Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Apo.

Abdullah Öcalan
Illustration.
Abdullah Ocalan en 1997.
Fonctions
Fondateur-chef du Parti des travailleurs du Kurdistan
En fonction depuis le
(41 ans, 1 mois et 21 jours)
Biographie
Nom de naissance Abdullah Öcalan
Surnom Apo
Date de naissance (70 ans)
Lieu de naissance Şanlıurfa (Turquie)
Nationalité Turque
Parti politique Parti des travailleurs du Kurdistan
Conjoint Kesire Yıldırım
Entourage Dilek Öcalan (nièce)
Diplômé de Université d'Ankara
Résidence l'île-prison d’İmralı

Abdullah Öcalan, connu sous le nom d'Apo (signifiant « oncle » en kurde), né le dans le village de Ömerli (Amara en kurde), rattaché à la ville de Halfeti à Urfa, est l’un des fondateurs et le dirigeant du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, Partiya Karkêren Kurdistan), organisation considérée comme terroriste par la Turquie, les États-Unis et l'Union européenne entre autres.

Après avoir été capturé au Kenya au cours d'une opération menée conjointement par les services secrets turcs, américains[1] et israéliens le , il est jugé le pour trahison à la nation (d'après la loi 125 du code pénal turc) et condamné à mort le pour avoir fondé et dirigé une organisation armée considérée comme terroriste. La peine est commuée en prison à vie en 2002 lorsque la Turquie abolit la peine de mort dans la perspective de son adhésion à l'Union européenne. Depuis, il est le seul détenu de l'île-prison d’İmralı sur laquelle, selon ses avocats, il subit régulièrement des agressions psychologiques – situation dénoncée notamment par Amnesty International et le Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants[2]. En 2009, des travaux ont été réalisés pour agrandir la prison afin que d'autres détenus, dont des membres du PKK, y soient incarcérés[3]. Selon la presse turque, son incarcération coûterait 70 000 euros par jour[4].

Öcalan est également l'initiateur du confédéralisme démocratique, courant politique partagé par plusieurs formations de la gauche kurde. Ce courant est défavorable à la création d'un État kurde : « Il vise à accomplir le droit à l’autodéfense des peuples en contribuant à la progression de la démocratie dans toutes les parties du Kurdistan, sans toutefois remettre en cause les frontières politiques existantes »[5].

BiographieModifier

JeunesseModifier

Abdullah Öcalan, dont la mère (Öveys) est turque et le père (Ömer) kurde[6], est né le dans une famille modeste à Amara (tr), Şanlıurfa, dans le sud-est de la Turquie. Le village ne possédant pas d’école, il commence sa scolarité dans un village voisin s'appelant Saylakkaya (Appelé Cibin, anciennement village arménien). Après des études à l’école du cadastre, il exerce le métier de fonctionnaire du cadastre durant une année. Par la suite, il entreprend des études à la Faculté de droit d'Istanbul, puis à la Faculté de sciences politiques d’Ankara.

Les années 1970 sont marquées en Turquie par une agitation politique intense. Les mouvements étudiants deviennent actifs en particulier à Ankara et à Istanbul. D'abord sympathisant des idées de certains courants religieux islamistes, Öcalan se montre finalement attiré par le développement des mouvements révolutionnaires et démocratiques étudiants durant ses études. À la suite de la disparition des leaders étudiants tels que Mahir Cayan et Deniz Gezmis, il participe aux manifestations de protestation. Il milite un temps dans la principale organisation étudiante, la Fédération de la jeunesse révolutionnaire, Dev-Genç[7]. En 1972, il est arrêté et purge une peine de prison de six mois.

Naissance d'une réflexion autonomeModifier

Durant sa période de détention, il lit, effectue des recherches et des analyses. Ces mois de détention seront le tournant de sa conception politique et de sa pensée. C'est au cours de cette période qu'il va dégager trois idées principales. La première idée est que le Kurdistan est une colonie. La deuxième idée est que le Kurdistan nécessite une guerre de libération nationale. La troisième idée est que le processus de libération du Kurdistan exige, comme condition préalable, deux ruptures radicales : la première avec la gauche turque, qualifiée de « social-chauvine » ; la deuxième avec les autres groupes et organisations kurdes, qualifiés de « nationalistes primitifs »[7],[8].

Dès sa sortie de prison, il participe à la réunification du mouvement étudiant et y joue un rôle primordial. En 1974, il prend la tête, à l'université d'Ankara, de l'ADYOD (Association démocratique de l'enseignement supérieur d'Ankara). Néanmoins, les avis diffèrent au sein de l'association lorsque l'on aborde les discussions concernant le problème kurde. Öcalan est convaincu que la gauche turque ne développe pas une solution efficace quant à la résolution de ce problème et entreprend des recherches théoriques et idéologiques. Il en déduit que la question kurde nécessite une organisation et une réflexion particulière au problème.

Les « Apocular »Modifier

Après la défaite de Mustafa Barzani en Irak en 1975, Öcalan proclame qu'il incombe désormais à la jeunesse kurde de Turquie d'organiser une nouvelle résistance visant à libérer le Kurdistan dans son ensemble. Ses partisans vont commencer à sillonner les régions kurdes pour y enquêter sur la réalité sociale et pour établir des contacts avec la population. Ils vont rapidement se heurter aux autres organisations kurdes (tout particulièrement les KUK), aux groupes de la gauche turque et aux organes de contre-guérilla de l'État[7]. Au cours de cette période, le groupe diffuse ses premiers tracts dans les régions kurdes en les signant du nom d'Armée de libération nationale (UKO, Ulusal Kurtuluş Ordusu). Mais, rapidement, les jeunes militants vont se faire connaître sous le surnom d'« Apocular » (« partisans d'Apo » ou « apoïstes »)[9] .

Chef du PKKModifier

Ses idées attirent l'intérêt de la jeunesse et de la population des régions kurdes de Turquie. Le groupe, au départ peu nombreux, commence à prendre de l'ampleur. Il commence à inquiéter l'État, mais s'attire aussi l'inimitié des structures féodales locales, des groupes de la gauche turque et des autres organisations kurdes (tout particulièrement les KUK). En 1977, l'un des fondateurs du mouvement, un Turc originaire de la région de la mer Noire nommé Haki Karer, est assassiné à Antep en 1977 par un groupuscule kurde, Stêrka sor[7],[8].

Cet assassinat incite le groupe informel à s'organiser de manière plus structurée et à fonder un véritable parti[7]. Mazlum Dogan commence à rédiger les textes de base, dont le futur manifeste du PKK. En 1978, dans un village appelé Fis, non loin de la ville de Diyarbakir, se tient le premier congrès qui donne naissance au Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK). Le parti se développe alors rapidement dans le sud-est du pays.

Le commandement de l'armée turque estime que la popularité du PKK, conjuguée à l'état de violence politique que connait alors le pays, met gravement en danger la survie même de l’État. En conséquence, le , un coup d’État militaire est organisé par le général Kenan Evren, sous le prétexte de rétablir l'ordre en Turquie et de garantir la pérennité des institutions étatiques léguées par Mustafa Kemal Ataturk. la constitution est suspendue, tous les partis politiques sont interdits. De nombreux cadres du PKK, dont Mazlum Dogan, Hayri Durmus et Kemal Pir sont arrêtés, torturés et emprisonnés.

Toutes les voies vers une lutte politique étant fermées, le mouvement kurde sous la direction d'Öcalan s'engage dans la lutte armée en août 1984. Cette lutte armée prend, en 1990, la tournure d’un soulèvement populaire. Afin d’empêcher les destructions causées par la guerre et d’ouvrir la voie vers une résolution politique et démocratique, Öcalan propose des trêves en 1993, 1995 et 1998 mais celles-ci s’avèrent être unilatérales.

Les dirigeants turcs n’ont jamais répondu favorablement à ces trêves. Malgré cela, Öcalan déclare la fin des combats le afin de permettre des négociations politiques et diplomatiques. La Turquie, refusant les négociations, menace la Syrie de guerre et, dans le cadre de l'accord d'Adana, Öcalan doit s’exiler en Europe afin de trouver une solution au problème. Il séjournera en Grèce, en Russie et en Italie. Depuis 1998, il poursuit sa lutte contre la guerre et rappelle qu’une résolution est possible.

ArrestationModifier

En février 1999, il est arrêté au Kenya par des agents turcs, probablement grâce à l'aide des services de renseignements américains et grecs[10], et emprisonné en Turquie par la suite[11].

Au mois d'octobre 2008, il aurait, selon ses avocats, été agressé physiquement par les gardes de la prison qui l'ont également menacé de mort. Ces informations ont été démenties par le ministre de la Justice turc Mehmet Ali Sahin[12]. À la suite de ces propos, le parti kurde DTP a organisé des rassemblements dans les grandes villes à majorité kurde de Turquie[13].

Début 2012, un important mouvement de contestation vis-à-vis du gouvernement turc naît en France à Strasbourg. La communauté kurde, très présente dans la ville, réclame une amélioration de ses conditions de détention, la possibilité pour Abdullah de rencontrer ses avocats. Ces manifestations ont rassemblé jusqu'à 40 000 personnes en (10 500 selon les autorités)[14].

Par ailleurs, quinze Kurdes entament une grève de la faim, dans une église de Strasbourg, à partir du . Elle s'achève 52 jours plus tard, à la suite des déclarations du Parlement européen et du Conseil de l'Europe selon lesquelles celui-ci envoie des experts de son Comité pour la prévention de la torture afin d'examiner les conditions de détention d'Öcalan[15].

Les autorités turques autorisent, après deux ans d'interdiction, sa famille et en particulier son frère, Mehmet Öcalan, à lui rendre visite en prison durant la semaine de l'Aïd al-Adha[16]. Son frère, après sa visite du , rapporte ainsi les paroles d'Öcalan au public[17] : « Il a dit que si l’État était prêt pour ce projet, nous pourrions le finir en six mois, et que le précédent processus n’était pas complètement effacé. Aucune partie ne peut gagner cette guerre. Il est temps de faire cesser les larmes et le bain de sang, c’est ce qu’il a dit. »

PublicationsModifier

  • (tr) Seçme Yazılar, Vol. I, éditions Melsa, İstanbul, (ISBN 978-975-345-017-1)
  • (tr) Seçme Yazılar, Vol. II, éditions Zagros, İstanbul, (ISBN 978-975-7865-03-2)
  • (tr) Politik Rapor, éditions Zagros, (ISBN 978-975-7865-01-8)
  • (tr) Kürt Sorununda Demokratik Çözüm Bildirgesi, éditions Mem, İstanbul, .
  • (tr) Sümer Rahip Devletinden Demokratik Uygarlığa (AİHM Savunmaları) Vol. I, éditions Mezopotamya, Cologne, . (ISBN 978-3-931885-27-4)
  • (tr) Sümer Rahip Devletinden Demokratik Uygarlığa (AİHM Savunmaları) Vol. II, éditions Mezopotamya, Cologne, . (ISBN 978-3-931885-28-1)
  • (tr) Güney Kürdistan'da egemenlik mücadelesi ve devrimci demokratik tutum, éditions Wêşanen Serxwebûn 127,
  • (tr) Bir Halk Savunmak, éditions Wêşanen Serxwebûn 135,
  • (tr) Medeniyetin Kökleri, éditions Klaus Happel, Londres,
  • (en) Prison Writings I: The Roots of Civilisation, Pluto Press, (ISBN 978-0-7453-2616-0)
  • (tr) Demokratik Toplum Manifestosu, 5 tomes, éditions Mezopotamya, 2009
  • (fr) Guerre et paix au Kurdistan : perspectives pour une résolution politique de la question kurde, 2010 (Pdf)
  • (fr) Confédéralisme démocratique, 2011 (Pdf)
  • (en) Prison Writings Volume II: The PKK and the Kurdish Question in the 21st Century (2011) (ISBN 9780956751409)
  • (en) Prison Writings III: The Road Map to Negotiations (2012) (ISBN 9783941012431)

Notes et référencesModifier

  1. « CIA : tout savoir, agir partout » dans le Nouvel Observateur, no 1804, semaine du 3 juin 1999.
  2. « Amnesty International - « En Turquie, la situation d’Abdullah Öcalan détenu en isolement » », (consulté le 1er novembre 2008).
  3. (tr) Saygı Öztürk Yaziyor, « İmralı'ya "F tipi" ayarı » dans Hürriyet, 24 novembre 2008, [lire en ligne (page consultée le 2 décembre 2008)].
  4. « Le prix d'un jour d'incarcération de Öcalan estimé à 125 000 YTL » dans le journal Bugün, 22 octobre 2008, [lire en ligne (page consultée le 4 décembre 2008)].
  5. Mireille Court et Chris Den Hond, « Une utopie au cœur du chaos syrien », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne, consulté le 25 janvier 2018)
  6. Site d'Abdullah Öcalan - Biographie.
  7. a b c d et e Olivier Grojean, La révolution kurde : le PKK et la fabrique d'une utopie, Paris, La Découverte, coll. « Cahiers libres », , 256 p. (ISBN 978-2-7071-8847-2)
  8. a et b Michael M. Gunter, Historical Dictionary of the Kurds, Toronto/Oxford, Scarecrow Press, , 410 p. (ISBN 978-0-8108-6751-2)
  9. Hamit Bozarslan, La question kurde : État et minorités au Moyen-Orient, Paris, Presses de Sciences Po, , 384 p. (ISBN 2-7246-0717-1), p. 165-171
  10. Jean-Pierre Perrin, Sophie Perrier et Jean-Philippe Remy, Le leader kurde a été enlevé au Kenya et ramené en Turquie. Öcalan tombe aux mains des Turcs. Les circonstances de la capture par les autorités turques de leur ennemi numéro 1 restent mystérieuses., liberation.fr, 17 février 1999
  11. « Le leader kurde a été enlevé au Kenya et ramené en Turquie. Öcalan tombe aux mains des Turcs. Les circonstances de la capture par les autorités turques de leur ennemi numéro 1 restent mystérieuses. », Libération.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 30 janvier 2017)
  12. AFP, « Öcalan n'a pas été maltraité » dans Le Figaro, 19 octobre 2008 [lire en ligne (page consultée le 20 novembre 2008)].
  13. AFP, « Manifestations pro-Öcalan en Turquie : un blessé, nombreuses interpellations » dans 20 minutes, 19 octobre 2008 [lire en ligne (page consultée le 1er novembre 2008)] (lien mort).
  14. "A la Meinau, la manifestation kurde a pris fin", Dernières nouvelles d'Alsace, 18 février 2012.
  15. « Strasbourg : fin de la grève de la faim des Kurdes », sur France 3 Alsace, (consulté le 28 octobre 2014)
  16. Alexandre Billette, « Turquie: Öcalan, leader historique du PKK, autorisé à revoir sa famille », sur Radio France internationale, (consulté le 12 septembre 2016)
  17. Marie Jégo, « En Turquie, Abdullah Öcalan, le chef emprisonné du PKK, appelle à relancer la paix », sur Le Monde, (consulté le 13 septembre 2016)

Voir aussiModifier

Sur les autres projets Wikimedia :

BibliographieModifier

  • Bozarslan, Hamit: La question kurde - État et minorités au Moyen-Orient, Paris: (P.F.N.S.P.), 1997. (ISBN 9782724607178)
  • Bozarslan, Hamit: Conflit kurde - Le brasier oublié du Moyen-Orient, Paris: Autrement, 2009. (ISBN 9782746712737)
  • Cigerli, Sabri, et Le Saout, Didier: Öcalan et le PKK - les mutations de la question kurde en Turquie et au Moyen-Orient, Paris: Maisonneuve & Larose, 2005.
  • Chalian, Gérard: La question kurde à l’heure de Daech, Paris: Seuil, 2015. (ISBN 9782021233230)
  • Rehmany, Wirya: Dictionnaire politique et historique des Kurdes, Paris: L'Harmattan, 2014. (ISBN 9782343032825)

Articles connexesModifier

Liens externesModifier