Abel Ferry

homme politique français de la IIIe République

Abel Ferry, né le à Paris et mort pour la France le à Jaulzy (Oise), est un homme politique français.

Abel Ferry
Illustration.
Portrait d’Abel Ferry paru dans Excelsior (1911).
Fonctions
Sous-secrétaire d'État
aux Affaires étrangères[1]

(1 an, 4 mois et 15 jours)
Président Raymond Poincaré
Président du Conseil René Viviani
Gouvernement Viviani I
Viviani II
Prédécesseur Eugène Spuller (indirectement)
Successeur Charles Daniélou (indirectement)
Conseiller général des Vosges

(8 ans, 1 mois et 22 jours)
Circonscription Canton de Bruyères
Prédécesseur Henry Boucher
Successeur Louis Divoux
Député

(9 ans, 5 mois et 10 jours)
Élection (partielle)
Réélection 24 avril 1910
10 mai 1914
Circonscription Vosges (Épinal-2)
Législature IXe, Xe et XIe (Troisième République)
Groupe politique GR
Prédécesseur Henry Boucher
Successeur Scrutin plurinominal
Biographie
Nom de naissance Abel Édouard Jules Ferry
Date de naissance
Lieu de naissance Paris (France)
Date de décès (à 37 ans)
Lieu de décès Jaulzy (France)
Nature du décès Blessures de guerre
Sépulture Cimetière rive droite de Saint-Dié-des-Vosges
Nationalité Française
Parti politique Radicaux indépendants
Père Charles Ferry
Enfants Fresnette Pisani-Ferry
Famille Jules Ferry (oncle)
François Allain-Targé (grand-père)
Profession Avocat
Distinctions Croix de guerre 1914-1918
Chevalier de la Légion d'honneur

Neveu de Jules Ferry et fils de Charles Ferry, il est député des Vosges de 1909 à sa mort et sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères entre 1914 et 1915. Il meurt peu avant la fin de la Grande Guerre, après avoir été blessé au combat.

Situation personnelleModifier

OriginesModifier

Né le dans le 16e arrondissement de Paris[2], Abel Ferry est issu d'une famille d’origine lorraine[3] qui compte de nombreux hommes politiques importants de la Troisième République, notamment :

Formation et carrièreModifier

Après avoir obtenu un diplôme d'études supérieures en histoire et une licence en droit[5], Abel Ferry devient avocat en 1903. Il s'inscrit au barreau en mars 1908 mais démissionne dès décembre et ne plaide donc jamais. Son service militaire est effectué à Rouen[5].

Vie privée et familialeModifier

Le , Abel Ferry épouse Hélène Berger (1887-1972), avec qui il a une fille, Fresnette, née le . Son prénom est un hommage au village de Fresnes-en-Woëvre, l’une des difficiles batailles auxquelles Abel Ferry a participé en 1915 avec le 166e R.I.[6] (dans lequel combattait également l'écrivain Louis Pergaud). Abel Ferry meurt moins de trois mois après sa naissance.

Parcours politiqueModifier

Député des VosgesModifier

Abel Ferry se présente en 1907 sans succès aux élections cantonales à Rambervillers.

Lors de l'élection législative partielle de 1909 dans la deuxième circonscription d'Épinal, dans les Vosges, il l’emporte au second tour et succède à Henry Boucher, devenu sénateur[5]. Il est réélu dès le premier tour en , puis une nouvelle fois, mais au second tour, en [7]. Il est également conseiller général des Vosges pour le canton de Bruyères de 1910 à sa mort.

Radical indépendant, il siège à la Chambre des députés dans le groupe de la Gauche radicale. Comme le décrit l'analyste politique André Siegfried, ce groupe républicain est constitué de « députés socialement conservateurs qui voudraient ne pas rompre avec la gauche et qui votent donc, à droite sur les questions d'intérêts, à gauche sur les questions politiques ». La Gauche radicale, par sa position centriste, est souvent l'arbitre des différentes majorités.

Du fait de son histoire familiale, Abel Ferry se mobilise sur les grands débats et en particulier en politique étrangère. Partisan d'une armée forte, il appuie Clemenceau contre Jaurès, et vote en faveur de la loi de 1913 instituant le service militaire de trois ans. Cette même année, il fait casser la décision de réforme no 2 pour la tuberculose, qu'il avait contractée en service en 1903 et qui l'avait fait verser dans le cadre de réserve[8]. Il est pour la proportionnelle avec aussi une certaine décentralisation et un statut pour les fonctionnaires. Il travaille aussi à l'organisation de la Chambre, participant à la mise en place en 1911 une conférence mensuelle des présidents des grandes commissions et des représentants de groupes pour fixer l'ordre du jour.

Sous-secrétaire d’ÉtatModifier

Après les élections législatives de 1914, à 33 ans, Abel Ferry est nommé sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères dans le premier gouvernement que forme René Viviani. C'est à ce titre qu'il reçoit, au quai d'Orsay, Jean Jaurès, venu demander à Viviani et au gouvernement français de ne pas entrer en guerre, le , juste avant son assassinat.

Dès le début de son engagement dans la Première Guerre mondiale, il présente sa démission du gouvernement, qui est refusée. Le , René Viviani, formant un nouveau ministère, le confirme dans ses fonctions ministérielles, qu'Abel Ferry conserve jusqu’à la chute de Viviani, le .

Première Guerre mondialeModifier

 
Abel Ferry en 1915.

Participation aux combatsModifier

Le , Abel Ferry rejoint le 166e régiment d'infanterie de ligne à Verdun comme caporal. Il fait le trajet pour Verdun en voiture, conduite par sa femme, avec Albert Lebrun[9]. Monté au front, il se voit nommé sous-lieutenant par Adolphe Messimy, ministre de la Guerre.

Avec son régiment, Abel Ferry participe aux combats en Woëvre, sur la crête des Éparges, en Argonne, jusqu'en , tout en contribuant aux travaux gouvernementaux puis parlementaires après la chute de Viviani. Il reçoit deux citations à titre militaire, en et .

Contrôle des arméesModifier

Le , à la suite de la réunion du comité secret de la commission de la Guerre dont il fait partie depuis 1915, il est désigné délégué au contrôle, commissaire aux armées. Il entreprend alors un intense travail de pression sur le Parlement et le gouvernement pour améliorer le sort des combattants, la force des armées, l'unité des Alliés. Pour jouer ce rôle, il lui faut vaincre la méfiance des parlementaires vis-à-vis des états-majors et combattre simultanément l'hostilité de la bureaucratie militaire, majoritairement convertie à l'antiparlementarisme, à l'encontre de tout contrôle civil[5]. En dehors des assemblées, il parcourt régulièrement le front et conduit ses missions d'inspections aux armées de façon à pouvoir apporter aux séances de la Chambre « une vision de la guerre vue des tranchées »[5].

Blessures et mortModifier

Le , il est en mission de contrôle du fonctionnement d'un nouveau fusil mitrailleur dans les premières lignes dans l'Aisne, avec un député d'Angers, Gaston Dumesnil, et un lieutenant. Un obus fauche alors la délégation qui se rend au poste de commandement du 17e bataillon de chasseurs à pied[5]. Les deux accompagnants sont tués ; Ferry est évacué, gravement blessé au poumon et à la cuisse[5]. Clemenceau vient lui remettre lui-même la Légion d'honneur et une citation comportant la croix de guerre avec palme. Abel Ferry meurt sept jours plus tard, à Jaulzy, dans l'Oise[10].

Ses obsèques ont lieu à Paris le , au domicile de la rue Bayard, en présence du président de la République, Raymond Poincaré[11]. Sa dépouille est transportée à Saint-Dié (Vosges) le pour y être inhumée[12].

HommagesModifier

 
Sépulture de Jules et Abel Ferry au cimetière rive droite de Saint-Dié-des-Vosges (2021).

Sur la tombe de Jules Ferry, au cimetière rive droite de Saint-Dié-des-Vosges[13], il est inscrit la citation suivante de Jules Ferry : « Je désire reposer en face de cette ligne bleue des Vosges d'où monte jusqu'à mon cœur fidèle la plainte touchante des vaincus. »

Sur celle d'Abel Ferry, gravé dans le bronze, il est inscrit cet extrait de la Chambre des députés, en date du 17 septembre 1918 : « Ce n'est pas la plainte des vaincus qui monte vers Toi ; c'est le cri de la France victorieuse que Toi et tes pareils vous avez faite de votre sang ».

De nombreuses villes de France, particulièrement en Lorraine, ont donné le nom d'Abel Ferry à des rues, dont Épinal[5], ou des établissements scolaires. Une rue à Paris 16e porte son nom depuis 1928.

DécorationsModifier

ŒuvresModifier

Suivant sa volonté, sa femme, Hélène Ferry, publie à titre posthume les ouvrages suivants[14] :

  • La Guerre vue d'en haut et d'en bas. L'âme de 1793 est en bas. La bureaucratie est en haut, 1920, Paris, Grasset, 328 p. ;
  • Carnets secrets, 1914-1918, préface de Nicolas Offenstadt, notes et texte établis par André Loez, Paris, Grasset, 2005, 394 p. (ISBN 978-2-246-69841-8).
    Le livre a été publié pour la première fois en 1957 et est devenu un ouvrage de référence. Certains descendants des principaux protagonistes étant encore vivants, des coupes avaient été opérées. L'édition de 2005 est la version non expurgée, à laquelle sont jointes 46 lettres inédites qu'Abel Ferry écrivit à sa femme Hélène alors qu'il était au front.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Son oncle, Amédée de La Porte, a épousé la sœur de sa mère, fille de François Allain-Targé.

RéférencesModifier

  1. Sous-secrétaire d’État à la présidence du Conseil et aux Affaires étrangères jusqu’au .
  2. Archives de l’état civil de Paris en ligne, acte de naissance no 16/473/1881.
  3. C'est une famille vosgienne de fondeurs de cloches. En 1718, les Ferry s’établissent à Saint-Dié-des-Vosges, où ils se retrouvent, en 1794, à la tête d’une tuilerie. François-Joseph Ferry, grand-père de Jules, est alors maire de la ville. Son fils Charles-Édouard se marie avec Adèle Jamelet, dont il a trois enfants : Adèle (1826-1871), Jules (1832-1893), homme politique national et Charles, également homme politique (1834-1909), le père d’Abel. Note biblio des Archives de France consultable sur daf.archivesdefrance.culture.gouv.fr.
  4. Extraits du testament de Jules Ferry établi en 1890 : Je lègue à mon neveu, Abel Ferry, tous mes livres et toutes mes armes. Qu'il les garde en mémoire de l'oncle dont il est adoré et qui a mis en lui toutes ses espérances. Qu'il porte dignement et qu'il défende en toute circonstance le nom que son père et son oncle, après tant de générations d'honnêtes gens, ont honoré et mis dans l'Histoire. Qu'après nous, il aime sa tante Jules comme une mère et comme un père, c'est-à-dire comme un guide infaillible, qu'il serve son pays et qu'il l'aime plus que sa vie.
  5. a b c d e f g et h Jean Bossu, Chronique des rues d'Épinal, Tome I, Épinal, 1976, pp. 4-6.
  6. Archives des Vosges daf.archivesdefrance.culture.gouv.fr
  7. Note du Dictionnaire des parlementaires.
  8. Notice biographique.
  9. Éric Freysselinard, Albert Lebrun, le dernier président de la IIIe République, Paris, Belin, 2013, p. 207.
  10. Mémoire des Hommes
  11. Le Figaro 1918 (bnf.fr).
  12. Le Figaro 1919 (bnf.fr).
  13. Bertrand Beyern, Guide des tombes d'hommes célèbres, Le Cherche midi, , 385 p. (ISBN 9782749121697, lire en ligne), p. 272.
  14. note Archives des Vosges, op. cit.

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • « Abel Ferry », dans le Dictionnaire des parlementaires français (1889-1940), sous la direction de Jean Jolly, PUF, 1960 [détail de l’édition]  
  • Michel Baumont, « Abel Ferry et les étapes du Contrôle aux Armées, 1914–1918 » in Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine, volume XV, janvier–, p. 162–209.

Article connexeModifier

Liens externesModifier