Abdelhadi Zniber (décès en 1854)

homme politique marocain
Abdelhadi Zniber
Bombardment of sale 26th novem hi.jpg
Bombardement de Salé le 26 novembre 1851 par le contre-amiral Dubourdieu[1] pendant le mandat du Pacha Abdelhadi Zniber[2], peinture de Théodore Gudin
Biographie
Naissance
Décès
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Abdelhadi Zniber (petit-fils)Voir et modifier les données sur Wikidata

Abdelhadi Zniber (? - 1854), de son nom complet Mohamed Ben Abdelhadi Zniber est un Pacha de Salé vers le milieu du XIXe siècle. Il est notamment connu pour avoir défendu la ville de Salé pendant le bombardement de la ville en 1851 par la flotte française.

Le Derb (Quartier) Mohammed Ben Abdelhadi Zniber à Salé est nommé à son honneur.

BiographieModifier

 
Le petit fils du Pacha, l'ambassadeur Mohamed ben Abdelhadi Zniber, photo prise probablement lors de la Conférence d'Algésiras dont il fut membre de la délégation

Abdelhadi Zniber né au sein d'une ancienne famille de Salé d'origine andalouse devient Pacha de sa ville natale[3] pendant la première moitié du XIXe siècle. Il est aussi Amine[4] (receveur des douanes) ayant financé la restauration du mausolée de Sidi Ben Achir. Après avoir vécu le bombardement de Salé du par les Français sous le contre-amiral Dubourdieu, il est emporté par la vague de choléra qui s'abat sur la ville en 1854[5]. Son fils Mohamed Ben Abdelhadi Zniber est le deuxième restaurateur de la Médersa Abou Al-Hassan de Salé en 1864[6].

Bombardement de SaléModifier

Le 1er avril 1851, un navire de marchandises français[N 1] (chargé de blé notamment) commandé par un certain Jouve chavire devant les cotes Salétines. Une opération de sauvetage fut alors lancée. Celle-ci permit de sauver quelques tonnes gardées à Rabat et à Salé. Le lendemain, quelques faiseurs de trouble de Salé en profitèrent pour piller toutes la cargaison. La perte du côté français était estimée à 11,391 francs en or d'après une enquête du Pacha de Salé[7],[8].

Après plusieurs mois d'attente de remboursement sans réponse de la part du Sultan, le gouvernement français décide de se venger par la force. Par ordre du prince-président Louis-Napoléon Bonaparte, les liens diplomatiques sont coupés entre les deux pays et le consul Jules Doazan, résidant à Rabat, est démis de ses fonctions.

 
Borj Adoumoue, un des bastions fortifiés d'où le Pacha aurait défendu les cotes grâce à des canons de facture britannique

Le de la même année, le contre-amiral Dubourdieu[9] est nommé par le ministre de la marine pour mener à bien la mission. Une flotte de 5 navires (6 d'après l'historien salétin Ahmad ibn Khalid Naciri qui cite un vaisseau du nom de Napios) lui est confiée ; celle-ci est composée du vaisseau Henri IV (armé de 100 canons), deux frégates à vapeur Sané[10] et Gomer[11] et deux autres navires, le Narval et Le Caton. La flotte se réunit à Cadix avant l'assaut.

Le , les navires se rendent en secret à Tanger pour récupérer Doazan et le secrétaire du consul Fleurat, qui restent à bord du Narval. Le 25, la flotte se trouve face à Salé. Le contre-amiral demande des excuses et un remboursement immédiat sous peine de bombardement. Le Pacha de Rabat se soumet. La bataille commence le à 11h ; les canons français se mettent en batterie. Salé se défend et arme ses canons, tout comme Rabat[12]. Après sept heures d’enchaînement de tirs, la flotte envoie un compte rendu au ministère de la marine :

« La ville a subi d'importants dommages. La muraille Almohade fut gravement touchée ainsi que la Grande Mosquée dont le minaret fut touché par 6 boulets. Plusieurs maisons ont été détruites, d'autres ont brûlé pendant toute la nuit. 7 ou 6 tabjiyas[13] périrent ainsi qu'entre 12 et 15 civils. Dans le camp français, il y a eu 4 morts et 18 blessés. Henri IV a subi d'importants dommages tout comme pour Sané[14]. »

Cette expédition est un demi-échec pour les Français, qui s'attendaient à une révolte des Salétins contre le gouverneur, qui ne se produit pas[15]. Ce dernier punit et exile les fauteurs de troubles.

Quelques mois plus tard, le gouverneur Zniber décrit la situation au sultan Abd Arrahmane :

« Dieu a donné au peuple de l'Islam des jambes fermes tenant toujours debout et a fait manifester sa religion en dépit des polythéistes. Pas beaucoup de mal nous a été fait, Dieu merci. [...] Nous avons vu de nos propres yeux la bienveillance de Dieu et la beauté inimaginable de sa création. Quand Dieu repoussa les infidèles, ils ne pouvaient rien accomplir. Dieu a donné la victoire aux croyants et les a gardés à l'abri de la tromperie de l'ennemi[16]. »

Visite de Narcisse Cotte chez le PachaModifier

Dans son roman autobiographique Le Maroc contemporain, l'écrivain français et envoyé diplomatique Narcisse Cotte raconte sa visite à Salé et son séjour hospitalier dans la demeure du Pacha Zniber pour renouer les liens rompus à cause du bombardement. Avant sa visite le Pacha a menacé d'un terrible châtiment pour quiconque osera offusquer son invité (Cotte). Il fut accueilli par la mise en batterie de canons qui saluèrent leur arrivée sur la plage. Cotte est frappé par la beauté de Salé dont il rappelle ses exploits passés à l'époque des corsaires, il décrit la ville comme une ville Sainte, de sages et d'érudits et un important centre religieux rivalisant avec Kairouan et La Mecque. Narcisse Cotte décrit la maison du Pacha Zniber comme un "palais" où domine l'architecture hispano-mauresque. Il décrit le Pacha comme étant un embonpoint au teint clair avec une longue barbe noire, l'odeur d'ambre et de musc se dégageait de ses vêtements. Il dit aussi que la famille remontait ses origines aux Abencérages ou aux Zégris. Les deux gens, entourés de chorfas, discutèrent longtemps de politique autour d'un tajine de poulet. Pour rassurer l'agent français, le Pacha envoya un homme avec ce message: "Combien de mains exiges-tu qu'on t'apporte sur un plat? Je ferais couper celles des gens qu'on verra rôder autour de vos ancres!"[17].

Pachas de la ville de Salé depuis 1817Modifier

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

NotesModifier

  1. Le navire en question est un brick-goélette du nom de Courraud-Rose d'après le témoignage de Charles Jagerschmidt, un représentant diplomatique de la France au Maroc (Biographie)

RéférencesModifier

  1. « Biographie », sur stratisc.org
  2. Brown, p. 29, 73, 74, 177-180
  3. People of Sale : Tradition and Change in a Moroccan City, 1830-1930, p. 29
  4. http://www.douane.gov.ma/c/journal/view_article_content?groupId=16&articleId=32402&version=1.0
  5. People of Sale : Tradition and Change in a Moroccan City, 1830-1930, p. 180
  6. Le premier restaurateur de la médersa, au XVIIIe siècle, est Mohamed Ben Hajji Zniber, qadi de Salé. Cf. « Architecture et urbanisme : Medersa Abou El-Hassan », sur www.idcp.ma, Inventaire et documentation du patrimoine culturel marocain (consulté le )
  7. Al-Ithaf Al-Wajiz de Ibn Ali Doukkali, p. 335, 336
  8. Bouyoutat Madinat Sala (Les Maisons de Salé) p. 77, 78
  9. « Biographie de Dubourdieu », sur stratisc.orgné le à Fort de France, il est fils de Bernard Dubourdieu, officier de marine du Premier Empire. Promu contre-amiral en juillet 1848, Louis Thomas Napoléon Dubourdieu (1804-1857) servit la IIe République puis le Second Empire
  10. La frégate à vapeur Sané, photo du vaisseau, flotte de Napoléon III
  11. La frégate à vapeur Gomer, photo et historique du vaisseau, flotte de Napoléon III
  12. Al-Ithaf Al-Wajiz de Ibn Ali Doukkali, p. 335, 336, 337, 338
  13. Tobjia (طوبجيا), fantassins
  14. Al-Ithaf Al-Wajiz de Ibn Ali Doukkali, p. 337
  15. People of Sale : Tradition and Change in a Moroccan City, 1830-1930, p. 177
  16. People of Sale : Tradition and Change in a Moroccan City, 1830-1930, p. 179
  17. Le Maroc contemporain de Narcisse Cotte, Editions Charpentier, 1860, 291p., p: 70 à 80 Lire en ligne
  18. a et b Bouyoutat Madinat Sala (Les Maisons de Salé) p. 79 Gouverneurs de Salé en 1817
  19. a b c d e f g h et i People of Sale : Tradition and Change in a Moroccan City, 1830-1930 [lire en ligne] p. 163

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Kenneth L. Brown, People of Sale : Tradition and Change in a Moroccan City, 1830-1930, Cambridge (Massachusetts), Harvard University Press, , 240 p. (ISBN 9780674661554), p. 29, 37, 44, 176, 177, 178 et 179  
    Ouvrage « publié en français » au Maroc en 2011.
  • (ar) Jean Cousté (trad. Abu al-Kacem Achach), Bouyoutat Madinat Sala (Les Maisons de Salé) [« Les Grandes Familles indigènes de Salé »], Imprimerie officielle de Rabat, diffusion de la bibliothèque Sbihi, , 152 p.  
    « Informations » sur l'ouvrage original en français, publié en 1931.
  • (ar) Mohamed Ben Ali Doukkali, l'Histoire des Deux Rives [« Al-Ithaf Al Wajiz, Tarikh Al-Adwatayn »], Editions Maârif de Rabat, diffusion de la bibliothèque Sbihi, 1996 (2nd édition), 400 p., p. 335 à 338  
  • Narcisse Cotte, Le Maroc contemporain, Editions Charpentier, , 291 p., p. 70 à 80  
    « Informations » sur l'ouvrage original en français publié en 1860

Liens externesModifier