avec des musiciens de session comme Jack Nitzsche pour apporter plus d'épaisseur au son du groupe. Bill a également déclaré que lui et Brian Jones ont pu essayer divers instruments qui se trouvaient dans le studio, et expérimenter des sons différents pour chaque chanson. Rien ne perturbe la production de l'album, pas même les fans de plus en plus nombreuxet intrusifs qui cernent le studio, les siestes de Brian Jones dans la pièce d'enregistrement ou encore la visite de Brian Wilson des Beach Boys et des Monkees qui enregistrent dans la pièce d'à côté pendant les sessions[5].

En 2003, Mick se souvient que Keith Richards avait écrit un grand nombre de mélodies et que le groupe les jouait de nombreuses façons différentes en studio, où se décidait la plus grande part des choses, en opposition aux arrangements stricts et planifications de sessions des autres groupes à l’époque.

Le rôle de Brian Jones fut très important dans l’élaboration de la tonalité et des arrangements de l'album, grâce à ses expérimentations avec une vaste gamme d’instruments ethniques tels que le marimba, le sitar, le dulcimer ou encore l'orgue, contrastant avec les compositions de country, pop, folk, blues et rock, créant un melting-pot très varié de styles musicaux. Aftermath est aussi le premier enregistrement sur lequel Richards a interprété la majorité des parties de guitare, en raison du multi-instrumentalisme de Jones qui s'est chargé des nombreux autres instruments. Cette période d’entraînement intensif a fortement contribué au savoir-faire de Richards, qui l'a plus tard amené à jouer la quasi-totalité des guitares sur Let It Bleed.

Caractéristiques artistiquesModifier

Analyse du contenuModifier

Estimé par beaucoup comme leur meilleur album, ce disque annonce aussi pour le groupe un changement d'époque. Il est le premier des Stones à être intégralement composé de chansons originales (toutes signées Jagger/Richards), de styles variés, faisant ainsi reconnaître les talents d'écriture du duo au même titre que ceux de John Lennon et de Paul McCartney. Jagger et Richards améliorent leur style non seulement comme auteurs-compositeurs, mais également comme arrangeurs. Le groupe passe alors d'une image de petit groupe amateur de blues américain jouant de nombreuses reprises, au statut de grand groupe inventif et novateur[6].
Chaque titre a une couleur musicale différente : Mother's Little Helper (concernant les tranquillisants) évoque par ses réminiscences folkloriques le Help! de John Lennon ; Lady Jane, une mélodie médiévale, est ornée d'un dulcimer, sorte de cithare du folklore britannique ; Under My Thumb bénéficie d'une combinaison de guitare rythmique et de marimba où Jagger proclame sa revanche sur une fille qui l'avait rejeté et qu'il séduit enfin (et dont les paroles déclenchèrent une polémique sur le sexisme des Stones) ; Stupid Girl est soul-rythm and blues et Goin' Home, terminée par une longue improvisation, annonce l'étirement du groupe vers un acid rock psychédélique dérivé du blues de Chicago[7].

Chef d'œuvre reconnu de Brian Jones, dont l'influence déclinante s'est rabattue sur la périphérie : c'est lui qui apporte et exécute de nouvelles idées d'arrangements et d'expérimentations musicales, comme le sitar de Paint It Black et les dulcimers de Lady Jane et d'I Am Waiting.

Pochettes et disqueModifier

La pochette de l'édition britannique d'Aftermath[8] est conçue par Andrew Loog Oldham, producteur des Rolling Stones à l'époque, sous le pseudonyme de Sandy Beach[9]. La pochette, comme d'autres pochettes d'albums précédents du groupe (The Rolling Stones, 1964, ou The Rolling Stones No. 2, 1965), représente les cinq membres du groupe, à ce détail près que la photo n'est ni en couleur ni en noir et blanc, mais en rose et noir. Cette couleur inhabituelle pour une photographie a rendu à l'époque l'album intriguant mais influe aussi sur le fait que la pochette a plutôt mal vieilli. Brian Jones ne l'appréciait d'ailleurs pas vraiment[10]. La photographie, prise par Guy Webster, est réutilisée partiellement pour la pochette de l'album Flowers[11] (1967), les têtes ayant été découpés et insérées en médaillon sur un fond de fleurs fanées.

La photographie du verso, en noir et blanc, est prise par Jerrold Schatzberg durant l'enregistrement de 19th Nervous Breakdown (6-8 décembre 1965), probablement à Hollywood (en même temps que les photos qui devaient figurer dans la pochette de l'album mort-né Could You Walk on the Water, remplacé finalement par Aftermath). Elle dégage une impression de bonne humeur au sein du groupe malgré les conflits existant à l'époque entre Brian Jones et le « trio infernal » (Oldham, Jagger et Richards).

Sur le verso de la pochette figure également un texte écrit par David Hassinger, ingénieur du son des studios RCA, où est enregistré l'album, ce qui est une tradition pour Andrew Loog Oldham. Celui-ci avait en effet l'habitude jusqu'ici de faire figurer un de ses propres textes qui étaient en accord avec l'image de mauvais garçon qu'il voulait pour les Stones (un de ses textes, figurant sur la pochette de The Rolling Stones No. 2 avait d'ailleurs fait scandale). Ici le texte se concentre sur le professionnalisme des Stones et d'Oldham, racontant l'expérience d'une session.

La pochette de la version américaine d'Aftermath[12] comporte une photographie en couleur prise par David Bailey (un des photographes favoris des Stones, qui réalisera également en 1973 les photos de la pochette de Goats Head Soup), avec un effet de flou, ce qui tend à rapprocher l'album du psychédélisme naissant. Cette pochette-ci est beaucoup plus appréciée que celle de la version britannique. À noter que c'est sur cette photo que l'on peut observer pour la première fois la fameuse coiffure « en nid d'oiseau » de Keith Richards, coiffure qui est adoptée non seulement par beaucoup de fans du groupe, mais aussi ceux du rock tout simplement.

Parution et réceptionModifier

Peu de temps avant sa sortie, l'album devait s'intituler Could You Walk on the Water. Mais le label américain London Records recommande au producteur Andrew Lood Oldham de renommer l'album pour éviter de s'attirer les foudres des chrétiens, et deviens Aftermath[5].

La première édition, anglaise, d'Aftermath qui est sortie en avril 1966, contient quatorze pistes pour une durée de 53 minutes. Elle paraît à peu près en même temps que deux singles (19th Nervous Breakdown et Paint It, Black) qui ne seront cependant pas intégrés à l'album — le fait d'intégrer des titres sortis en singles à un album n'était en effet pas très en vogue en Grande-Bretagne à cette époque. Cette édition reçoit un bon accueil en Grande-Bretagne, restant huit semaines en haut des charts[6].

Pour la réalisation de l'édition américaine, un disque de quatorze pistes étant jugé trop long, trois titres sont supprimés (Out of Time, Take It or Leave It et What to Do, qui seront publiés en 1967 sur Flowers), Mother's Little Helper étant quant à lui remplacé par le tube Paint It, Black. En dépit des conflits opposant le groupe au producteur de l'album quant au contenu du disque, celui-ci se classe n°2 dans les charts américains et est même disque de platine.

En 2003, l'édition américaine d'Aftermath est classée 108e de la liste des 500 plus grands albums de tous les temps établie par le magazine américain Rolling Stone, et 109e du classement 2012[13]. Il est également cité dans l'ouvrage de référence de Robert Dimery Les 1001 albums qu'il faut avoir écoutés dans sa vie, ainsi que dans un certain nombre d'autres listes[14].

Contrairement aux albums précédents pressés et parus en mono, Aftermath est paru directement en stéréo.

En août 2002 les deux éditions d'Aftermath sont rééditées, remastérisées, en CD et en SACD chez ABKCO.

Liste des chansonsModifier

Édition britanniqueModifier

Toutes les chansons sont écrites et composées par Jagger/Richards.

Face B
No TitreBrian Jones Durée
7. Flight 505Guitare rythmique 3:25
8. High and DryHarmonica 3:06
9. Out of TimeMarimbas, vibraphone 5:15
10. It’s Not EasyGuitare rythmique 2:52
11. I Am Waiting (en)Dulcimer 3:10
12. Take It or Leave ItOrgue 2:47
13. Think (en)Guitare rythmique 3:08
14. What to DoAucun 2:30

Édition américaineModifier

L'Aftermath américain ne comporte pas les titres Out of Time, Take It or Leave It et What to Do tandis le tube Paint It, Black remplace Mother's Little Helper car l'éditeur américain publiait par habitude des albums de 11 chansons et non 14. Les quatre chansons sont publiées dans les compilations suivantes. Cette version, réduite donc à onze chansons, dure environ 42 minutes, contre environ 53 minutes pour l'édition anglaise.

Toutes les chansons sont écrites et composées par Jagger/Richards.

Face A
No TitreBrian Jones Durée
1. Paint It, BlackSitar 3:22
2. Stupid Girl 2:52
3. Lady Jane 3:06
4. Under My Thumb 3:20
5. Doncha Bother Me 2:35
6. Think (en) 3:08
Face B
No Titre Durée
7. Flight 505 3:25
8. High and Dry 3:06
9. It's Not Easy 2:52
10. I Am Waiting (en) 3:10
11. Goin' Home 11:13

PersonnelModifier

Notes et référencesModifier

  1. Blender review« Blender » (version du 16 août 2009 sur l'Internet Archive)
  2. (en) « Aftermath », Rolling Stone, (consulté le 21 août 2011). Cet album est inclus dans la liste des 1001 albums à écouter avant de mourir de Robert Dimery (23 March 2010). 1001 Albums You Must Hear Before You Die: Revised and Updated Edition. Universe. (ISBN 978-0-7893-2074-2).
  3. Keith Richards et James Fox, Life, New York, Little, Brown & Company,
  4. a b c et d Bill Wyman, Rolling with the Stones, Londres, Dorlking Kingdersley Ltd.,
  5. a b c et d Philippe Margotin et Jean-Michel Guesdon, Les Rolling Stones, la totale, Chêne E/P/A,
  6. a et b
  7. D'après Le Dictionnaire du rock, ouvrage collectif sous la direction de Michka Assayas, article « Rolling Stones (The) », écrit par Michka Assayas et Bruno Blum, page 1617
  8. Voir la pochette de l'édition UK d'Aftermath (sur le site Amazon.com)
  9. D'après le livre Rolling with the Stones, de Bill Wyman et Richard Havers, EpA, 2002, page 273
  10. D'après le Melody Maker du 23 avril 1966 où Brian Jones déclara : « Je n'aime pas la couverture qu'Andrew a faite »
  11. Voir la pochette de Flowers sur le site officiel des Rolling Stones
  12. Voir la photo de la version US d'Aftermath sur le site officiel des Rolling Stones
  13. (en) Rolling Stone, « 500 Greatest Albums of All Time », Rolling Stone,‎ (lire en ligne, consulté le 17 juillet 2018)
  14. « Acclaimed Music », sur www.acclaimedmusic.net (consulté le 17 juillet 2018)

Liens externes et sourcesModifier