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Affaire Zineb Redouane

affaire judiciaire française

Affaire Zineb Redouane
Fait reproché Homicide involontaire
Pays France
Ville Marseille
Nature de l'arme Grenade lacrymogène
Date 2 décembre 2018
Nombre de victimes 1
Jugement
Statut Enquêtes préliminaires en cours

L'affaire Zineb Redouane est une affaire judiciaire française, liée à la mort d'une octogénaire à l'hôpital de la Conception le à Marseille. Son décès intervient après qu'elle a été blessée par une grenade lacrymogène tirée par les forces de l'ordre lors d'une manifestation le jour précédent. D'après la victime, un agent des forces de l'ordre l'a visée.

Une enquête préliminaire française est ouverte sur cette mort le et une enquête algérienne le . L'enquête française est critiquée pour ses zones d'ombres, des dissimulations de preuves alléguées et l'autopsie contestée sur laquelle elle repose.

Sommaire

Récit des faitsModifier

 
Le cortège de la manifestation du .
 
Soutien d'un Gilet jaune à Zineb Redouane.

Zineb Zerari-Redouane[1] est née en en Tunisie[2]. Algérienne, elle est la mère de six enfants[3]. Elle est décrite comme ayant « la santé fragile »[4].

Le , une manifestation est organisée à Marseille à l'appel de Gilets jaunes, d'écologistes[5], de la Confédération générale du travail[6] et du Collectif du 5-Novembre (né après des effondrements d'immeubles en novembre)[7]. Peu avant 19 h[8], le cortège passe dans la rue des Feuillants, dans le 1er arrondissement[5]. Zineb Redouane habite au quatrième étage dans un immeuble situé au 12 de cette rue, faisant l'angle de la Canebière[9]. Alors qu'elle ferme ses volets pour éviter les fumées des grenades lacrymogènes, elle en reçoit une sur le visage.

Elle est soignée à l'hôpital de la Timone puis à celui de la Conception[2] où elle meurt le lendemain, au bloc opératoire[10], d'un arrêt cardiaque[11].

Deux capsules de dix grammes de gaz lacrymogène sont retrouvées chez elle, projetées par des grenades M7[11].

Zineb Redouane est inhumée le à Birkhadem en Algérie[12].

EnquêtesModifier

Le 3 décembre 2018, le procureur de la République, Xavier Tarabeux, indique à la radio que Zineb Redouane est morte d'« un choc opératoire ». Selon lui, « on ne peut pas établir de lien de cause à effet entre la blessure et le décès »[13]. Le même jour, une autopsie est effectuée à l'hôpital de la Timone[14]. Il est constaté un « traumatisme facial sévère, avec fractures de l'ensemble de l'hémiface droite, et des fractures costales » ainsi qu'un « œdème pulmonaire aigu »[15]. Le médecin légiste ne se prononce pas directement sur la cause de la mort, mais évoque les antécédents médicaux de Zineb Redouane. Une enquête préliminaire est ouverte à Marseille le [16]. Le procureur d'Alger ouvre une enquête préliminaire le 25 du même mois[17] et une autre autopsie est menée le même jour à l'hôpital Mustapha Pacha. Selon le site Le Média, qui en publie le rapport le , cette autopsie conclut que le traumatisme facial est « imputable à l'impact d'un projectile non pénétrant [...], pouvant correspondre à une bombe lacrymogène » et qu'il est « directement responsable de la mort par aggravation de l’état antérieur de la défunte »[18],[19].

Une information judiciaire est ouverte en mars 2019[20]. La famille porte plainte pour violences ayant entraîné la mort[21] et demande le dépaysement de l'enquête, six mois après le décès, en faisant valoir le fait que l’enquête n’a pas avancé et que le policier n’a toujours pas été identifié malgré la présence d’une caméra de surveillance[22],[23].

L’enquête judiciaire française est très critiquée par plusieurs média dont Arrêt sur images qui s'interroge « la police cherche-t-elle à faire obstacle à la vérité sur la mort de Zineb Redouane ? ». En cause, « l’autopsie algérienne qui contredit la française », mais aussi les révélations de plusieurs média, dont celui de Denis Robert du Média d'après qui selon ses sources « il n’y a pas eu qu’un seul tir de grenade. Il y en a eu plusieurs. D’ailleurs, on n’est même pas sûrs que ce soit uniquement des grenades » et qu'« un ou des policiers, vraisemblablement des CRS, seraient montés dans l’appartement de madame Redouane et l’auraient nettoyé à grande eau, enlevant les objets brisés et les traces de tir et de grenade » selon une jeune policière qui « s’est confiée et a craqué ». Mediapart et Le Monde révèlent que « c'est André Ribes, numéro 2 du parquet de Marseille, qui était aux côtés des forces de l’ordre lors de la manifestation du , avec l’accord du procureur de République de Marseille » et qu'il « n’en avait informé ni les enquêteurs, ni la juge d’instruction marseillaise » alors qu'il était chargé du début de l’enquête. Mediapart et Le Canard enchaîné révèlent aussi des « CRS amnésiques », aucun d'entre eux n'ayant reconnu être l’auteur des tirs, et des « armes non fournies à l'IGPN » par le capitaine de la compagnie de CRS incriminée. L'avocat de la famille porte plainte contre X auprès du procureur de la république de Marseille pour « altération et soustraction de preuves ». Le Parisien dévoile que la seule caméra qui était dans l'angle de tir a été déclarée inopérante par l'IGPN qui est visée par une plainte pour « faux en écriture publique aggravée » déposée par la famille de Zineb Redouane qui accuse l’IGPN d’entraver l’enquête[24].

Le procureur général de la cour d'appel d'Aix-en-Provence est conscient que la présence du procureur adjoint André Ribes aux côtés des forces de l'ordre — avant qu'il ne soit chargé du début de l'enquête — peut faire naître la suspicion. Il déclare : « Les polémiques entretenues sur le manque supposé d'objectivité du parquet de Marseille, dit le procureur général, sont de nature à faire craindre une exploitation de cet élément[25]. » Le , il demande à la chambre criminelle de la Cour de cassation de dépayser l'enquête[25]. Le , la Cour de cassation ordonne le dépaysement à Lyon[26].

RéactionsModifier

 
La marche du .

Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, déclare sur France Inter : « Je ne voudrais pas qu’on laisse penser que les forces de l’ordre ont tué Zineb Redouane. Parce que c’est faux. »[15].

Le , 300 personnes se réunissent à Marseille pour rendre hommage à Zineb Redouane[27].

Huit jours après, une manifestation rassemble entre 200 et 300 personnes devant l'immeuble où vivait Zineb Redouane. Il y est réclamé la vérité sur sa mort ainsi que le retour de son corps auprès de sa famille en Algérie[1]. Une marche en sa mémoire est organisée le . Une centaine de personnes y défilent[3].

Notes et référencesModifier

  1. a et b « L’algérienne tuée lors de la révolte des « gilets jaunes » va enfin pouvoir être enterrée », sur TSA, (consulté le 10 juillet 2019)
  2. a et b « Mort d’une octogénaire blessée samedi par une grenade à Marseille », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 10 juillet 2019)
  3. a et b « Marseille : un rassemblement à la mémoire de Zineb Redouane », France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur,‎ (lire en ligne)
  4. « Marseille: ce que l'on sait de l'octogénaire touchée par une grenade », sur LExpress.fr, (consulté le 10 juillet 2019)
  5. a et b « Mort de Zineb Redouane : l’enquête est dépaysée pour éviter « une forme de suspicion » », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 10 juillet 2019)
  6. « Une octogénaire décède en marge des manifestations de samedi », sur LExpress.fr, (consulté le 10 juillet 2019)
  7. « Vie et mort de « Mama Zina », l’octogénaire atteinte par une grenade lacrymogène à Marseille », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 10 juillet 2019)
  8. « Les proches de Zineb Redouane manifestent à Marseille pour obtenir justice », sur France Bleu, (consulté le 10 juillet 2019)
  9. Marius Rivière, « Hommage à Zineb, tuée par une grenade lacrymo - Journal La Marseillaise », sur m.lamarseillaise.fr (consulté le 10 juillet 2019)
  10. Louise Fessard, « Zineb Redouane, blessée par une grenade lacrymo et décédée à l’hôpital à Marseille », sur Mediapart (consulté le 10 juillet 2019)
  11. a et b « "Gilets jaunes" : ce que l'on sait de la mort d'une octogénaire blessée par une grenade lacrymogène à Marseille », sur Franceinfo, (consulté le 10 juillet 2019)
  12. « Décédée après un tir de grenade lacrymogène, Zineb Redouane a enfin pu être inhumée », sur Marsactu (consulté le 10 juillet 2019)
  13. « Gilets jaunes : touchée chez elle par une grenade lacrymogène, une marseillaise décède », Les Inrocks,‎ (lire en ligne)
  14. « Marseille: décès d'une femme blessée par une grenade lacrymogène », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  15. a et b « Violences policières. Affaire Zineb Redouane : le rôle des CRS se précise », L'Humanité,‎ (lire en ligne)
  16. « Mort de Zineb Redouane à Marseille : où en est l’enquête ? », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 10 juillet 2019)
  17. Manuel Vicuña, « Mort de Zineb Redouane : Révélations en cascade », sur Arrêt sur images, (consulté le 20 juillet 2019).
  18. Olivier-Jourdan Roulot et Yanis Mhamdi, « Exclusif - Mort de Zineb Redouane : l'autopsie algérienne qui contredit les autorités françaises », sur Le Média, (consulté le 10 juillet 2019)
  19. « Mort de Zineb Redouane : en Algérie, une autopsie contredit les conclusions françaises », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  20. AFP, « Information judiciaire ouverte après la mort d’une octogénaire blessée par une grenade en marge d’une manifestation », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 3 mars 2019).
  21. « La famille de Zineb Redouane porte plainte pour violences ayant entraîné la mort », sur Marsactu (consulté le 15 avril 2019).
  22. « Mort de Zineb Redouane : l’enquête est dépaysée pour éviter « une forme de suspicion » », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 20 juin 2019)
  23. « Affaire Zineb Redouane : nouvelle plainte de la famille », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 7 juillet 2019)
  24. Manuel Vicuña, « Mort de Zineb Redouane : révélations en cascade », Arrêt sur images (consulté le 9 juillet 2019)
  25. a et b Timothée Boutry, « Mort de Zineb Redouane : le parquet général veut dépayser l’enquête », sur leparisien.fr, 20 juin 2019 (consulté le 21 août 2019).
  26. « L’enquête sur la mort de Zineb Redouane, pendant une manifestation des « gilets jaunes », dépaysée à Lyon », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 21 août 2019)
  27. « Marseille : hommage et colère pour Zineb Redouane, l'octogénaire décédée après les débordements de samedi », La Provence,‎ (lire en ligne)

Voir aussiModifier