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120 battements par minute

film de Robin Campillo, sorti en 2017
Ne doit pas être confondu avec 69 battements par minute.
120 battements par minute
Description de cette image, également commentée ci-après
L'équipe du film lors du Festival de Cannes 2017.
Réalisation Robin Campillo
Scénario Robin Campillo
Philippe Mangeot
Acteurs principaux
Sociétés de production Les Films de Pierre
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre drame
Durée 140 minutes
Sortie 2017

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

120 battements par minute est un film dramatique français coécrit et réalisé par Robin Campillo, sorti en 2017.

Succès critique et public, le film a remporté de nombreux prix. En compétition au Festival de Cannes, il y obtient le Grand Prix, la Queer Palm, le Prix François-Chalais et le Prix FIPRESCI, ainsi que le Prix du Public au Festival de Cabourg 2017. De plus, il remporte lors de la cérémonie des Césars 2018 les Césars du meilleur film, du meilleur acteur dans un second rôle, du meilleur espoir masculin, du meilleur scénario original, du meilleur montage et de la meilleure musique originale.

Sommaire

SynopsisModifier

Au début des années 1990, le sida se propage depuis près de dix ans. Les militants d'Act Up-Paris s’activent pour lutter contre l'indifférence générale. Parmi eux, Nathan est nouveau dans un groupe et va être bouleversé par la radicalité de Sean.

Fiche techniqueModifier

DistributionModifier

Statut artistiqueModifier

 
Logo de l'Association Militante Act-Up Paris

Réalité historiqueModifier

120 battements par minute reprend des actions, sujets de débats, et personnalités d'Act Up mais demeure une œuvre de fiction[1].

Style visuelModifier

Robin Campillo cherche à retranscrire les émotions de ses personnages à travers les registres et couleurs à l'écran[1]. « Je voulais qu'on sente que c'est le même flux [dans lequel] les émotions les plus diverses surgissent. [...] Au stade terminal de la maladie, ce flux s'interrompt »[1].

Messages politiquesModifier

Le film reprend de nombreuses luttes politiques d'Act Up, comme la responsabilisation des autorités publiques dans la lutte contre le SIDA, la nécessité des politiques de prévention publique à destination des publics marginalisés (LGBT, travailleurs du sexe, étrangers, prisonniers, toxicomanes) et d'une éducation sexuelle complète pour les mineurs, de la reconnaissance des malades comme interlocuteurs légitimes des laboratoires pharmaceutiques, la dénonciation des pratiques anti-éthiques de ces derniers, ou la nécessité de recherches sur les interactions entre les traitements et les drogues ou les thérapies hormonales. Pour Robin Campillo, son film permet de réaliser la phrase de Sean « Voilà à quoi ressemblent des malades du sida, si vous n'en aviez jamais vu ! »[1]. Le film évoque aussi les contradictions internes sans les résoudre, comme le fait que soutenir un procès pour l'affaire du sang contaminé revient à souhaiter envoyer des personnes en prison, lieu de contamination où l'accès aux soins est insuffisant.

ProductionModifier

TournageModifier

Le tournage du film a commencé le , à Paris.

Une petite partie du film a été tournée dans l’ancien hôpital de La Source dans le quartier d’Orléans-la-Source, en septembre 2016[2],[3] et une autre au sein du lycée Camille-Sée, dans le 15e arrondissement de Paris.

Le 14 septembre, la rue Parrot, dans le 12e arrondissement de Paris (non loin de la gare de Lyon), est fermée à la circulation pour permettre le tournage des scènes avec des centaines de figurants qui incarnent les troupes de militants d’Act Up-Paris[4].

MusiqueModifier

La musique originale est composée par Arnaud Rebotini[5].

Des extraits musicaux sont aussi inclus dans le film :

Le titre du film est d'ailleurs une référence à la house[1]. Robin Campillo affirme : « Cette musique, à la fois festive et inquiète, est un peu la bande originale de cette époque »[1].

AccueilModifier

Accueil critiqueModifier

En France, l'accueil critique est très positif : le site Allociné recense une moyenne des critiques presse de 4,6/5, et des critiques spectateurs à 4,3/5[6].

Pour Thomas Sotinel du Monde, « Campillo renverse cul par-dessus tête la vieille scie attribuée à Cocteau : « Le cinéma, c'est filmer la mort au travail. » Devant sa caméra, c'est la vie – celle de ceux qui ne sont plus, celle de ceux qui ont été sauvés grâce à ce combat – qui s’épanouit. [...] Scénariste et monteur de son film, il lui donne une pulsation rapide (celle des titres électro sur lesquels on dansait alors, celle d'un cœur au bord de l’affolement) qui impose l'urgence dans laquelle vivent ses personnages, militants que la maladie ou l'infection a réunis. [...] Campillo laisse de côté les effets faciles, demandant à ses acteurs d'emmener leurs personnages jusqu'au bout du chemin, sans effets spéciaux, sans paroxysmes pour parvenir à la vérité d'un moment qui resterait autrement enfoui. Ici, la fin de la vie, c'est encore la vie. »[7].

Pour Jean-Marc Lalanne des Inrockuptibles, « le film magnifie les vertus de la contestation, la force qu'il faut pour renverser les perspectives, remettre en cause des rapports de force séculaires qu’on pensait intangibles. Mais évidemment, cette épopée du courage, de l'insolence et de l'imagination en politique ne serait pas à ce point foudroyante si elle ne s'incarnait pas dans une forme de cinéma aussi originale, maîtrisée que parfaitement adéquate. [...] C'est logiquement l'événement majeur de notre rentrée cinéma. »[8].

Pour Louis Guichard de Télérama, « le film impressionne par la fluidité de sa montée en puissance, la sophistication discrète de sa structure. La reconstitution des années Act Up (actions spectaculaires comprises), qui semble déjà un film en soi, laisse peu à peu éclore l’histoire intimiste — l’amour tragique entre Sean et Nathan. La fresque documentée, sans passer au second plan, y gagne une extrême intensité romanesque, proche d'Angels in America, la pièce (et série) américaine de référence sur le sida. »[9].

L'accueil est également favorable dans les médias LGBT. Sur Yagg, Didier Roth-Bettoni[10] apprécie la façon dont le film sait non seulement reconstituer avec précision la souffrance des malades du sida et les combats d'Act Up, mais aussi opérer un « mouvement qui va de cet hier à aujourd’hui, qui relie, qui recrée le lien rompu entre ce passé pas si lointain mais largement enfoui, et nous, nous qui avons traversé ce temps, et nous qui sommes trop jeunes, ou n’en avons qu’à peine perçu les échos. »

Les militants et anciens militants d'Act Up-Paris apprécient également le film. L'association publie un communiqué sur son site fin mai 2017[11] pour remercier et féliciter l'équipe du film « pour avoir proposé une vision d’un pan de l’histoire de notre association, de ses militantEs, et de la lutte contre le sida ». Le journaliste, écrivain et militant Didier Lestrade, cofondateur d'Act Up-Paris, s'est dit[12] « très ému » et déclare sur Slate[13] avoir félicité les scénaristes pour la justesse de leur reconstitution, ajoutant que le film est « emmené par une équipe d'acteurs et de figurants qui sont renversants par leur justesse et leur dévouement ».

Cependant, le metteur en scène Thibaud Croisy dans Le Monde déplore que ce film, « sans saveur ni subtilité », ne fasse que « normaliser les représentations du sida ». La marginalité, la subversion, la déviance aussi qu'incarnait l'homosexualité des années 1980 seraient ainsi gommées au profit d'une homosexualité uniquement festive, juvénile, sexy et bien-pensante : « c’est là que réside la vraie obscénité du film, dans cette manière de transformer l’histoire en mythe médiatique et de purifier les minorités sexuelles et politiques pour qu’elles produisent le plus gros consensus possible. Absorbées par le vide du discours dominant, lavées de toute marginalité, de toute déviance, de tout danger, les voici paisiblement digérées par l’industrie du cinéma et reconstituées sous une forme lyophilisée et saine »[14].

Box-officeModifier

120 battements par minute sort en France le 23 août 2017. Le premier jour, le film rassemble un peu moins de 45 000 entrées sur 283 copies du film exploitées, soit une moyenne de 159 entrées par copie, et prend la tête du box-office français, devant le film d'action américain Hitman and Bodyguard et le drame de Sofia Coppola Les Proies. Selon une analyse parue dans Les Inrocks, ce chiffre a été en partie gonflé par les nombreuses avant-premières du film, mais, même en prenant cela en compte, c'est un excellent score, qui fait de 120 battements par minute le plus gros succès d'un film d'auteur français de l'année[15]. Au bout d'une semaine d'exploitation, le film cumule environ 220 000 entrées[16] et obtient la meilleure moyenne en nombre de spectateurs par copie exploitée (778 par copie)[17]. En deuxième semaine, le film rassemble 181 400 entrées supplémentaires en se déployant sur 117 copies supplémentaires[18], ce qui porte son total d'entrées à plus de 401 000 entrées en deux semaines[16]. Le film rassemble 137 000 entrées en troisième semaine, dépassant ainsi les 500 000 entrées, puis un peu plus de 94 300 entrées en quatrième semaine : il rassemble ainsi plus de 632 000 entrées en un mois[16].

Il franchit mi-novembre le seuil des 800 000 entrées[19].

Autres conséquencesModifier

Début avril 2018, l'équipe dirigeante d'Act Up-Paris démissionne, déplorant que la « vague de nouvelles arrivées » depuis le succès du film, avec notamment des « jeunes militants déjà politisés et expérimentés dans d’autres luttes, notamment antiracistes » « détournent et exploitent l’outil d’Act Up, en se servant de son historique, pour mettre en avant d’autres luttes », estimant que le travail d’expertise est « relégué au dernier plan » au profit « du commentaire permanent de la critique spectacle ». Les membres de la désormais ex-équipe dirigeante se disent « écœurés au point de démissionner » par les « insultes » et les « dépréciations gratuites »[20].

DistinctionsModifier

RécompensesModifier

Nominations et sélectionsModifier

Notes et référencesModifier

  1. a, b, c, d, e et f Brochure AFCA Cinémas Art & Essai - 120 battements par minute
  2. « L'ancien hôpital de La Source accueille le tournage d'un film », La République du Centre,‎ (lire en ligne)
  3. « Cannes - Le film 120 battements par minute, tourné en partie à Orléans, décroche le Grand Prix du jury », La République du Centre,‎ (lire en ligne)
  4. Romain Blondeau, « Sur le tournage de “120 battements par minute”, le film qui retrace les années Sida et les combats d’Act Up », sur Les Inrocks, (consulté le 7 juin 2017)
  5. « 120 battements par minute (2017) », sur cinezik.org (consulté le 7 juillet 2017)
  6. « 120 battements par minute », sur Allociné (consulté le 24 août 2017).
  7. Thomas Sotinel, « « 120 battements par minute » : une contagion de la colère, de l’amour et du partage », sur Le Monde, (consulté le 24 août 2017)
  8. Jean-Marc Lalanne, « [Edito] : “120 battements par minute”, l’événement majeur de notre rentrée cinéma », sur Les Inrockuptibles, (consulté le 24 août 2017)
  9. Louis Guichard, « 120 Battements par minute », sur Télérama, (consulté le 24 août 2017)
  10. «120 battements par minute»: La mémoire vive, article de Didier Roth-Bettoni sur Yagg le 23 août 2017. Page consultée le 10 septembre 2017.
  11. Des prix pour 120 battements par minute : et maintenant, le défi d’une victoire sur le sida ?, communiqué de presse sur le site d'Act Up Paris le 28 mai 2017. Page consultée le 10 septembre 2017.
  12. "120 battements par minute" : Qu'en ont pensé les militants d'Act Up-Paris, article de Philippe Peyre sur Têtu le 29 mai 2017. Page consultée le 10 septembre 2017.
  13. «120 Battements par minute» raconte comment Act-Up était le sommet de notre existence, article de Didier Lestrade sur Slate le 23 mai 2017. Page consultée le 11 septembre 2017.
  14. Thibaud Croisy, « Thibaud Croisy : « “120 battements par minute” ne fait, hélas, que normaliser les représentations du sida » », sur Le Monde.fr, .
  15. Box office : "120 battements par minute" fait palpiter le cœur du public, article de Ludovic Béot sur Les Inrocks le 24 août 2017.
  16. a, b et c Box office du film sur Allociné. Page consultée le 10 septembre 2017.
  17. Box-office : Seven Sisters en tête au démarrage, Petit Paysan et 120 battements par minute au top, article de Quentin Billet-Garin sur Les Inrocks le 31 août 2017. Page consultée le 10 septembre 2017.
  18. Box-office : "Otez-moi d'un doute" devance "Barbara" de Mathieu Amalric, article de Ludovic Béot et Quentin Billet-Garin sur Les Inrocks le 8 septembre 2017. Page consultée le 10 septembre 2017.
  19. JP, « 120 battements par minute (Beats Per Minute) (2017)- JPBox-Office », sur www.jpbox-office.com (consulté le 14 novembre 2017)
  20. « Démission de l’équipe dirigeante d’Act Up Paris », sur Le Monde.fr, .
  21. « La Sélection officielle 2017 », sur Festival de Cannes (consulté le 29 avril 2017)
  22. « Festival du Film de Cabourg | 120 battements par minute », sur Festival du Film de Cabourg (consulté le 21 juin 2017)
  23. Lise Galante, « Les "OUT d'Or" récompensent l'enquête sur les persécutions des homosexuels en Tchétchénie et le film "120 battements par minute" », LCI,‎ (lire en ligne)
  24. (es) « ” 120 BEATS PER MINUTE” by Robin Campillo, 18th Sebastiane Award », Premios Sebastiane,‎ (lire en ligne)
  25. Le Monde.fr avec AFP, « Le film « 120 battements par minute » représentera la France aux Oscars », (consulté le 23 octobre 2017).

Voir aussiModifier