Île des Cygnes (ancienne île de Paris)

ancienne île parisienne

L'île des Cygnes ou île Maquerelle est une ancienne île de Paris, réunie à la rive gauche de la Seine à la fin du XVIIIe siècle. Elle se trouvait au nord-ouest de l'actuel 7e arrondissement, entre la rue de l'Université et la Seine, les Invalides et le Champ-de-Mars, là où se situe à présent le musée du Quai Branly.

« Isle Maquerelle ou des Cignes », reliée à la rive gauche par le « pont rouge », plan de Roussel, 1730.

Il convient de ne pas la confondre avec l'actuelle île aux Cygnes située en aval, dans le 15e arrondissement.

ÉtymologieModifier

Le nom de Maquerelle dérive peut-être de « male » (mauvaise) « querelle » rappelant qu'en ce lieu on se battait en duel[1]. On a également avancé[2] qu'il pouvait s'agir d'une contraction de « ma » et de « querelle ». Il est toutefois plus probable que son nom soit dû à un particulier[3].

FormationModifier

L'île des Cygnes a été constituée par la fusion de plusieurs îlots : l'île de Grenelle, l'île des Treilles, l'île aux Vaches (à ne pas confondre avec l'île homonyme ayant donné l'île Saint-Louis), l'île de Jérusalem et l'île de Longchamp[4].

Elle s'étendait en largeur entre la rue de l'Université et la Seine (actuels quais d'Orsay et Branly), en longueur de l'actuelle rue Surcouf au boulevard de Grenelle, comprenant la partie du Champ-de-Mars proche du fleuve où est de nos jours érigée la tour Eiffel.

HistoireModifier

Une pirogue en chêne assemblée avec des chevilles en sapin, qui pourrait être une embarcation normande datant du siège de Paris de 885-887, a été découverte lors de la construction de la culée du pont d'Iéna[5],[6] en août 1806.

Au XIIIe siècle, les paysans de Chaillot ont le droit de faire paître leurs vaches sur l'île Maquerelle en échange d'une redevance en espèces et en nature payée à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés[7],[8]. Le fermage est de 20 livres en 1492, et le bail de l'herbe est porté à 27 livres en 1551[9].

En 1554, afin de désencombrer le cimetière de la Trinité, le roi Henri II prescrit à l'Hôtel-Dieu de Paris de cesser d'y inhumer ses morts et de le remplacer par un cimetière à créer sur l'île Maquerelle. En 1572, après le massacre de la Saint-Barthélemy, on y enterre les corps de 1 200 victimes[10],[11].

Elle est renommée « île des Cygnes » après que des cygnes y ont été placés par ordonnance royale du [12]. Le « garde-cygnes » est chargé de les récupérer « depuis le pont de Saint-Cloud jusqu'à Saint-Maur et Corbeil » pour les mettre à l'abri durant l'hiver[13]. La maison du garde-cygnes est inventoriée dans les bâtiments du roi[14].

Le roi cède l'île à la ville de Paris le [15].

Un projet de construction, sur l'« jsle des cignes », d'un hospice (« hôtel-dieu ») et de son église, complétés par une boucherie en sous-sol et au besoin d'un embarcadère (« gare »), est alors « jugé convenable », mais l'île présente « l'inconvénient d'être au dehors de la ville »[16] et l'hospice ne sera pas réalisé.

Vers 1730, l'île des Cygnes est rendue accessible à partir de la rive gauche par le « pont des Cignes »[17] ou « pont rouge », situé à son extrémité orientale. Elle est alors « destinée à mettre des chantiers de bois »[18]. Ces chantiers, dans lesquels le bois de chauffage est transformé en bûches et entreposé, ainsi que le bois de charpente, récupèrent aussi le bois des bateaux mis hors-service[19],[20].

Jean-Jacques Rousseau, après son retour en France en 1767, s'y promène[21].

Des lettres patentes, autorisant la ville de Paris à faire combler le canal qui sépare l'île des Cygnes du quartier du Gros-Caillou, sont signées le [15] et un comblement partiel du canal est signalé en 1780[22].

Dans un souci d'hygiène, la triperie qui fabrique de l'huile de tripes destinée à alimenter les réverbères[23] y est transférée en 1774, et le lieu devient nauséabond[24]. Le , une ordonnance de police dispose que « tous les abattis de bœufs, vaches et moutons, continueront d'être portés à l'île des Cygnes pour y être préparés et cuits comme à l'accoutumée […] d'après la manière prescrite par la délibération des bouchers du  »[25].

En 1789, les frères Auguste-Charles et Jacques-Constantin Périer sont chargés par la ville de Paris d'y installer des moulins à vapeur pour répondre à la pénurie hivernale de farine, lorsque les eaux de la Seine sont trop basses pour alimenter les moulins à eau. L'installation, formée de deux machines à vapeur nommées la Constantine et l'Augustine, entraînant douze meules de 1,95 m de diamètre, est inaugurée le en présence du maire[26].

En 1802-1803, l'inventeur Robert Fulton y mène ses expériences sur la navigation à vapeur[27].

Le reste du canal est comblé en 1812[28], en même temps que l'on construit le pont d'Iéna.

C'est sur ce lieu que se trouvait le dépôt des marbres[29].

Notes et référencesModifier

  1. Alfred Fierro, Histoire et Dictionnaire de Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1996 (ISBN 2-221-07862-4), p. 942.
  2. V. Jaillot, cité par de Saint-Victor dans Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours, 1811, t. III, p. 831.
  3. Revue d'archéologie, XIIIe année, première partie, p. 214 :

    « Cette île Maquerelle, qui doit sans doute son nom à un particulier et non point à ce qu'on s'y battait ou à ce qu'on y faisait la débauche, comme on l'a ridiculement imaginé […]. »

  4. « L'île des cygnes », sur nicolaslefloch.fr (consulté le ).
  5. Compte rendu, Schleicher frères, (lire en ligne), p. 455.
  6. Édouard Fournier, Histoire du Pont-Neuf. 1re partie / par Edouard Fournier, (lire en ligne), p. 36.
  7. Paris à travers les âges, histoire nationale de Paris et des Parisiens depuis la fondation de Lutèce jusqu'à nos jours, paru en 1879.
  8. Legrand, Jean-Baptiste-Bonaventure de Roquefort Histoire de la vie privée des François, p. 94.
  9. Pierre Thomas Nicolas Hurtaut et L. de Magny Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs, 1779, p. 368.
  10. Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, 1861, p. 134.
  11. Athanase Coquerel Précis de l'histoire de l'Église réformée de Paris, 1862, p. 126.
  12. Edouard Fournier, Énigmes des rues de Paris, p. 278.
  13. Dominique Garrigues, Jardins et jardiniers de Versailles au Grand Siècle, 2001, p. 134.
  14. Jules Guiffrey, Comptes des bâtiments du roi sous le règne de Louis XIV, 1901, p. 1130.
  15. a et b Lucien Lazard Inventaire sommaire de la collection Lazare-Montassier, Imprimerie Nouvelle (association ouvrière) 1899, pp.87-88.
  16. Inscription en langue française, manuscrite, ajoutée au stylo par un ancien collaborateur dessinateur (non identifié) de l'architecte français Pierre-Alexis Delamair (1676-1745) sur un dessin d'architecture sans titre ni date. L'auteur affirme avoir, environ 50 ans auparavant, « mis au net » différents projets de ce type pour Le Livre des Embellissements (1731) de Delamair. Cf. « Architectural drawing for a chapel and hospital », dessin non daté conservé au Metropolitan Museum of Art, New York City.
  17. Pierre Thomas Nicolas Hurtaut et L. de Magny, Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs, 1779, p. 99.
  18. Voir un extrait du plan de « Paris, ses fauxbourgs et ses environs », de Roussel.
  19. Déchireurs et Hotteurs.
  20. Archives parlementaires de 1787 à 1860, p. 683.
  21. « Neuvième promenade », Rêveries du promeneur solitaire in Œuvres complètes, tome 6, p. 522, Ch. Lahure, 1857.
  22. Mémoires de la Société nationale des antiquaires de France 1864, p. 106.
  23. Tableau de Paris par Louis-Sébastien Mercier, paru en 1782.
  24. « L'île des cygnes », sur nicolaslefloch.fr (consulté le ).
  25. De France, Jourdan, Decrusy, Recueil général des anciennes lois françaises, depuis l'an 420 jusqu'à la Révolution française, p. 165, Belin-Le Prieur 1827.
  26. Jean Paul Favreau, « Les moulins de l'île aux Cygnes », 14 novembre 2006.
  27. Louis Figuier, Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes, 1862, pp. 284-285.
  28. Léon de Lanzac de Laborie, Paris sous Napoléon, tome 2, Plon, 1905, p. 119.
  29. Olivier Zunz, « Étude du processus d'urbanisation d'un secteur de Paris : le quartier du Gros-Caillou et son environnement », Annales, Persée - Portail des revues scientifiques en SHS, vol. 25, no 4,‎ , p. 1024–1065 (DOI 10.3406/ahess.1970.422340, lire en ligne  , consulté le ).

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

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