Abbaye de Perseigne

abbaye située dans la Sarthe, en France

Abbaye de Perseigne
image de l'abbaye
Vestiges de l'abbatiale.

Diocèse Diocèse du Mans
Numéro d'ordre (selon Janauschek) CCVIII (208)[1]
Fondation 26 juin 1145
Dissolution 1791
Abbaye-mère Abbaye de Cîteaux
Lignée de Abbaye de Cîteaux
Abbayes-filles Aucune
Congrégation Ordre cistercien
Période ou style
Protection Logo monument historique Inscrit MH (1932)[2]

Coordonnées 48° 23′ 26″ nord, 0° 15′ 40″ est[3]
Pays Drapeau de la France France
Province Comté du Maine
Département Sarthe
Commune Neufchâtel-en-Saosnois
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Abbaye de Perseigne
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Abbaye de Perseigne
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Abbaye de Perseigne

L'abbaye de Perseigne est une ancienne abbaye cistercienne, fondée en 1145, dont il ne reste que quelques pans de murs, située dans le nord de la Sarthe, aux portes de la forêt de Perseigne, du Parc naturel régional Normandie-Maine, sur la commune de Neufchâtel-en-Saosnois. Ses ruines sont inscrites aux monument historiques depuis le [2],[4]. Sur le plan matériel, la fondation était d'importance moyenne au sein de l'ordre cistercien. Elle a organisé son temporel aux XIIe et XIIIe siècles au moyen d'un réseau de granges qui a pu être reconstitué par prospection archéologique. Deux bâtiments agricoles ont laissé des vestiges significatifs[5].

ImplantationModifier

L'abbaye de Perseigne est située dans la vallée de la Bienne, sur un petit affluent de cette rivière, juste en amont de deux plans d'eau créés par les moines, à environ 160 mètres d'altitude et à l'orée méridionale de la forêt de Perseigne[6]. Elle est située environ à un kilomètre et demi au nord-est du village de Neufchâtel-en-Saosnois[5].

HistoireModifier

 
L'abbaye dessinée par Louis Boudan vers 1700.

FondationModifier

L'abbaye est probablement fondée en 1145 par Guillaume III Talvas, comte d’Alençon et baron du Saosnois. Elle est la première abbaye cistercienne fondée dans le Maine. La date de sa fondation relève d'une tradition largement postérieure, la charte de sa fondation conservée aux archives départementales de la Sarthe étant sans date[7],[5],[8].

L'abbaye au Moyen ÂgeModifier

 
sceau de Richard cœur de Lion, le plus célèbre bienfaiteur de l'abbaye de Perseigne. Musée de Vendée - Les Lucs-sur-Boulogne, Vendée.

Une rapide prospéritéModifier

Rapidement, l'abbaye est récipiendaire de nombreux dons, qui enrichissent considérablement son patrimoine. Le comte Guillaume veut en effet assurer la subsistance de l'abbaye qu'il a fondée. La charte de fondation indique que les donateurs lui octroient un territoire important, situé dans sa majorité sur la paroisse de fondation : Neufchâtel-en-Saosnois. L'abbaye reçoit alors les terres de la Ragonnière, la grange d’Antenoise, quelques vignes du comte et leurs dépendances. Ce patrimoine foncier est suffisant pour que les moines de l'abbaye puissent vivre en toute indépendance. Les premières donations à l'extérieur de la paroisse sont également importantes, puisqu'elle contiennent sept terres contenant elles-mêmes quatre granges. Les moines disposent également de la haute et basse justice sur leurs terres. Guillaume III Talvas leur octroie également le droit de clôturer leurs terres et un droit d'usage complet sur plusieurs forêts : Perseigne, d’Écouves, de Bourse[9] et de Blève. L'ampleur des dons du comte justifient le peu d'empressement de son fils Jean Ier à poursuivre cette politique[8].

En revanche, à partir de 1188, la renommée de l'abbé Adam (voir ci-dessous) et la prodigalité du nouveau comte Robert Ier, mais aussi de Richard Cœur de Lion amène une nouvelle succession de donations : granges de Blanchelande, de Sèche-Noë, de Colombiers et de La Chaussée. Des possessions sont confirmées, des granges sont construites sur des terrains donnés nus ; en tout, l'abbaye de Perseigne possède dix-huit granges en 1198[10]. La règle cistercienne concernant les granges, du moins jusqu'en 1255, est que chacune ne soit éloignée de l'abbaye que d'un jour de marche au maximum, afin que les convers y travaillant puissent assister à l'office du dimanche à l'abbatiale ; seules quatre des granges de Perseigne sont situées un peu au-delà de trente kilomètres de la maison-mère, ce qui ne contrevient pas à la règle[11]. La plus vaste grange, Malèfre, dessert un terroir de 173 hectares ; la plus petite, la Moinerie, 10 hectares[12].

La vie intellectuelle y est également particulièrement florissante dans les premiers temps. Le moine Thomas de Perseigne (aussi appelé Thomas le Cistercien) vint y composer dans les années 1165-1189 un Commentaire du Cantique des Cantiques qui connut un large succès dans tout l'Occident (on en connaît quatre-vingt-sept copies)[13].

L'abbatiat d'Adam de PerseigneModifier

L'abbé Adam de Perseigne, dont une trentaine de lettres nous sont parvenues[14], servit de relais entre la papauté romaine, la Bourgogne cistercienne et la royauté anglaise[15].

La personnalité d'Adam de Perseigne en fait une des figures médiévales marquantes de tout l'ordre cistercien. D'origine probablement champenoise, il devient assez jeune le chapelain de Marie de Champagne. Religieusement il se cherche: il est tout d'abord chanoine régulier avant d'entrer chez les bénédictins (il aurait été bibliothécaire de l'abbaye de Marmoutier) pour enfin passer chez les cisterciens. Il aurait fait son noviciat à Pontigny. Il est envoyé (ou élu?) comme abbé à Perseigne en 1188[16].

La renommée d'Adam en fait un plénipotentiaire apprécié des autorités ecclésiales pour faire cesser les conflits notamment religieux. Ainsi, en 1204, Adam est appelé par l'évêque du Mans Hamelin pour restaurer l'entente et la discipline au sein du chapitre de Saint-Martin de Tours, puis par Luc, évêque d'Évreux, pour corriger des déviances pastorales dans les paroisses rurales du diocèse. En 1207, l'évêque de Coutances Vivien de l'Étang et l'abbé de Savigny l'appellent conjointement pour tenter de mettre fin aux désordres provoqués dans l'abbaye du Mont-Saint-Michel par, ou du moins sous l'abbatiat de, Jourdain ; les troubles persistant, l'affaire remonte jusqu'au pape, et c'est Innocent III qui appelle lui-même Adam à tenter une nouvelle ambassade ; en parallèle, le pontife demande aussi à l'abbé de Perseigne une enquête sur l'évêque de Sées Sylvestre[16].

Cette multiplication de missions diplomatiques ou pastorales ne se fait pas complètement sans contrepartie ; en échange de ses diverses interventions, Adam obtient d'Hugues de Morville que l'évêque investisse dans la construction d'une édifice « vaste et coûteux » : cependant, l'absence de précisions ne permet pas de savoir s'il s'agit d'une construction monastique liée à Perseigne ou à une autre abbaye cistercienne, ou bien de la cathédrale de Coutances elle-même, qu'Hugues rebâtit effectivement[17].

Adam n'est pas le seul moine connu de son époque ; sous son abbatiat (au moins partiellement) s'illustre également Thomas de Perseigne, mort en 1190, et connu en particulier pour son commentaire sur le Cantique des Cantiques, rédigé entre 1170 et 1189, ainsi que pour son De Praeparatione cordis[18],[19].

L'abbaye après AdamModifier

On peut toutefois dater la fin de cette prospérité, ainsi qu'expliquer cette abondance de dons : si l'abbaye reçoit autant de terres tout à la fin du XIIe siècle, c'est aussi la conséquence de huit années consécutives de mauvaises récoltes (1193-1201), les donateurs ayant essayé par ce biais de subvenir quand même aux besoins de la communauté durement atteinte (au point qu'une dispersion des moines a été temporairement effectuée). Au cours de la première moitié du XIIIe siècle, cette politique de dons, après l'afflux considérable des premières années de l'abbatiat d'Adam, ralentit fortement ; à partir de 1265, elle s'arrête complètement[20], comme c'est le cas pour la presque totalité des abbayes du nord-ouest de la France. Entretemps, c'est l'abbaye elle-même qui a pris le relais et qui achète des terres depuis 1222[21].

Les relations avec les seigneurs locaux sont également plus difficiles. en particulier, Jean III d'Harcourt n'est pas dans un logique de cordialité mais de compétition avec l'abbaye ; son acharnement va jusqu'au vol et à la destruction de possessions monastiques, ce qui lui vaut une condamnation de Philippe de Valois, alors encore comte du Maine, en 1325 ; cependant, la condamnation n'entraîne pas reconstruction, d'autant que les troubles liés à la guerre de Cent Ans empêchent ces reconstructions ; une charte de Pierre II d'Alençon datée de 1367 témoigne de l'état de délabrement de l'abbaye à cette date[21].

Par contre, on n'observe pas, comme dans d'autres régions, de concurrence particulière avec d'autres abbayes cisterciennes proches. La plus proche, celle de Tironneau, n'est qu'à dix-huit kilomètres au sud, mais les granges monastiques n'entrent pas en compétition. Les abbayes de l'Épau et de Champagne, situées respectivement à une quarantaine de kilomètres au sud et à une trentaine au sud-ouest, ont encore moins de possessions proches ; et, le cas échéant, la cohabitation est paisible[22].

Description du bâtiModifier

Filiation et dépendancesModifier

Perseigne est fille de l'Abbaye de Cîteaux.

Liste des abbésModifier

Notes et référencesModifier

  1. (la) Leopold Janauschek, Originum Cisterciensium : in quo, praemissis congregationum domiciliis adjectisque tabulis chronologico-genealogicis, veterum abbatiarum a monachis habitatarum fundationes ad fidem antiquissimorum fontium primus descripsit, t. I, Vienne, Vindobonae, , 491 p. (OCLC 186901922, lire en ligne), p. 177.
  2. a et b « Abbaye de Perseigne », notice no PA00109888, base Mérimée, ministère français de la Culture
  3. Luigi Zanoni, « Perseigne », sur Certosa di Firenze (consulté le ).
  4. Revue historique et archéologique du Maine, passim, édition papier, 1876 - ; full text : CD/DVD Revue historique et archéologique du Maine, 1876-2000, Le Mans, 17 rue de la Reine Bérengère
  5. a b et c Bertrand Doux 2013, p. 65.
  6. « Carte IGN 1717 SB » sur Géoportail (consulté le 16 mars 2016)..
  7. Arch. dép. de la Sarthe, H 927. Voir le texte dans : Fleury, Gabriel (éd.), Cartulaire de l’abbaye cistercienne de Perseigne, Mamers, Fleury, 1880, i, p. 1-7.
  8. a et b Bertrand Doux 2013, p. 66.
  9. situation sur le site commune.mairie.fr
  10. Bertrand Doux 2013, p. 67.
  11. Bertrand Doux 2013, p. 70.
  12. Bertrand Doux 2013, p. 73.
  13. David N. Bell, "Le Commentaire du Cantique des Cantiques de Thomas de Perseigne revisité", Les cisterciens dans le Maine et dans l'Ouest au Moyen Âge, Ghislain Baury, Vincent Corriol, Emmanuel Johans et Laurent Maillet (dir.), Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, t. 120, n° 3, septembre 2013, p. 117-131.
  14. Aurélie Reinbold, "Les cercles de l'amitié dans la correspondance d'Adam de Perseigne (1188-1221)", Les cisterciens dans le Maine et dans l'Ouest au Moyen Âge, Ghislain Baury, Vincent Corriol, Emmanuel Johans et Laurent Maillet (dir.), Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, t. 120, n° 3, septembre 2013, p. 87-98.
  15. a et b Laurent Maillet 2013, p. 102.
  16. a et b Laurent Maillet 2013, Des missions variées et délicates, p. 101.
  17. Laurent Maillet 2013, Des missions variées et délicates, p. 102.
  18. Henri Omont, « Le De Praeparatione cordis de Thomas de Perseigne », Bibliothèque de l'École des chartes, Persée, vol. 43, no 1,‎ , p. 422-423 (lire en ligne).
  19. David N. Bell, « Le Commentaire du Cantique des Cantiques de Thomas de Perseigne revisité », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest. Anjou. Maine. Poitou-Charente. Touraine, Presses universitaires de Rennes, nos 120-3,‎ , p. 118-131 (ISBN 978-2-7535-2919-9, ISSN 0399-0826, résumé, lire en ligne).
  20. Bertrand Doux 2013, p. 68.
  21. a et b Bertrand Doux 2013, p. 69.
  22. Bertrand Doux 2013, p. 72.

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • Gabriel Fleury, « L’abbaye cistercienne de Perseigne », Revue Historique et Archéologique du Maine, 4, 1878, p. 5-33 et p. 133-196.
  • Gabriel Fleury (éd.), Cartulaire de l’abbaye cistercienne de Perseigne, Mamers, Fleury et Dangin, 1880.
  • Jean Bouvet, Correspondance d'Adam, abbé de Perseigne : 1188-1221, Le Mans, Société historique de la province du Maine, coll. « Archives historiques du Maine » (no 13), 1951-1962, 662 p. (OCLC 7702681)
  • [Benoît Chauvin 1987] Benoît Chauvin, Mélanges à la mémoire du père Anselme Dimier, vol. 6, t. 3 : Histoire cistercienne : ordre, moines, Pupillin, Éco-logique, 1982-1987 (ISBN 9782904690051, OCLC 21412737), « L’architecture des granges de l’abbaye de Longpont en Soissonnais », p. 701-711
  • L’économie cistercienne. Géographie, mutations, du Moyen Âge aux Temps Modernes. Centre culturel de l’abbaye de Flaran. Troisièmes journées internationales d’histoire, 16-18 septembre 1981, Auch, Comité départemental du tourisme du Gers, 1983.
  • Charles Higounet, Villes, sociétés et économies médiévales, Talence, Fédération Historique du Sud-Ouest, 1992.
  • Léon Pressouyre (dir.), L’Espace cistercien. Colloque de Fontfroide, 24-27 mars 1993, Paris, Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, 1994.
  • [Blandine Vue 1997] Blandine Vue, Microtoponymie et archéologie des paysages à Neuilly-l'Evêque (52) du XIIIe au XXe siècle : comportement des microtoponymes au fil des siècles : le nom, l'espace, l'homme qui le nomme, Université Nancy-II, , 251 p. (lire en ligne)
  • Laurent Maillet, « L’abbaye de Champagne : le temporel d’une abbaye cistercienne du Maine au Moyen Âge », Revue Historique et Archéologique du Maine, 18, 1998, p. 97-144.
  • Nicole Bouter (dir.) et René Locatelli, Unanimité et diversité cisterciennes : filiations, réseaux, relectures du XIIe au XVIIIe siècle ; actes du Quatrième Colloque International du CERCOR, Université de Saint-Étienne, , 715 p. (ISBN 9782862721774, lire en ligne), « Les cisterciens dans l’espace français : filiations et réseaux », p. 51-86
  • Mireille Mousnier, L’Abbaye cistercienne de Grandselve et sa place dans l’économie et la société méridionales (XIIe – XIVe siècle), Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2006.
  • Christophe Wissenberg, Beaumont, ancienne grange de l’abbaye cistercienne de Clairvaux : entre Champagne et Bourgogne, Paris, A. et J. Picard, 2007.
  • [Laurent Maillet 2009] Laurent Maillet, « Un maître spirituel de l’occident chrétien, Adam, abbé de Perseigne », Revue historique et archéologique du Maine, Société historique et archéologique du Maine, t. 9,‎ , p. 97-120 (ISSN 1158-3371, lire en ligne)
  • Bertrand Doux, L’Abbaye cistercienne de Perseigne et ses domaines au Moyen Âge, mémoire de master 2 archéologie et histoire, Université Rennes 2, 2012.
  • [Bertrand Doux 2013] Bertrand Doux, « L'abbaye de Perseigne : évolution et gestion d'un patrimoine cistercien dans le Haut-Maine », Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, Presses universitaires de Rennes, vol. 120-3, no 3,‎ , p. 65-84 (ISBN 9782753529199, ISSN 0399-0826, DOI 10.4000/abpo.2648, résumé, lire en ligne)
  • [Laurent Maillet 2013] Laurent Maillet, « Les missions d'Adam de Perseigne, émissaire de Rome et de Cîteaux (1190-1221) », Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, Presses universitaires de Rennes, vol. 120-3, no 3,‎ , p. 100-116 (ISBN 9782753529199, ISSN 0399-0826, DOI 10.4000/abpo.2652, résumé, lire en ligne)
  • Laurent Maillet, "Politique monastique et contrôle des territoires : les Plantagenêts, l'abbaye de Perseigne et son abbé Adam", dans : Martin Aurell, Ghislain Baury, Vincent Corriol et Laurent Maillet (dir.), Les Plantagenêts et le Maine, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2022, p. 50-69.

Liens externesModifier