Ouvrir le menu principal

Adam Orleton
Biographie
Naissance
Orleton ou Hereford
Décès
Farnham
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale
Évêque de Winchester
Évêque de Worcester
Évêque de Hereford
Autres fonctions
Fonction laïque
Lord grand trésorier

Adam Orleton (v. 1275 – ) est un ecclésiastique anglais qui a été successivement évêque de Hereford, de Worcester et de Winchester. Orleton sert le roi Édouard II dans des missions diplomatiques, souvent auprès des rois de France ainsi que du pape. Pourtant, à partir de 1324, Orleton devient un adversaire farouche face au pouvoir tyrannique du roi. En 1327, il est l'un des partisans ardents de sa déposition. Sous le règne d'Édouard III, il conduit à nouveau plusieurs ambassades.

Sommaire

BiographieModifier

Origines et premières annéesModifier

Adam Orleton est né dans le Herefordshire, soit à Orleton, soit à Hereford même. Il est dès son enfance au service de Roger Mortimer, 1er baron Mortimer. Adam Orleton se montrera toujours fidèle envers la famille Mortimer[1]. Deux des neveux d'Orleton entreront aussi dans les ordres : John Trilleck, plus tard évêque d'Hereford et Thomas Trilleck, plus tard évêque de Rochester[2]. Adam Orleton étudie le droit canonique après sa majorité et obtient un doctorat en droit. Peu après l'avènement du roi Édouard II, Orleton sert comme diplomate à la cour papale d'Avignon à partir de 1309. Il y côtoie les papes Clément V et Jean XXII. Apprécié par le second, Orleton est nommé évêque d'Hereford par le pape[3] le 15 mai 1317, et est consacré 7 jours plus tard[4], malgré les protestations du roi Édouard qui a enjoint Orleton de refuser l'évêché.

Pendant son épiscopat, la tour centrale est construite à Hereford mais rien ne permet de penser qu'il en est le commanditaire. Il est cependant certain qu'Orleton a réformé la scandaleuse abbaye de Wigmore ainsi que le prieuré d'Abergavenny[5]. Le 25 août 1318, Orleton est missionné auprès du roi de France Philippe V le Long au nom du roi d'Angleterre pour se plaindre des méfaits causés en Aquitaine par les officiers français. En mai 1319, Orleton est l'un des ambassadeurs anglais chargés d'accomplir l'hommage par procuration d'Édouard II à Philippe V pour ses possessions en Aquitaine. En mars 1320, il négocie la prochaine rencontre entre les deux rois. En août 1321, l'évêque Orleton est présent aux côtés du comte de Pembroke lorsque ce dernier persuade Édouard II d'exiler son favori Hugues le Despenser, détesté par les barons d'Angleterre.

Opposition à Édouard IIModifier

Malgré cet accord, l'opposition des barons est écrasée par le roi à la bataille de Boroughbridge en mars 1322. Édouard s'aliène cependant des prélats du royaume, dont Adam Orleton qui critique son comportement tyrannique. Despenser accuse en février 1324 Orleton devant le Parlement d'avoir arrangé l'évasion de la Tour de Londres de Roger Mortimer, opposant au roi, le 1er août 1323. Orleton refuse de répondre à cette accusation, affirmant qu'il ne doit rendre compte de ses actes qu'à l'Église. En représailles, le roi ordonne l'arrestation d'Orleton, ce qui provoque la colère du clergé dont l'archevêque de Canterbury Walter Reynolds, pourtant proche du roi. Il s'agit de la toute première fois qu'un prélat anglais est traduit devant la justice royale. En mai 1324, Édouard va même jusqu'à demander à Jean XXII de déchoir Orleton de son évêché mais le pape refuse. Une tentative de médiation du comte de Leicester ne fait qu'exciter la fureur du roi, qui va même jusqu'à accuser le comte de trahison avant de se rétracter. Face au vif soutien du clergé et de la noblesse d'Angleterre envers Orleton, le roi doit relâcher l'évêque mais le fait étroitement surveiller.

Article détaillé : Invasion de l'Angleterre (1326).

Au même moment, la reine Isabelle devient profondément mécontente de son époux Édouard II. Ainsi, les espions de Hugues le Despenser découvrent que la reine est en contact avec Adam Orleton. La situation devient de plus en plus explosive entre la reine et le favori. En 1325, la reine Isabelle saisit le prétexte de mener une ambassade en France pour s'enfuir de la cour de Despenser. Elle y rencontre Roger Mortimer, dont elle devient la maîtresse, et rallie l'opposition au roi Édouard. Le 24 septembre 1326, la reine, Mortimer et leurs soutiens débarquent en Angleterre pour y renverser le roi. Isabelle atteint Oxford le 2 octobre, où elle est accueillie en « salvatrice ». Adam Orleton la rejoint pour donner une conférence à l'université sur les méfaits d'Édouard II et de son favori[6]. Orleton accuse le roi d'avoir pratiqué la sodomie avec son favori, afin de les discréditer[7]. Orleton revient cependant sur ses déclarations par respect pour le titre royal et reproche seulement à Despenser son homosexualité présumée. Il est possible cependant que les accusations d'Orleton aient été fausses et seulement motivées par des desseins politiques, tout comme celles intentées contre le pape Boniface VIII en 1303 et les Templiers en 1307 par le roi de France Philippe IV le Bel.

Article détaillé : Parlement de 1327.

Capturé le 16 novembre 1326, Édouard II est emprisonné au château de Kenilworth tandis que Despenser est exécuté rapidement. Dès le 20 novembre, Orleton obtient du roi qu'il lui remette le Grand Sceau, qu'il rend alors à la reine Isabelle. Peu après, la reine fait convoquer le Parlement pour discuter du statut d'Édouard II : le Parlement convient alors de déposer le roi. Orleton se fait remarquer au Parlement le 12 janvier 1327 en prononçant des discours enflammés contre l'incapacité du roi à gouverner efficacement. Le 20 janvier, Édouard reçoit une délégation ecclésiastique sous les ordres d'Adam Orleton et se voit alors offrir un choix : soit abdiquer au profit de son fils, soit refuser et accepter de céder le trône à quelqu'un d'expérience qui ne sera pas de sang royal — probablement Roger Mortimer. Le roi, regrettant que son peuple haïsse tant son règne, accepte d'abdiquer en faveur de son fils, qui est proclamé roi le 25 janvier. Afin de fournir une explication aux barons au fait que la reine Isabelle ne tente rien pour rejoindre son époux dans sa retraite, Orleton explique au Parlement que le roi déchu a menacé de la tuer si jamais elle venait à lui. Après avoir accompli cette tâche, Orleton reçoit la garde de l'ecclésiastique Robert Baldock en février 1327 en l'attente de son procès pour son soutien affiché à Édouard II. L'évêque de Hereford le livre à la foule de Londres qui le blesse grièvement avant de le jeter à la prison de Newgate où Baldock succombe peu après à ses blessures.

Rôle supposé dans la mort d'Édouard IIModifier

Orleton a longtemps été soupçonné d'être le complice du meurtre d'Édouard II avec Mortimer et la reine Isabelle, afin d'empêcher leurs adversaires de le restaurer sur le trône. L'assassinat du roi déchu aurait été préparé de telle façon qu'on ne puisse les en accuser formellement. Une lettre aurait été envoyée au château de Berkeley, où Édouard II fut emprisonné jusqu'à sa mort le 21 septembre 1327, rédigée dans une formule latine qui pouvait être traduite de deux façons totalement opposées : « Eduardum occidere nolite timere bonum est » qui peut se traduire soit par « Ne craignez pas de tuer Édouard, c'est une bonne chose » soit par « Tuer Édouard est une chose à craindre », selon que l'on place la virgule avant ou après timere. Orleton aurait été complice de Mortimer en échange de l'évêché de Worcester, qui lui fut accordé le 25 septembre 1327, soit quatre jours après la mort du roi déposé. Cette accusation semble dénuée de fondements, puisque Orleton se trouvait à ce moment-là en Avignon auprès du pape pour y recevoir justement son accord pour l'obtention de l'évêché. Par ailleurs, les adversaires d'Orleton ne l'ont jamais formellement accusé d'un tel acte, même après l'exécution de Roger Mortimer sur ordre d'Édouard III en 1330 ou pendant ses conflits avec le nouveau roi en 1334.

Sous Édouard IIIModifier

Après l'avènement au trône d'Édouard III, Orleton détient brièvement le poste de Lord grand trésorier jusqu'au 13 mars 1327[8]. Il entre ainsi au conseil de régence du jeune roi où il représente les intérêts de Roger Mortimer. Au printemps 1327, Orleton est commissionné en Hainaut pour aller demander au nom du jeune roi la main de Philippa, fille du comte Guillaume Ier. Voyageant en Avignon, il est nommé par le pape Jean XXII évêque de Worcester le 25 septembre 1327, ce qui va à l'encontre du souhait d'Isabelle et de Mortimer, qui soutiennent un autre candidat[9]. À son retour en Angleterre au mois suivant, Orleton subit une semi-disgrâce. Pourtant, après s'être expliqué devant le Parlement, il reçoit l'autorisation de percevoir les revenus assignés à son nouvel évêché le 5 mars 1328. Orleton semble avoir bénéficié à nouveau de la confiance des régents puisqu'il est envoyé par le conseil en France le 16 mai suivant afin de défendre les droits d'Édouard III sur la couronne de France, vacante depuis la mort de Charles IV le Bel, frère d'Isabelle. Cette revendication est rejetée du revers de la main par la noblesse française. Orleton négocie toutefois en 1330 auprès du nouveau roi Philippe VI les mariages respectifs d'Aliénor de Woodstock et de Jean d'Eltham, sœur et frère d'Édouard III, avec Jean et Marie, fils et fille de Philippe. L'année suivante, il organise la cérémonie d'hommage à Amiens d'Édouard III avec le roi de France pour l'Aquitaine. En 1333, Orleton négocie un possible mariage entre Jean d'Eltham et Jeanne, fille de Raoul Ier de Brienne.

Le 1er décembre 1333, Orleton, usant de son influence auprès du pape, devient évêque de Winchester[10]. Cette nomination suscite le mécontentement d'Édouard III qui refuse d'accorder à Orleton les temporalités de Winchester jusqu'au 23 septembre 1334. Le roi accuse Orleton d'avoir faussement accusé Édouard II de sodomie en 1326, de l'avoir contraint à abdiquer, d'avoir empêché la reine Isabelle de le rejoindre et d'avoir maltraité l'évêque Baldock. L'évêque de Winchester répond à ces accusations en rédigeant son propre plaidoyer, intitulé Responsiones Adæ quondam Wigorniensis episcopi. La colère du roi retombe progressivement puisqu'en 1336, Orleton est chargé de préparer une potentielle croisade en Terre sainte avec Philippe VI et de négocier avec le roi d'Écosse David II. En 1340 et 1341, l'évêque de Winchester sort de sa retraite pour soutenir le roi Édouard dans sa querelle avec l'archevêque de Canterbury Jean de Stratford. Selon certains, Orleton aurait même rédigé les accusations du roi contre Stratford. Bien qu'Orleton nie avoir fait une telle chose, Stratford l'inculpe devant le Parlement pour diffamation. À la suite de cette humiliation, Adam Orleton se retire définitivement des affaires du royaume et, devenu aveugle, s'éteint le 18 juillet 1345[10].

PostéritéModifier

Le chroniqueur Thomas de la Moore décrit Orleton comme un homme incroyablement rusé, très prudent, téméraire et sans scrupule. Il le considère comme celui qui a su raviver la résistance contre Hugues le Despenser après le triomphe du roi à Boroughbridge en 1322. Il remarque par ailleurs qu'il est l'un des rares évêques anglais à avoir exercé dans trois diocèses et le résume ainsi dans ces vers latins :

« Trinus est Adam,
Talem suspendere vadam.
Thomam despexit,
Wlstanum non bene rexit,
Swithunum maluit.
Cur ? Quia plus valuit. »
— Thomas de la Moore[trad 1]









Dans le drame Édouard II de Christopher Marlowe, paru en 1594, Orleton est dépeint comme l'instigateur du meurtre d'Édouard II, son implication dans l'assassinat d'Édouard II étant prouvée par le biais de la lettre en latin.

La thèse de la lettre est reprise par l'écrivain Maurice Druon, dans le cinquième tome des Rois Maudits, intitulé La Louve de France et paru en 1959. Orleton est incarné par Jean Lanier dans l'adaptation télévisée de 1972 et par Serge Maillat dans celle de 2005.

Notes et référencesModifier

Citations originalesModifier

  1. « Adam est un voyageur,
    Comme il va en suspension.
    Il a dédaigné Hereford,
    Mal géré Worcester,
    Préféré Winchester.
    Pourquoi ? Pour celui qui a le plus de valeur.
     »

RéférencesModifier

  1. Register of Adam Orleton, ed A T Bannister, 1907
  2. « Canterbury and York Series Vol. VIII » (consulté le 27 janvier 2012)
  3. Bannister, op. cit, introduction
  4. Fryde, et al. Handbook of British Chronology p. 250
  5. Bannister, op.cit.
  6. McKisack The Fourteenth Century p. 85–91
  7. Ian Mortimer: "Barriers to the Truth" History Today: 60-12: (December 2010): 13
  8. Fryde, et al. Handbook of British Chronology p. 105
  9. Fryde, et al. Handbook of British Chronology p. 279
  10. a et b Fryde, et al. Handbook of British Chronology p. 277

BibliographieModifier

  • Dezobry et Bachelet, Dictionnaire de biographie, t. 1, Ch. Delagrave, 1876, p. 17.
  • E. B. Fryde, D. E. Greenway, S. Porter et I. Roy, Handbook of British Chronology, Cambridge, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-56350-X)
  • Roy Martin Haines, The Church and Politics in Fourteenth-Century England: The Career of Adam Orleton c. 1275–1345, 1978.
  • Darryl Lundy, « The Peerage.com: Edward III », The Peerage (consulté le 31 août 2007)

Liens externesModifier