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Vladimir Vetrov

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Vladimir Vetrov
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Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 52 ans)
MoscouVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom dans la langue maternelle
Владимир Ипполитович ВетровVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
FarewellVoir et modifier les données sur Wikidata
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Condamné pour
Condamnation

Vladimir Ippolitovitch Vetrov (en russe : Владимир Ипполитович Ветров), né le 10 octobre 1932, également connu sous son nom de code « Farewell », est un lieutenant-colonel soviétique du KGB responsable de la section Europe occidentale de ce service[1]. Devenu un agent de la DST, il a permis à celle-ci et aux autres services occidentaux de renseignement de mieux connaître les méthodes et la structure du KGB dans les années 1980, en pleine guerre froide. Selon Ronald Reagan, alors président des États-Unis, c'est « la plus grande affaire d’espionnage du XXe siècle », et pour l'historien Marc Ferro, cette histoire a contribué à la chute de l’URSS[2]. Vladimir Vetrov a été « grillé » le par François Scheer qui justifia l’expulsion de 47 agents soviétiques en poste à Paris en montrant à l’ambassadeur soviétique un document fourni par l’agent, qui purgeait alors une peine de 12 ans de prison à Irkoutsk pour meurtre. Le KGB l’identifie : il est jugé, condamné à mort pour haute trahison et exécuté le dans une prison à Moscou. Il avait 52 ans.

BiographieModifier

Espion soviétiqueModifier

Vladimir Vetrov est né à Moscou dans une famille modeste (son père est contremaître, sa mère, illettrée, travaille comme femme de chambre). Élève brillant, il poursuit des études dans une école d'ingénieurs à Moscou et se spécialise en électronique. Après cinq ans de formation, il obtient un poste d'ingénieur dans une usine de machines à calculer. Présenté comme un étudiant doué, fréquentant assidûment les salles de sport et en outre père de famille attentionné, il se fait remarquer par les sergents recruteurs du KGB qui lui font suivre une longue formation dans la principale centrale d'espionnage soviétique. Il y apprend l'anglais, le français et les techniques d'espionnage[3].

En 1965, il est placé à l'ambassade d'URSS à Paris, attaché au développement du commerce soviétique avec la France. Il recrute des agents chargés de fournir à l'Union soviétique des informations techniques dont elle a besoin, prend contact avec des ingénieurs français afin d'obtenir contre rémunération des matériels de haute technologie interdits à l'exportation. Il se fait repérer assez rapidement par la DST, qui suit ses mouvements et prend contact avec lui de façon informelle, notamment par Jacques Prévost, haut cadre chez Thomson-CSF mais aussi collaborateur occasionnel de la DST. Ce dernier lui rend un grand service à la fin de son séjour parisien lorsque Vetrov, éméché, détruit son véhicule de fonction dans un accident de voiture, ce qui peut lui valoir de très sérieux ennuis avec l'ambassade. Il s'adresse alors à son ami Prévost qui fait réparer à ses frais la voiture en urgence. Vetrov a désormais une dette de reconnaissance[4].

En 1970, au bout de cinq ans, il doit retourner à Moscou, affecté à un ministère technique avant d'être envoyé au Canada dans la mission commerciale de l'ambassade d'URSS. En tant qu'officier de renseignement, il ressent la doctrine Brejnev, qui accentue le retard technologique de l'URSS et oblige la « patrie du socialisme » à voler des plans et des matériels aux capitalistes, comme une situation absurde et humiliante[5] : souvent ivre dès le matin, il est renvoyé au bout de 9 mois à peine à Moscou où il devient chef adjoint du département de l'information, responsable de l'espionnage technique à l'étranger[3].

Taupe pour les renseignements françaisModifier

Il a accès à l'ensemble des sources que sont les informateurs occidentaux. Au printemps 1980, il se décide à faire le saut et à contacter le contre-espionnage français, la DST, sachant que ce service est moins surveillé par le KGB[6] que d'autres services étrangers. Il fait appel à son ami français Jacques Prévost, directeur des ventes de Thomson CSF en URSS, pour proposer son aide en tant que « taupe » aux services de renseignement français et transmettre des documents classifiés.

C'est alors que Marcel Chalet de la DST lui attribue un nom de code[7] : « Farewell » (nom de code anglais choisi à dessein et permettant, en cas d'échec, d'attribuer l'histoire à un service de renseignement anglo-saxon)[8].

Les documents fournis à Xavier Ameil, ingénieur de chez Thomson-CSF en poste à Moscou - dans le cadre de gros contrats signés en vue des Jeux olympiques d'été de 1980) puis à Patrick Ferrant, professionnel du renseignement et attaché militaire à Moscou, révèlent le fonctionnement du système soviétique et l'organisation de l'espionnage de l'Occident[3]. C'est dans ce contexte qu'est identifié comme espion l'ingénieur Pierre Bourdiol, qui travaille chez Thomson-CSF[9] et transmettait des renseignements à l'Union soviétique depuis dix ans[10].

Étant donné les perspectives qu'offrait cette affaire, Chalet, directeur de la DST, s'engage de manière particulièrement délicate, en prenant toutes les précautions les plus extrêmes pour éviter toute fuite. Comme la possibilité qu'une nouvelle équipe arrive au pouvoir prochainement, il était urgent de ne pas se presser et de voir comment les choses tourneraient. L'affaire est donc bien engagé lorsque François Mitterrand parvient au pouvoir après l'élection présidentielle française de 1981. Chalet rapporte l'information à son ministre, Gaston Defferre, qui lui recommande de ne rien dire à Charles Hernu ("N'en parlez pas à Hernu. Il raconte tout à sa femme !")[7]. Les jours passent sans que l'Elysée ne lui accorde d'entretien, jusqu'à la garden party de l'Elysée du 14 juillet, où Chalet est reçu, avec Defferre, son directeur de cabinet Maurice Grimault et Pierre Bérégovoy. Mitterrand se montre intéressé, et recommande de ne pas parler de l'affaire à la SDECE.

Lors du sommet du G7 à Ottawa en juillet 1981, Mitterrand met personnellement au courant Ronald Reagan de l'affaire, d'abord infructueusement (Mitterrand, qui ne parle pas bien l'anglais, dit "Farewell", à Reagan, qui en retour ne comprend pas pourquoi Mitterrand lui dit "Au revoir")[7], puis avec succès grâce à des interprètes. Ce geste rassure les Américains, très inquiets de l’entrée de ministres communistes dans le gouvernement français. Au cours de l'été, une coopération est mise en place et la DST transmet aux Américains certaines informations sur le degré d'infiltration par les services d'espionnage de l'Union soviétique et sur le fait que toute leur couverture radar aérienne a été démasquée par les agents russes[11].

Selon Marcel Chalet, « Farewell » fournit à la France entre 1980 et 1982, 2 997 pages de documents, en majeure partie frappés du cachet indiquant le niveau de classification maximal, ainsi que les méthodes d'espionnages industriel et scientifique par les Soviétiques. En collaboration avec la DST, la Central Intelligence Agency (CIA) américaine fournit un appareil miniaturisé avec des pellicules très perfectionnées utilisées dans les satellites, transmis à Vetrov. Vetrov se mettait sur son bureau, coinçait les pages des documents avec ses coudes et les photographiait, chaque cassette comportant cent prises de vues. Les Américains avertissent la DST que les pellicules ne peuvent être développées que par la CIA, qui a un laboratoire dédié à cette machine, mais les services français, avec le concours de Kodak, réussissent à les développer seuls[7].

Vetrov fournit également une liste de 250 agents de ligne X du KGB, c'est-à-dire les officiers de renseignement chargés de recueillir les renseignements scientifiques et techniques à travers le monde, et de 170 agents du KGB appartenant à d'autres directions du KGB et du GRU[8].

Ces informations, exploitées par la DST, permirent à la France de faire expulser 47 Soviétiques, principalement du corps diplomatique (dont 8 agents du KGB faisant partie de la liste remise par Vetrov)[12] résidant en France le , peu après la nomination du préfet Yves Bonnet à la tête de la DST. Sur ce total, 40 étaient investis de fonctions diplomatiques, deux exerçaient le métier de journaliste, et cinq officiaient dans différents organismes commerciaux[13].

François Scheer, chef de cabinet du Ministère des Affaires étrangères de Claude Cheysson, choisit de justifier ces expulsions face à l'ambassadeur de l'Union soviétique à Paris. Il le convoqua et et lui montra l'original de la liste des membres du KGB résidant en France, transmise par Vetrov. Les soviétiques purent ainsi identifier la source de la DST en déterminant qui avait été en possession de ce document[14].

Arrestation et exécutionModifier

Peu auparavant, Vetrov, devenu paranoïaque et craignant d'être démasqué, avait tenté le 22 février 1982 d'assassiner sa maîtresse Ludmila, croyant qu'elle le trompait et l'espionnait. Il tua le milicien soviétique qui tentait de s'interposer, se fit arrêter par la milice et fut envoyé dans un camp pour crime passionnel, sans que les autorités ne se doutent de ses actes d'espionnage. C'est seulement un an plus tard que les enquêteurs du KGB l'identifièrent comme le traître qu'ils recherchaient. Il aurait été exécuté d'une balle dans la nuque à la prison de Lefortovo à Moscou[8].

Documentaires et fictionModifier

  • En 1991, Hervé Brusini et Dominique Tierce, La Taupe (L'Affaire Farewell) (France, URSS, 47 minutes), prix Albert-Londres 1991
  • En 2008, Jean-François Delassus réalise L'affaire Farewell, documentaire franco-canadien en 2 épisodes de 54 minutes chacun, pour les télévisions allemande (ZDF), finnoise (YLE), ainsi que franco-allemande (ARTE). Ce documentaire est tourné à la manière d'un film d'espionnage, qui mêle reconstitutions et entretiens avec les véritables protagonistes de l'époque encore en vie : directeurs de la DST, de la DGSE, de la CIA, et même de l'ancien KGB, ainsi que divers personnages-clés de l'affaire Farewell tels que Jacques Prévost, etc.
  • En , Christian Carion présente son film L'Affaire Farewell aux écrans français, avec Emir Kusturica dans le rôle de Vladimir Vetrov (nommé Sergueï Grigoriev dans le film) alias Farewell, et Guillaume Canet dans le personnage fictif de Pierre Froment, inspiré de Xavier Ameil[15].

Notes et référencesModifier

  1. (en) William Safire, « The Farewell Dossier. », sur nytimes.com, (consulté le 14 aout 2015)
  2. Marc Ferro prend position sans prendre de gants : « Déjà, en Afghanistan, ils perdaient des plumes. À Tchernobyl, on voit que leur matériel n’est pas entretenu. La cité du bonheur humain que devait être l'URSS, cela a été le goulag [sic]. Si leurs services secrets ne fonctionnent plus, comme le dit Andropov, c’est le bordel. Cet événement démantèle la confiance des Russes en leur service extérieur. Tout cela a contribué à ce que les Russes ne veulent plus du régime, et donc a contribué à sa chute », France Info (émission de 5 min 44 s).
  3. a b et c Alain Barluet, « Farewell, l'espion russe qui décapita le KGB », sur lefigaro.fr,
  4. (en) Gordon Brook-Shepherd, The Storm Birds : Soviet Post-War Defectors, Grove Pr, , p. 255
  5. Vladislav Kramar et Stanislav Lekarev, (ru) « Volonel Vetrov, alias l'agent Farewell », in : Независимое военное обозрение (« Enquêtes militaires indépendantes ») n° 15, [1] et documentaire de la BBC (en) [2].
  6. Patrick Pesnot, Les Espions russes, éditeur France Inter, 2008.
  7. a b c et d Guisnel, Jean (1951-....)., Au service secret de la France (ISBN 9782757855096 et 2757855093, OCLC 988751503, lire en ligne)
  8. a b et c Jean-Marie Pontaut, Philippe Broussard, « L'affaire Farewell », émission L'heure du crime sur RTL, 12 octobre 2012
  9. Bonjour Farewell!, sur lexpress.fr du 1er février 1997 (consulté le 2 novembre 2018).
  10. Paris-Moscou : le froid qui vient d'un espion, sur referentiel.nouvelobs.com (consulté le 2 novembre 2018).
  11. Pierre Favier et Michel Martin-Roland, La Décennie Mitterrand, vol. 1 : Les ruptures (1981-1984), Paris, Seuil, coll. « L'épreuve des faits », , 581 p. (ISBN 2-02-010329-X et 978-2-02-010329-9), p. 94-96
  12. Jean-Jacques Cécile, Le renseignement français à l'aube du XXIe siècle, Lavauzelle, , p. 41
  13. Sergueï Kostine, Bonjour Farewell, la vérité sur la taupe française du KGB, éditions Robert Laffont, 1999.
  14. Vincent Nouzille, « « Farewell » : les secrets de l'affaire d'espionnage du siècle », sur rue89.com,
  15. « Farewell, l'espion qui fait chuter l'URSS », dans le magazine Ça m'intéresse du no 343, pages 78-81.

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • Éric Raynaud, Sergueï Kostine, Adieu Farewell :La vérité sur la taupe qui a modifié le cours de l'histoire, Robert Laffont, (ISBN 2221113004, lire en ligne)
  • Raymond Nart, Jacky Debain et Yvonnick Denoël, L'affaire Farewell vue de l'intérieur, Nouveau Monde, 2013 (ISBN 978-2365833820)
  • Patrick Ferrant (dir.), Farewell : Conséquences géopolitiques d'une grande opération d'espionnage, CNRS Éditions, (ISBN 978-2-271-08707-2)

Liens externesModifier