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Abbaye de Maizières

abbaye située en Saône-et-Loire, en France

Abbaye de Maizières
image de l'abbaye
Vue cavalière (au XVIIe siècle) de l'abbaye

Diocèse Chalon-sur-Saône
Numéro d'ordre (selon Janauschek) LXII (62)[1]
Fondation 1125
Fin construction 1236
Dissolution 1791
Abbaye-mère Abbaye de La Ferté
Lignée de Abbaye de La Ferté
Abbayes-filles 177 - Abbaye de Sturzelbronn (1143-1790)
Période ou style Roman

Coordonnées 46° 56′ 53″ nord, 4° 53′ 13″ est[2]
Pays Drapeau de la France France
Province Duché de Bourgogne
Département Saône-et-Loire
Commune Saint-Loup-Géanges

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Abbaye de Maizières

Géolocalisation sur la carte : Bourgogne

(Voir situation sur carte : Bourgogne)
Abbaye de Maizières

L’abbaye de Maizières est un ancien monastère de cisterciens, troisième fille de La Ferté, fondé à partir de 1125 sur la commune de Saint-Loup-Géanges au lieu dit Saint-Loup-de-la-Salle, dans le diocèse de Chalon-sur-Saône.

Sommaire

HistoireModifier

La fondationModifier

 
Abbayes cisterciennes en Bourgogne.

Au XIIe siècle à l’ouest de la paroisse de Sanctus Lupus (Saint Loup) est établie une nouvelle abbaye, troisième fille de celle de La Ferté sur Grosne, elle-même première fille de Cîteaux, l'abbaye de la Ferté] ayant déjà créé deux filles en Italie à Tiglieto en Ligurie (1122) et à Lucedio dans le Piémont (1124). Trois autres filles de Cîteaux sont crées après la Ferté : Pontigny en 1114, Clairvaux et Morimond en 1115[3].

La charte de fondation date de 1125 environ et l’abbaye reçoit, outre les terres du Verglat et de Maizières, des terres à Corcelotte et à Pommard. D’abord établis aux Gouttières, les moines s’installèrent, probablement au milieu du XIIe siècle, à Maizières.

L'abbaye de Maizières est fondée sur les ruines d'un ermitage, d'où son nom de Macerioe (masures) ou maiserioe in territorio Scoteriense, par l'un des nombreux donateurs de l'Abbaye de La Ferté, Foulques de Réon (apparenté aux Montaigu, Réon ou Rion qui est aujourd'hui un hameau de Demigny). La charte de la fondation confiée à Dom Barthélemy, abbé de la Ferté, est rédigée vers 1125 en présence de Gautier, évêque de Chalon, Jocerand de Langres, Pierre archevêque de Tarentaise, Robert de Marnay, Raymond Gumber et Hugo Rufus de Saint-Romain. L'église fut consacrée le . Elle possédait 15 chapelles, principalement dans le chœur ; celui-ci comprenait 80 chaires. D’après l’abbé Courtépée au XVIIIe siècle, « sa nef était un peu étroite mais le chœur entouré d'un déambulatoire était fort beau. La flèche du clocher, couverte d'ardoises, avait cent pieds de haut (environ 32m) ». Son abside se rapprochait des bâtiments du monastère.

DéveloppementModifier

En 1251, les moines aménagent des étangs sur la Vendaine (étang neuf et étang du petit beauregard) et au cours de ce siècle, ils s’efforcent de posséder les moulins sur la Dheune ou sur le canal de la petite Dheune.

À la fin du siècle, les moines ont constitué par donations successives un patrimoine foncier important en forêts, étangs poissonneux, terres de culture, pâturages irrigués, moulins à eau, fermes, métairies, vignes qui donnèrent naissance aux plus grands vins de la Bourgogne, les Beaune, les Chassagne, les Pommard etc., une tour et des maisons à Beaune, avec au moins jusqu’en 1672, « le petit Maizières », un ensemble de maisons et celliers dont subsistent encore aujourd'hui rue Maizières, caves et logis de l’abbé transformés en hôtel.

De 1362 à 1364 l'abbaye achète plusieurs maisons à Beaune.

En 1377 le duc de Bourgogne Philippe II le Hardi accorde à l'abbaye la franchise pour l'entrée de ses vins dans la ville sans payer de droit d'entrée. Cette coutume étant contestée par les échevins beaunois; le 20 avril 1395 le duc tranchera ce différend en exonérant les religieux de Maizières du droit d'entrée des vins mais, en contrepartie, la ville de Beaune achètera pour 200 francs une partie des maisons que l'abbaye possédait dans la ville avec une tour qui deviendra le beffroi et Tour de l'horloge de Beaune[3].

DestructionsModifier

Les guerres de religion sont la source de graves dommages pour l’abbaye que les moines (au nombre de vingt à trente) s’efforceront de relever à partir du deuxième quart du XVIIe siècle.

En 1789, il ne reste que neuf moines. Un de ces moines, le cellérier, religieux de l’ordre de Cîteaux, se fait particulièrement remarquer ; du nom de Gaspard Goudier, franc-maçon depuis 1777, il engage un procès devant l’officialité de Chalon-sur-Saône pour se faire séculariser, son revenu personnel à l’abbaye était de 1.400 livres. Ayant perdu son procès, il est condamné à rester dans le cloître de l’abbaye par ses juges ecclésiastiques. La Révolution lui rend la liberté pour peu de temps, malgré son serment constitutionnel devant les officiers municipaux de Bonne Nouvelle à Paris le 22 août 1792, il est arrêté et interné sous la terreur pour avoir été « …attaché aux jouissances qu’il goûtait dans son état de moine, et aux propriétés dont il croyait que son ci-devant Ordre n’eût pas du être dépouillé » [4]

L’Assemblée Constituante décide de la mise à disposition de la Nation des biens du clergé. L’inventaire des biens de Maizières est réalisé en juillet 1790 et, divisée en quatre lots (La maison conventuelle, la maison abbatiale, la métairie de la Forge et la métairie de l’Épervier), l’abbaye est vendue aux enchères.

 
Portail du logis abbatial de l'abbaye de Maizières XIIe siècle.

La maison conventuelle, cour, jardin, clos avec les aisances et dépendances, église et cloître, compris dans le lot n°1 sont estimés et mis à prix à 15 000 livres le 7 mars 1791. La totalité des lots au nombre de quatre avec la maison abbatiale (qui se trouve derrière la maison conventuelle), la métairie de la Forge, la métairie de l’Épervier de Saint-loup, sont estimés à 117 902 livres 18 sols 4 deniers. L'enchère fut emportée pour l'ensemble des lots à 163 500 livres par Nicolas Degros, négociant à Chalon, qui immédiatement les revend en trois lots dont le premier à Antoine Durus, négociant à Gergy, qui le rétrocède à Claude-François Deplace, entrepreneur, fin 1791.

Le sieur Degros évoqué ci-dessus pourrait avoir été un marchand de fontes et de fers, et avoir servi d'informateur à William Wilkinson, lequel a contribué à la construction de la première usine du Creusot. L'historien anglais H.W. Chaloner a publié une transcription du rapport de William Wilkinson en date du , en appendice de sa communication au colloque international de 1955 à Nancy : Le fer à travers les âges. Wilkinson cite dans son rapport un « Mr. Degros of Châlons-sur-Saône » qui a vu passer dans ses mains plus de 15 000 tonnes de fonte. »

Afin d'empêcher un éventuel retour des moines, Claude-François Deplace fait démolir l'église et le cloître, toutes les pierres récupérées et « meubles » étant vendus ou transférés dans les environs; gisant d'Alexandre de Montaigu, évêque de Chalon, enterré à Maizières le jour de Noël 1261, à Chalon (musée Denon); les orgues construits en 1699 par le facteur d'orgues du Roi, Julien Tribuot, se trouvent à Seurre ; les stalles (à l’origine au nombre de 80) en bois à St-Pierre de Chalon ; le Christ et deux reliquaires à l'église de Saint-Loup-de-la-Salle ; les cloches à Demigny ; la grille du chœur fût utilisée comme rampe d'escalier d'accès au premier étage de la maison conventuelle des moines qui devint le château de Maizières. Une dalle funéraire des seigneurs de Montaigu avec inscription du XVe siècle (Sic transit gloria mundi !) servira de pierre d’évier dans la grande cuisine du château[3].

Notes et référencesModifier

  1. (la) Leopold Janauschek, Originum Cisterciensium : in quo, praemissis congregationum domiciliis adjectisque tabulis chronologico-genealogicis, veterum abbatiarum a monachis habitatarum fundationes ad fidem antiquissimorum fontium primus descripsit, t. I, Vienne, Vindobonae, , 491 p. (lire en ligne), p. 119
  2. « Maizières », sur http://www.cistercensi.info, Cistercensi (consulté le 18 mai 2013).
  3. a b et c Gérard DELANNOY, Histoire de l'Abbaye de Maizières du XII° à la Révolution, Chalon-sur-Saône, Caliprint, , 70 p. (ISBN 2-901836-18-6)
  4. Daniel-Paul LOBREAU, " CHERS FRERES & BONS COUSINS" - Franc-maçonnerie & Sociétés Secrètes à Beaune et en Bourgogne (1760-1940), LODI, , 300 p.

Voir aussiModifier

ArchivesModifier

  • Archives Départementales de Saône-et-Loire, H 54-80.
  • Archives Départementales de Côte-d'Or, 16 H 1-346.

BibliographieModifier

  • E. Gabin, Histoire de l'abbaye de Maizières et du prieuré de Sermesse (Saône-et-Loire), Verdun-sur-le-Doubs, 1952.
  • J. Delissey, L'abbaye de Maizières, Dans Actes du 37e Congrès de l'Association bourguignonne des sociétés savantes, 1966, p. 17-21.
  • J. Berlioz, Saint Bernard en Bourgogne, Lieux et mémoire, Les Éditions du Bien Public, Dijon, 1990. (ISBN 2-905 441-26-7)
  • Gérard Delannoy, L'abbaye de Maizières au XIIe siècle, revue « Images de Saône-et-Loire » n° 131 (juin 2002), pp. 9–11.

Articles connexesModifier