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Abbaye de Valloires

abbaye située dans la Somme, en France
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Valloires.

Abbaye de Valloires
image de l'abbaye
Vue aérienne de l'abbaye

Diocèse Diocèse d'Amiens
Patronage Notre-Dame
Numéro d'ordre (selon Janauschek) CXXX (130)[1]
Fondation 1138
Début construction 1158
reconstruction : 1741
Fin construction 1226
fin de la reconstruction : 1756
Cistercien depuis 1138
Dissolution 1790
Abbaye-mère Abbaye de Cîteaux
Lignée de Abbaye de Cîteaux
Abbayes-filles Aucune
Congrégation Cisterciens (1138-1790)
Basiliens (1817-1880)
Religieux de Saint Vincent de Paul (1880-1904)
Période ou style néo-classique
Protection Logo monument historique Classé MH (1907, 1964)[2]

Coordonnées 50° 20′ 54″ nord, 1° 49′ 09″ est[3].
Pays Drapeau de la France France
Province Picardie Picardie
Département Somme
Commune Argoules
Site http://www.abbaye-valloires.com

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Abbaye de Valloires

Géolocalisation sur la carte : Somme

(Voir situation sur carte : Somme)
Abbaye de Valloires

L'abbaye de Valloires est une fondation cistercienne du XIIe siècle située sur le territoire de la commune d'Argoules (Somme). Reconstruite au XVIIIe siècle, elle est particulièrement bien conservée.

HistoireModifier

FondationModifier

En 1138, Guy II de Ponthieu permit aux moines de l'ordre cistercien de fonder d'une abbaye, la douzième fille de l'abbaye-mère de Cîteaux. Les moines s'établirent définitivement à Valloires dans la vallée de l'Authie en 1158. Lorsque les moines voulurent construire l'abbaye en cet endroit, ils constatèrent que le site était rempli de morilles, nous dit la légende.

Au sommet de sa prospérité, aux XIIe et XIIIe siècles, l'abbaye accueillait une centaine de moines. Cette prospérité permit la construction d'une première abbatiale de style ogival en 1226. L'abbatiale devint dès lors la nécropole des comtes de Ponthieu.

Pillages et ruinesModifier

À partir de la bataille de Crécy (1346), la guerre de Cent Ans menaça la région, les moines se réfugièrent à Abbeville ou à Montreuil-sur-Mer. Anglais et Bourguignons dominèrent le Ponthieu au XVe siècle et pillèrent l'abbaye.

L'abbaye conserva les privilèges octroyés par les rois de France. Ainsi, en septembre 1467, le roi Louis XI les confirma par ses lettres patentes[4].

Au XVIe siècle, ce furent les Huguenots et des Espagnols puis au XVIIe siècle ce furent les Impériaux qui pillèrent tour à tour l'abbaye. Au cours de la guerre de Trente Ans, l'abbaye servit de cantonnement aux troupes de Louis XIII. À la fin du XVIIe siècle, l'abbaye était passablement délabrée.

ReconstructionModifier

Ce ne fut qu'au XVIIIe siècle que l'abbaye fut reconstruite, les travaux s'achevant vers 1730. En 1738 l'abbatiale du XIIIe siècle, qui avait été conservée, s'effondra, et il fallut construire une nouvelle église.

Sur les ordres de dom Comeau, prieur de l'abbaye de 1732 à 1767 et de monseigneur d'Orléans de La Motte, évêque d'Amiens et abbé commendataire, les travaux débutèrent en 1741 sur les plans de Raoul Coignard, architecte, entre autres, de l'abbaye de Cercamps près de Frévent. La décoration intérieure fut confiée au sculpteur autrichien Simon Pfaff de Pfaffenhoffen et au ferronnier d’art Jean-Baptiste Veyren dit « Vivarais ». La nouvelle église fut consacrée en 1756.

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Les temps incertainsModifier

En 1790, l'Abbaye devint bien national et fut mise en vente. Elle fut achetée, en par un aristocrate spéculateur Ambroise-Léopold Jourdain de l'Éloge qui avait acheté la seigneurie proche d'Argoules en 1776.

Grâce au nouveau châtelain d’Argoules, les bâtiments de l'abbaye de Valloires échappèrent à la destruction. Après sa mort survenue en 1808, ses héritiers vendirent l'abbaye aux basiliens.

En mai 1817, la Société des Basiliens venue de Mons en Belgique s'installa à Valloires. Cette confrérie laïque d'artisans chrétiens rassemblait des hommes qui s'adonnaient aux travaux manuels, à l'enseignement et à la prière. Ils se spécialisèrent dans la facture d'orgues jusque 1860 (L'abbaye possède d'ailleurs un orgue de renommée mondiale[5]). Puis la communauté déclina.

En 1880, l'évêque d'Amiens fit appel aux religieux de Saint Vincent de Paul, congrégation religieuse catholique, qui en fit un orphelinat en 1887. Mais la loi sur les congrégations provoqua l'expulsion de la communauté et la mise en vente de l'abbaye en 1906.

Elle fut sauvée par l'action de Roger Rodière, archéologue et historien, du journaliste André Hallays et du notaire de Rue, maître Gosselin. Classée monument historique en 1907, elle resta sans affectation jusqu'en 1915.

De 1915 à 1919, elle fut convertie en hôpital militaire belge[6].

Une abbaye pour les enfantsModifier

En 1922, Thérèse Papillon, infirmière-major pendant la Grande Guerre redonna vie à l'abbaye. Elle y fonda un préventorium. L'établissement accueillit jusqu'à trois cents enfants et fonctionna jusque 1974.

Depuis, les activités se sont diversifiées. En 1949, l'abbaye reçut la visite de monseigneur Angelo Roncalli, nonce apostolique à Paris, le futur pape Jean XXIII.

En 1964, Thérèse Papillon créa dans l'ancienne grange de l'abbaye un Foyer d'accueil pour jeunes et adultes, transformé en 1991 en maison d'accueil temporaire pour personnes âgées.

Aujourd'hui l'abbaye est propriété de l'association fondée en 1922. Une partie est consacrée au séjour d'enfants en difficulté, l'autre est réservée à l'hébergement des visiteurs.

Une partie des bâtiments abbatiaux et l'église abbatiale sont ouverts à la visite. Les jardins de l'abbaye ont été aménagés par Gilles Clément et ouverts au public en 1989.

L'abbatiale, un chef-d'œuvre rocailleModifier

 
Façade de l'église abbatiale.

L'abbaye et surtout l'abbatiale offrent un rare exemple, en France, de décor baroque ou plutôt rocaille ou rococo réalisé par le baron autrichien et sculpteur sur bois Simon Pfaff de Pfaffenhoffen (1715-1784) dit Pfaff, exilé en France, à Saint-Riquier.

L'extérieur de l'égliseModifier

L'abbatiale de dimensions modestes (45 m × 17 m) présente au visiteur un aspect quelque peu austère caractéristique du style néo-classique de la seconde moitié du XVIIIe siècle ; il rappelle la sobriété cistercienne du Moyen Âge. La façade dépourvue de statue est percée d'un portail central surmonté d'une haute fenêtre terminée en demi-cercle, décorée au sommet de deux têtes d'angelots sculptés. Les parties hautes se composent d'un fronton triangulaire orné d'un décor floral sculpté. De part en d'autre du portail, deux pilastres viennent rompre l'uniformité du mur. Une série de contreforts soutient les murs de la nef et de l'abside.

L'intérieur de l'égliseModifier

Le contraste est grand entre la grande sobriété de la façade de style néoclassique et l'intérieur de l'édifice magnifiquement décoré par Pfaff.

La nefModifier

Le buffet d'orgues sculpté, le confessionnal et la chaire sont l’œuvre de Pfaff. Séparant la nef du reste de l'édifice, des grilles du chœur dite « à double lecture », c'est-à-dire dorée des deux côtés, chef-d’œuvre de ferronnerie sont l’œuvre de Jean Veyren.

Les orguesModifier

Les orgues furent installées dans le splendide buffet majestueux en chêne et en tilleul décoré de personnages et d'instruments de musique sculptés[Note 1] du sculpteur Pffaf de Pfaffenhofen de 1750 à 1756 par un facteur inconnu, mais, la tradition l'attribue à Charles Dallery. Les frères basiliens qui occupaient l'abbaye dans la première moitié du XIXe siècle reconstruisirent l'instrument en 1845. Charles Lefebvre d'Abbeville le modifia dans la seconde moitié du XIXe siècle et en 1885 ce fut Baldner facteur d'orgues à Paris qui intervint. Puis l'instrument fut laissé à l'abandon. Dans les années 1900, Albert Alain répara l'orgue comme il put. Geoffroy Asselin effectua des travaux dans les années 1970. L'instrument est classé monument historique au titre d'objet depuis 1987 et en 1993, Théo Haerpfer le restaura[7], dans sa disposition de 1845. Le buffet et la console d’origine ont été conservés, la tuyauterie date en grande partie du XIXe siècle mais il subsiste quatre jeux du XVIIIe siècle[8].

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Le transeptModifier

Dans le croisillon sud du transept, dans un enfeu, se trouvent les gisants du XIVe siècle de Simon de Dammartin et de son épouse Marie de Ponthieu décédés respectivement en 1239 et 1251. De chaque côté, un autel latéral est orné de sculptures œuvres de Pfaff. On doit également à Pfaff les statues en bois de Moïse, Aaron, Pierre et Paul et en marbre Saint Martin et Saint Bernard sous les traits de dom Comeau et monseigneur de La Motte.

Le chœurModifier

Le chœur est orné de lambris et de stalles sculptées. Le maître-autel en marbre noir décoré de deux anges en plomb doré est surmonté d'une suspension eucharistique en fer forgé en forme de palmier œuvre du Jean Veyren.

L'ouverture menant à la chapelle de la Vierge, encadrée de boiseries sculptées, est surmontée d'un tableau représentant la Crucifixion.

La chapelle de la ViergeModifier

La chapelle de la Vierge est située derrière le maître-autel, dans l'abside. Elle est décorée de boiseries et d'un autel en bois surmonté d'un tableau de Joseph François Parrocel représentant l'Assomption. Au plafond de la chapelle, une morille est suspendue rappelant la légende de la fondation de l'abbaye.

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La sacristieModifier

La sacristie avec boiserie et parquet à la française, conserve quatre tableaux de Joseph François Parrocel : La Nativité, la Fuite en Egypte, Jésus au milieu des docteurs de la Loi et l'Agonie au Jardin de oliviers[9].

Les bâtiments abbatiauxModifier

Les bâtiments de l'entrée étaient dévolus aux communs, ils sont prolongés par un colombier du XVIe siècle. Le porche d'entrée permet d'accéder à une vaste cour d'honneur. Les bâtiments abbatiaux s'organisent autour du cloître voûté en brique et pierre :

  • ancienne salle capitulaire avec un plafond voûté reposant sur des colonnes ;
  • le grand salon garni de lambris sculpté par Pfaff. Deux tableaux attribués à Joseph François Parrocel, l'un représente Mgr d'Orléans de la Motte, abbé commendataire de Valloires et évêque d'Amiens, l'autre représente dom Commeau, prieur de l'abbaye ;
  • dans le vestibule menant au grand salon, un tableau représente une ville fortifiée.
  • à l'étage, se trouve les appartements de l'abbé et les cellules des moines avec alcôves et boiseries au décor sculpté[9].

Derrière l'abbaye, on peut voir une ancienne grange à colombage.

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Arbre remarquableModifier

En 1756, fut planté un poirier donnant une variété de poire appelée Cuisse madame ou Madeleine d'Angers[10]. Il reste de nos jours l'un des plus vieux poiriers de France.

Personnalités liées à l'abbayeModifier

Thérèse PapillonModifier

Article détaillé : Thérèse Papillon.
 
Tombe de Thérèse Papillon.

Elle est née le à Saint-Germain-en-Laye et décédée à l'abbaye de Valloires le 23 mars 1983. Infirmière de formation, elle s'engage dans le service de santé des armées pendant la Grande Guerre.

Après l'armistice, elle installe à l'abbaye de Valloires un établissement pour enfants.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1940, elle vient en aide, avec le personnel du Préventorium, aux réfugiés. Sous l'Occupation, elle cache des enfants juifs dans son établissement jusqu'à la Libération et s'engage dans la Résistance.

En 1962, après quarante ans à la tête du Préventorium, elle en abandonne la direction et fonde en 1964 un Foyer d'accueil qu'elle dirige jusque 1972. C'est là qu'elle décède en 1983. Elle est inhumée dans la chapelle de la Vierge, au chevet du chœur de l'abbatiale, aux côtés de son frère.

Jean-Baptiste PapillonModifier

Frère de Thérèse Papillon. Combattant volontaire pendant la Grande Guerre à 17 ans, il est ordonné prêtre en 1925, devint aumônier du Préventorium de Valloires et curé des paroisses environnantes. Il fut très actif au sein de la J.A.C.. Il créa un cinéma rural ambulant qui anima les soirées dans de nombreuses communes du secteur, du littoral et de l'intérieur. Le cinéma ambulant perdura jusqu'en 1980.

Fait prisonnier en 1940, libéré en 1941, il entra dans la Résistance en 1942 au sein de l'OCM et fut chef militaire de l'Armée secrète et capitaine des FFI. Il était pilote d'avion et motard invétéré. Il décéda dans un accident de moto en 1957. Il était chevalier de la Légion d'honneur.

Autres personnalitésModifier

  • Marie-Claire Alain, marraine de l'abbaye et de l'orgue, venait régulièrement y jouer.
  • Son frère, Jehan Alain, (1911-1940) y a composé son Choral cistercien pour orgue en 1934.

Galerie photosModifier

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Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. La tribune et le buffet sont classés monument historique au titre objet : arrêté du 29 septembre 1907

RéférencesModifier

  1. (la) Leopold Janauschek, Originum Cisterciensium : in quo, praemissis congregationum domiciliis adjectisque tabulis chronologico-genealogicis, veterum abbatiarum a monachis habitatarum fundationes ad fidem antiquissimorum fontium primus descripsit, t. I, Vienne, Vindobonae, , 491 p. (lire en ligne), p. 145-146.
  2. Notice no PA00116080, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  3. « Valloires », sur http://www.cistercensi.info, Ordre cistercien (consulté le 30 octobre 2013).
  4. Lettres patentes de Louis XI, Paris, septembre 1467 dans Eusèbe de Laurière, Ordonnances des Rois de France de la 3e Race, recueillies par ordre chronologique, (lire en ligne).
  5. Le Courrier picard, édition Picardie maritime, 12 décembre 2015, p. 18.
  6. abbaye-valloires.com, « Bienvenue à l'Abbaye de Valloires » (consulté le 10 juillet 2011)
  7. http://orguespicardie.weebly.com/valloires.html
  8. http://orguesfrance.com/ArgoulesValloiresAbbaye.html
  9. a et b « L'abbaye », sur abbaye-valloires.com (consulté le 26 août 2019).
  10. Mathilde Dondeyne, « Abbaye de Valloires : le poirier le plus vieux de France menace le bâtiment », La Voix du Nord,‎ (lire en ligne, consulté le 24 août 2019).

Pour approfondirModifier

BibliographieModifier

  • Florence Charpentier et Xavier Daugy, Sur le chemin des abbayes de Picardie, histoire des abbayes picardes des origines à nos jours, Amiens, Encrage Edition, 2008 (ISBN 978 - 2 - 911 576 - 83 - 6)
  • DELAHAYE Etienne, Valloires ou le souvenir de Jehan Alain, dans la revue « Plein Nord », n° 158, décembre 1989. 
  • DELAHAYE Etienne, Pour une approche des Basiliens, facteurs d'orgues à Valloires au 19e siècle, dans Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie, n°637, 2e trimestre 1995.
  • DUBOIS Pierre, L'Abbaye de Valloires, guide du visiteur, Abbeville, Imprimerie F. Paillart, 1936.
  • PEUGNIEZ Bernard, Destination Valloires : une abbaye cistercienne d'Europe, Espace sacré, 2005.
  • PONTROUE Pierre-Marie et COLIN Mickaël, Notre-Dame de Valloires, collection "Les Pierres de notre histoire", Martelle Éditions, Amiens, 2002.
  • PEYRONNET Jacqueline, Le Préventorium de Valloires (1922-1976), Chronique d'une « dame de Valloires », DB Print Picardie, mai-juin 2011.
  • SEYDOUX Philippe, Abbayes de la Somme, Paris, Nouvelles Éditions latines, 1975 (notice BnF no FRBNF34572163)

Articles connexesModifier

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Liens externesModifier